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Palais et École des Beaux-Arts, à Paris (VIe'arrondissement). - Ce monument, qui héberge l'École nationale supérieure des Beaux-Arts, situé rue Bonaparte et sur le quai Malaquais, offre un plan vaste, mais fort irrégulier. Il a été commencé en 1820, sur les dessins de Debret; en 1833, les travaux, à peine au quart de leur exécution, furent confiés à Duban, qui développa beaucoup le plan primitif, et y introduisit une foule d'améliorations. Il a fait seul toute la partie sur le quai Malaquais, commencée en 1858 et terminée en 1861. Le Palais proprement dit s'élève dans le jardin de l'ancien couvent des Petits-Augustins. Il est précédé de deux cours.

La première cour, sur la rue Bonaparte, est fermée par une grille dans un style de fantaisie, et sa porte se trouve entre deux forts pilastres taillés en hermès, dont les têtes sont les bustes colossaux de Puget et de Nicolas Poussin, arrangement inspiré de la cour ovale du château de Fontainebleau. Tout le côté droit de cette première cour est occupé, d'abord par le beau portique du château d'Anet, placé là depuis 1791, par Alexandre Lenoir, puis par un bâtiment d'école, orné d'arcades avec colonnes 'ioniques à demi engagées, et renfermant des salles d'étude et deux amphithéâtres de cours.
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Palais des Beaux-Arts, à Paris (6e).
La cour du Palais des Beaux-Arts donnant sur la rue Bonaparte.
Palais des Beaux-Arts, à Paris (6e).
Palais des Beaux-Arts, à Paris (6e).

Le portique d'Anet sert de façade à l'ancienne chapelle du couvent, où quelques dispositions nouvelles rappellent la chapelle Sixtine à Rome, entre autres une belle copie à l'huile du Jugement dernier, de Michel-Ange, exécutée par Sigalon, presque dans les proportions de la fresque originale. On y voit aussi la magnifique statue de Laurent de Médicis, connue sous le nom d'Il Pensiero, et une reproduction des admirables portes que Ghiberti sculpta pour le baptistère de Florence. Le côté gauche de la cour répète le bâtiment d'école, mais en façade plaquée, où le vide des arcades est rempli par de nombreux fragments d'architecture, provenant de l'ancien hôtel de La Trémouille, à Paris

La seconde cour est séparée de la première par une partie de la façade de l'ancien château de Gaillon, transportée là aussi en 1791, et dont les ouvertures servent comme de niches à jour à des statues ou des vases du temps. C'est dans cette cour que s'élève le Palais; il en occupe toute la largeur et se trouve heureusement dégagé par deux parties en hémicycles prolongés de chaque côté de la façade de Gaillon. Les hémicycles sont ornés de fragments d'architecture de tous les âges; au centre de la cour est une grande flaque de pierre, venant du réfectoire de l'abbaye de Saint-Denis, et versant des filets d'eau. 
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Palais des Beaux-Arts, à Paris (6e).
La cour du Palais des Beaux-Arts donnant sur le quai Malaquais. 
(© Photos : Serge Jodra, 2010).

A l'extrémité de gauche, une longue cour de service contient un grand bâtiment pour les concours en loges. Le Palais se compose d'un grand bâtiment quadrangulaire de 74 mètres de face sur 46,50 m de côté, élevé d'un premier étage, avec attique, et percé de onze fenêtres en arcades. Le rez-de-chaussée, assis sur un stylobate continu orné de copies en marbre de plusieurs belles statues antiques, est taillé en refend; au premier étage, des colonnes corinthiennes cannelées, de 5,80 m de proportion, à demi-engagées dans les pieds-droits des arcades, supportent un riche entablement à modillons. L'attique a ses trumeaux ornés de pilastres composites cannelés. Les trois autres côtés n'ont pas d'attique.

Au centre de ce Palais est une troisième cour dallée en marbres de diverses couleurs, entourée aussi, au pied des bâtiments, d'un stylobate continu, où sont des colonnes de marbre portant des bustes d'artistes célèbres. Dans l'axe de la cour, vis-à-vis de l'entrée, se trouve une salle semi-circulaire, éclairée par en haut, où Paul Delaroche a peint à l'huile, sur le vaste développement de l'hémicycle, une assemblée des plus célèbres artistes, depuis l'Antiquité jusqu'au XVIIe siècle. 

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La salle des prix à l'Ecole des Beaux-arts
Peinture murale par P. Delaroche
[La composition du peintre est aussi connue 
sous le nom de Hémicycle  de l'Ecole des Beau-Arts ] 

[Le critique décrit d'abord le long portique deux colonnes, demi-circulaire, qui occupe le fond de la scène. Au centre, dans une sorte d'enfoncement auquel on monte par des degrés, sont assis sur un banc de marbre deuzx vieillards, Ictinus et Phidias, et entre eux un homme dans la force de l'âge, Apelles; tous trois Athéniens, l'un architecte du Parthénon, l'autre sculpteur de la Minerve et des frises du Parthénon, et du Jupiter Olympien, contemporains de Périclès, le troisième, peintre, contemporain d'Alexandre. A leurs pieds sont assises deux jeunes femmes, images de l'art grec et de l'art romain; debout sur le devant des degrés, deux autres femmes représentent l'art du moyen âge et l'art moderne. - A droite et à gauche de ce « muet aréopage », debout, au assis sur un long banc de marbre, les uns conversant, les autres écoutant, chacun dans le costume de son temps, les grands artistes des siècles modernes, architectes, sculpteurs, peintres, sont groupés selon leurs affinités. Parmi les peintres, les grands dessinateurs sont d'un côté, les coloristes de autre.]

« Les Dessinateurs

Quand vos yeux se tournent du côté des grands dessinateurs ils sont frappés d'abord d'une noble figure de vieillard dont la longue barbe blanche laisse tomber se reflets argentés sur une riche pelisse de velours cramoisi. C'est Léonard, le patriarche du dessin; il expose de la voix et du geste ces fécondes et savantes idées dont son esprit ne cessa d'être assailli durant sa vie. Autour de lui tous gardent le silence; Raphael lui-même l'écoute avec respect, sinon avec une entière soumission. Fra Bartoloméo le contemple dans un pieux recueillement; le Dominiquin s'attache à ses paroles avec une ardente curiosité; Albrecht Dürer admire la justesse de ses démonstrations, et Fra Beato Angelico lui-même, s'arrachant, à ses prières et à ses saintes visions, s'avance pour l'écouter. Mais tout le monde ne lui prête pas ainsi l'oreille. Seul, assis sur un chapiteau renversé, Michel-Ange semble faire bande à part; absorbé dans ses propres idées, il ne cache pas son dédain pour celles des autres, et veut rester étranger à tout ce qui se passe autour de lui. Plus loin le Giotto, Cimabué, Masaccio, sont aussi dans une sorte d'isolement; ils écoutent à peine Léonard, et leur regard étonné semble dire qu'ils ne peuvent s'accoutumer aux étranges déviations dans lesquelles l'art est tombé depuis ces jours où ils essayèrent de lui frayer son chemin. Enfin,  à l'extrémité du tableau, cette grande figure vêtue de noir, au front large, à l'oeil vif, vous la connaissez, c'est notre Poussin, sublime, esprit solitaire; lui aussi il s'écarte de la foule, mais ses yeux se tournent avec amour sur cet auditoire où se trouveront désormais réunies toutes les espérances de la peinture française  : ce regard du Poussin sur notre école, regard paternel, mais sévère, est en quelque sorte le résumé et la pensée morale de tout le tableau.

Les Coloristes

Parvenus à l'autre extrémité de l'hémicycle, nous voici de nouveau en présence des peintres; mais ici c'est le rendez-vous de ces génies lumineux qui ont cherché la poésie de leur art moins dans la beauté des lignes et dans l'expression de la pensée que dans les mystérieuses harmonies de la couleur.

Ce groupe renferme, comme les autres, plusieurs scènes distinctes. Et d'abord nous rencontrons les quatre plus grands artistes qui aient jamais exprimé les beautés du paysage, Claude le Lorrain, Guaspre Poussin, Ruisdaël et Paul Potter. Ils sont là se racontant en confidence par quels artifices ils ont pu lutter victorieusement, les uns contre toutes les pompes de la nature, les autres contre toutes ses naïvetés. Plus loin le théâtre s'agrandit : c'est Rubens, Van Dyck, Rembrandt, Murillo, Vélasquez, l'honneur de la Flandre et de l'Espagne, qui écoutent la savante parole de Titien. Van Eyck lui-même prend plaisir à l'entendre, lui le précurseur et le père de tous les grands coloristes. Vêtu d'une de ces robes de brocart d'or dont son pinceau vigoureux rendait si bien les éblouissants reflets, il préside avec la majesté d'un doge cette brillante assemblée de famille. Debout à ses côtés, Antonio de Messine semble faire l'office d'un page soumis et docile; on voit que depuis longtemps le vieux Flamand a pardonné au jeune aventurier de lui avoir dérobé son secret et de l'avoir colporté sous un ciel où il devait enfanter de tels chefs-d'oeuvre. Pour écouter Titien, le sombre Caravage lui-même semble imposer silence à sa mauvaise humeur; Jean Bellini, malgré son imperturbable gravité, se couplait intérieurement aux paroles de son illustre élève; et quant à Giorgione, son admiration a quelque chose de guerroyant; il se pose en spadassin tout prêt à tirer la dague pour l'honneur du lion de Saint Marc, et pour la suprématie de son école. Paul Veronèse, au contraire, a l'air plus modeste et plus tolérant : à la manière dont il se retourne vers le Corrège, ne semble-t-il pas lui dire : « Avancez donc et venez aussi nous raconter vos secrets, vous qui êtes lumineux comme nous, qui faites aussi de la couleur une éclatante satisfaction pour les yeux, et qui, de plus, avez trouvé moyen de la faire parler à l'âme. »

(L. Vitet, Etudes sur l'histoire de l'art,
La Salle des Prix à l'École des Beaux-Arts).

Les quatre côtés de ce Palais contiennent, au rez-de-chaussée, une collection de plâtres d'après les chefs-d'oeuvre de l'Antiquité, statues, bas-reliefs, monuments d'architecture; au premier étage, des salles d'exposition pour les travaux des élèves de l'École, une collection des tableaux qui ont remporté le grand prix de Rome depuis 1721, et des copies, en reliefs, de quelques grands monuments antiques; enfin l'attique est réservé à la bibliothèque.

La façade sur le quai forme comme un second palais, qui se rattache au premier par de vastes galeries intermédiaires. Son élévation se compose d'un rez-de-chaussée, et d'un étage percé de sept larges fenêtres en portiques. Au fond d'un spacieux vestibule est un bel escalier de pierre à deux branches, avec colonnes composites en marbre de Flandre, sous de riches architraves en poutres de fer fondu, apparentes, à la manière de quelques grands édifices antiques. Il conduit au premier étage, occupé tout entier par une grande galerie, longue de 42,80 m large de 10 m et haute de 12,50 m. Elle est couverte d'une voûte à plein cintre, sobrement ornée, et qui lui donne beaucoup de majesté. Les fenêtres en portiques de la façade l'éclairent, et trois grands oeils de boeuf pénétrant la voûte de la manière la plus heureuse, achèvent de répandre une lumière égale dans les parties hautes de la galerie, où sont rangées des copies, faites par les pensionnaires de l'Académie de France à Rome, d'après les plus célèbres tableaux des grands maîtres. Cette galerie a été dédiée spécialement aux expositions de peinture des élèves de l'École et des pensionnaires de Rome. (C. D-y).

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Dictionnaire Villes et monuments
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