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Laon

Laon, Laudunum et Lugdunum Clavatum. est une ville de France, chef-lieu du département de l'Aisne, à 127 km au Nord-Est de Paris, sur une montagne isolée, dominant d'environ 100 m la vallée de l'Ardon; population : 28 700 habitants (2020). 

Laon a été le siège et la dernière possession des derniers rois de la dynastie carolingienne. Henri IV la prit en 1594. Les Français et les Prussiens s'y livrèrent des combats indécis en 1814, et une partie de l'armée française s'y retira après la bataille de Waterloo en 1815. Laon a eu longtemps une valeur stratégique, commandant dans sa position  la trouée de l'Oise, c.-à- d. les routes et voies ferrées de Paris à la Belgique. 

Le coeur da ville de Laon occupe le sommet d'une colline de forme singulière : un triangle percé en son centre par un hémicycle ouvert sur le côté Sud-Est. Les principaux monuments de la ville haute se situent sur le côté Nord du triangle, ce qui a valu à ce plateau le surnom de « Montagne couronnée » : on y trouve l'hôtel de Ville, la cathédrale et, à l'extrêmité Est, la citadelle. L'autre côté, à l'Ouest, accueile l'IUT et le centre hospitalier; entre les deux l'abbaye Saint-Martin et la porte de Soissons.

Au bas de la colline et complètement séparés de la ville sont divers faubourgs : au Nord-Ouest, La Neuville-sous-Laon avec l'hospice départemental de Montreuil établi dans une ancienne abbaye cistercienne, Saint-Marcel, le quartier de la gare et de la poste, relié au centre de la ville haute par un immense escalier, Vaux-sous-Laon (gendarmerie), quartier de Semilly, Ardon et Leuilly, à l'Est.

Histoire 

Le site de la ville de Laon a été certainement très anciennement peuplé (traces néolithiques); certains archéologues pensent y retrouver l'antique Bibrax, place de guerre des Rémois (Remi), alliés de César, qui délivra leur ville attaquée en 57 av. J.-C. par les Suessions. 

Le nom de Laudunum n'apparaît qu'à la fin du Ve siècle après les invasions barbares, lors de la création du diocèse. Sous les Mérovingiens, la ville fit successivement partie des royaumes de Soissons et d'Austrasie. Prise et pillée en 682 par Gislemar, maire du palais de Neustrie, elle fut reprise par Pépin le Bref en 742 et demeura depuis lors dans le domaine carolingien. Les Vikings échouèrent devant ses murailles en 882. Au Xe siècle, elle fut l'un des derniers domaines des derniers souverains de la dynastie de Charlemagne. Eudes s'en était emparé, il est vrai, en 892, mais Charles le Simple la reprit en 897; Robert s'en rendit maître en 920, mais après sa mort Louis d'Outremer s'y fit sacrer, et si, pour recouvrer sa liberté, en 946, il la céda au duc des Francs, il ne tarda pas à la reprendre par surprise. Un an après l'avènement de Hugues Capet, Charles de Lorraine s'établit encore dans la ville et repoussa le monarque usurpateur qui l'assiégeait. Mais celui-ci avait noué des intrigues avec l'évêque Adalbéron qui l'introduisit dans la place par trahison.

Sous la royauté capétienne, la cité de Laon, placée sous la suzeraineté de ses évêques, devint l'une des communes les plus turbulentes du Nord de la France. Guibert de Nogent en a raconté, au XIIe siècle, la dramatique histoire qu'Augustin Thierry a vulgarisée. Lors d'un voyage à Rome d'un évêque simoniaque, les habitants de la ville avaient obtenu du chapitre une charte de commune qu'ils firent confirmer par le roi Louis VII en 1111. L'évêque Gaudry, de retour, obtint du roi à prix d'argent la révocation de cet acte, et, non content d'avoir supprimé la commune, il voulut se faire rembourser par les citoyens de la somme qu'il avait payée au roi. Une insurrection éclata où l'évêque et nombre de ses partisans trouvèrent la mort, en même temps qu'un incendie détruisait l'évêché, la cathédrale et une grande partie de la ville.

Inquiets des suites de leur révolte, un grand nombre d'habitants, les plus compromis, se placèrent sous la protection de Thomas de Marle et se réfugièrent dans son château de Coucy. Cette ville, abandonnée de ses défenseurs, tenta la cupidité des paysans des environs; excités par les partisans de l'évêque qui avaient fui devant l'insurrection, ils se ruèrent avec eux dans ces ruines encore fumantes, saccagèrent tout ce qui restait debout et se livrèrent aux pires excès. Pendant ce temps, le roi Louis VI assiégeait les fugitifs dans le château de Coucy, l'emportait de vive force et les faisait pendre (1113). 

En 1128 cependant, la commune fut rétablie, une charte royale la confirma à prix d'argent; mais, dès 1131, elle fut de nouveau abolie. Moins d'un demi-siècle après, les Laonnois entraient encore en lutte contre leur évêque; soutenus par le roi Louis VII, ils recouvraient leur charte (1174); mais quatorze ans plus tard, le roi Philippe-Auguste supprimait de nouveau leurs privilèges. Rétablie encore en 1239, la commune fut définitivement abolie par Philippe de Valois en 1331.

Au XVe siècle, Laon dut se soumettre en 1411 au duc Jean sans Peur, chassa la garnison bourguignonne en 1414, mais fut reprise en 1418. Philippe le Bon la livra aux Anglais qui en furent expulsés en 1429. Au XVIe siècle, elle embrassa le parti de la Ligue et ne fut soumise par Henri IV qu'en 1594.

Pendant la campagne de France, Laon dut se rendre au général prussien Bülow (24 février 1814) et servit quelques jours plus tard de point d'appui à Blücher lors des combats que Napoléon livra sous les murs de la ville (9 et 10 mars 1814). En 1815, l'armée vaincue à Waterloo essaya vainement de se reformer à Laon qui sa rendit à Blücher après quinze jours de siège. 

En 1870, enfin, elle capitula le 9 septembre; au moment où les Allemands pénétraient dans la citadelle, un garde du génie indigné en fit sauter la poudrière.

Pendant la Première Guerre mondiale, Laon est occupée dès septembre 1914 et jusqu'en octobre 1918, par les troupes allemandes. 
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Laon en 1914.
Laon occupée par les Allemands en 1914.

Conciles de Laon.
•  948, le comte Hugues y fût cité par lettres de Marin, légat du pape, pour répondre sur ses méfaits à l'égard du roi Louis d'Outremer et des évêques. 

• 1146, assemblée évêques et de seigneurs convoquée par Louis le Jeune, pour délibérer sur les préparatifs de la croisade.

• 1233, sur la plainte de Milan, évêque de Beauvais, qui prétendait que le roi Louis IX avait violé les droits de son église, en exerçant justice à Beauvais contre les auteurs d'une sédition, les évêques décrétèrent un interdit. Cette censure fut réprouvée par les chapitres des cathédrales, et finalement révoquée par un concile de Saint-Quentin en Vermandois, statuant que les évêques ne pourraient rien ordonner sans la participation de leurs chapitres.

Monuments

La cathédrale Notre-Dame de Laon.
Le plus remarquable des monuments de Laon est sa cathédrale, particulièrement à cause de son importance dans l'histoire de l'architecture gothique. Commencée par l'évêque Gautier de Mortagne, au milieu du XIIe siècle, Notre-Dame de Laon ne fut complètement achevée qu'en 1225. 

C'est un magnifique édifice gothique, de 109 m de longueur dans oeuvre, comprenant une nef principale voûtée d'ogives, haute de 24 m, terminée à l'Est par un chevet plat, percé de trois longues fenêtres surmontées d'une rose, entourée de bas côtés au-dessus desquels règnent des tribunes surmontées d'un triforium, et qui sont eux-mêmes entourés de chapelles qui en  ont remplacé les fenêtres à la fin du XIIIe siècle. La nef et les bas-côtés sont coupés par un transept dont le carré est surmonté d'une tour carrée formant lanterne, percée de deux fenêtres sur chacune de ses faces, et dont les bras sont terminés par des roses et flanqués à l'Est de chapelles absidales. Entre elles et le choeur sont ménagées des salles carrées dont les voûtes retombent sur une colonne centrale. 
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Laon : cathédrale.
La cathédrale Notre-Dame de Laon.

A l'extérieur, la façade occidentale, restaurée par E. Boeswillwald, est surmontée de deux tours carrées à la base, terminées par des clochers de forme octogonale dont les contreforts supportent des clochetons à deux étages ajourés. Au second de ces étages, des animaux de proportions colossales représentent, d'après la tradition, les attelages de boeufs qui transportaient les matériaux sur la colline. Quatre autres tours devaient s'élever aux angles des croisillons; il en subsiste deux. Au Sud de la nef est une salle capitulaire et un cloître, élevés au XIIIe siècle et sous lesquels règne une crypte gothique. 

La cathédrale a conservé de beaux vitraux et de nombreuses pierres tombales. 

Au Nord-Est, le palais épiscopal, édifice du XIIIe siècle (mon. hist.), sert aujourd'hui de palais de justice (le tribunal de grande instance). 

Les autres églises.
• L'église Saint-Martin (mon. hist.), ancienne collégiale, puis abbaye de Prémontrés en 1124, a été construite vers 1140. C'est un bel édifice de transition, sur le plan des églises cisterciennes; la façade est du XIVe siècle. Deux tours carrées s'élèvent à l'angle des bras du transept et de la nef; l'une d'elles a été reconstruite au XVIIIe siècle. Les bâtiments de l'abbaye, ou subsistent des parties du XIIIe siècle, servent  d'hôtel-Dieu depuis la Révolution

• La préfecture est installée dans les anciens bâtiments de Saint-Jean-au-Bourg, fondée au XIIe siècle; dans leur état actuel, ils datent des XIIIe, XVe et XVIIe siècles.

• L'église (chapelle) des Templiers (mon. hist.), dans l'enseinte du musée municipal, est un curieux édifice octogonal, construit en 1134. 

Les anciens bâtiments de l'abbaye de Saint-Vincent, fondée en 610, ne sont pas antérieurs au XVIIe et au XVIIIe siècle.

Les édifices civils.
Quelques vestiges de fortifications rappellent le Moyen âge. Laon a conservé beaucoup de maisons anciennes, la plupart des XVe et XVIe siècles; une seule est plus ancienne et remonte à l'époque romane. L'ancien beffroi de la commune, tour carrée du XIIe siècle, se trouve aujourd'hui dans l'enceinte de la citadelle. On retrouve des vestiges des anciennes fortifications du XIIIe siècle dans les portes de Saint-Martin, Royer et des Chenizelles. Une ancienne tour, dite de Louis d'Outremer, a cédé la place, dans les années 1830 à l'actuel Hôtel de Ville. 
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Laon : porte d'Ardon.
La porte d'Ardon, à Laon.

Des promenades ombragées d'ormes et de tilleuls contournent toute la ville en contre-bas des remparts. (GE).

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Dictionnaire Villes et monuments
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