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Poussin
(Nicolas). - Peintre français,
justement considéré comme le maître de l'art classique
en France ,
né à Villers, près les Andelys ,
en 1594, mort à Rome le 19 novembre
1665. Bellori et ensuite Félibien font
de son père - mais des signatures qu'on a de lui ne le témoignent
pas - un gentilhomme picard, établi dans le comté de Soissons,
qui, après avoir suivi le roi de Navarre
à la guerre, était venu, ruiné, s'établir aux
Andelys où il se maria. Placé chez un professeur de latin,
Nicolas, au grand mécontentement de ses parents et de son maître,
ne témoigne de goût que pour le dessin.
Cependant il obtient de son père la permission de travailler chez
Quintin Varin, peintre de Beauvais ,
qui était venu demeurer aux Andelys et avait encouragé son
désir. Déjà le jeune homme ne songe plus qu'à
dessiner, et un jour, se cachant de sa famille, il part pour Paris
sans ressources. Là il prend des leçons d'un peintre de portraits
flamand, Ferdinand Elle, qu'il quitte pour entrer dans l'atelier d'un peintre
lorrain, L'Allemand (ou Lallemand), chez qui il rencontre Philippe
de Champaigne; il habite alors avec Duquesnoy. Mais l'événement
qui importe surtout à son éducation est la connaissance qu'il
fait de Courtois, mathématicien du roi; en voyant sa collection
des gravures de Marc-Antoine, Poussin découvre Raphaël.
Il est protégé à Paris
par un gentilhomme du Poitou
qui l'emmène dans ses terres, mais mal vu dans la maison, traité
par la mère en domestique, il revient vers Paris, menant une, existence
misérable, cherchant à peindre, peignant des paysages
pour le château de Clisson, une Bacchanale
dans une loggia près du château de Cheverny, et, sans doute
à ce moment, pour l'église des
Capucins de Blois un Saint François d'Assise et un Saint
Charles Borromée; puis il tombe malade et va se soigner dans
son pays. Son idée fixe est d'aller à Rome.
Une première fois il est arrivé jusqu'à Florence ,
et il a dû en revenir; à son retour, il a été
employé avec Philippe de Champaigne
par un nommé Duchesne à des travaux de peinture
au palais du Luxembourg ;
une seconde fois il est allé jusqu'à Lyon ,
et il y a été arrêté pour dettes. En 1623, Poussin
peint en une semaine pour la chapelle des
Jésuites
six grands tableaux représentant
les Miracles de saint François-Xavier.
C'est à cette époque qu'il se lie avec le cavalier Marino,
et, séduit par ses poésies, il y prend le goût des
bois
et des nymphes ;
puis, lorsque Marino est retourné à Rome,
il part l'y rejoindre, et il arrive enfin au printemps de 1624 dans cette
ville, si ardemment désirée, où il va passer sa vie.
-
Nicolas
Poussin (autoportrait, 1650).
Mais Marino, lui, est parti pour Naples
où il meurt, et, seul à Rome,
Nicolas Poussin y vit fort péniblement, faisant un grand tableau
et arrivant difficilement à se le faire payer quelques écus.
Cependant il a retrouvé Duquesnoy et il se lie avec L'AIgarde. Voici
que sa réputation naît : il est ardent au travail, étudie
la géométrie et la perspective,
et il fait des dissections avec le chirurgien Nicolas Larche. Quelquefois
il va à l'école d'Andrea Sacchi et à celle du Dominiquin
pour lequel il s'est pris d'admiration, soutenant vivement son parti contre
celui de Guide et entraînant ses élèves
à comprendre la supériorité de son art. Un jour, aux
Quatre Fontaines, il avait été attaqué comme Français
par les soldats da pape, et, en se défendant, blessé à
la main; dès lors, il prit par prudence le costume italien. Vers
la même époque, étant tombé malade, il est recueilli
par un Parisien, Jacques Dughet, et, guéri chez lui, il épouse
sa fille, Anna-Maria, à la Saint-Luc de 1629; il n'eut pas d'enfants
d'elle, mais il adopta ses deux frères, dont l'un fut le peintre
Gaspar Dughet, qu'on appelle parfois Gaspar Poussin, et dont l'autre, Jean,
a gravé ses tableaux.
Protégé par le cardinal Barberini,
Nicolas Poussin, sur ses conseils, peint en 1630 la Peste des Philistins,
qui est au Louvre ,
et qui, vendue 40 écus, fut plus tard achetée 1000 par le
duc de Richelieu, la Destruction de Jérusalem ,
l'Idole de Dagon ,
la
Mort de Germanicus et le Martyre de
saint Erasme, aujourd'hui au Vatican ,
qui devait alors être copié en mosaïque
pour Saint-Pierre et dont il existe une petite réplique originale
au palais Sciarra; et, toujours inquiet de mieux faire, il étudie
les écrits de Léonard de Vinci. Il
peint encore l'Adoration du Veau d'or
et le Passage de la mer Rouge, pour le marquis Amédée
del Pozzo, et, pour son ami Stella, le Frappement du rocher, sujet
qu'il répétera plusieurs fois, puis une première suite
des Sept Sacrements pour le commandeur Cassiano del Pozzo, quatre
Bacchanales
pour Richelieu, et un Triomphe de Bacchus
avec un Triomphe de Neptune ,
où il imite les bas-reliefs antiques .
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La
Mort de Germanicus, par Nicolas Poussin, 1626.
En France ,
cependant, on désire le voir et, en 1639, un ordre de Louis
XIII et une lettre de M. de Noyers, surintendant des bâtiments
l'y appellent, mais il ne veut pas quitter Rome
et il n'en part que lorsque M. de Chantelou
vient l'y chercher en 1640. Accueilli magnifiquement par Richelieu
et par Louis XIII, il a une maison dans le jardin des Tuileries
et il est nommé peintre du roi avec 3000 livres d'appointements.
Aussitôt on lui commande huit cartons qui devront être exécutés
en tapisserie pour les appartements du
roi, et il est chargé de la décoration de la grande galerie
du Louvre ,
pour laquelle il conçoit le projet de recouvrir la voûte
avec les moulages des bas-reliefs de la
colonne Trajane : Errard est envoyé à Rome pour en rapporter
moulages et dessins. Mais jalousé, tracassé,
en butte aux intrigues combinées de Simon Vouet,
de Fenquières et de l'architecte Mercier, Poussin quitte la France,
et, rentré en 1642 à Rome, où il est reçu triomphalement,
il va y travailler pendant vingt-trois ans sans se détourner de
son labeur, toujours attaché à son pays et recherché
par lui, peignant pour M. de Chantelou la seconde
suite des Sacrements qu'il termina en 1648, modelant des Termes
pour le château de Fouquet et composant
pour le duc de Richelieu sa dernière oeuvre, les Quatre Saisons,
aujourd'hui au Louvre, auxquelles il travailla de 1660 à 1664; et
il y mène une vie retirée et désintéressée,
modeste parmi les admirations de chacun, tout le monde l'égalant
à Raphaël, lui seul ayant le tact
de ne pas le faire. A sa mort il fut enterré à San Lorenzo
in Lucina.
Nicolas Poussin habitait le Pincio, près
des jardins des Médicis,
et tous les soirs il se promenait place d'Espagne, entouré d'amis
et d'élèves, parmi lesquels son fils adoptif, Gaspar Dughet,
et Claude Lorrain. En philosophe qu'il était,
il leur enseignait que l'art est
«
l'imitation de tout ce qui se voit sous le soleil, ayant pour la fin la
délectation »;
Toujours régulier dans son existence,
Poussin avait une inaltérable gravité et il gardait de son
admiration constante de l'art antique de la sévérité
et de la noblesse; il donna le goût de l'Antiquité
à toute une génération de peintres et aux élèves
mêmes de Simon Vouet. Il était très
instruit et lisait beaucoup, retenu surtout par la Bible .
Chercheur de la simplicité, il avait un grand goût de la philosophie ,
qui paraît jusqu'en des titres de tableaux : Souvenir de la mort
au milieu des prospérités de la vie; le Temps qui fait danser
les Saisons. Il craignait la couleur,
redoutant d'être entraîné par son charme; et, bien qu'il
ait peint souvent les sujets mythologiques de l'amour, où il est
« toujours charmant, jamais impudique », dit Ch. Blanc, il
est un peintre sans souplesse. Cependant l'on doit distinguer deux manières
dans son oeuvre : la première, plus brillante et plus rapide, sous
l'influence des Vénitiens,
est antérieure à son voyage en France
et peut se noter par les Bacchanales
ou la Peste des Philistins; la seconde, plus philosophique et poétique,
avec une domination de l'idée, est celle des Bergers
d'Arcadie ,
de Polyphème
ou de ces belles Funérailles de Phocion, que Fénelon
a décrites dans son Dialogue des morts.
-
Et
in Arcadia ego (Les Bergers d'Arcadie), par Nicolas
Poussin (détail, 1638).
Poussin est un artiste éminemment
consciencieux : sa composition, bien qu'elle manque de liberté et
qu'elle puisse être appelée plutôt de l'ordonnancement,
est d'une beauté certaine dans sa rigueur, pleine de cette symétrie
qu'il admirait tant chez le Dominiquin; raide sans doute et peignant des
draperies qu'on a pu comparer à du linge mouillé, mais puissant
par l'application de la pensée et par son opiniâtreté
même, se plaisant à répéter souvent le même
sujet; tel celui de Moïse
sauvé des eaux, en en variant la représentation, tandis
qu'il modèle d'abord en cire les figures de ses tableaux. Et il
ne faut pas omettre qu'il fut un grand paysagiste, « le véritable
créateur des lois du paysage »,
comme la dit Bürckhardt, travaillant, il est vrai, selon les règles
étroites du paysage historique, en ne prenant de la nature que «
les objets nobles », mais toujours attentif à la lumière,
et, comme un Corneille, rendu plus grand par
la difficulté des moyens; et il faut regarder les beaux fonds d'architecture
de tous ses tableaux, malheureusement trop souvent noircis et dont l'aspect,
devenu plus dur, a été de par la suite une des causes de
l'éloignement d'un grand nombre. Nicolas Poussin n'en reste pas
moins en peinture
le maître classique incontestable, et c'est très justement
que son buste surmonte la porte de l'Ecole des beaux-arts ,
faisant pendant à celui de Puget, le maître classique de la
sculpture,
qui, vivant loin de la cour et détesté par les courtisans,
lui est semblable de tant de manières. Une statue
élevée à Poussin a été inaugurée
aux Andelys
le 10 juin 1851.
La plupart des musées d'Europe
sont riches en oeuvres de Poussin. Le Louvre ,
qui l'est plus que tous les autres, possède : l'Apparition de
la Vierge à saint Jacques le Majeur (1630); le Triomphe de
Flore (1630), peint pour le cardinal Omodei; les Philistins frappés
de la peste (vers 1630); Camille livre le maître d'école
des Falisques à ses écoliers (1637), autrefois à
l'hôtel de La Vrillière; les Israélites recueillant
la manne dans le désert (1639), tableau peint pour M. de Chantelou
et fort admiré par Le Brun qui en
fit en 1667 le sujet d'une conférence à l'Académie;
Saint
Jean baptisant le peuple sur les bords du Jourdain, peint avant 1640
pour Cassiano del Pozzo; Jésus-Christ instituant le sacrement
de l'Eucharistie, commandé à Paris
par Louis XIII pour la chapelle
de Saint-Germain; Saint François-Xavier rappelle à la
vie la fille d'un habitant de Cangoriaux ( = Japon ),
peint à Paris en 1641 pour le noviciat des Jésuites;
le Temps soustrait la Vérité aux attaques de l'Envie et de
la Discorde, exécuté à Paris en 1641 pour Richelieu
et destiné à décorer an plafond; deux Bacchanales,
dont sans doute une de celles peintes pour Richelieu; Eliézer
et Rébecca (1648), autrefois à Versailles
et dont il existe une petite répétition au musée de
Montpellier .
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Eliezer
et Rebecca, par Nicolas Poussin, 1648.
Toujours au Louvre : Moïse enfant
foulant aux pieds la couronne de Pharaon; Moïse change en serpent
la verge d'Aaron, peint pour le cardinal Massimi;
Moïse sauvé
des eaux (vers 1648), et le même sujet en un plus grand tableau,
autrefois au château de Meudon;Diogène
jetant son écuelle (1648), peint pour M. de Limagne, banquier
de Gênes;
le Ravissement de
saint Paul (1649), pour Scarron; le Jugement
de Salomon (1649), pour M. Pointel; l'Assomption de la Vierge
(1650), pour M. de Mauroy, ainsi que l'Adoration des Mages (1653),
autrefois chez les chartreux de Paris; deux
Sainte
Famille, dont l'une, peinte en 1651 pour le duc de Créqui
et qui faisait partie, ainsi que beaucoup d'autres Poussin, de la petite
galerie de Versailles, en 1710, a été copiée par Mme
de Pompadour; la Mort de Saphire, autrefois au château de
Meudon, ainsi que la Femme adultère, peinte en 1653 pour
Le Nôtre;
les
Aveugles de Jéricho (1651), pour un marchand de Lyon ,
Reynon; l'Enlèvement des Sabines; le Jeune Pyrrhus sauvé;
Mars
et Vénus; Echo et Narcisse; Mars et Rhea Sylvia; Orphée
et Eurydice, paysage peint en 1659 pour Le Brun; le Concert;
les Bergers d'Arcadie ,
et les Quatre Saisons, autrefois à Meudon, qui sont le
Printemps ou le Paradis terrestre, l'Eté ou Ruth et Booz,
l'Automne ou la Grappe de la Terre promise, l'Hiver ou le Déluge;
enfin son Portrait, « effigies
Nicolai Poussini andelyensis pictoris anno aetatis 56 Romae anno jubilei
1651 ", peint pour M. de Chantelou.
Poussin a fait un ou deux autres portraits
de lui, dont une copie de celui-ci, qui est au musée de Munich;
il en existe une autre copie au casino Rospigliosi à Rome. Le Louvre
possède encore des dessins de Nicolas
Poussin, dont plusieurs, très importants, faits pour la suite des
Sacrements.
Le musée de Toulouse
: Saint Jean-Baptiste dans le désert, la Sainte Famille, le Mariage,
la Pénitence, la Confession, l'Eucharistie, l'Extrême-Onction.
Le musée de Lille : Moïse sauvé des eaux. Le
musée Fabre de Montpellier
compte quinze tableaux de lui, parmi lesquels : la Mort de sainte Cécile,
l'Adoration des Bergers, le Portrait de Jules Rospigliosi, Vénus
embrasse Adonis, et des paysages. La National
Gallery a : Danse de Faunes et de Bacchantes; Céphale
et Aurore; l'Education de Bacchus; Phocion, paysage avec
figures; Vénus endormie surprise par des satyres; Festin
de satyres, de faunes et de centaures, la Peste des Philistins, répétition
du tableau peint à Rome en 1630,
qui est au Louvre, autrefois au palais Colonna et donnée en 1838
par le duc de Northumberland. A Hampton Court : le Christ aux Oliviers
et une Danse de Faunes et de Nymphes. Au musée de Berlin
: Paysage avec saint Matthieu et l'Ange, avant 1873 au palais Sciarra;
Hélios
et Phaéton avec Saturne et les Quatre Saisons;
Jupiter
et la chèvre Amalthée; et Paysage italien avec Junon
et Argus, autrefois dans la collection Giustiniani. A la Pinacothèque
de Munich une Mise au tombeau et Midas et Bacchus. Au musée
de Dresde : l'Adoration des mages (Pusin faciebat Romae, 1633),
première idée du tableau du Louvre; la Nymphe Syrinx poursuivie
par Pan; Narcisse se mirant dans un ruisseau; Venus couchée
et l'Amour; l'Empire de Flore, et Moïse exposé sur le
Nil. Au musée de Vienne : les Apôtres Pierre et Jean
guérissent le paralytique, et l'Armée de Titus
entre dans le temple de Jérusalem .
Aux Offices de Florence : Thésée
à Trézène, une ébauche de Vénus
et Adonis et quatre paysages. Au Vatican, le Martyre de saint Erasme.
Le catalogue du musée de Madrid
compte, notamment : David vainqueur de Goliath, le Parnasse, et
surtout le Départ pour la chasse au sanglier de Calydon;
et celui de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg
: Esther évanouie devant Assuérus, la Vision de sainte
Elisabeth, Amphitrite portée sur les eaux et Cupidon jouant,
etc. Enfin il existe de fort beaux Poussin dans des collections anglaises
particulières, à Devonshire House, à Grosvenor, à
Dulwich College, à Strafford House, au château de Holkham,
dans la galerie Bridgewater.
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Nymphes
et satyres, par Nicolas Poussin.
Les oeuvres de Nicolas Poussin ont été
gravées par les deux Benoît, Gérard, Jean et Louis
Audran,
par Pesne (Herculis labores, 1678), G. Rousselet, Claudia Stella,
Étienne Baudet, Jean Dughet, Pietro del Po, Poilly, François
Chauveau, Picart le Romain, Jean Mariette, G. Château, Châtillon,
A. Loir, etc.; et gravées au trait par Le Bas, Mme Soyer, Lingée,
Normand fils, etc. Une collection de lettres
de Poussin a été publiée à Paris en 1824. (Etienne
Bricon). |
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