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Trente
Le concile de Trente
Trente (lat. Tridentum, ital. Trento, allem. Trient) est une ville d'Italie, capitale du Tyrol méridional. Autrefois chef-lieu d'un cercle de l'Empire Austro-Hongrois, elle fait partie de l'Italie depuis 1918 et comme chef-lieu de la région du Trentin-Haut-Adige en même temps que de la province autonome de Trente.

La ville est située à 105 m d'altitude, sur la rive gauche de l'Adige, au fond de la large et fertile vallée que forme ce fleuve entre les Alpes calcaires qui le bordent. Sutout connue pour le concile qui s'y tint à partir de 1545 ( V. ci-dessous); elle doit son importance à son heureuse position sur la grande route d'Innsbruck à Vérone, et sur le chemin de fer qui parcourt cette route depuis 1873. Sa population montait en 2014 à 120 000 habitants.
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Trente (Trento).
Vue de Trente au début du XXe siècle.

Les monuments.
Trente, construite presque entièrement dans le style italien, présente un aspect très monumental. Outre les restes de murailles et tours qui datent des Romains, on y remarque la place du Dôme, avec la fontaine de Neptune, la place Dante, avec la statue de ce poète, et un grand nombre d'édifices remarquables : le Dôme (cathédrale), basilique de style roman, à trois nefs et deux coupoles (bâtie du XIIIe au XVe siècle, restaurée de 1880 à 1889); Sainte-Marie-Majeure, construite au XVe siècle, en marbre rouge, et ornée des statues des principaux membres du Concile; Saint-Pierre, de style gothique; l'Annunziata, avec sa haute coupole; l'église des jésuites

Parmi les monuments civils, le plus intéressant est le château Buon Consiglio, autrefois résidence des princes évêques, ensuite converti en caserne, avec la vieille tour Auguste. En face de Trente, sur la rive droite de l'Adige, s'élève une colline fortifiée (289) où se dressait autrefois le château romain Verruca.

L'histoire.
Trente passe pour la plus ancienne ville du Tyrol et était autrefois colonie romaine. Erigée en évêché au IVe siècle, détruite par les Barbares, restaurée par le roi des Wisigoths, Théodoric, elle devint, en 574, la résidence d'un duc lombard. Charlemagne la réunit à l'empire franc et Othon ler au Saint-Empire. Conrad II donna à ses évêques la dignité princière (1027). Le concile de Trente, qui se tint dans ses murs de 1545 à 1563, rendit son nom célèbre dans le monde entier. Sécularisée en 1803 et réunie à l'Autriche, Trente passa sous la domination de la Bavière en 1805 et du royaume d'Italie en 1810, pour revenir à l'Autriche en 1844.
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Le concile du Trente.
Les Actes du concile de Trente peuvent être considérés, à beaucoup d'égards, comme le code moderne de la doctrine et de la discipline de l'Eglise romaine.  Il ne s'agit ici que de résumer l'histoire externe de cette assemblée. 

En présentant (Augsbourg, 1530) leur Confession de foi, les luthériens avaient demandé la convocation d'un concile universel, libre et chrétien, pour statuer sur les articles contestés, en prenant pour loi souveraine la parole de Dieu. Auparavant (dès 1522), Charles-Quint avait, dit-on, remontré à Adrien VI la nécessité d'appuyer sur les décisions d'une assemblée représentant toute l'Eglise catholique les mesures de compression violente que ce pape réclamait. Il renouvela cette proposition auprès de Clément VII, lors de leur conférence à Bologne (1532). Le souvenir des conciles de Pise, de Constance. et de Bâle la rendait fort inquiétante pour la cour de Rome. François ler, consulté, déclara qu'avant de réunir un concile, il fallait obtenir le consentement de tous les princes catholiques. Paul III (Alexandre Farnèse), qui succéda à Clément VII (novembre 1528), avait toujours été partisan du concile. Il reprit les négociations qui devaient permettre de l'assembler. Par bulle du 1er juin 1536, il le convoqua à Mantoue pour le 23 mai de l'année suivante, « parce que, ayant toujours désiré purger l'Eglise des nouvelles hérésies et y rétablir l'ancienne discipline, il n'avait pas trouvé d'autre moyen qu'un concile général ». Il fit notifier sa bulle à tous les princes. Les protestants repoussèrent cette convocation, objectant qu'un concile ne pouvait être libre en Italie, et qu'ils devaient avoir pour juge la parole de Dieu, non le pape. Le duc de Mantoue refusa sa ville pour la tenue du concile. Cela obligea le pape à en proroger l'ouverture jusqu'au mois de novembre, puis jusqu'au 1er mai de l'année suivante (1538). Il désigna pour lieu la ville de Vicence, qui dépendait de la république de Venise. Il nomma quatre cardinaux et quelques prélats pour travailler à la réforme. Ils préparèrent un long mémoire où ils exposaient les abus à réformer 1° ceux qui regardaient l'Eglise en général; 2° ceux qui étaient particuliers à l'Eglise de Rome. Le pape proposa lui-même les réformes en plein consistoire; mais les sentiments étant partagés, on renvoya le jugement au concile. Le concile ne put statuer, parce qu'il se présenta point ou trop peu d'évêques à Vicence. Le, pape rappela ses légats, et il remit l'ouverture jusqu'à Pâques de l'année suivante. Finalement, par bulle du 15 avril 1539, il suspendit le concile convoqué, jusqu'au temps qu'il lui plairait et au Siège apostolique de le tenir.

Avant de partir pour son expédition en Algérie, Charles-Quint avait eu à Lucques, avec Paul III, une conférence dans laquelle il lui recommanda une prompte convocation du concile. Dans une diète tenue à Spire, la ville de Trente fut proposée pour cette convocation par le légat Morone et acceptée par les princes catholiques. En conséquence, le pape publia (22 mai 1542) une bulle d'indiction pour le 22 novembre suivant. Les légats se rendirent à Trente; mais, les hostilités ayant éclaté entre la France et l'Empire, ils attendirent vainement les prélats pendant six mois. Paul III les rappela et remit le concile à un autre temps. 

En 1544, Charles-Quint, qui avait besoin des subsides des Allemands, réunit une diète à Spire. Il y suspendit l'édit d'Augsbourg, reconnut provisoirement aux luthériens l'égalité des droits, ordonna que la Chambre impériale fût composée par moitié de luthériens et de catholiques, et promit un concile universel, libre et chrétien, ou, à défaut, un synode national, même une diète, pour régler les affaires politiques et religieuses. Par un bref adressé à l'empereur, le pape le blâma publiquement de s'être engagé envers les hérétiques et d'avoir promis un concile, sans avoir consulté ni même nommé le chef de l'Eglise.

Un traité de paix ayant été conclu à Crespy entre Charles-Quint et François Ier, une bulle (19 novembre 1544) indiqua de nouveau le concile à Trente, pour le 15 mars 1545. Charles-Quint et Ferdinand invitèrent les luthériens à y envoyer des députés; mais les luthériens refusèrent (diète de Worms), parce que l'assemblée convoquée n'était pas celle que l'empereur avait promise à Spire. Dans l'intervalle de l'indiction du concile à sa réunion, le cardinal de Farnèse réussit à obtenir de l'empereur et du roi de France un accord secret, dans lequel ils convenaient que les luthériens seraient réduits par les armes.

Les cardinaux Jean-Marie Del Monte, alors évêque de Palestrina et qui fut pape sous le nom de Jules III, Marcel Cervin, prêtre, qui devint aussi pape, sous le nom de Marcel II, et Renaud Polus s'étaient rendus à Trente, dès le mois de mars 1545, indiqué par la bulle, pour présider le concile, en qualité de légats. Mais l'empereur, qui avait résolu d'attaquer les protestants, voulant les ménager jusqu'à ce qu'il eut achevé ses préparatifs, travailla à éloigner l'ouverture. 

Le déroulement du concile de Trente.
La 1re session n'eut lieu que le 13 décembre. Il y avait alors à Trente 4 archevêques, 22 évêques, 5 généraux d'ordre, avec les ambassadeurs de l'empereur et du roi des Romains. Ceux de France avaient été rappelés à cause du long retardement. La cour de Rome n'avait préparé ostensiblement aucun règlement sur la procédure à suivre; mais elle avait décidé l'essentiel, qui était que rien ne se ferait sans son avis préalable et sans son consentement. La première congrégation générale eut lieu le 18 novembre. Les légats demandèrent et obtinrent que les officiers du concile fussent nommés à Rome

Dans la congrégation suivante (29 novembre) on accorda voix délibérative aux abbés, généraux d'ordre. Les théologiens n'assisteraient qu'aux délibérations préliminaires. Les suffrages devaient être comptés, non par nation, comme aux conciles de Constance et de Bâle, mais par tête : ce qui assurait la majorité au parti italien. Le 5 janvier 1546, on statua qu'une commission ou congrégation spéciale serait établie pour chaque matière; que des commissaires seraient nommés pour formuler les décrets, sur lesquels chacun dirait son avis dans les congrégations générales, les légats se contentant de proposer, pour laisser une entière liberté, et n'opinant que dans les sessions. Ces dispositions furent complétées, dans la IIe session, par un règlement divisant les membres du concile en trois classes, qui devaient s'assembler séparément, chez les légats, avant de porter les délibérations à la congrégation générale. 

En l'histoire de ce concile, il est important de bien distinguer des session, les congrégations. Il eut 25 Sessions et, entre les sessions, un très grand nombre de congrégations.

IIe session, 16 janvier 1546. - Elle était plus nombreuse que la première. Il y fut décidé que le concile prendrait le titre de Saint concile oecuménique et général, les légats du Siège apostolique y présidant, contre l'avis de ceux qui proposaient le titre de Concile représentant l'Église universelle. Cette dispute fut renouvelée plusieurs fois dans les autres sessions. Dans les congrégations qui suivirent la IIe session, on détermina les trois objets que se proposait le concile : 

1° extirpation des hérésies; 

2° réformation de la discipline; 

3° rétablissement de la paix entre les princes chrétiens. 

Charles-Quint, qui tenait à enlever aux luthériens tout prétexte pour persister dans leur opposition, et qui pensait d'ailleurs que « les dogmes inscrits depuis longtemps dans les livres » étaient indiscutables, insistait pour que les réformes fussent votées et réalisées au plus vite; mais le pape et ses légats, pour d'autres motifs, attribuaient plus d'importance à la proclamation des doctrines de l'Église catholique. L'évêque de Feltre mit les deux partis d'accord, en proposant de mener de front les délibérations relatives à la foi et à la discipline.

Lors de la Ve session (17 juin 1546), il y avait déjà à Trente 9 archevêques et 49 évêques. Quelque temps après, on y vit arriver les ambassadeurs de François Ier, qui furent placés immédiatement après ceux de l'empereur. Le pape y avait aussi envoyé Jacques Lainez et Alphonse Salmeron, deux des premiers disciples d'Ignace de Loyola, pour assister au concile comme théologiens du Saint-Siège. Ils exercèrent une grande influence sur les délibérations. 

Les légats proposèrent de transférer le concile à Bologne à cause du voisinage des troupes des protestants. L'empereur s'y opposa, menaçant de faire la paix avec les protestants, contre lequel il faisait alors la guerre avec grand succès. Il fit publier un manifeste, dans lequel il disait que ce n'était pas à cause de la religion qu'il avait entrepris cette guerre, mais uniquement pour réprimer la rébellion de ceux qui méprisaient les décrets des diètes de l'Empire. Le pape, qui s'était ligué avec lui, retira ses troupes et déclara formellement, dans une bulle publiée pour le jubilé, qu'il avait jugé à propos d'employer la force contre l'opiniâtreté des hérétiques, ne trouvant point d'autre remède contre un si grand mal. 

Dans la VIIIe session (11 mars 1547), les légats proposèrent de nouveau la translation du concile à Bologne. Elle fut résolue à la pluralité de trente-huit voix contre dix-sept. Ce furent les prélats espagnols et les autres sujets de l'empereur qui s'y opposèrent. Se sachant soutenus par l'empereur, ils prirent le parti de rester à Trente. Les autres partirent pour Bologne et y tinrent la IXe session, le 21 avril. Mais, comme il n'y avait dans cette ville ni évêques ni ambassadeurs d'aucun pays catholique, hors ceux d'Italie, on ne fit rien autre chose dans cette session que d'indiquer la suivante pour le 2 juin, où l'on fut obligé de la différer encore jusqu'au 15 septembre pour la même raison, Enfin, les légats voyant que les prélats s'obstinaient à ne pas venir, prorogèrent la Xe sessions à un temps indéterminé : le concile demeura comme suspendu. 

En Allemagne, les protestants avaient été défaits par Charles-Quint. A la diète d'Augsbourg (1547), ils promirent de se soumettre au concile, à condition qu'il se tiendrait à Trente; qu'on y traiterait les matières selon la doctrine de l'Ecriture et des saints Pères; qu'on y parlerait avec liberté; qu'on y demeurerait avec sûreté; et que les évêques de toutes les régions chrétiennes y assisteraient, par eux-mêmes ou par leurs procureurs. En conséquence (1548), l'empereur fit protester contre la translation du concile, par ses envoyés à Bologne et par son ambassadeur à Rome. En outre, il publia l'Intérim , formulaire en 36 articles sur les matières de doctrine, dont l'autorité devait durer jusqu'à la détermination d'un concile général sur les mêmes matières. On y tolérait le mariage des prêtres, et on y permettait la communion sous les deux espèces. En même temps était édité un décret de réformation, dont les règlements furent adoptés par des conciles provinciaux tenus à Augsbourg, à Trèves, à Mayence et à Cologne, en cette année-là et l'année suivante. 

Après avoir tenté inutilement de faire venir à Bologne les prélats qui étaient restés à Trente, Paul III suspendit le concile, sous prétexte d'une congrégation qu'il voulait former à Rome, pour la réformation des moeurs et de la discipline. Il mourut le 10 novembre 1549. Le cardinal Del Monte lui succéda le 8 février 1550, sous le nom de Jules III

Dès son avènement au pontificat, Jules III était entré en négociations avec l'empereur, pour la reprise du concile à Trente. Il l'ordonna par une bulle du 14 novembre 1550. A la diète d'Augsbourg, l'empereur eut beaucoup de peine à la faire accepter par les protestants, qui demandaient la révision des décrets déjà faits à Trente. La réouverture se fit le 1er mai 1551, sous la présidence du cardinal Marcel Crescentius. Le pape lui avait adjoint comme légats Sébastien Pighin, archevêque de Manfredonia, et Louis Lépoman, évêque de Vérone, afin d'éviter les plaintes et les soupçons qui s'étaient produits sous Paul Ill, parce que les trois légats étaient des cardinaux. Cette XIe session, n'eut lieu que pour la forme : on se contenta d'y faire un décret pour la reprise du concile. Les évêques venus à Trente étaient alors en trop petit nombre, Il s'accrut bientôt : dès le 14 octobre de la même année (XIIIe session), on comptait, outre les légats et les officiers du concile, 6 archevêques, 34 évêques, 4 abbés ou généraux et plusieurs princes ou ambassadeurs.

En la XIIe session (1er septembre), Henri II avait fait protester contre la conduite du pape, qui l'avait déclaré excommunié et qui menaçait de mettre son royaume en interdit, à cause du secours qu'il avait prêté à Octave Farnèse pour se maintenir dans le duché de Parme, dont Jules III voulait le dépouiller. Il défendit de porter ou d'envoyer de l'argent à Rome, sous quelque prétexte que ce fût, ordonna de s'adresser aux ordinaires pour toutes les affaires ecclésiastiques, et refusa d'envoyer les évêques de France à un concile qu'il déclarait n'être qu'une assemblée privée, réunie au profit de quelques personnes. 

Dans la XIIIe session (11 octobre), on fit lecture de la formule du sauf-conduit que le concile accordait aux protestants et de la réponse à la protestation du roi de France

Le 24 janvier 1552, une congrégation générale et extraordinaire fut tenue pour recevoir en audience publique, dans le palais du légat, les ambassadeurs des princes protestants. On y enregistra une déclaration faite an nom de tous les Pères du concile, et portant que ce que le synode allait faire pour les protestants, en recevant et en écoutant leurs envoyés, ne devait point tirer à conséquence. Dans la XVe session, tenue le lendemain, on lut un décret pour le délai de la décision des matières jusqu'au 15 mars, en faveur des protestants, qui demandaient cette prorogation, afin d'attendre l'arrivée de leurs théologiens. On lut ensuite le sauf-conduit qu'on leur accordait à peu près dans la même forme que celui qui avait été accordé aux Bohémiens par le concile de Bâle. Les protestants se retirèrent, fort mécontents de ce sauf-conduit, dans lequel ils prétendaient qu'on aurait dû insérer que leurs théologiens auraient voie consultative et décisive; qu'un recommencerait l'examen des décrets précédemment faits; que la sainte Ecriture seule serait juge de toutes les controverses; enfin, que le pape se soumettrait an concile et qu'il délierait les évêques du serment qu'ils lui avaient prêté, afin de leur donner une entière liberté d'opiner. 

Sur la nouvelle de la prise d'Augsbourg par Maurice de Saxe et du passage des Alpes
par l'armée des protestants confédérés, le concile fut suspendu par un décret publié dans la XVIe session qui se tint le 28 avril 1552. Douze prélats espagnols protestèrent contre cette suspension. Charles-Quint laissa à son frère le soin de traiter avec les luthériens, et il écrivit au pape que le concile étant suspendu et la confusion devenant chaque jour plus grande, une diète seule pourrait ramener un état tolérable. L'année suivante, Jules III forma à Rome une congrégation de cardinaux et de prélats, pour travailler à la réforme de l'Eglise. Cette congrégation n'eut pas de succès.

La troisième ouverture du concile eut lieu le 18 janvier 1562, après une suspension de près de dix années Pie IV l'avait promise au conclave qui l'élut (25 décembre 1559). Dans un consistoire tenu le 10 janvier suivant, il déclara le dessein qu'il avait d'assembler un concile général. Ferdinand, successeur de Charles-Quint, et le roi de France, se trouvaient d'accord pour désirer la réforme des abus qui fournissaient aux protestants leurs arguments les plus puissants. Mais de graves difficultés résultaient de la différence des vues sur les termes de la nouvelle convocation et sur l'autorité des décisions antérieurement adoptées à Trente. Les Espagnols estimaient que la nouvelle assemblée ne devait être que la continuation des précédentes. Les Français et les Allemands voulaient que le travail de réformation et la discussion dogmatique fussent repris par un concile nouveau, ne relevant que de lui-même. 

Par bulle du 29 novembre 1560, le pape rétablit le concile général avec indiction à Trente, pour la semaine de Pâques 1561. Les cardinaux de Mantoue, Dupuy, Séripand, Hosius, Simonette et d'Altemps, furent nommés pour présider, en qualité de légats. Des nonces furent envoyés à tous les princes catholiques et protestants, pour leur présenter la bulle; ils eurent peu de succès auprès des protestants. 

Des difficultés suscitées par quelques princes firent différer l'ouverture jusqu'à l'année suivante. L'assemblée où elle se fit est comptée comme XVIIe Session du concile de Trente. Il s'y trouvait 112 prélats, accompagnés de ceux qui avaient le droit d'assister au concile. On lut la bulle et le décret pour la reprise du concile. Dans le décret, il n'était pas parlé de continuation, quoique les prélats espagnols eussent beaucoup insisté sur ce point. On se servit seulement des termes : célébration du concile, toute suspension étant levée : on employait aussi ces autres termes les légats présidant et proposant. Quatre prélats espagnols s'opposèrent à cette dernière expression, craignant qu'il ne parût que les légats étaient maîtres absolus. Néanmoins, elle passa à la pluralité des suffrages. 

Dans la XXIVe session, le comte de Luna, ambassadeur d'Espagne, ayant renouvelé très vivement les plaintes des Espagnols contre les mots : les légats proposant, le concile répondit qu'en les adoptant, il n'avait pas entendu changer en aucune façon la manière ordinaire de traiter les affaires dans les conciles généraux.

A la XVIIIe session (26 février), il n'y avait encore aucun évêque d'Allemagne, ni de France. Le 8 mars, on publia le sauf-conduit accordé aux hérétiques, en la même forme que celui qui avait été donné aux Allemands en 1552. Il contenait de plus une extension en faveur des autres nations, mais sans les nommer, pour ne pas paraître les taxer d'hérésie. Dans la XIXe session (14 mai), on ne fit que proroger la décision et la publication des décrets à la session prochaine. Ces retardements étaient occasionnés par les instances de l'empereur Ferdinand, qui savait que les Espagnols persistaient à demander que le concile fut déclaré continué, et par celles de Saint-Gelais de Lansac, nommé ambassadeur de France, qui avait écrit pour qu'on ne décidât rien avant que lui, ses collègues et les prélats français fussent, arrivés. Il arriva le premier; les autres ambassadeurs de France, Arnaud du Ferrier, président au Parlement de Paris, et Guy du Faure, seigneur de Pibrac, président au Parlement de Toulouse, vinrent quelques jours après. On les reçut ensemble, dans une congrégation qui fut tenue à cet effet le 26 mai. Pibrac y prononça un discours qui mécontenta beaucoup de Pères du concile, parce qu'il dit que le concile tenu sous Paul III et sous Jules III n'avait rien fait de bon. Dès son arrivée à Trente, Lansac avait écrit à l'ambassadeur de France à Rome d'employer tous ses soins auprès du pape pour l'engager à laisser libres les propositions, vieux et délibérations du concile, afin de ne point se mettre au hasard de faire dire que ceux qui présidaient au concile faisaient venir le Saint-Esprit de Rome dans une valise. En son Histoire du concile de Trente, le cardinal Pallavaccini fait remarquer que ce propos avait été tenu par l'un des ambassadeurs de Ferdinand, dans une lettre adressée à Maximilien Il. 

Dans la XXe session (4 juin), on prorogea de nouveau la publication des décrets. Le 7 mai, les ambassadeurs de l'empereur remirent aux légats le mémoire des articles dont ce prince réclamait la réformation. Les légats refusèrent de le présenter au concile; ils écrivirent à l'empereur, qui se rendit à leurs objections et abandonna le tout à leur prudence. Dans un consistoire, le pape déclara le concile continué. 

En conséquence (XXIe session, 16 juillet), les Espagnols se désistèrent de leur demande en déclaration de continuation du concile. Dans une des congrégations qui suivirent cette session, on discuta l'article de la concession du calice dans l'Empire. Les voix se partagèrent extrêmement. 166 prélats étaient présents : 38 furent pour le refus; 29 pour la concession; 24 pour renvoyer l'affaire au pape; 31 admirent la concession, à condition qu'on remettrait l'exécution au pape, 10 voulurent qu'on le priât d'envoyer des délégués en Allemagne; enfin, 19 limitèrent la concession à l'Allemagne et à la Hongrie. On convint de renvoyer la décision au pape.

Après la XXIIe session, l'annonce de la prochaine arrivée du cardinal de Lorraine, qui devait venir à la tête des prélats français, détermina les Pères du concile à la prorogation de la session suivante, demandée par les ambassadeurs de France, et même à la suspension des congrégations. On était dans un moment de crise : à l'occasion du sacrement de l'ordre, on traitait de l'institution des évêques; il s'agissait de décider si cette institution est divine ou si les évêques tiennent leur mission du pape. Jamais article ne fut plus fortement débattu, jamais les avis ne furent proposés et soutenus avec plus de vivacité. Chacun des partis espérait que le cardinal de Lorraine se rangerait de son coté. Les légats le reçurent comme « un ange de paix, que Dieu leur envoyait pour réparer les brèches que la discorde ne pouvait manquer de produire dans des assemblées aussi nombreuses que l'était le concile ». 

Tous les Pères allèrent au-devant de lui. Il fut entendu, le 23 novembre 1562, dans une congrégation générale, où se trouvèrent tous les prélats, au nombre de 219, et tous les ambassadeurs. Le cardinal prononça un discours, qui fut trouvé vif et éloquent, mais où il ne toucha aucune des matières contenues dans les instructions qu'il avait reçues de la cour. Ces instructions portaient qui, eût à réclamer la réformation de l'Eglise universelle, sans insister avec opiniâtreté sur celle de home, à laquelle le pape prétendait travailler lui-même. Il devait demander que l'usage du calice fût rétabli en France, que toute administration des sacrements aux laïques se fit en langue vulgaire, de même que les prières publiques et le chant des psaumes à certaines heures, sans rien changer au service de l'Eglise en langue latine. On n'y disait rien du mariage des prêtres; le roi insinuait seulement que, si on ne pouvait faire autrement, il serait à propos de ne leur donner l'ordination que dans un âge exempt de tout soupçon. 

L'année suivante (1563), le cardinal de Lorraine et quelques autres prélats se rendirent à Innsbruck, auprès de Ferdinand, qui y tenait une diète. Ils assistèrent à une assemblée de théologiens convoquée par ce prince, qui était mécontent du concile, parce qu'il ne voulait pas admettre ses demandes, et qu'on n'y travaillait pas avec assez d'ardeur à la réformation. Le cardinal eut avec l'empereur de longues conférences, après lesquelles, Ferdinand devint plus pressant que jamais; il écrivait au pape que si le concile ne faisait rien, il faudrait recourir à des conciles nationaux. 

Mort du cardinal de Mantoue, premier légat et président du concile. On considérait généralement le cardinal de Lorraine comme celui qui était le plus propre à lui succéder. C'était justement ce que le pape appréhendait le plus, quoiqu'il reconnût on parce qu'il reconnaissait en lui « le second personnage de l'Eglise ». Il se hâta de nommer, pour remplacer le défunt, le cardinal Morone et le cardinal Navagero. Les congrégations restèrent suspendues jusqu'à l'arrivée des deux légats.

On ne put tenir la XXIIIe session que le 15 juillet, à cause des grandes contestations survenues entre les Pères sur les décrets à publier, notamment sur le décret de doctrine concernant le sacrement de l'Ordre. 

Le concile évita de déclarer sur quel droit est fondée l'institution des évêques ; il évita de même, à cause de la diversité des sentiments, de prononcer sur les prérogatives de puissance du pape, qu'on avait proposé de définir. 

D'autres difficultés firent proroger jusqu'au 11 novembre la session suivante, qui avait été indiquée pour le 16 sept. Dans l'intervalle, le cardinal de Lorraine alla à Rome conférer avec le pape. Le roi de France envoya à ses ambassadeurs un ordre précis de protester contre un décret qu'on proposait de publier sur la réformation des princes, tendant à les asservir à l'autorité de l'Eglise, et de se retirer à Venise, si on voulait passer outre. Du Ferrier fit à ce sujet un discours très vif en plein concile; contredit avec la même vivacité, par l'évêque de Montefiascone, il répondit plus vivement encore, quitta le concile et se retira à Venise, où Pibrac était déjà. Lansac avait été rappelé en France. 

Un décret de la XXVe session contient une exhortation aux princes de protéger la liberté de l'Eglise et de maintenir les ecclésiastiques dans leurs immunités et dans leurs juridictions. 

XXIVe session, 14 novembre. Parmi les décrets de réformation qui y furent publiés, ceux qui concernent la juridiction ecclésiastique suscitèrent sur plusieurs articles très importants des protestations fort vives du cardinal de Lorraine et des prélats français.

La plupart des membres du concile commençaient à en désirer la fin : les uns par lassitude, à cause de sa longue durée; les autres, par déception, parce qu'ils le voyaient impuissant à réaliser une réformation sérieuse; les autres, par crainte, parce qu'ils redoutaient qu'il ne finit par entreprendre de la réaliser; les autres, comme le cardinal de Lorraine, par désir de réserver toute leur activité pour les affaires politiques. Ce qui les détermina ou parut les déterminer tous, ce fut la nouvelle apportée à Trente d'une maladie dangereuse de Pie IV. On appréhendait ou on feignait d'appréhender que sa mort n'occasionnât un schisme, à cause de la division qui pourrait se produire entre le sacré collège et le concile, touchant le droit d'élire le nouveau pape. 

La XXVe session, qui n'avait été indiquée que pour le 9 décembre, eut lieu le 3 de ce mois. Ce fut la dernière. Les Pères avaient encore plusieurs choses à déterminer, mais la nuit les sépara. Ils se rassemblèrent le lendemain, par continuation. Ils publièrent cinq décrets, dont le quatrième concernait la réception et l'exécution du concile. Il avait été rédigé par les cardinaux de Lorraine et Madruce, qui en pesèrent tous les termes, pour obvier à toutes les objections. Il fut suivi d'une lecture de tous les décrets qui avaient été faits sous Paul III et sous Jules III. Ensuite on publia le cinquième et dernier décret pour la clôture. Pour éviter la confusion, le cardinal de Lorraine avait composé une série d'acclamations, qu'il prononça à haute voix, et que les Pères reprirent de même. Elle se terminait par ces mots : 

« Ceci est la foi de saint Pierre, des Apôtres, des Pères et des orthodoxes ». 
Les Actes forent souscrits par 255 Pères, nombre ainsi composé : 4 légats, 2 cardinaux, 3 patriarches, 25 archevêques, 168 évêques, 39 procureurs pour absents, 7 abbés, 7 généraux d'ordre. Tous à ces mots : j'ai souscrit, ajoutèrent : en définissant, à l'exception des procureurs qui n'avaient pas droit de suffrage. Deux jours après, tous les ambassadeurs qui étaient à Trente reçurent les actes et les souscrivirent, excepté le comte de Luna, ambassadeur d'Espagne. Les ambassadeurs de France s'étaient retirés après la XXIIIe session. 

Dès la troisième ouverture du concile, les Actes des sessions ne portent plus les noms des prélats qui y assistèrent. Mais à la fin du concile (Labbe, t. XIV, col. 921 à 938) se trouve une liste des noms, prénoms et dignités des prélats et des autres Pères, des orateurs et théologiens, etc., qui assistèrent plus ou moins longtemps au concile, sous Pie IV : 187 Italiens présents et 2 par procureur, 26 Français et 1 par procureur, 31 Espagnols et 4 par procureur, 2 Allemands et 4 par procureur, 1 Anglais, 3 Irlandais, 2 Portugais, 2 Polonais, 2 Hongrois, 2 Flamands, 1 Morave, 1 Croate, 2 Illyriens et 6 Grecs, Ainsi en ce synode universel, le nombre des Italiens était plus que le double de celui de toutes les autres nations réunies.

Le 26 janvier 1564, par la bulle Benedictus Dominus; Pie IV continua tous les décrets du concile.

Il y rappelait que « par un décret rendu à ce sujet dans une session publique, le concile lui avait demandé cette confirmation ». Cette bulle attribue exclusivement au Saint-Siège l'interprétation des décisions de ce concile, faisant défense « à toute personne, quelle qu'elle soit, d'entreprendre sous son autorité de mettre en lumière, de quelque manière que ce soit, aucun commentaire, glose, annotation, remarque, ni généralement aucune interprétation sur les décrets dudit concile [...] Que s'il y a quelque chose qui paraisse obscur à quelqu'un, et qui lui semble avoir besoin de quelque interprétation, qu'il s'adresse au lieu que le Seigneur a choisi, c.-à-d. au Siège apostolique, d'où tous les fidèles doivent tirer leur instruction, et dont le saint concile a lui-même reconnu l'autorité ». 
Afin de pourvoir à la réalisation de ces dispositions, Pie IV institua, quelque temps après, par la bulle Alias nonnullus, une congrégation spéciale de cardinaux. Comme on mettait en doute le droit d'interprétation de cette congrégation, Paul V le lui conféra expressément, et dès lors, elle porta le nom de Congrégation interprète du concile de Trente. 

La confirmation du concile par le pape devait être suivie de la promulgation formelle dans les différents diocèses. Le gouvernement de Venise fut le premier qui y fit procéder. Après lui, Sigismond, roi de Pologne, et Philippe II, roi d'Espagne. Cette publication ne fut pas permise en France. On y admettait généralement les décrets sur les matières dogmatiques comme conformes à la tradition catholique. Henri III disait à cet égard : 

« Il ne faut pas de publication du concile pour ce qui est de foi; c'est chose gardée en mon royaume ».
Mais parmi les décrets concernant la discipline, plusieurs contenaient des dispositions inconciliables avec les coutumes du royaume, les libertés de l'Eglise gallicane, l'autorité du roi et les droits de la juridiction séculière; on en comptait plus de trente. Cela était plus que suffisant pour déterminer le roi et les cours souveraines à refuser obstinément de reconnaître le concile. En son XXXe plaidoyer (1646), Servir, avocat général au Parlement de Paris, disait : 
« Nous ne pouvons donner le nom de concile à la convocation de Trente, n'étant point reçue en ce royaume. Pour ce qui est de la doctrine, elle est bien reçue comme catholique, mais non pas pour ce qui est de la police extérieure. »
Les décrets qui contenaient des réformes acceptables furent repris dans la législation du royaume : ordonnances de Blois, de Melun; édits de 1606, 1610, 1695, etc. 

A douze reprises différentes, le clergé sollicita des rois la promulgation du concile, sans pouvoir l'obtenir. En son assemblée de 1615, il prétendit faire solennellement la publication refusée par le pouvoir temporel. Cela n'aboutit qu'à des mesures adoptées par des conciles provinciaux, d'une autorité fort bornée. Les évêques, ayant le principal intérêt en cette affaire, étaient moins regardés comme juges de la discipline et comme vicaires de l'Église de France, que comme de véritables parties, dont les sollicitations les plus pressantes étaient suspectes. (E.-H. Vollet).

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Dictionnaire Villes et monuments
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