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Les départements français
Les Alpes-Maritimes
[Histoire des Alpes-Maritimes]
Le département des Alpes-Maritimes doit son nom aux chaînes des Alpes, qui viennent plonger, par de beaux promontoires, sur le rivage de la mer Méditerranée. Situé au sud-est de la France, c'est à la fois un département frontière et un département maritime. Au sud, au sud-est, il touche à la mer Méditerranée; à l'est, au nord, il confine à l'Italie; à l'ouest, il touche aux départements du Var et des Alpes-de-Haute-Provence. Son chef-lieu, Nice, est à 935 kilomètres sud-sud-est de Paris par la route (A7 et A6), à 695 seulement en ligne droite. Nice est à peu près sous la même latitude qu'Arles, Lodève, Lavaur, Saint-Sever; à peu près sous la même longitude que Mulhouse, Colmar et Saverne.

Il a été formé, en 1860, après le traité, - sanctionné par le vote presque unanime des habitants, - qui céda à la France le duché de Savoie et le comté de Nice, alors provinces du royaume d'Italie. Comme le comté de Nice, qui faisait partie du Piémont, était trop petit pour un département de grandeur moyenne, l'arrondissement de Grasse, détaché du département du Var, y fut ajouté, ainsi que la plus grande partie de la principauté de Monaco, acquise par le traité du 2 février 1861. L'arrondissement de Grasse est un lambeau de l'ancienne Provence, l'une des provinces (la huitième par son étendue) qui constituaient la France avant la Révolution de 1789. Le département fait aujourd'hui partie de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

La superficie des Alpes-Maritimes est de 384,000 hectares, et sa population de 1.091.072 habitants (2010). De l'extrême nord à l'extrême sud, du pic de l'Enchastraye aux caps méridionaux du golfe de la Napoule, sa longueur est de près de 100 kilomètres; sa largeur varie beaucoup: elle est de 30 kilomètres sous le parallèle de Guillaumes, de plus de 50 sous celui de Puget-Théniers, et, sous le parallèle de Levens, d'environ 70 kilomètres. Enfin, sans tenir compte de certaines sinuosités de la côte, son pourtour peut être estimé à 570 kilomètres.

Ce département peut se diviser en trois zones. La première qui comprend les cantons du littoral (Cannes, Antibes, Vence, Nice, Villefranche et Menton), est bien cultivée et couverte d'orangers, de citronniers, de grenadiers, de caroubiers et d'oliviers, et, dans les environs de Grasse et de Nice, de champs de fleurs cultivées pour la parfumerie. La seconde zone, qui est comprise entre la zone littorale et une ligne allant de Puget-Théniers à Sospello, est montueuse et très fertile, mais mal cultivée et produit peu de céréales; elle est couverte d'oliviers, de vignes et d'arbres fruitiers. La troisième zone est celle des montagnes; elle comprend le Nord du département, présente çà et là quelques vallées fertiles et, sur quelques plateaux, des pâturages aIpestres excellents; mais en général c'est un pays de torrents et de rochers arides.

La principauté de Monaco forme une enclave longue et étroite entre la route de la Corniche et la côte, à peu près à mi-distance entre le cap Ferrat et le cap Martin.

Principales communes

Rang Arr. Commune Population
1
2
Nice 352 388
2
1
Antibes 76 778
3
1
Cannes 71 790
4
1
Grasse 51 294
5
1
Cagnes-sur-Mer 49 551
6
1
Le Cannet 42 596
7
1
Vallauris 30 839
8
1
Saint-Laurent-du-Var 30 605
9
2
Menton 29 129
10
1
Mandelieu-la-Napoule 20 889
Rang Arr. Commune Population
11
1
Mougins 20 250
12
1
Vence 19 659
13
1
Villeneuve-Loubet 14 194
14
2
Beausoleil 14 033
15
2
Roquebrune-Cap-Martin 13 313
16
1
Valbonne 12 312
17
1
Carros 11 756
18
1
Mouans-Sartoux 10 562
19
2
La Trinité 10 439
20
1
Biot 9 219
Codes des arrondissements : 1 = Grasse, 2 = Nice.
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Physionomie générale

Le département des Alpes-Maritimes est justement célèbre pour la beauté de son littoral, le charme de ses vallons, çà et là cependant très arides, la magnificence de ses hautes vallées, la douceur de son climat.

Les Alpes-Maritimes sont entièrement couvertes de montagnes; les fonds de vallées y sont même en général beaucoup plus resserrés que dans les autres départements qui empruntent leur nom aux Alpes, parce qu'il n'y a pas place pour des rivières aussi puissantes que la Durance ou le Drac. Ces montagnes se partagent entre le groupe des Alpes Maritimes proprement dites, au Nord et à l'Est des deux bras de l'équerre formés par le cours du Var, et les Petites-Alpes de Provence, enveloppées par cette rivière. 

Par la nature de ses roches, le territoire est très varié : les gneiss, schistes, micaschistes, granits, serpentines, amphiboles, forment les hautes montagnes d'où descend la Tinée; les granits et les porphyres règnent à l'extrémité opposée du département, dans le massif de l'Estérel; partout ailleurs s'étendent les calcaires jurassiques, la craie inférieure ou la craie supérieure.

La plupart des monts crayeux ou calcaires des arrondissements de Grasse et de Nice, et un grand nombre de ceux de l'arrondissement de Puget-Théniers, sont stériles, dénudés, depuis qu'ils ont été déboisés. Entre Grasse et les clus de l'Estéron, tout autour du Cheiron, et dans les chaînons au nord et au nord-est de Nice, les versants des montagnes restent complètement arides, les plateaux n'offrent ni eau ni verdure. Au bord de la mer, la végétation est moins rare, et tel promontoire, tel coteau élevé, telle montagne excite justement l'admiration pour ses bois de pins d'Alep, ses bosquets d'oliviers, ses citronniers, ses orangers, ses arbustes odoriférants Dans les montagnes plus élevées, sur le Var supérieur, sur la Tinée, la Vésubie, la Gordolasque, et sur la Roya en inclinant vers le col de Tende, on trouve encore de grandes forêts, des eaux vives et brillantes, des cascades alimentées par des neiges perpétuelles.

Relief du sol

Considéré dans son ensemble, l'aspect extérieur du relief du département forme en réalité trois parties distinctes. 

Entre le Var et la Tinée.
Un massif extrêmement compact, dominé par la crête où se dressent le mont Mounier (2818 m), la cime de Pal (2 816 m) et la Petite-Côte de l'Ane (2931 m), s'élève entre  le Var et la Tinée. L'orientation générale du massif est du Nord-Ouest au Sud-Est, parallèlement à la vallée supérieure de la Tinée et à la grande crête alpestre qui forme sur son versant de gauche la frontière, italienne, où le Tinibras atteint 3031 m. La Cime de Tinibras, au nord-est de Saint-Étienne-des-Monts, qu'on appelle aussi Saint-Étienne-de-la-Tinée, domine, par de formidables escarpements, deux petits lacs nommés les lacs de Tinibras, et se dresse entre la France et l'Italie, sur le faîte entre les bassins du Var et de la Stura. 

Au nord et tout près du Tinibras, également au-dessus des lacs de Tinibras, et sur la frontière franco-italienne en même temps que sur l'arête entre les bassins du Var et du , la Tête de l'Ubac a 3008 mètres. A l'est-sud-est du Tinibras, sur le même faîte, à la frontière, le Grand Simon de Rabuons, dont le vrai nom serait peut-être Grande Cime de Rabuons, a également 3008 mètres au-dessus des mers; un sommet de 2956 mètres le relie à la Cime de Cialancias (2998 mètres), qui a passé longtemps pour le sommet le plus haut de tout le département. Le Grand Simon de Rabuons et la cime de Cialancias dominent également le lac de Rabuons, nappe d'eau d'où sort un affluent de gauche de la Tinée.

Tout à fait à la pointe septentrionale du territoire, à la triple frontière du Piémont, des Alpes-de-Haute-Provence et des Alpes-Maritimes, la Roche des Trois-Évêques, où aboutissaient en effet trois évêchés, se dresse à 2858 mètres; et tout près, l'Enchastraye, qui porte un lac sur une de ses terrasses, à 2856 mètres.

Le massif outre Var et Tinée forme la partie la plus sauvage du département: aucune route ne la traverse et les deux rivières qui l'enveloppent ont leur confluent à une altitude d'environ 200 m.

A l'Est de la valée de la Tinée et du Var.
A l'Est de la vallée exactement orientée du Nord au Sud, où coulent la Tinée et le Var inférieur, les montagnes sont beaucoup moins élevées : elles ne dépassent 2000 m que sur la frontière au dans son voisinage; mais elles sont coupées par un bien plus grand sombre de vallées dont les principales sont toutes orientées dans le même sens, du Sud au Nord. Les principaux sommets sont : sur la frontière, Ia cime de Piagu (2309 m), et celle du Diable (2687 m), entre la Tinée et la Vésubie, la mont Caire Gros (2109 m), la Tournairet (2085 m), et plus au Sud, le mont Brech (1603 m); entre la Vésubie et la Roya supérieure, l'Aution (2080 m), la cime de la Calmette (1786 m), la Gonella (1844 m), et la cime de Roca Scira (1501 m); entre la Var et le Paillon de Contes, le mont Férion (1412 m), et le mont Chauve d'Aspremont (848 m); entre le Paillon de Contes et celui de l'Escarène, la Blachiera (829 m); entre la Paillon de l'Escarène et le torrent de Carei, la pic de Baudon (1263 m), et le mont Agel qui, à deux kilomètres de la mer, à vol d'oiseau, s'élève encore à 1148 m. C'est la long de ce massif, dont le pied baigne directement dans la Méditerranée, qu'ont été construits la route et le chemin de fer de la Corniche. Immédiatement au-dessus de Monaco, le fort de la Tête-de-Chien a été construit à 573 m d'altitude. Des hauteurs semblables bordent tout le littoral de la frontière à Nice, et c'est seulement entre les cours inférieurs du Paillon et du Var que le sol, tout en restant très accidenté, s'abaisse au-dessous de la cote de 500 m, jusqu'à une huitaine de kilomètres du rivage environ. 

Les montagnes de l'arrondissement de Grasse.
Enveloppées dans le coude du Var, des montagnes tout à fait différentes des précédentes couvrent l'arrondissement de Grasse, et, n'était le caractère particulier de leur végétation, rappellent bien plus les montagnes jurassiques que les Alpes véritables. Le Var forme réellement frontière entre deux régions bien distinctes. Ce qui caractérise les montagnes de l'arrondissement de Grasse,  c'est leur parallélisme de l'Est à l'Ouest, les surfaces plates que les crêtes portent à leurs sommets, les plans souvent faiblement inclinés de leurs flancs, les vallées longitudinales qui les séparent, et les clues ou cluses profondes et sauvages par où les torrents passent d'une vallée dans l'autre. La chaîne la plus septentrionale suit la rive droite du Var, de Puget-Théniers au confluent de la Tinée ; le mont Brun y atteint 1518 m; en allant vers le Sud on rencontre ensuite la crête de Saumelongue (1002 m), celle de Charamel où le Harpille (ou mieux Alpille) atteint 1686 m et que l'Esteron traverse dans une cluse inaccessible; celle de Thorenc (1629 m), celle du Cheiron, (1778 m), celle de l'Hubac (1592 m), celle de l'Audibergue (1642m), celles qui enveloppent la vaste plaine couverte de rochers hauts de plus de 1000 m, qui forme la commune de Caussols. 

Comme le Jura, l'ensemble de ces massifs parallèles cesse brusquement, et sa lisière est marquée par la haute falaise qui se dresse derrière Saint-Jeannet, Vence, Grasse et Peymenade. Au Nord de la ligne qui joindrait ces différentes communes, le pays est partout au-dessus de 400 m, excepté à la sortie de l'Estéron. Au Sud il est au contraire partout au-dessous de 400 m, excepté sur les confins du département du Var où se dressent les petits et abrupts sommets de l'Esterel. Entre la Siagne intérieure et le Var, s'étend donc la seule partie relativement basse du département; l'aspect de plateau y domine, et les parties les plus hautes sont habitées et cultivées; le village de Mougins domine tout le pays de ses 260 m d'altitude. Là se trouve la seule plaine digne de ce nom, celle où la Siagne coule à partir d'Auribeau; elle a d'Auribeau à la plage de la Napoule une dizane de kilomètres de longueur, et derrière cette plage elle atteint une largeur de 5 km de la Napoule à la Bocca. La vallée inférieure du Var n'est en comparaison qu'un long et étroit ruban qui ne s'élargit qu'à 2 km au-dessus de l'embouchure.

Géologie des Alpes-Maritimes

Les terrains primitifs se montrent dans la partie des Alpes qui forme la frontière italienne : la vallée de la Tinée y est entièrement engagée dans sa partie supérieure dont les deux flancs appartiennent à la France. A l'autre extrémité du département, sur la lisière du Var, les dernières pentes de l'Estérel appartiennent également aux terrains primitifs; il se prolongent même au delà de la rive gauche de la Siagne jusqu'au golfe Juan. On trouve dans les environs immédiats de Cannes et de Vallauris du gneiss, du granit, du micaschiste et du porphyre injecté de grès rouge et vosgien. 

Dans la dépendance des terrains primitifs, qui ont leur principal développement dans le Var, se trouve une large bande de terrains de transition qui forme la partie la plus basse de l'arrondissement de Grasse, et se prolonge jusqu'à la route de Vence à Cagnes : ils appartiennent à l'étage du trias. Le muschelkalk y domine , excepté dans les gorges de la Siagne qui sont taillées dans le grès bigarré. De l'autre côté du département, la haute vallée de la Roya, celle de la Vésubie, une partie de celle de la Tinée sont également formées par les terrains de transition.

Entre ces deux systèmes, les terrains jurassiques et crétacés occupent la partie centrale du département, et constituent, avant tout, les montagnes orientées de l'Est à l'Ouest, dont nous avons vu plus haut que l'aspect extérieur rappelait tout à fait celui du Jura. Toute la côte entre Nice et la frontière appartient également aux terrains crétacés et, autour du golfe Juan,la presqu'île de la Garoupe tout entière ainsi que les îles de Lérins sont les fragments de masses crétacées qui ont dû autrefois envelopper, du côté du Sud, le système de l'Esterel.

Littoral des Alpes-Maritimes

Le littoral du département des Alpes-Maritimes, aussi varié, aussi lumineux, aussi beau que celui du Var et que celui de la Ligurie jusqu'à Gênes, n'a pas une très grande longueur c'est à peine si l'on compte, en ligne droite, 60 kilomètres, dans la direction du sud-ouest au nord-est; et, en somme, cette côte n'est pas très dentelée; tous détours compris, elle n'a peut-être pas 100 kilomètres. Ce littoral présente deux aspects différents à l'Ouest et à l'Est de Nice. 

De Théoule-sur-mer à Nice.
A l'Ouest de Nice, les rivières côtières ont déposé le long du littoral des alluvions qui forment des plages longues et profondes, aux lignes extrêmement simples. Les montagnes moins élevées que dans dans la partie orientale ne serrent pas non plus d'aussi près la mer. Cette partie du littoral peut être divisée en trois sections : 

Le golfe de la Napoule.
Les promontoires boisés de l'Esterel séparent la côte du département du Var de celle des Alpes-Maritimes : ces premiers caps sont projetés par le  massif du Théoule (le Signal de Théoule est à 257 m au-dessus de la mer) qu'échancrent un grand nombre de calanques; ils précèdent le golfe de la Napoule, que le cap de la Croisette sépare du golfe Juan. En réalité, de l'Estérel au promontoire de la Garoupe, s'étend un seul et même golfe, protégé au large par les îles de Lérins

Le golfe de la Napoule, très évasé, a pour ville riveraine Cannes, qui est, avec Menton, l'une des rivales de Nice elle-même. 

« Rien, dit Baude, n'est plus délicieux que les environs de Cannes; c'est mieux que la Provence et mieux que l'Italie : transportez les plus riants paysages de la Suisse au bord d'une mer transparente; mêlez à leurs pins séculaires des vignes, des oliviers, des orangers, éclairez-les d'un soleil plus doux que celui de Naples, et vous auréz le golfe de la Napoule. » 
Ce golfe reçoit la Siagne, qui, pendant les crues, forme derrière cette longue ligne littorale un étang analogue à celui de Vaugrenier (ci-dessous).

Le golfe Juan.
Le cap de la Croisette, qui sépare le golfe de la Napoule du golfe Juan, n'est qu'à 1400 mètres de Sainte-Marguerite, l'une des cieux îles de Lérins (l'autre est Saint-Honorat).

Sainte-Marguerite, dont le tour est de 7 kilomètres, possède des coteaux bas qu'ombrage une belle forêt de pins maritimes, et un étang; son fort a servi de prison pendant dix-sept années à l'énigmatique personnage que l'histoire nomme le Masque de Fer. Saint-Honorat, plus petite, n'est même pas à 1 kilomètre de distance au sud de Sainte-Marguerite, à laquelle elle est parallèle. Cette île, cet îlot plutôt, n'a que 5 kilomètres de tour; elle posséda longtemps l'un des monastères les plus fameux de toute la chrétienté; aujourd'hui encore, elle est cultivée par une communauté de moines de Cîteaux.

Le golfe Juan, avec la plage de Vallauris, dont la pente douce se continue sous les flots, est célèbre dans l'histoire par le débarquement de Napoléon, au retour de l'île d'Elbe, le 1er mars 1815. Il ne reçoit que des ruisseaux très courts, descendus de l'Esterel, qui n'a pas, sur cette partie du littoral, d'altitude supérieure à 266 mètres. 

Parmi ces ruisseaux, on peut nommer celui de Vallauris, coulant dans un vallon délicieux, le Val d'Or, d'après l'étymologie latine du mot (vallis aurea). La péninsule de la Garoupe ou cap d'Antibes, qui sépare le golfe de la Napoule du golfe d'Antibes et de Nice, est un long promontoire, admirable de végétation. Cette presqu'île est couverte de lentisques et de myrtes comme un maquis de la Corse, d'orangers, d'oliviers, de pins, de chênes verts, et ces bosquets ombragent de charmantes villas.

Le golfe d'Antibes.
Le golfe d'Antibes et de Nice est extrêmement évasé; à proprement parler ce n'est pas un golfe : c'est une courbe du littoral qui, jadis plus grande, plus profonde, a été diminuée par les petites rivières qui s'y jettent, la Brague, le Loup, la Cagne, le Paillon, et surtout par un très fort torrent, le Var. 

D'Antibes, l'ancienne Antipolis, à l'embouchure du Var, la côte, grâce à ces diverses alluvions, est un peu marécageuse; elle est longée de très près (c'est aussi le cas depuis Fréjus, ville du département du Var) par la voie ferrée de Paris à Menton. 

La première rivière qu'on rencontre au delà d'Antibes, est la Brague, née près de Grasse et passant à Valbonne. Vient ensuite le Loup, rivière de sources roulant 1700 litres d'eau par seconde à l'étiage quand elle atteint la mer. 

A l'Est de Nice.
De Nice à la frontière d'Italie, la côte, extrêmement dentelée, et formée par le pied même des montagnes qui baignent dans la Méditerranée, ne laisse place qu'à des plages très peu développées, comme celle de Menton. Elle se dirige en moyenne vers le nord-est. On y remarque d'abord la presqu'île plus massive du mont Boron (183 m), dont le sommet est reboisé en pins d'Alep, en pins maritimes, en oliviers, en caroubiers; ses caps séparent le golfe de Nice du golfe de Villefranche, superbe rade ayant 350 hectares avec des profondeurs de 10 à 50 mètres, et abritée de tous les vents, sauf de celui du sud; la  ville qui lui donne son nom, une des plus pittoresques de ce littoral,  n'a jamais à souffrir du mistral et de ces âpres vents des Alpes qui soulèvent des tourbillons de poussière dans toute la vallée du Paillon. 

Pour sortir du golfe de Villefranche, il faut contourner la  presqu'île du cap Ferrat,, longue de près de 4 km, du Nord au Sud,  l'une des plus admirables de cette côte de Nice à Gênes, et sur laquelle se greffe à l'Est celle du cap Saint-Hospice, petite péninsule très étroite. Le sémaphore qui les domine est à 134 m d'altitude. Après avoir doublé le cap qui termine cette presqu'île, on entre dans le golfe de Saint-Hospice, puis on longe successivement l'anse de Beaulieu, près d'une forêt d'oliviers séculaires; la mer d'Èze, golfe arrondi que dominent les escarpements et les bois d'Èze ou Eza;  les roches très découpées du cap d'Ail (cap d'Aggio); la plage au-dessus de laquelle se dresse la Tête-de-Chien (573 mètres), promontoire escarpé qui offre un panorama magnifique; le rocher de Monaco, ville  trop battue par certains vents, et capitale d'une principauté de 5500 mètres de longueur sur 150 à 1000 de largeur, enclavée dans le canton de Menton; le golfe évasé qui s'ouvre entre Monaco et le cap Saint-Martin, golfe que dominent Roquebrune et le Mont-Agel (1148 mètres). Au delà du cap Saint-Martin, ombragé de superbes oliviers, s'ouvre le golfe de la Paix ou golfe de Menton, le dernier de la France avant la frontière italienne.

Menton, dont le climat égale celui de Naples même, est mieux abritée  que Cannes contre les vents du nord, par un bel amphithéâtre de montagnes qui s'élèvent par degrés jusqu'à 1000, 1200, 1300 mètres; ces montagnes, aux sommets gris et chenus, sont couvertes, sur leurs pentes, dans leurs vallées, dans leurs ravins, de forêts de pins, d'oliviers, de citronniers, d'orangers, de caroubiers; trois petits torrents, le Gorbio, le Borrigo, le Caréi, en descendent. La Roya, cours d'eau plus important débouche dans la mer juste après la frontière, à Vintimille.

Régime des eaux

A l'exceptiond de la Lane (V. plus bas), les Alpes-Maritimes ne sont arrosées que par des fleuves côtiers, qui ont tous une allure torrentielle. Le principal est le Var.

Le Var.
Le Var est un des grands torrents de la France. Bien que n'ayant pas plus de 155 kilomètres de longueur, dans un bassin de 227 900 hectares seulement, il porte à la mer, à 6 ou 7 kilomètres au sud-ouest de Nice, 28 000 litres par seconde en temps d'étiage, 42 000 aux eaux moyennes, et jusqu'à 4 millions pendant les grandes crues (il roule donc alors 143 fois le volume de ses eaux les plus basses). 

Sa source est très abondante : elle jaillit au nord-ouest du département, à une heure et demie de marche en amont du village d'Entraunes, au sein de montagnes nues dont les plus hautes dépassent 2600 mètres. Cette fontaine, que l'été ne diminue guère, est sans doute le déversoir de petits lacs qui n'ont pas d'écoulement apparent,  lacs situés dans les vallons supérieurs des pointes de Lauzon et des Trois-Évêques; d'après les habitants de ces montagnes, des canaux inconnus lui amènent aussi le tribut du lac d'Allos, bien que ce lac, assez vaste et profond, soit situé de l'autre côté d'une haute chaîne de montagnes, dans le bassin du Verdon, qui, par la Durance, est un sous-affluent du Rhône.

La source du Var est à 1800 mètres environ d'altitude, et déjà Entraunes n'est plus qu'à 1280 mètres; Guillaumes, où tombe la Tuébie, à 750 mètres. Au-dessous de Daluis (650 mètres), le fleuve, qui tantôt coule dans de sombres clus entre de formidables escarpements, tantôt s'égare dans des lits de pierre ou de riants bassins, quitte le département des Alpes-Maritimes pour entrer dans celui des Alpes-de-Haute-Provence, où il reste pendant 15 kilomètres environ (il y baigne Entrevaux). Rentré dans les Alpes-Maritimes, il se grossit de la Roudoule à Puget-Théniers (par un peu moins dle 400 mètres), du Champs ou Ciamp près des rochers de Touet, et longe le pied des roches élevées et escarpées de Villars du Var. 

Après avoir presque doublé de volume, à 200 mètres environ d'altitude, par la jonction de la Tinée venue par une gorge transversale, il s'engage dans la clus de l'Echaudan, défilé tellement profond et resserré que la lumière du soleil ne pénètre jamais sur certains points ; les parois de l'abîme, le plus souvent à pic, y ont 200, 300 et jusqu'à 400 mètres de hauteur. De ces gorges, qu'on nomme aussi gorges de Ciaudan, il sort pour recueillir aussitôt ses deux plus grands tributaires après la Tinée : la Vésubie, par 140 mètres, et l'Estéron, par moins de 120. 

Après son confluent avec la Vésubie, le Var descend vers le Sud, sur une longueur de 25 km, dans une vallée dont le fond a de 1000 à 1500 m de largeur, et où il décrit à travers ses dépôts de galets de nombreux méandres, tandis que des canaux d'irrigation empruntent ses eaux pour colmater ses dépôts, et que des digues protègent les terres ainsi conquises contre ses débordements et ses  apports nouveaux de galets. 

Après avoir laissé sur sa droite le village de Saint-Laurent-du-Var, il se déverse dans la mer par une ample embouchure, véritable delta qui gagne constamment sur la mer et couvre la place d'un ancien golfe. 

Ses affluents peuvent se diviser en deux catégories : ceux qui ont une direction analogue à celle de sa vallée supérieure et de sa vallée inférieure; ceux dont le cours est parallèle à sa vallée moyenne. Les premières lui viennent sur sa rive gauche et descendent des crêtes des Alpes. Parmi ces cours d'eau dans le département des Alpes-Maritimes, on peut citer la Tuébie, la Roudoule, le Champs, la Tinée, la Vésubie et l'Esteron.

La Tuébie.
La Tuébie roule dans les orages des eaux très noires qui emportent les débris des versants schisteux d'une gorge étroite, sauvage, profonde :  après les violentes averses, un vingtième environ de l'eau de la Tuébie consiste en débris de roches réduites en poussière. Née dans le massif du Mounier, elle court dans les défilés de Péone et tombe dans le Var (rive gauche) à Guillaumes.

La Roudoule.
La Roudoule, également affluent de gauche, s'unit au Var à Puget-Théniers : si dans les orages la Tuébie devient noire comme de l'encre, la Roudoule devient pour la même cause rouge comme du sang.

Le Champs.
Le Champs ou Ciamp ou Gians descend du massif du Mounier; cet autre tributaire de gauche tombe dans le Var en amont du Touet de Beuil, après avoir traversé avec un fracas assourdissant une des clus les plus extraordinaires du pays; les parois de ce défilé ont jusqu'à 200 mètres de hauteur; elles se composent d'assises de diverses couleurs : jaunes, rouges, grises; des saillies arrondies, semblables à de gigantesques colonnes, flanquent ces assises; les aiguilles et les dents qui hérissent les crêtes des rochers ont l'apparence d'anciens châteaux-forts. 

La Tinée.
Le principal affluent du Var est la Tinée. Elle a 75 km de longueur, pendant lesquels elle appartient toujours entièrement aux Alpes-Maritimes, excepté dans la partie assez courte de son cours où elle sert de frontière. Elle roule 5000 à 6000 litres d'eau à l'étiage absolu; aux eaux moyennes, c'est une forte rivière, et dans les crues un fleuve violent qui dévore ses berges et que d'autres torrents augmentent à l'issue de chaque vallée.

Cette rivale du Var s'enfonce comme lui dans des clus formidables; elle baigne tantôt des monts noirs de sapins et de mélèzes, tantôt des roches nues, tantôt des escarpements stériles; ses affluents sont des torrents à cascades sur le cours de plusieurs desquels ont été ménagés des réservoirs et qui, grâce à ces retenues, font descendre jusqu'à son lit les bois coupés chaque année dans ces montagnes. 

Elle sort au pied des montagnes de 2500 à 3000 mètres qui s'élèvent tout au nord du département, sur la frontière des Alpes-de-Haute-Provence, des Alpes-Maritimes et du Piémont; de ces montagnes, celle qui domine le plus près sa première source, la fontaine de la Tinargue, est la cime de la Bonnette (2864 mètres). Cette source est extrêmement élevée, puisque, malgré la forte pente initiale qu'elle descend, elle est encore à 2000 mètres d'altitude à 5 ou 4 kilomètres de son origine; au Pra, la première localité un peu considérable de sa vallée, le torrent est à 1600 mètres. 

Après avoir reçu le torrent de Saint-Dalmas-le-Selvage, issu du confluent des ruisseaux de Jallorgues et de Sestrières, la Tinée passe à Saint-Étienne-des-Monts (1140 mètres), à Isola (880 mètres), site admirable. Elle y recueille le torrent de Chastillon, venu d'Italie, et la cascade de la Loucle, haute de 100 mètres. Plus bas, elle forme, sur 5 ou 6 kilomètres, la frontière entre la France et le Piémont. Rentrée par les deux rives en France, au confluent du torrent de Molières, qui est entièrement italien, elle coule dans le vallon de Saint-Sauveur, où tombe le Roubion. 

Enfin, d'étranglement en étranglement, la Tinée arrive au Var, dans lequel elle se perd à la sortie d'une profonde clus, a 200 mètres au-dessus de la mer. Elle impose au fleuve la direction sud-sud-est qu'elle a constamment suivie : sous ce rapport, il semble que sa vallée soit l'artère mère du bassin du Var. La Tinée est un affluent de gauche.

La Vésubie.
Sept kilomètres au-dessous du confluent de la Tinée, le Var reçoit la Vésubie, formée à Saint-Martin-Lantosque par la réunion de deux torrents dont les sources appartiennent à l'Italie; celui du Boréon et celui de la Madone de Fenêtre. 

Elle a 36 km seulement; son cours est aussi encaissé, sa vallée aussi pittoresque que celle de la Tinée, et elle rejoint le Var à travers des gorges aussi sauvages. Malgré sa longueur modeste, elle est considérable, surtout au printemps, alors qu'elle reçoit les neiges fondues des montagnes du Borréon, de la Fenêtre, de la Gordolasque, et autres cimes élevées de 2500 à 3000 mètres. Grâce à l'établissement de lacs artificiels, retenant le surplus des eaux dans les hautes vallées et les déversant ensuite en cataractes, la Vésubie, comme la Tinée, a pu être utilisée autrefois pour le flottage des troncs d'arbres. 

Sa vallée offre dans sa petite étendue une grande variété de sites; elle prend son origine sur le territoire italien, au milieu de montagnes granitiques d'un caractère alpestre, embellies de lacs, de cascades, de forêts, de pâturages fleuris; elle baigne ensuite de hautes collines aux sommets arrondis et aux pentes garnies de terrasses en gradins où se cultivent l'olivier, l'amandier, le figuier, la vigne; puis une âpre gorge entre des escarpements calcaires presque dépourvus de toute végétation; et enfin elle perce une chaîne de montagnes par une énorme coupure. C'est en aval de cette clus qu'elle s'unit au Var, qui vient de traverser un défilé semblable. 

Les deux rivières qui la forment et qui descendent toutes deux de l'Italie, s'unissent, par environ 900 mètres d'altitude, au pied du promontoire de Saint-Martin-Lantosque on les nomme le Borréon et la Fenêtre; elles sont également longues d'un peu moins de 20 kilomètres. Le Borréon ou Boréon descend des montagnes que couronne la Cime de Mercantour, haute de plus de 3000 mètres; la Fenêtre, ou torrent de la Madone des Fenêtres, sort des monts élevés du col des Fenêtres, qui unissent le Mercantour au Clapier. 

La Vésubie reçoit près de Roquebillière la Gordolasque, pittoresque torrent qui se forme en Italie, sur les flancs du Clapier et est son principal tributaire; elle passe à Lantosque, au pied d'Utelle, qu'elle laisse à droite sur la montagne, et au pied de Levens, qu'elle laisse à gauche, aussi sur la montagne. Son confluent avec le Var (rive gauche) est à 140 mètres au-dessus des mers. 

L'Estéron.
Dans la seconde catégorie des affluents du Var, il n'y a à citer que I'Estéron, dont la vallée est plus pittoresque encore que celle de Puget-Théniers, parce qu'elle est formée de plusieurs tronçons de tranchées parallèles, reliés entre eux par des gorges transversales impraticables. L'Estéron, tributaire de droite, a 65 kilomètres de cours descendant de l'ouest à l'est : venu du département des Alpes-de-Haute-Provence, il passe à Saint-Auban (1100 mètres) et à Roquestéron. 

C'est un cours d'eau pittoresque, coulant le plus souvent dans des clus et recevant des foux. Parmi ses affluents, on cite la Sagne; la Faye, qui passe dans la clus de Saint-Auban, l'une des plus merveilleuses de ces Alpes calcaires, entre des rocs de 200 à 300 mètres de hauteur; la Gironde, son principal affluent aussi sauvage que lui, et le Bouyon, qui descend du Cheiron.

La Cagne, le Loup, la Brague.
A l'Ouest du Var, les Alpes-Maritimes sont arrosées par la Cagne, le Loup et la Brague. Les deux premiers ont leur cours supérieur engagé dans des vallées parallèles à celle de Puget-Théniers. 

Le Loup.
Le Loup naît à 1305 m d'altitude, dans les mêmes montagnes que la Siagne, au nord de l'Audibergue (1641 mètres), s'engouffre un moment sous terre et ressort à Laval près de Cipières. Coulant d'abord de l'ouest à l'est, il semble qu'il doive aller se perdre dans le Var; mais, tournant brusquement au sud, il s'engage dans la gorge de Courmes ou clus de Saint-Arnoux, longue de 10 kilomètres, au sein d'un plateau calcaire : 

« c'est une des curiosités naturelles les plus remarquables des Alpes-Maritimes et l'un des traits les plus saillants du relief général de la contrée Les roches calcaires s'y dressent à plus de 400 mètres de hauteur au-dessus du torrent; les grottes et les foux sont nombreuses dans cette gorge sauvage, mais leur accès est difficile. » 
Le Loup sort de cette gorge étrange en aval de l'ermitage de Saint-Arnoux (pèlerinage), va passer près du Bar. De Bar à la mer, sa vallée est encore accidentée malgré la médiocre altitude du pays environnant; elle ne commence guère à s'élargir qu'un peu avant Villeneuve-Loubet, c.-à-d. tout près de son issue. 

La Cagne.
La Cagne,avec ses 32 km, est moins longue, mais plus rapide encore, puisqu'elle naît à la même altitude. Elle sort à Saint-Jeannet des montagnes calcaires du Cheiron, la montagne la plus haute de l'arrondissement de Grasse, et rejoint presque le Loup à son embouchure. 

Avant que sa belle source jaillisse du sol, « on l'entend longtemps mugir dans des cavités. » Presque immédiatement augmentée de la Cagnette ou Petite Cagne, elle passe à Coursegoules, reçoit la Lubiane, qui vient de Vence, et à Cagnes le Malvan. Sa vallée supérieure, entre Coursegoules et Saint-Jeannet est presque entièrement déserte. 

Comme le Loup, elle se déverse dans la mer au-dessous d'un pont du chemin de fer de Marseille à Gênes. Alimentée par des foux, la Cagne est beaucoup plus abondante que ne le ferait supposer la brièveté de son cours. 4 à 5 kilomètres seulement séparent son embouchure de celle du Var.

La Brague.
La Brague s'est creusé un sillon étroit et profond dans la terrasse côtière qui s'interpose entre les montagnes et la mer, dans tout l'arrondissement de Grasse.

La Siagne.
Une bonne partie de la frontière occidentale des Alpes-Maritimes est formée par la Siagne, qui occupe une faille transversale des Alpes de Provence, ce qui rend sa vallée extrêmement pittoresque. Ce petit fleuve côtier n'a guère que 45 kilomètres de cours, mais n'en est pas moins un cours d'eau fort abondant, grâce aux foux ou grandes sources de son bassin en partie crayeux (ces sources sont alimentées par les embues, trous, gouffres, fissuration du plateau). 

La Siagne a pour origine une abondante fontaine, dont les eaux proviennent des embues du Plan de la Caille,  plateau sans issue qui se trouve à 8 ou 10 kilomètres au nord-ouest,  et qui est un ancien lit de lac situé à 1100-1200 mètres d'altitude, soit à 500 mètres environ au-dessus du niveau de la foux de Siagne, laquelle n'est même pas à 700 mètres.

A quelques kilomètres de sa principale source, la Siagne, déjà considérable, coule sous un pont naturel, arche calcaire ayant 5 mètres de portée, avec une épaisseur de 50 mètres : c'est le Pont-à-Dieu, à deux kilomètres en aval duquel est le confluent d'une petite rivière de foux, qui sépare le département des Alpes-Maritimes de celui du Var. A partir de ce confluent, la Siagne, resserrée par de hautes parois entre le plateau de Saint-Vallier, à l'est, et le plateau de Mons, à l'ouest, sert de limite aux deux départements. Près d'une superbe fontaine, nommée comme tant d'autres dans ce pays la Foux, les Romains avaient fait partir l'aqueduc qui menait les eaux de la Siagne à Forum Julii, belle et grande ville, appelée maintenant Fréjus; tout près commence le canal moderne qui pourvoit d'eaux potables Antibes, Vallauris, le Golfe-Juan et Cannes.

A une faible distance s'ouvre dans le roc la magnifique grotte de Saint-Césaire. A 1000 mètres au-dessous de cette caverne, qui n'a pas de rivales dans cette région, par 217 mètres d'altitude, la Siagne reçoit la Siagnole, qui a tout son cours dans le département du Var, et qui, grâce à plusieurs belles foux, roule un volume d'eau considérable relativement à la brièveté de son cours. Aussi le débit d'étiage de la Siagne est-il de 4721 litres par seconde à l'étiage en aval de ce confluent. Continuant à couler dans une de ces gorges extraordinairement profondes, singulièrement pittoresques, qu'on nomme en Provence des clus, la rivière passe au pied des roches élevées de Saint-Césaire, puis, constamment accrue par de nouvelles fontaines, et, grossie du Biançon, rivière du Var qu'alimente l'Estérel, elle rentre par ses deux rives dans le département des Alpes-Maritimes. 

Elle reçoit près d'Auribeau. les eaux de Grasse et ne tarde pas à s'engager dans des alluvions qu'elle a formées dans la mer au préjudice du golfe de la Napoule, dans lequel elle se perd au sud-ouest de Cannes, près du hameau de la Napoule. 

La Siagne donne ses eaux à des canaux qui arrosent environ 2000 hectares dans sa basse vallée, en aval d'Auribeau, tout son cours en amont jusqu'à sa foux originaire n'étant qu'un tortueux, étroit, profond défilé.

Le Paillon, la Roya.
A l'est de l'embouchure du Var, le golfe d'Antibes et Nice reçoit le Magnan et le Paillon; plus à l'Est encore coule la Roya : 

Le Magnan.
Le Magnan descend du Mont-Cau ou Mont Chauve d'Aspremont, pyramide de 848 mètres qui a été reboisée, comme plusieurs des montagnes nues de ce littoral. 

Le Paillon.
Le Paillon serpente dans une vallée fort belle où ses débordements subits ont causé de fréquents ravages. Il n'a guère que 35 kilomètres : issu de monts de 1200 à 1500 mètres, il passe à Contes, reçoit, par 96 mètres, la Peille, qui vient de l'Escarène, le Laguet et la Garbe ou torrent du val de Saint-André, et finit par se jeter à Nice, où son lit de galets, à sec pendant l'été, a une largeur considérable. 

La Roya.
La Roya, cours d'eau de 60 kilomètres, roulant 8000 litres par seconde à l'étiage, n'a que 18 km de son cours moyen dans les Alpes-Maritimes; c'est un torrent comme le Paillon et sa vallée est très accidentée. Elle naît dans les monts du col de Tende, elle entre en France par 525 mètres d'altitude, dans la clus de Gandarena ou gorge de Berghe, défilé d'une sauvage grandeur. Elle passe à 150 mètres en contre-bas de Saorge, à Breil, et sort des Alpes-Maritimes après y avoir serpenté et y avoir absorbé divers torrents, le Caïros, la Bendola, la Maille; elle reçoit encore la pittoresque Bévère, avant de mêler à la Méditerranée des flots le plus souvent rougeâtres .La Bévère a 25 kilomètres en France, sur 40 en tout; elle passe à Sospel où elle franchit le gouffre fameux de la Paréja. 

Le ruisseau de Saint-Louis et la Lane.
On mentionnera encore pour mémoire, le ruisseau de Saint-Louis, qui n'a d'autre importance que de marquer la frontière italienne.

Signalons enfin la Lane, qui est la seule rivière des Alpes-Maritimes à appartenir au bassin du Rhône. La Lane coule de l'est à l'ouest, entre des monts arides, entre les bassins de l'Esteron au nord, du Loup et de la Siagne au sud; elle passe à Valderoure (canton de Saint-Auban) et tombe dans l'Artubi celui-ci gagne le Verdon, grande et pittoresque rivière que la Durance emporte, à son tour, avant de se jeter dans le Rhône.

Climat des Alpes-Maritimes

Les Alpes-Maritimes, au point de vue climatique, se partagent en deux zones : la zone maritime et celle de la montagne. 

La zone littorale.
Dans la première, pas d'hiver; la température, douce et sèche à la fois, permet la culture de l'oranger et du citronnier; dans les parties abritées du vent du Nord, elle devient presque tropicale; Beaulieu, par exemple, à l'Est de la presqu'île de Villefranche, a été appelé la Petite Afrique. En été, les grandes chaleurs sont tempérées par les brises de mer.

Les vents les plus fréquents sont la tramontane ou vent du Nord qui a passé sur les cimes enneigées où il s'est refroidi; celui du Nord-Ouest ou maistraou, le mistral de Marseille, froid aussi et très désagréable; Cannes a sur Nice l'avantage d'en être bien abrité; le siroco ou vent du Sud produit parfois l'été des sécheresses excessives.

La moyenne annuelle de Nice oscille entre 15,2 °C et 15,9 °C,; elle est égale à celle de Pise et de Rome, supérieure à celle de Florence; la neige y tombe en moyenne un demi-jour par an; il y a 72 journées de pluies, mais non des journées entières; la pluie dure peu et le soleil la boit aussitôt.

La moyenne annuelle de Menton est de 16,3 °C. Il y a 80 jours de pluie, 71 jours avec plus ou moins de nuages, 214 jours absolument clairs.

La moyenne annuelle de Cannes est de 16,4 °C, c'est-à-dire supérieure, d'ailleurs de très peu, à celle même de Naples. Il y pleut 70 jours par an, par pluies brusques et courtes; le ciel est presque toujours éclatant; et, tandis que, par exemple, le mois de décembre n'offre à Paris que 2 jours sans nuages, à Cannes le soleil brille de tout son éclat pendant 22 jours.

En hiver, il faut une température extrêmement rigoureuse pour que le thermomètre descende au-dessous de 0°C. On cite les hivers où la phénomène s'est produit et où il y a eu de la neige. Il suffit d'ailleurs d'une gelée bénigne pour faire périr dans cette région les plantes habituées à une température pour ainsi dire tropicale. En général, il n'y a pas plus de 50 à 60 jours de pluie dans la zone littorale.

Le climat des montagnes.
La zone montagneuse a, au contraire, un climat très rigoureux; la température moyenne y décroît de 1°C environ par 175 m d'altitude; aussi les hivers sont-ils longs et très durs; la neige tombe de bonne heure et persiste jusqu'au mois de mai ; on cite des plateaux où elle parait avant la récolte du seigle. 

Zones de végétation

ll y a 4 zones de végétation et de culture dans le département des Alpes-Maritimes. 

La zone de l'oranger.
La zone de l'oranger s'étend le long de la mer et s'élargit plus ou moins suivant que les montagnes qui l'abritent du Nord sont plus ou moins loin de la côte. Elle ne dépasse pas, en général, 2000 m d'élévation. Outre l'oranger et le citronnier, elle est caractérisée par le palmier nain, le palmier dattier, la raquette, l'agavé d'Amérique, l'eucalyptus.

La zone de l'olivier.
La zone de l'olivier s'étend des rives de la Méditerranée jusqu'à une altitude de 400 m, avec une largeur variable; c'est dans l'arrondissement de Grasse qu'elle est le plus développée, parce qu'une large zone, inférieure à cette altitude, s'étend entre la mer et la montagne. On y trouve le chêne liège, le chêne yeuse, le chêne kermès, l'arbousier, le pin d'Alep, et, dans les vallées, les peupliers, le lentisque, le térébinthe, le genêt épineux y forment, sous les grands arbres, des maquis on garrigues.

La zone des céréales.
La zone des céréales commence où l'olivier et le pin d'Alep cessent de végéter et s'élève jusqu'à 800 ou 1000 m. L'olivier y fait place au noyer et au châtaignier. La flore en est encore très variée; les coteaux calcaires se couvrent de lavande, de thym et de buis. De grandes surfaces sont couvertes de forêts où, avec le chêne, dominent le hêtre et l'érable, et où apparaissent les résineux. Les principales sont celles de Breil, Sospel, Saorge, Lantosque, Beuil, Saint-Dalmas-le-Selvage.

La zone pastorale et forestière.
La zone pastorale et forestière s'élève au-dessus de celle des céréales, jusqu'à 1700 m. Les principales forêts sont celles d'Utelle, de Saint-Martin Lantosque, de Venanson, de Valdeblore, de Saint-Sauveur, d'lsola. Les parties les plus élevées sont couvertes par les pâturages.

Curiosités naturelles

Les curiosités naturelles abondent dans le département des Alpes-Maritimes, qui possède à la fois la mer et les montagnes; et comme les montagnes y sont composées de roches très variées, les « effets » pittoresques y varient aussi beaucoup.

Dans l'arrondissement de Grasse, ancien territoire du Var, on admire surtout des foux, des clus, des grottes , et de chaque mont de la côte, de chaque promontoire battu par la mer, on découvre des panoramas splendides.

Dans l'arrondissement de Puget-Théniers, où les montagnes sont plus hautes, il y a moins de foux, mais les clus y sont formidables, les torrents superbes, les cascades hautes et abondantes, et, çà et là, les forêts aussi belles qu'étendues.

Dans l'arrondissement de Nice, comme dans celui de Puget-Théniers, les montagnes offrent un grand nombre de défilés, forêts et cascades; et, comme dans celui de Grasse, des points de vue magnifiques sur la plus gracieuse des mers. (A. Joanne / P. Dupuy).

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