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Histoire des Alpes-Maritimes
jusqu'en 1900
[Géographie des Alpes-Maritimes].
Les rameaux des Alpes Maritimes, qui viennent se perdre dans la mer Méditerranée, abritent contre les vents froids du nord une côte pittoresque dont l'heureux climat a dû captiver de bonne heure les populations et dont les nombreuses sinuosités offraient des refuges aux navigateurs. Aussi l'histoire presque entière du département n'est-elle que l'histoire de cette côte fertile et riante, où les Grecs d'abord, les Romains ensuite, vinrent apporter leur civilisation et construire des villes égales en richesse et en beauté aux villes du littoral italien.

Antiquité et haut Moyen-Âge

Les Phocéens qui, vers l'an 600 avant l'ère chrétienne, avaient fondé la ville de Marseille, n'avaient pu rester insensibles aux charmes du littoral qui, rejoignait cette ville à l'Italie et qui leur rappelait leur patrie. Ils semèrent leurs comptoirs, puis de véritables colonies, le long de ces rivages, où ils implantèrent la culture de l'olivier et de la vigne. Les deux villes de Nice et d'Antibes furent en quelque sorte les plus brillantes filles de Marseille : la première portait le nom de ville de la victoire (Nicaea), la seconde s'élevait, à quelque distance à l'ouest et en face (Antipolis, ville en face de Nice). Le nom de Nice rappelait probablement une victoire remportée sur les populations  cantonnées dans la chaîne de l'Estérel et qui firent long temps la guerre aux deux colonies étrangères.

Ces populations appartenaient à la Confédération des Ligures, qui comptaient un grand nombre de tribus : les Alpins, les Salyens, divisés eux-mêmes en Oxybiens (territoire de Cannes), Decéates (Antibes), Ligaunes (Grasse). Leur hostilité contre les colonies grecques força les Marseillais à implorer le secours des Romains qui, après la seconde Guerre punique, domptèrent les Gaulois du nord de l'Italie et purent alors franchir le col de Tende. Une légion romaine fut massacrée à Nice en 189 avant notre ère par les Ligures, et les Romains entreprirent alors une succession de guerres qui amenèrent la fondation d'une province en Gaule. Les Ligures et les redoutables montagnards appelés les Alpins étaient soumis lorque César commença la conquête de la Gaule entière.

Nice et Antibes virent leur territoire agrandi et demeurèrent cités grecques, sous le protectorat des Romains. Antibes toutefois se rattacha de plus en plus étroitement à Rome tandis que la ville de Nice demeurait fidèle à sa métropole Marseille. Du reste les dieux de la Grèce et de Rome, désormais confondus, furent également honorés dans les villes qui s'élevèrent à l'envi sur la côte où fleurissaient l'oranger et le citronnier et sur les versants des montagnes dont les forêts reculaient devant les vignes et les oliviers. Un promontoire hardi et pittoresque portait un temple d'Hercule (Hercules Monoecus, Monaco). A Antibes on adorait Neptune, à Grasse et à Saorge Jupiter Ammon, à Cimiès Apollon, à Vence Mars et Cybèle.

Lors de la nouvelle division des Gaules faite par Auguste, les Alpes Maritimes formèrent une subdivision de la Narbonnaise : la capitale de cette province fut Cimiès. A la suite d'une révolte promptement réprimée, les Romains élevèrent (13 av. J.-C.) sur les hauteurs qui dominent Monaco et Villefranche une tour dont Pline nous a laissé la description et qui a donné son nom à la Turbie (Tropaeum). Cette tour était couverte de bas-reliefs, de faisceaux d'armes sur marbre blanc; au sommet s'élevait la statue colossale de l'empereur et une inscription énumérait tous les peuples soumis dans les Alpes Maritimes à la domination de Rome. Plus tard, en 69 après J.-C., ce coin de terre, qui se croyait enfin assuré de la tranquillité, devint le théâtre d'une lutte sanglante entre les partisans d'Othon et de Vitellius, qui se disputaient l'Empire. Les Othoniens arrivaient de l'Italie, les Vitelliens de la vallée du Rhône. Un des lieutenants de Vitellius, s'empara d'Antibes et marcha à la rencontre des Othoniens. La bataille fut longue, acharnée, indécise, car les deux partis se retirèrent : les Vitelliens sur Antibes, les Othoniens sur l'Italie, où ils devaient succomber à la bataille de Bedriacum.

Le pays, affreusement dévasté pendant cette guerre civile, eut plus d'un siècle de repos. Ce fut des bords de la Turbie que partit un simple berger destiné à devenir l'empereur Pertinax, prince sévère et frugal, dont l'élévation et le meurtre (193) inaugurèrent la série des empereurs créés et renversés par les légions.

L'obscurité la plus profonde environne les débuts du christianisme dans les Alpes Maritimes. Selon certaines traditions, une première prédication y fut faite par saint Nazaire, martyrisé sous Néron. Le premier évêque de Nice, saint Bassus, martyrisé en 253, eut pour successeur saint Pons, décapité en 261 sur une colline qui dominait le Paillon, là même où s'élève l'abbaye de Saint-Pons. Saint-Pons fut adopté comme le patron de Nice et vénéré d'ailleurs dans la plupart des villes de la Provence.

En face de Cannes et du cap de la Croisette surgissent de la mer les îles de Lérins, anciennement îles Lero ou Lerona (aujourd'hui Sainte-Marguerite) et Lerino, Lerina ou Lerinus (aujourd'hui Saint-Honorat). Ces îles, encore sauvages à la fin du IVe siècle, n'allaient par tarder à devenir un des plus importants foyers de la religion chrétienne et de la science. Honorat et Venance, fils, dit-on, d'un sénateur de Fréjus, s'étaient convertis au Christianisme; mais, dans un voyage qu'ils firent en Grèce, Vénance mourut, et son frère Honorat, inconsolable, résolut de se retirer complètement du monde. Revenu à Fréjus, il se fixa d'abord dans les rochers du cap Roux, où il habitait une grotte qui s'appelle encore aujourd'hui la Sainte-Baume. La renommée de ses vertus attira bientôt vers lui les populations. Alors, pour se soustraire à cet empressement, d'après les conseils de l'évêque de Fréjus, saint Léonce, il se retira (403), avec son ancien maître Capraise, dans la plus petite des îles de Lérins. Il y réunit tous ceux qui voulaient embrasser avec lui la vie religieuse, défricha le sol, construisit un, monastère qui par le nombre et la science de ses habitants devait être un des plus célèbres de la Gaule. Presque toute la côte, de l'Estérel à Antibes, appartint bientôt aux moines de Lérins. Ils eurent à la Napoule, à Vallauris, à Valbonne, à Mougins, à Sartoux des prieurés entourés d'immenses propriétés.

A l'époque des invasions germaniques, les Wisigoths, venant d'Italie, longèrent la côte des Alpes Maritimes en la dévastant (410-411). Nice, détruite, ne comptait plus que quelques cabanes de pêcheurs. Les Burgondes, qui s'étaient avancés jusqu'à la Durance, la passaient quelquefois et descendaient jusqu'aux Alpes Maritimes : ils auraient bien voulu posséder ce  pays, mais les Ostrogoths, qui dominaient en Italie, les empêchèrent de s'y établir, et le contemporain du roi franc Clovis, Théodoric, l'ajouta à son royaume. Ce royaume des Ostrogoths tomba rapidement en décadence; les Francs envahirent la Provence, qui commença dès lors à se rattacher, comme le reste de la Gaule, à ce peuple, destiné à fonder, avec les Gallo-Romains et les Germains, une monarchie redoutable.

Toutefois la côte de la Méditerranée ressent les contre-coups des révolutions qui bouleversent les deux péninsules qu'elle relie par sa courbe, l'Italie et l'Espagne. D'Italie viennent les Lombards (574), dont les ravages furent désastreux : monument de la Turbie, forteresses, remparts, palais et cirques de Cimiès et d'Antibes, pont du Var, tous ces témoins d'une antique civilisation, furent détruits. Les habitants de Vence se retranchèrent sur un rocher d'où ils virent l'incendie consumer leur ville. D'Espagne vinrent les Arabes, qui se répandirent dans tout le midi de la Gaule. Ils franchirent le Rhône, et leurs bandes désolèrent tout le littoral, saccagèrent Arluc, Cannes (Castrum Marcellinum, puis Castrum Francum), pénétrèrent dans les îles de Lérins et massacrèrent l'abbé saint Porcaire avec cinq cents religieux (730). Charles Martel fit entrer sous l'autorité des Francs la Provence, abandonnée en quelque sorte à elle-même depuis la chute de la domination des Goths. Pépin le Bref, Charlemagne affermirent la puissance des Francs : Charles eut plusieurs fois l'occasion de suivre le littoral méditerranéen, pour aller en Italie, et dota un grand nombre d'églises, d'abbayes, accordant en même temps des privilèges aux villes qui renaissaient de leurs cendres.

Lors du démembrement de l'empire de Charlemagne, toute la région provençale, distraite de la Gaule, se constitua bientôt en royaume séparé sous l'administration de Boson, couronné roi à Arles (879). Ce fut le point de départ des changements successifs qui isolèrent de la Gaule durant la plus grand partie du Moyen âge la région méditerranéenne. Aux guerres des seigneurs féodaux qui se disputaient les lambeaux du pays vinrent se joindre, au IXe siècle, de nouveaux ravages des Sarrasins qui, cette fois, abordèrent par mer. Ayant débarqué au golfe de Grimaud et s'étant établis à Fraxinet, aujourd'hui Garde-Freinet (Var), ils faisaient de continuelles incursions sur tout le littoral. En 891, une de leurs bandes passa l'Esterel et ravagea tout le pays, de la Napoule au delà de Nice. Pour comble de malheur, une invasion de Magyars, venus par l'Italie, acheva de désoler, en 926, les Alpes Maritimes.

Moyen Âge et Renaissance

Un comte de Provence, Guillaume, fils de Boson II, s'illustra par ses guerres gagnées contre les bandes de pillards qui rendaient inhabitables ces contrées et s'empara du repaire des Sarrasins, la Garde-Freinet (972). Il avait été assisté, dans cette lutte, par les seigneurs du pays, entre autres par les Grimaldi, famille génoise, qui avait possédé le comté d'Antibes et qui occupait le rocher de Monaco. Les Grimaldi furent confirmés dans la jouissance de leurs fiefs, et la féodalité fut complètement organisée avec les comtes de Vence et de Cagnes, les comtes de Nice, les princes d'Antibes, les évêchés de Vence, d'Antibes, de Nice, de Glandèves, la seigneurie de Villeneuve-Loubet, etc. Certains centres de population se montrent à cette époque auprès d'autres pays délaissés : Grasse sur sa riche et fertile colline, Albarnum (le Bar); Tourettes-lès-Vence; Gourdon fièrement perché sur son roc; Saint-Paul, Sospel, Roquebrune, Saint-Étienne, Guillaumes, etc.

Les villes du littoral, après les terribles épreuves des IXe et Xe siècles, se relevèrent promptement grâce à leur commerce : leurs relations avec Gênes et Pise devinrent très actives. Les croisades éloignèrent un grand nombre de seigneurs et favorisèrent le développement des libertés communales. Toutefois la période du Moyen âge fut troublée par les rivalités des princes entre eux et les partis qui divisaient chaque cité.

La Provence avait, au XIIe siècle, passé à Raymond-Bérenger, comte de Barcelone (1112). Le dernier comte de la maison de Barcelone, Raymond-Bérenger IV, maria une de ses filles, Marguerite, au roi de France, Louis IX, une autre, Béatrix, au frère de Louis IX, Charles, duc d'Anjou. Charles d'Anjou hérita de la Provence et devint roi de Naples. Les villes du littoral furent donc amenées à entretenir des relations encore plus suivies avec l'Italie : elles soutinrent leur comte dans ses efforts pour maintenir sa domination sur l'Italie méridionale; elles se trouvèrent impliquées dans toutes les guerres et dans les troubles du royaume de Naples.

La reine Jeanne de Naples (1345-1382) eut à défendre sa couronne contre des princes de sa famille, notamment contre Charles de Durazzo (ou de Duras). Charles força Jeanne à s'enfuir de Naples : elle se réfugia à Nice (1348), et les villes, les seigneurs des Alpes Maritimes soutinrent ardemment la cause de cette femme qui pourtant s'était souillée du meurtre de son premier mari. Mais Jeanne était l'inconstance même. Rétablie dans son royaume, elle reconnut pour son héritier Charles de Durazzo, puis Louis d'Anjou, frère du roi de France Charles V et chef de la seconde maison d'Anjou. Nice, qui ne voulut pas suivre la reine dans ses tergiversations, soutint le parti de Duras. La victoire demeura d'abord à Charles de Duras, qui assiégea la reine Jeanne, la prit et la fit étrangler dans Naples. Mais Louis II d'Anjou ne tarda pas à reconquérir le royaume de Naples après la mort de Charles de Duras (1586), et il lui fallut alors lutter contre une partie de la Provence, notamment contre Nice, qui persistait à soutenir les droits du jeune Ladislas de Hongrie, dernier descendant de la première maison d'Anjou. Nice, assiégée (1588) par les troupes de Louis d'Anjou, se mit sous la protection du comte de Savoie, Amédée VII, et reconnut la suzeraineté de ce prince.

Le comté de Nice, détaché de la Provence, suivit dès lors les destinées de la maison de Savoie : le bassin du Var se trouva divisé: Grasse, Antibes demeurèrent à la Provence, qui se rapprochait de plus en plus de la France et devint française après la mort de Charles du Maine, héritier de René d'Anjou (1481). Les rois de France s'efforceront désormais de supprimer cette barrière peu sérieuse du Var et de reporter leur frontière aux Alpes, limites naturelles de l'ancienne Gaule. Aussi la région des Alpes Maritimes sera-t-elle le théâtre de nombreuses hostilités dans toutes les grandes guerres de la France.

Sous le règne de François ler, pendant les guerres d'Italie, la Provence fut envahie par les troupes de Charles-Quint, à la tête desquelles se trouvait le connétable de Bourbon qui avait fait défection. L'ennemi s'empara de Saint-Laurent-du-Var, de Villeneuve, d'Antibes, de Cannes, de Grasse et même des îles de Lérins. Il marcha ensuite sur Marseille (1524), mais il fut obligé de rétrograder. François Ier, qui accourut aussitôt et qui refoula les Impériaux en Italie, fut vaincu et fait prisonnier à la journée de Pavie (1525). Ce désastre fut pour lui une dure leçon; aussi évita-t-il, dans ses autres guerres les batailles rangées, et , pour lutter contre son redoutable adversaire, s'allia-t-il aux Ottomans.

Les guerres d'Italie, si imprudemment entreprises, ramenaient par leurs péripéties les rois de France à la vraie politique. Au début de la troisième guerre avec Charles-Quint, François Ier occupa la Savoie, mais ne put s'emparer du comté de Nice. Charles Quint envahit la France par le littoral avec une armée formidable (1536). Il passa le Var et assiégea Antibes. Attaquée par mer et par terre, cette ville montra un courage héroïque, mais elle fut enfin prise d'assaut et livrée au pillage. Charles Quint se dirigea ensuite vers Cannes, puis sur Grasse, tandis qu'une division de son armée, longeant la côte, se portait sur Fréjus. Mais cette invasion ne fut pas plus heureuse que celle de 1524. La Provence, ravagée par les Français eux-mêmes, n'offrit aux envahisseurs qu'une vaste solitude et Charles Quint, après avoir poussé jusqu'à Aix où l'évêque de Nice le couronna roi d'Arles, rétrograda. Dans leur retraite, les Impériaux perdirent 20,000 hommes, surtout au passage de l'Esterel, où les paysans placés en embuscade surprenaient et battaient les corps détachés. 

A Cannes, l'empereur fréta une barque qui le transporta à Nice. Là, en 1538, eut lieu une entrevue fameuse entre François Ier et l'empereur, et ce rapprochement des deux adversaires amena la signature d'une trêve. Paix trompeuse, car quelques années après la guerre recommençait! La flotte française se joignit à la flotte de l'amiral de Soliman, Barberousse, bey de Tunis, et François de Bourbon, comte d'Enghien, entra dans le comté de Nice. Les Turcs débarquèrent, ravagèrent le pays et vinrent dresser leurs batteries devant la ville de Nice : les Français du comte d'Enghien vinrent rejoindre les pirates de Barberousse. Nice résista. Une femme du peuple, Ségurane, au moment où l'assaut se donnait au fort Sincaire, abattit d'un coup de hache le Turc qui portait l'enseigne et, saisissant le drapeau, anima ses concitoyens à la lutte (1543). L'arrivée du duc de Savoie avec une armée força les Français et les Turcs à se retirer.

Les Guerres de Religion succédèrent presque sans intervalle, aux guerres d'Italie. Les Alpes Maritimes virent, comme les autres régions, les catholiques et les protestants s'entre-déchirer, et Mauvans, l'un des principaux chefs protestants était un Provençal de Castellane. Sous le règne d'Henri III, les protestants se liguèrent contre le gouverneur de Provence, Carcès; Catherine de Médicis crut apaiser les esprits en nommant à la place de Carcès le maréchal de Retz; de là les factions des carcistes et des razats. D'autres prétendent que le nom de razats vient du mot raser, faisant allusion aux impôts extraordinaires que Retz levait dans les communes ou aux dévastations qu'il commettait. Le parti carciste représenta les catholiques, le parti razat les protestants et les politiques mécontents. La Ligue, dont le duc de Guise était l'âme, s'étendit jusqu'à la Provence où elle eut pour chef le baron de Vins; mais les Ligueurs ne tardèrent pas à appeler l'étranger, et le duc de Savoie, Charles-Emmanuel, s'empressa de répondre à leur appel, espérant bien, à la faveur de ces troubles, agrandir ses domaines.

Après la mort d'Henri III, la Ligue se soutint longtemps encore en Provence, et ce fut même l'époque où la lutte devint plus vive. Grasse tomba au pouvoir des Ligueurs, qui payèrent bien cher ce succès, car il coûta la vie au baron de Vins, tué devant les murs de cette ville (1589). La confusion ne tarda pas à être extrême dans le pays ravagé de toutes parts. Les lieutenants d'Henri IV durent reconquérir pied à pied toute la rive droite du Var (1592), mais le duc de Savoie entreprit une nouvelle invasion. La ville d'Antibes ayant été prise d'assaut, Charles-Emmanuel lit passer au fil de l'épée une partie de la garnison; il s'empara du château de Cannes et reprit Grasse, que les Ligueurs avaient perdue. Cependant le duc d'Épernon reconquit la Provence pour Henri IV en 1593, mais il méconnut bientôt l'autorité royale et Henri le remplaça par le duc de Guise (le fils du Balafré), qui, comme gage de la sincérité de sa soumission, apaisa complètement les esprits et rendit le calme à ce malheureux pays, où les guerres avaient accumulé les ruines.

Les Temps modernes

La fameuse guerre de Trente ans n'eut pas de suites aussi funestes que les guerres précédentes pour la région des Alpes Maritimes. Elle ne fut signalée que par une attaque des Espagnols qui s'emparèrent des îles de Lérins (1635); ces îles furent reprises en 1637. La Savoie était alors l'alliée de la France, et Richelieu, content d'enchaîner ce pays à sa politique, n'essaya point de mettre la main sur Nice. Il faisait, à la même époque, d'autres conquêtes plus pressées.

Sous le règne de Louis XIV, la Provence demeure une des provinces les plus calmes de la France, et l'histoire locale des Alpes Maritimes ne signale que la présence, à l'île de Sainte-Marguerite (1687), de ce mystérieux prisonnier, l'Homme au masque de fer, dont les investigations les plus minutieuses des érudits n'ont pu établir l'identité. Mais bientôt le duc de Savoie, tour à tour ami et ennemi de la France, entre décidément dans la coalition formée contre Louis XIV (guerre de la Ligue d'Augsbourg). Le maréchal de Catinat envahit alors le comté de Nice, s'empare de la ville (1691) et soumet tout le pays jusqu'au col de Tende. Le traité de Turin (1696) rendit au duc Victor-Amédée les territoires qu'il avait perdus, et la réconciliation fut scellée par le mariage d'Adélaïde de Savoie avec le jeune duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV. Mais, pendant la guerre de la succession d'Espagne, une nouvelle défection du duc de Savoie compromit les armées françaises d'Italie, qui furent obligées de se replier (1703-1704); et, en 1705, les troupes de Louis XIV se vengèrent de cette défection sur la ville de Nice, prise après un bombardement terrible : par ordre de Louis XIV, la citadelle fut rasée jusqu'au sol. Bientôt la fortune changea. Victor-Amédée et le prince Eugène, complètement vainqueurs en Italie, à la journée de Turin (septembre 1606), envahirent à leur tour la Provence, reprirent Nice, s'emparèrent de Grasse et marchèrent sur Toulon, sans avoir pris Cannes, dont l'artillerie gêna singulièrement leur marche. La flotte n'osa pas attaquer l'île de Sainte-Marguerite, défendue par un gouverneur intrépide, la Mothe-Guérin. Cette invasion, ralentie par la résistance de Cannes et de l'île Sainte-Marguerite, alla se briser contre les remparts de Toulon. Le duc de Savoie fut obligé de se retirer et de passer encore sous le feu des canons dirigés par la Mothe-Guérin.

Malgré tant de leçons, bien que la configuration du sol et le courage des habitants eussent si souvent démontré qu'une invasion en France n'avait aucune chance de réussir dans cette région, les Autrichiens et les Piémontais.en tentèrent une nouvelle, en 1766, pendant la guerre de la succession d'Autriche. Tandis qu'ils bombardaient Antibes, les Anglais s'emparaient des îles de Lérins. Les coalisés prirent Cannes et Grasse, mais le maréchal de Belle-Isle, envoyé par Louis XV, délivra le pays, fit capituler la ville de Nice et Villefranche. Un congrès se réunit à Nice, où fut préparé le traité qui devait être signé à Aix-la-Chapelle.
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Personnalités issues du territoire des Alpes-Maritimes

XIVe siècle. - Brandi, né à Puget-Théniers, jurisconsulte, mort en 1511 ou 1515.

XVe siècle. - Jean Galléan, né à Nice, armateur. - Louis Bréa, peintre d'histoire, né à Nice.

XVIe siècle. - Jean-François Fulconis, mathématicien, né à Isola. - Catherine Ségurane, surnommée la Jeanne Hachette de Nice, célèbre par le courage qu'elle déploya pendant le siège de Nice par la flotte franco-turque. - Éloi Caffarelli, né à Saint-Étienne-des-Monts, jurisconsulte.

XVIIIe siècle. - L'abbé Jean-Pierre Papon (1734-1823), de l'Oratoire, né à Puget-Théniers, a écrit une  histoire de Provence. - Charles-André Vanloo (1705-1765), peintre, élève de son frère Jean-Baptiste Vanloo. - Alberti, né à Sospel (1737-1801), jurisconsulte et grammairien. - Audiffredi, né à Saorge (1714-1794), dominicain.

XVIIIe et XIXe siècles. - Joseph Bavastro, né à Nice, marin, se distingua dans les guerres de la République. - Joseph d'Auvare Corporandi, né à la Croix (1722-1804), général dans les armées de la République.- André Masséna (1758-1817), né à Nice, maréchal, duc de Rivoli, prince d'Essling, surnommé l'enfant chéri de la Victoire.

XIXe siècle. - Joseph Castel (1798-1855), né à Nice, peintre. - Joseph Garibaldi, général italien, né à Nice en 1807. - Jacques-Marie-Antoine-Célestin Dupont (1792-1859), né à Villefranche, mort cardinal-archevêque de Bourges. - Hyacinthe-Louis-Victor Aubry (1797-1848), né à Nice, peintre, élève de Girodet. - Adolphe-Jérôme Blanqui (17981854), né à Nice,. économiste, membre de l'Institut. - Auguste Blanqui, son frère, né à Puget-Théniers, a été mêlé à toutes les révolutions politiques du XIXe siècle depuis 1830.

Le comté de Nice devint, dès les premiers jours de la Révolution de 1789, le refuge des émigrés français de la Provence. Ils y firent des manifestations semblables à celles des émigrés de Coblentz; mais le peuple de Nice prit fait et cause pour la Révolution : il s'arma et força les troupes de Savoie à la retraite : celles-ci toutefois se retirèrent dans le camp fortifié de Saorgio. Alors les Français entrent à Nice, sous les ordres du général Anselme. Masséna est chef de bataillon dans le régiment des volontaires du Var, et Bonaparte capitaine d'artillerie : c'est à Nice qu'il reçoit son brevet de commandant. En 1793 les troupes françaises, commandées par Brunet, font d'inutiles sacrifices pour enlever le camp de Saorgio. Les ennemis, renforcés par une division autrichienne, firent une sortie générale et débordèrent sur le territoire français; mais Dugommier, successeur de Brunet, les battit et les contint. Enfin au mois d'avril 1794 l'armée d'Italie, sous les ordres de Dumerbion, acheva de s'emparer du comté de Nice et fit tomber le camp de Saorgio, qui, depuis le commencement de la guerre, avait causé taut de sanglants et d'inutiles combats. 

Cependant tandis que l'armée, continuant sa marche victorieuse, passait sur le territoire de Gênes, Bonaparte était arrêté à Nice, après le 9 thermidor, pour ses relations avec Robespierre le jeune. Si sa captivité fut courte, il resta quelque temps à Paris sans emploi; mais après avoir sauvé la Convention à la journée du 13 vendémiaire 1795, il reparut sur la côte des Alpes Maritimes en qualité de commandant en chef de l'armée d'Italie; c'est de Nice qu'il partit pour commencer sa  campagne de 1796-1797. Les préliminaires de Léoben, confirmés par le traité de Campo-Formio, consacrèrent la réunion du comté de Nice à la France (1797), et en 1799 ce comté fut érigé en département sous le nom d'Alpes-Maritimes. Les orages qui s'éloignent vont gronder au centre de l'Europe. Mais, en 1814, les Français, évacuant l'Italie, se replient sur Nice, et les troupes du roi de Sardaigne reprennent possession du pays.

Cependant, le 1er mars 1815, vers quatre heures de l'après-midi, trois petits bâtiments paraissent dans le golfe Juan. Cinquante hommes de la vieille garde débarquent et tentent de surprendre Antibes. Mais l'officier qui commandait cette place les retient prisonniers. Napoléon, car c'était lui qui tentait cet audacieux débarquement, sans s'effrayer, fait bivouaquer les huit cents hommes qu'il amenait avec lui, autour de Cannes, puis, le lendemain, prend la route des montagnes, marche sur Grasse et, par la région difficile des Basses Alpes (Alpes-de-Haute-Provence), se dirige sur Grenoble, avec une telle rapidité que le 20 mars il rentrait à Paris sans avoir tiré un coup de fusil.

Après la bataille de Waterloo, le comté de Nice fut encore enlevé à la France, En 1845, le roi Charles-Albert, vaincu a Novare par les Autrichiens, passa par Nice pour aller s'ensevelir dans la retraite à Oporto au Portugal. En 1859, la guerre de l'indépendance italienne enleva une dernière fois à l'Italie la Savoie et le comté de Nice (traité du 24 mars 1860) et le suffrage universel consulté, en vertu de ce traité, consacra, à la presque unanimité, le retour à la France de ces deux provinces. (A. Joanne).
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La frontière des Alpes-Maritimes et de l'Italie

Le long de l'Italie, la frontière a été établie en vertu du traité du 24 mars 1860, par lequel la Sardaigne cédait à la France la Savoie et l'arrondissement de Nice. Le protocole de délimitation fut dressé à Paris, le 27 juin suivant, et la convention définitive signée à Turin, le 27 mars 1861, d'après un protocole dressé à Nice le 25 novembre 1860, par une commission déléguée sur les lieux. 

D'après cette convention, la frontière suit la crête des Alpes entre la Tinée et la Stura, depuis l'Enchastraye, jusqu'à la cime de Colla-Lunga ou P. de Barbacana (2760 m.) elle abandonne la ligne de partage des eaux : par un contrefort, elle descend jusqu'au vallon du Ciastiglion qu'elle traverse, puis, de la tête de Ciallane, elle redescend vers la Tinée et en suit le cours pendant 6 km jusqu'au confluent du torrent de Molières; elle longe alors à mi-hauteur et du côté du Sud les crêtes qui enveloppent ce torrent, traverse les vallons de Boréon, de la Madone de Fenêtre, de la Gordolasque, et, à partir de la cime du Diable (2687 m), jusqu'au monte Gaurone (1624 m), suit la crête qui borde au Sud la vallée de la Miniera. Après avoir traversé la vallée de la Roya, elle remonte le torrent de Groa jusqu'à la Baisse de Gias que (1822 m) où elle cesse de se diriger vers le Sud-Est, pour tourner au Sud-Ouest. Elle descend alors pendant quelques kilomètres le torrent de Bendola, traverse le massif de l'Arpette (1618 m), traverse pour la seconde fois la vallée de la Roya, puis celle de la Bevera, et, de la tête de Cuore (1090 m) à la cime de la Grimaude (319m), suit la crête que domine le Granmondo (1377 m) pour aboutir sur la mer à Port-Louis. 

Le trait caractéristique de cette frontière c'est qu'elle laisse à l'Italie, à partir de la cime de Colla-Lunga, toutes les hautes vallées des torrents dont le cours inférieur appartient à la France: Ciastiglion, Molières, Boréon, Fenêtre, Gordolasque, Roya. L'habileté de Cavour a valu à l'Italie tous les avantages stratégiques. (GE).

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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