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Le couronnement
est une cérémonie dans laquelle
un roi reçoit la couronne, insigne de la souveraineté. C'est
le moment central de ce processus cérémoniel qu'est le sacre.
Le couronnement
des empereurs byzantins.
Dans l'empire grec de Constantinople
où le pouvoir impérial se transmettait soit par héritage,
soit par désignation du prédécesseur, le couronnement
n'était pas essentiel; il n'ajoutait rien à la puissance
du basileus. Le premier empereur couronné par le patriarche
de Constantinople fut selon les uns Léon Ier,
selon d'autres Anastase. Le couronnement se faisait généralement
à Sainte-Sophie. Cantacuzène
(I, 41) nous a laissé une description du cérémonial
suivi; en voici les principaux traits. Tout d'abord l'empereur était
élevé sur un bouclier soutenu par son père, s'il existait,
par le patriarche, les despotes et les sébastocrators les
plus élevés en dignité. L'assistance l'acclamait.
On le déposait à terre, puis on le conduisait dans l'église
où devait avoir lieu le couronnement. Il était introduit
dans un édicule de bois où les évêques le revêtaient
de la pourpre et du diadème. La messe commençait ensuite.
Sur une estrade recouverte de tentures de soie rouge prenaient place le
nouvel empereur et les empereurs déjà couronnés, ainsi
que les impératrices. Le patriarche montait à l'ambon. Les
empereurs et les plus hauts dignitaires allaient l'y rejoindre. Le peuple
faisait silence. Le patriarche récitait alors certaines prières,
les unes à voix basse, les autres à haute voix. Le nouvel
empereur ayant déposé son diadème, le patriarche faisait
sur son front une croix avec l'huile consacrée, en même temps
qu'il s'écriait : Saint! acclamation que les personnages
placés dans l'ambon, puis toute l'assistance répétaient
trois fois. Le patriarche prenait la couronne (stemma) des mains
des diacres qui l'avaient apportée et la plaçait sur la tête
de l'empereur, en s'écriant : Digne! ce que l'assistance
répétait trois fois. L'empereur descendait de l'ambon; s'il
était marié, il couronnait sa femme prosternée à
ses pieds. Ensuite, on chantait le trisagion, hymne
à la Trinité. Avant de quitter
l'église, l'empereur déposait sur un autel
une offrande en or; puis, ceint de la couronne, il quittait l'église
et gagnait la partie du Palais appelée Métatorion, où
l'on procédait à l'adoration.
Le couronnement
des rois Mérovingiens et Carolingiens.
Chez les Germains,
il n'y avait pas de couronnement; la cérémonie de l'installation
consistait dans l'élévation du nouveau roi sur un bouclier.
Tacite
(Hist., IV, 15) signale cet usage à propos de l'élection
d'un certain Brinno comme chef de guerre. Grégoire
de Tours mentionne plusieurs fois cette cérémonie chez
les Francs (IV, 52 ; VII, 10) et spécialement à propos de
l'élection de
Clovis comme roi des Francs
de Cologne
(II, 40). On la retrouve chez les Goths (Cassiodore,
Var., 10). Bien que le couronnement ne paraisse pas avoir été
en usage sous les Mérovingiens,
les rois de cette dynastie se paraient cependant de la couronne, comme
le prouve un passage des Gesta Dagoberti (c. xxix). Le sacre de
Pépin,
en 752, fut une innovation chez les Francs; c'était un emprunt fait
à l'Ancien Testament
et aux institutions de l'empire grec. Charlemagne
fut couronné comme roi des Lombards
à Monza, puis comme empereur par le pape Léon III, à
Rome ,
le jour de Noël de l'an 800. Sous les Carolingiens,
le sacre et le couronnement avaient lieu dans une même cérémonie.
On peut même dire que le couronnement n'était qu'une partie
du sacre.
Il nous reste plusieurs relations détaillées
des couronnements des rois carolingiens; le couronnement de Charles
le Chauve, comme roi de Lorraine ,
à Metz ,
le 9 septembre 869, par Hincmar, archevêque
de Reims ,
et les évêques de Toul ,
Liège, Laon et Beauvais ;
celui de Louis le Bègue, comme roi
de France ,
en 877, à Compiègne ,
par le même archevêque de Reims. Le couronnement suivait l'onction.
Les évêques, en même temps qu'ils posaient la couronne
sur la tête du roi, prononçaient une oraison commençant
par les mots : Coronet te Dominus corona gloriae atque jusititiae.
Le couronnement
des rois de France, depuis les premiers Capétiens.
Le couronnement des rois
capétiens avait lieu d'ordinaire à Reims; et dès
le XIIe siècle l'archevêque
de cette église regardait comme un
privilège lui appartenant le droit de couronner les rois de France.
La relation du sacre de Philippe
Ier nous
est parvenue. Ce n'est qu'après avoir reçu l'onction sacrée
que le roi était revêtu des insignes royaux : la couronne,
l'épée, le sceptre et les éperons. Toutes les fois
que les premiers Capétiens tenaient une assemblée solennelle,
ils se faisaient mettre la couronne sur la tête par un archevêque.
L'ordonnance de Louis VII relative au sacre
de Philippe-Auguste, publiée par
Godefroy, dans le Cérémonial françois, est
apocryphe, ou du moins elle ne remonte pas au delà du XIIIe
siècle. Mais le même savant a recueilli plusieurs relations
ou formulaires des sacres du XIIIe siècle.
A l'archevêque de Reims était réservé le privilège
de poser la couronne sur la tête du roi, en disant :
«
Accipe coronam regni quae licet ab indignis, nostris tamen manibus capiti
tuo imponitur, et quia sanctitatis gloriam et honorem et opus fortitudinis
expresse signare mtelligas et per hanc te participem ministerii nostri
non ignores; ita ut sicut nos in interioribus pastoresque animarum intelligimur,
tu quoque in exterioribus verus Dei cultor strenuusque contra omnes adversitates
Ecclesiae Dei defensor regnique tibi a Deo dati et per officium nostrae
benedictionis in vice Apostolorum omniumque sanctorum tuo regimini commissi
utilis executor regnatorque proficuus semper apparies, ut inter gloriosos
athletas virtutum gemmis ornatus et praemio sempiternae felicitatis coronatus,
cum Redemptore ac salvatore Jesu Christo, cujus nomen vicemque gestare
crederis, sine fine glorieris, qui vivit et imperat Deus cum Deo patre
in unitate Spiritus Sancti. Per omnia saecula saeculorum, amen. »
Les pairs de France devaient mettre les mains
à la couronne et la soutenir. Les choses ne se passèrent
pas différemment aux sacres de Louis
XIII, Louis XIV, Louis
XV et Louis XVI. La prière que l'archevêque
prononçait en mettant la couronne sur la tête du roi commençait
par les mots :
Accipe
coronam regni, in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti.
Une autre oraison suivait le couronnement.
L'archevêque disait sur le roi deux bénédictions; le
prenant par la manche du bras droit, tandis que les pairs mettaient la
main à la couronne, il le conduisait jusqu'au trône. Le roi
tenait le sceptre et la main de justice. Devant lui marchait le connétable
tenant l'épée nue, puis le chancelier, le grand maître,
le grand chambellan et le premier chambellan. On procédait alors
à l'intronisation ( Sacre).
Napoléon
Ier fut
sacré et couronné à Notre-Dame de Paris ,
le 2 décembre 1804, par le pape Pie VII. Le pape ayant béni
la couronne, l'empereur la saisit et la posa lui-même sur sa tête;
puis il couronna l'impératrice. Au couronnement de Charles
X, à Reims ,
on renouvela les cérémonies de l'Ancien
régime. Le couronnement de la reine avait lieu en même
temps que celui du roi. Quand le roi se mariait étant déjà
couronné, le couronnement de la reine donnait lieu à une
cérémonie spéciale, dont les formes ne furent jamais
arrêtées avec précision et qui le plus souvent eut
lieu dans la basilique de Saint-Denis .
Quelques reines furent couronnées à la Sainte-Chapelle .
Le couronnement
des empereurs d'Allemagne.
Les empereurs allemands pouvaient être
couronnés quatre fois; à Rome ,
comme empereurs et successeurs de Charlemagne,
à Monza comme rois des Lombards, à Arles
comme rois de Bourgogne ,
à Aix-la-Chapelle
comme rois de Germanie .
D'Otton Ier, à Frédéric
III, les empereurs allèrent à Rome se faire couronner
par le pape. Charles-Quint se contenta de
recevoir la couronne des mains du pape à Bologne
en 1530. Rodolphe ler, Albert, Maximilien
Il, Rodolphe II, Mathias, Ferdinand Il et III, ne furent pas couronnés
à Rome. A partir de Léopold ler,
les empereurs se contentèrent de prendre l'engagement, dans l'acte
d'élection, d'aller se faire couronner à Rome. Aussi longtemps
que les rois de Germanie possédèrent la Lombardie ,
ils furent couronnés avec la couronne de fer soit à Saint-Jean
de Monza, soit à Saint-Ambroise de Milan .
Conrad Ier fut couronné dans ces
deux églises; Frédéric
Ier, à Saint-Michel de Pavie .
Le couronnement à Arles fut exceptionnel et sans importance; c'était
cependant pour les empereurs un moyen d'établir leur suzeraineté
sur la vallée du Rhône. Le couronnement à Aix-la-Chapelle
était de beaucoup le plus important. La bulle d'or promulguée
en 1356 en régla le cérémonial. Le dernier empereur
qui ait été couronné à Aix fut Ferdinand
Ier, en
1531; après lui, comme on trouvait la ville d'Aix-la-Chapelle trop
voisine de la frontière française, cette cérémonie
eut lieu ailleurs, à Ratisbonne, à Augsbourg ,
et depuis 1741 à Francfort-sur-le-Main .
Chaque fois qu'un empereur n'était
pas couronné à Aix-la-Chapelle ,
il remettait aux magistrats de cette ville une charte de non-préjudice.
Voici le cérémonial suivi pour le couronnement d'Aix après
1356. Le jour et le lieu du couronnement une fois fixés, l'électeur
de Mayence informait les magistrats d'Aix et de Nuremberg
d'avoir à envoyer les ornements impériaux dont ils étaient
les gardiens; ceux de Nuremberg : la couronne d'or de Charlemagne,
l'anneau, le sceptre, le globe, les souliers, l'épée, une
aube, une étole, une chappe avec une ceinture; ceux d'Aix-la-Chapelle
: une châsse contenant du sang de saint Etienne, l'épée
de Charlemagne et son baudrier, un évangéliaire. Quand le
couronnement avait lieu à Aix, on plaçait sur le trône
impérial la chaise de Charlemagne. L'église
était ornée. Le jour du couronnement, les électeurs
ecclésiastiques avec les évêques et autres prélats
officiants se rendaient le matin à l'église où les
ornements impériaux leur étaient remis; pendant que les électeurs
séculiers accompagnaient l'empereur depuis l'hôtel de ville
jusqu'à l'église, l'électeur de Bavière
portant le globe, celui de Brandebourg
le sceptre, le comte palatin la couronne, l'électeur de Saxe l'épée
impériale. L'empereur était reçu par les électeurs
ecclésiastiques à l'entrée de l'église. Le
cortège se rendait vers l'autel.
L'officiant commençait la cérémonie
par la prière Domine, salvum fac regem. La messe célébrée
était celle de l'Epiphanie jusqu'à
l'Evangile .
L'empereur allait s'agenouiller devant l'autel, puis il se levait et l'officiant
lui faisait six questions en latin : Voulez-vous vous tenir à
la sainte Foi, que les hommes catholiques ont enseignée, et la confirmer
par de justes oeuvres? A quoi l'empereur répondait : Oui,
le le veux. La seconde question était : Voulez-vous être
fidèle tuteur et protecteur de la sainte Eglise et de ses serviteurs?
La troisième question : Voulez-vous administrer justement, comme
vos prédécesseurs ont fait, l'Empire qui vous est donné
de Dieu et le défendre fortement? La quatrième : Voulez-vous
conserver les droits et recouvrer les biens de l'Empire et les employer
fidèlement à l'utilité publique? La cinquième
: Voulez-vous être équitable juge des pauvres et des riches
et fidèle protecteur des veuves et des orphelins? La sixième
: Voulez-vous être soumis et adhérent au très saint
Père en Christ le pape de Rome et à la sainte Eglise catholique,
apostolique et romaine? A chacune de ces questions, l'empereur répondait
: Oui, je le veux, puis, s'approchant de l'autel, confirmait ses
réponses par le serment. Après quoi l'officiant se tournant
vers les assistants leur demandait : Voulez-vous accepter ce prince pour
régner sur vous, et lui être fidèles? Les assistants
répétaient trois fois : Nous le voulons.
Après quelques oraisons, l'archevêque
officiant sacrait l'empereur en lui faisant plusieurs onctions avec l'huile
bénite. L'empereur était conduit par deux électeurs
ecclésiastiques jusqu'à une chapelle où on le revêtait
des ornements impériaux et spécialement de la couronne qui
était posée sur la tête de l'empereur par les trois
électeurs ecclésiastiques ensemble. L'empereur prêtait
un nouveau serment, puis il revenait à sa place et la messe continuait.
L'empereur communiait sans couronne. Après la messe, il était
conduit jusqu'à une chaise, celle de Charlemagne
à Aix-la-Chapelle ;
c'était l'intronisation. Il revenait à sa place dans le choeur;
il était reçu chanoine de la cathédrale
d'Aix et promettait protection à cette église.
En Prusse, en
Russie, en Angleterre, etc.
Frédéric
Ier se
fit couronner roi de Prusse ,
le 18 janvier 1701 à Koenigsberg. Ses successeurs ne furent pas
couronnés jusqu'à Guillaume Ier
qui renouvela cette cérémonie dans la même ville le
18 octobre 1861.
Le couronnement de l'empereur d'Autriche
comme roi de Hongrie
se faisait à Ofen, et, comme roi de Bohème ,
à Prague .
Les rois d'Angleterre ,
avant la conquête normande, étaient sacrés à
Bath, Winchester ou Kingston sur la Tamise. Après la fondation de
l'abbaye de Westminster ,
par Edouard le Confesseur, c'est
là que fut désormais célébrée cette
cérémonie. Le couronnement n'est pas mentionné avant
Guillaume
Ier; mais
il est probable qu'il faisait partie du sacre. Les archevêques de
Canterbury
réclamaient le privilège d'oindre et de couronner les rois.
L'un des griefs de Thomas Becket contre Henri
Il était que celui-ci ne l'eût pas appelé au couronnement
de son fils; il excommunia l'archevêque d'York et l'évêque
de Durham qui y avaient procédé sans sa permission. Le couronnement
de Richard Ier
est le plus ancien dont un récit détaillé nous soit
parvenu.
Les grands-ducs de Russie
furent couronnés à partir de Vladimir Monomaque (1113-1125).
Ce fut seulement au XVe siècle,
sous Ivan III (1462-1305), que le cérémonial
du couronnement fut fixé. Il eut lieu au Kremlin
de Moscou
dans la cathédrale de la Dormition.
Les quatre métropolitains de Moscou, de Novgorod ,
de Kiev
et de Saint-Pétersbourg
y présidaient. Celui de Moscou disait les prières sur le
tsar et faisait l'onction sacrée. Mais le tsar posait lui-même
sur sa tête la couronne et en mettait une autre sur la tête
de la tsarine agenouillée. De grandes réjouissances précèdaient
et suivaient cette cérémonie. Le couronnement d'Alexandre
II eut lieu le 7 septembre 1856; les fêtes
durèrent du 29 août au 20 septembre Pour les fêtes du
couronnement d'Alexandre III, célébré le 27 mai 1883,
les dépenses s'élevèrent à six millions de
roubles.
Les rois
d'Espagne
étaient couronnés dans chacun de leurs royaumes. Le
couronnement des rois de Suède
se fait à Stockholm
dans l'église Nicolas.
(M. Prou). |
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