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| Occam
ou Ockham (Guillaume d'). - Philosophe, théologien, polémiste
religieux et politique, né dans le village d'Occam, comté
de Surrey, dans la dernière partie du XIIIe
siècle, mort à Munich le 7 avril 1347 (d'après Fabricius).
Il aurait, si l'on en croit une tradition, été, dès
l'enfance, remarqué par les franciscains, appelé dans leur
ordre, et il aurait dû à leurs soins de faire à Merton
College (Oxford) ses études, de les couronner enfin à l'Université
de Paris Hauréau, dans
son Histoire de la scolastique,
ne met pas en doute l'intervention résolue, passionnée du
philosophe anglais en faveur du roi de France Sa rupture avec ce
dernier date de 1322 : il avait, cette année-là, en qualité
de provincial d'Angleterre |
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| Parmi
ces pamphlets qui, se répandant en
Europe, minaient la souveraineté papale, les écrits de Guillaume
d'Occam occupaient une place d'honneur. Citons son Opus nonagenta dierum
(1330-33);
son Tractatus de dogmatibus Johannis XXII, papae (1333-34); son
Compendium
errorum Johannis XXII, papae (1335-38); son Defensorium contra errores
Johannis XXII, papae (1335-39); ses
Super Potestate somni pontificis
octo quaestionum decisiones (1339-42), où, du point de vue théologique
principalement, il travaillait à ruiner la doctrine de l'omnipotence
du pape. Mentionnons également son Tractatus de,jurisdictione
imperatoris in causis matrimonialibus, composé pour revendiquer
en faveur de la seule autorité civile le droit de trancher les cas
de consanguinité en matière de mariage, contrairement à
la prétention ecclésiastique de réserver exclusivement
aux chefs de l'Église les questions relatives à l'obtention
de ce sacrement. Jusqu'au bout, l'ardent controversiste combattra le même
combat, puisque son dernier ouvrage,
De Electione Caroli VI, sera
consacré à soutenir les thèses de l'école franciscaine
sur la séparation absolue des deux pouvoirs.
Les dernières années de Guillaume d'Occam ne nous sont guère mieux connues que le début de sa vie. Disons seulement qu'après la mort de Michel de Césène, qui eut lieu en 1342, d'Occam fut par son parti désigné comme général de l'ordre. Le point demeure obscur de savoir s'il se réconcilia, avant sa fin, avec cette curie romaine dont il avait été, depuis tant d'années, l'intraitable ennemi. Ce suprême raccommodement paraîtra bien peu vraisemblable et l'on inclinera à croire plutôt les récits qui nous le représentent comme mourant excommunié. Le résumé
qui précède montrerait suffisamment l'intérêt
historique qui s'attache au nom de Guillaume d'Occam. Au déclin
du moyen âge, ce religieux apparaît comme l'avocat impétueux
des revendications de l'esprit civil en opposition avec les exigences de
l'autocratie sacerdotale. Quelque chose du hobbisme se laisse déjà
pressentir dans les traités politico-ecclésiastiques de ce
polémiste qui allait jusqu'à proclamer que "Jésus-Christ
lui-même, in quantum homo, in quantum viator mortalis, n'avait pas
le droit de censurer Tibère"
et qui aurait entendu bien plutôt incliner sous la souveraineté
séculière l'autorité sacerdotale. Mais là ne
se borne pas l'originalité de son rôle militant.
"Son Compendium choisit quatre constitutions pontificales, qui enveloppaient une déclaration contre la pauvreté selon l'ÉvangileOn sait quels troubles firent naître dans l'Église ces protestations de la conscience morale contre la corruption grandissante de l'idéal chrétien, corruption à laquelle l'heure se fait proche où la Réforme apportera un remède radical. Occam ne pousse assurément point jusqu'où ira un Luther. Mais sa prédication sera imitée et reprise par ces nombreuses sectes monastiques à demi orthodoxes, à demi révolutionnaires, « Fraticelli, Beggards, Leilards, etc. », que l'Eglise combattra par toutes armes sans réussir jamais à les réduire entièrement. Si Guillaume d'Occam a mérité
de compter parmi les révolutionnaires religieux; si le protestantisme Les principaux ouvrages philosophiques
d'Occam sont les suivants : Quaestiones et decisiones in quatuor libros
Sententiarum cum centilogio theologico (Lyon, 1495); Quodlibeta
septem (Paris, 1487); Tractatus de Sacramento Altaris (Strasbourg.
1494), « dans lequel, tout en acceptant comme point de foi la
doctrine de la présence réelle, il montre que l'on pourrait
proposer une théorie plus rationnelle; celle qu'il y formule au
sujet de l'Eucharistie L'intelligence de la philosophie occamiste nous est, d'ailleurs, bien facilitée par la compilation d'un disciple du XVe siècle, Gabriel Biel, premier professeur de théologie à l'Université de Tubingen (en 1477). Biel a, dans son Collectorium super libros sententiarum W. Ockami (Tubingen, 1501), synthétisé avec une pieuse exactitude les théories principales que le maître nominaliste avait disséminées dans ses divers écrits. Donnons-en une vue rapide. Guillaume d'Occam aurait été,
ce semble, en droit de s'appliquer le mot de Carnéade
sur Chrysippe: « Si Duns Scott n'avait
pas composé, je n'aurais pas eu de raison d'exister.»
Et de fait, on peut dire, sans nulle exagération, que toujours il
écrivit en ayant Duns Scot devant les yeux. II ne pouvait, d'ailleurs,
s'attaquer à un réalisme plus
fortement soutenu. Dire ce que Guillaume d'Occam réfute, ce sera
dire ce que lui-même établit. Or la doctrine de Scot, en laquelle
plus d'un moderne a cru apercevoir une anticipation de l'hégélianisme
( 1° La dépendance logique se confond avec la subordination causale, et celle-ci n'est gu'une autre expression de celle-là;A cette double proposition, l'occamisme n'est qu'un long démenti. Et ce démenti se déploie dans une théorie de la connaissance, aux termes de laquelle cette perception de l'universel à laquelle Scot avait cru se résout, à l'analyse, en éléments conceptuels, issus d'intuitions. contingentes, élaborés, contrôlés et composés par l'activité de l'esprit. La connaissance a son origine dans l'information sensible, sauf cette réserve qui sauvegarde les croyances et les aspirations du théologien : Pro statu viae hujus. L'intuition est elle-même due à l'action d'un objet extérieur. Tel est le premier degré du savoir. Aux degrés suivants interviennent le sensus communs, puis « la connaissance mémorative ». Dans cette ère initiale, l'intellect proprement dit n'est pas encore, notons-le bien, entré en jeu. Mais, sans ce premier travail, l'action de l'intellect ne se produirait pas elle le continue, elle en dérive. Intellectus, dit Biel, qui est potentia superior operationem suam incipit a sensibus, neque enim non sentiens intelligit. Et de se réclamer d'Aristote (Biel. L. I. Dist. 111, Qu. 6). Quel sera donc maintenant le rôle de l'intellect? II consistera à abstraire, et cette opération, à son tour, comptera divers moments. De la connaissance de la chose sentie, l'intellect dégagera une notion d'abord vague, à laquelle, l'abstraction aidant, succédera la notion de singulier et de commun. L'opération abstractive poursuivra son oeuvre. De plus en plus elle distinguera des circonstances multiples et changeantes le permanent et l'immuable. Elle ira de la sorte, simplifiant toujours davantage, jusqu'à ce qu'indépendamment des êtres singuliers soit atteinte une qualité une absolument. Grâce à l'observation des ressemblances et au discernement des similitudes essentielles seront composés des concepts de genres et d'espèces. Ces concepts deviendront autant de matériaux pour l'intellect qui les fera entrer dans ses propositions et, par le secours du langage, les disposera dans ses syllogismes, les agencera dans des suites de raisonnements qui lui permettront de construire la science et de procéder à la découverte. Idem ex propositionibus syllogismos facit et alios discursus consequentiales quibus inquirit ex notis ignota (Ibid.). On croirait par instants posséder comme une ébauche de l'Essai sur l'entendement humain, et l'empirisme moderne ne fera guère mieux. C'est ainsi que la théorie occamiste tourne, comme sur son véritable pivot, autour de la notion abstraite. Les concepts, objets sur lesquels s'exercera l'activité ultérieure de l'intellect, le réalisme les prenait tels qu'ils s'offraient, comme des entités subsistantes, que disons-nous ? comme les réalités primaires, comme les seules existences dignes de ce nom, au prix desquelles particulier et concret ne posséderaient qu'une apparente et insaisissable valeur. Mais voici que s'est ouvert le règne de l'analyse. Ces concepts, Occam les soumet à une investigation critique, et il résulte de cette enquête qu'ils ne sont nullement des choses données, des essences simples et absolues, tombées dans notre pensée comme du haut de l'éternité, ce qui les élèverait à la dignité d'archétypes transcendants et d'idées divines (Biel. L. I. Dist. 35, Qu. 5). Ils consistent, comme eût dit un Taine, en des extraits, donc en des produits artificiels de notre labeur mental, indispensables à l'esprit qui, sans eux, manquerait d'une matière sur laquelle agir, est-ce à dire qu'ils ne répondent à rien d'objectif? Si fait, mais à la condition que l'analyse nous rappelle sans cesse le processus de leur formation et les éléments perceptifs dont l'assemblage les constitue. Bref, l'abstrait n'a d'existence et même de signification que celles qu'il emprunte à la chose ou à l'ensemble des choses concrètes, particulières, dont il tient la place (pro quibus supponit, selon l'expression favorite d'Occam et de Biel). On comprend sans peine qu'une pareille doctrine rend parfaitement oiseuse l'hypothèse classique des espèces. Cette hypothèse avait déjà été bien malmenée par une suite de maîtres réputés. L'occamisme, on peut le dire, lui portait le dernier coup. Parmi les oeuvres de l'abstraction, il en est une qui dépasse immensément les autres, qui couronne tout ce labeur de composition : elle réunit en elle la singularité absolue et la plus haute universalité : la notion de Dieu. Cette idée, Occam l'examine et il découvre qu'elle se rapporte à un « composé » dont les parties ont été normalement abstraites des choses. Et il n'y a pas, nous est-il énergiquement déclaré, d'autre manière de connaître Dieu (Biel, L. I. Dist. 3. Qu. 2-4). La conséquence est évidente, notre intellect, qui ne s'élève à Dieu que grâce à l'artifice de l'abstraction, ne connaît pas en elle-même cette souveraine existence et ne saurait acquérir d'elle qu'une notion purement relative. Il est vrai d'ajouter que la distinction persistante entre la condition du viator et celle du beatus permet à Occam de réserver les droits de la théologie, étant bien entendu que la science absolue du divin relève, contrairement à ce que Duns Scot avait enseigné, de la pure foi. On voit sans peine également comment Lindsay a pu dire que le scepticisme théologique, aux termes duquel les vérités de la foi chrétienne devaient être admises de confiance, en dépit des défauts logiques que la raison y découvrait, devint «presque un lieu commun, grâce à Occam qui lui donna pour base sa théorie de la connaissance». Et l'on comprend que, parmi les écoles qui vont naître, les plus empressées à accepter le nominalisme réformé par ce maître seront précisément les plus mystiques. Il avait fait de l'intuition la source première de toute science. Ils diront comme lui, sauf à reconnaître une intuition spéciale, privilégiée, qui, celle-là, vient non pas des sens, mais du coeur : l'intuition du divin. (Georges Lyon).
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.