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Il
faudrait étudier l'histoire de l'Inquisition
dans chacun des pays où elle s'est implantée France ,
Italie ,
Slavie du Sud, Allemagne ,
Bohème ,
Espagne .
On se bornera ici à des renseignements très sommaires.
Languedoc.
Dans cette province
travaillée par l'hérésie ( Les
Albigeois),
les deux premiers inquisiteurs commissionnés par le pape furent
deux dominicains, à Toulouse,
en 1233. De concert avec les dignitaires de leur Ordre et les évêques,
ils commencèrent aussitôt la lutte avec une violence extrême.
Le comte Raymond obtint, il est vrai, de Grégoire
IX qu'il suspendit leur activité, qui causait partout des troubles
effroyables (13 mai 1238), et la suspension dura jusqu'en 1241. Mais, à
cette date, elle recommença, à cause, dit-on, de l'insolente
croissante des hérétiques, et, sans doute, de la rébellion
de Trencavel, vicomte de Béziers.
Au printemps de 1242, les inquisiteurs de Languedoc ,
en tournée à Avignonet, furent
assassinés par les hérétiques de Montségur
: ils ont été béatifiés, comme martyrs, six
cents ans après, par Pie IX. Cet incident coïncida avec une
dernière révolte du comte Raymond contre l'autorité
royale. L'horreur qu'il inspira et la défaite définitive
de Raymond eurent pour effet un redoublement de la persécution inquisitoriale.
C'est alors qu'entra en fonctions le célèbre frère
Bernard de Caux, surnommé « le marteau des hérétiques
» . Pendant les dix années qui suivirent, l'organisation se
perfectionna : les dominicains eurent des tribunaux réguliers d'inquisition
à Toulouse, Narbonne, Carcassonne;
les franciscains, à Marseille.
Vers la fin du siècle, les hérétiques avaient presque
complètement disparu, soit qu'ils eussent fui en Lombardie ,
soit qu'ils eussent été domptés ou exterminés.
Mais les catholiques
eux-mêmes, en proie à une intolérable police, commençaient
à murmurer. Ils s'adressèrent d'abord au roi. Philippe
le Bel écrivit au sénéchal de Carcassonne de veiller
à ce qu'aucun abus ne se produisit au préjudice des sujets,
par le fait des inquisiteurs. Cependant l'inquisiteur de Carcassonne, Nicolas
d'Abbeville, et Foulques de Saint-Georges, prieur des dominicains d'Albi,
avaient suscité contre eux des haines très vives. Lorsque
éclata le différend entre Philippe IV et le Saint-Siège ,
le moment parut favorable aux Méridionaux pour mener contre ces
« tyrans » une campagne énergique. Leur leader fut,
en cette occasion, un lecteur du couvent des franciscains de Carcassonne,
Bernard
Délicieux, dont nous n'avons pas à raconter ici la carrière
romanesque. Qu'il suffise de rappeler que Bernard réussit à
persuader de la justice de la cause dont il était le tribun les
commissaires envoyés par le roi, mais qu'il échoua finalement.
Aussi bien Clément V, auquel les excès
des inquisiteurs dominicains furent aussi dénoncés dès
son avènement, prit à son tour en main la réforme
de l'institution : en avril 1306, une commission de cardinaux fit enquête,
à Carcassonne, sur les griefs des populations; mais cette enquête
n'aboutit qu'à la réforme dite clémentine, adoptée
par le concile de Vienne réforme anodine,
comme on l'a vu plus haut, et qui resta lettre morte, Jean XXII, successeur
de Clément V, fut, au contraire, quoiqu'il ait publié les
Clémentines, un protecteur zélé des inquisiteurs
: il sacrifia Bernard Délicieux; l'Inquisition reprit triomphalement
le cours de ses travaux ; Bernard Gui, inquisiteur
de Toulouse depuis 1306, dit qu'en quatorze
ans, de 1301 à 1315, on découvrit plus de mille cas. C'est
lui qui procura la capture et l'exécution du dernier ministre cathare,
Pierre Autier, et de ses derniers fidèles : il n'y eut plus de patarins,
après 1315, dans le midi de la France. Le rôle de l'Inquisition
lanquedocienne était terminé, ou à peu près
: elle avait très réellement extirpé l'hérésie
et contribué, pour une large part, par les confiscations immenses
que ses condamnations entraînèrent, à déposséder
de ses terres l'ancienne aristocratie autochtone, au profit de la couronne
capétienne.
France
du Nord.
C'est aussi en 1233
qu'apparaît dans la France
du Nord le premier inquisiteur pontifical, le dominicain Robert le Bougre,
un fanatique de la pire espèce. Avec la protection de Louis
IX, Robert le Bougre parcourut pendant plusieurs années la Flandre ,
la Champagne
et la Bourgogne ,
multipliant les holocaustes; à la fin, Grégoire
IX fut obligé de lui retirer sa commission, car sa folie meurtrière
était devenue manifeste, et il disparut. Il eut des successeurs
dont ni les noms ni l'activité ne sont connus, mais dont on sait
que les dépenses étaient défrayées par le roi.
En 1253, Innocent IV nomma le provincial des
dominicains
à Paris comme chef des inquisiteurs
de France; ceux-ci, en 1273, étaient au nombre de six (y compris
ceux du Languedoc );
en 1290, Nicolas IV rattacha la Lorraine ,
la Suisse
française et la Franche-Comté
à l'Inquisition de France. Le plus ancien autodafé, célébré
à Paris, qui soit connu, est celui d'une certaine Marguerite Porete,
qui professait des doctrines quiétistes (31 mai 1310).
Comme tous les documents
inquisitoriaux du XIVe siècle sont
perdus, on ne sait rien de ce que les inquisiteurs de France firent à
cette époque; l'oubli a recouvert totalement la mémoire des
bourreaux et des victimes. Nul doute, cependant, qu'il y ait eu des victimes.
En 1372, une sainte femme de la secte des « turlupins
» fut brûlée au marché aux pourceaux de la porte
Saint-Honoré; cinq autres turlupins furent bridés à
Douai en mai 1421; le cas de Hugues
Aubriot et l'histoire.des
Vaudois fourniraient
aussi, s'il en était besoin, la preuve que l'Inquisition ne chôma
pas. Il n'en est pas moins certain que l'institution était en complète
décadence au commencement du XVe
siècle. Déjà, sous Philippe
de Valois, la juridiction inquisitoriale était considérée
comme une juridiction « royale » et soumise, à ce titre,
à la surveillance du Parlement. Le Parlement, l'Université
de Paris se substituèrent peu à peu à l'Inquisition
et la suppléèrent. Elle se survécut néanmoins,
quoique déconsidérée: il y eut en France des inquisiteurs
en titre d'office jusqu'à la fin du Moyen âge .
Italie.
Pour beaucoup de
raisons, l'hérésie n'était nulle part plus répandue
qu'en Italie
au commencement du XIIIe siècle.
Les rudes travaux, couronnés de succès, des dominicains
de Florence contre les hérétiques
de cette ville persuadèrent
Grégoire
IX, nous l'avons vu, d'utiliser désormais, pour les opérations
de ce genre, les milices des ordres
mendiants. Dès 1232, fra Alberico exerça
les fonctions d'inquisiteur en Lombardie ;
en 1233, fra Rolando de Crémone (le
célèbre professeur de Paris et
de Toulouse) à Plaisance, Pierre
de Vérone (saint Pierre Martyr) à Florence, à Crémone,
à Milan, etc. Pierre Martyr fut assassiné
le 7 avril 1252 : cet événement (comme celui d'Avignonet)
fut très bien exploité par Rome,
pour sanctifier aux yeux du peuple la cause de tous les inquisiteurs en
général : il n'y a pas de personnage qui ait été
canonisé plus vite ni dont le culte ait été plus chaudement
recommandé par le Saint-Siège
que celui de Pierre de Vérone, qui fut bientôt égalé
à saint Dominique lui-même et
qui devint dans toute l'Italie le patron des associations piétistes
de Crocesignati, espions, familiers et gardes du corps de l'Inquisition
romaine. D'ailleurs, l'Inquisition se transforma promptement, en Italie,
en un instrument de règne pour le Saint-Siège, en une arme
au service du parti guelfe, les princes
gibelins étant les protecteurs d'hérétiques avérés.
Une confusion s'établit ainsi entre la foi et la politique. Les
destinées de l'Inquisition furent, dès lors, liées
à celles du parti guelfe et oscillèrent en même temps.
La conquête de royaume de Naples
par Charles d'Anjou, champion du pape, et
l'écrasement des gibelins, qui en fut la conséquence, la
fit fleurir dans presque toute la péninsule, en particulier à
Naples et en Sicile ,
où elle était auparavant inconnue. A Venise
seulement, l'Inquisition pontificale n'eut jamais les coudées franches,
et resta soumise à la surveillance des autorités laïques.
Ajoutons que, comme en France, l'histoire de l'Inquisition en Italie, à
partir du XIVe siècle, est celle
d'une décadence (sauf en Savoie
et dans la Haute-Italie, à cause des Vaudois),
qui s'accentua continuellement jusqu'à ce que la Réforme
obligeât l'Église à restaurer, là comme ailleurs,
sa machine à persécutions.
Slavie
du Sud.
La redoutable hérésie
des Cathares
avait eu son berceau chez les Slaves de l'Adriatique, et l'attention du
Saint-Siège
avait été attirée de bonne heure du côté
de ce foyer brûlant d'hétérodoxie, qui s'étendait
de la Bulgarie
et de la Bosnie
à Spalato. Les Cumans et les Bosniaques martyrisèrent de
nombreux dominicains au temps de Grégoire
IX. En 1298, Boniface VIII fit de la
Slavonie
(du Danube à la Macédoine ),
une province franciscaine de l'Inquisition. L'invasion des Turcs
mit fin, au XVe siècle, à
l'activité inquisitoriale de ce côté.
Allemagne.
Au commencement
du XIIIe siècle, les nombreux hérétiques
d'Allemagne
avaient trouvé un adversaire impitoyable en la personne d'un prêtre
séculier, à moitié fou, Conrad de Marburg, le directeur
de sainte Elisabeth de Thuringe. C'est à lui que Grégoire
lX s'adressa dès 1227 : il fut armé par le pape de pouvoirs
quasi-illimités comme inquisiteur et réformateur général
des églises d'Allemagne. Des dominicains (Conrad Tors, etc.) lui
furent adjoints en 1231-1232. La persécution, d'une brutalité
incroyable, fit rage, jusqu'à ce que, comme elle atteignait des
personnages considérables, Conrad de Marhurg fût tué
(31 juillet 1233), les archevêques et les évêques de
l'Empire protestassent et une réaction se déclarât
contre les persécuteurs en général. L'horreur excitée
par Conrad et ses acolytes aida beaucoup l'épiscopat allemand à
maintenir ses droits et à repousser l'Inquisition pontificale. Après
1233, on n'entendit plus parler d'inquisiteurs en Allemagne pendant long
temps; une tentative d'Innocent IV pour en
installer dans la Franche-Comté
(qui dépendait de l'Empire) échoua; les seules régions
de l'Empire où il y ait eu des « inquisiteurs » proprement
dits, au commencement du XVe siècle,
sont celles où prédominait l'influence du royaume voisin
de France ;
partout ailleurs, l'inquisition diocésaine suffit. Mais, Innocent
VI (1352) et Urbain V (1357) reprirent avec énergie la pensée
de Grégoire IX. En 1367, Urbain V nomma
deux inquisiteurs dominicains en Allemagne pour détruire les beghards,
les flagellants, les frères et les soeurs du Libre
Esprit, etc. : l'un d'eux, frère Walter Kerlinger, était
chapelain de l'empereur Charles IV.
Charles, en excellents termes avec Rome ,
prit de tout son pouvoir des mesures pour acclimater dans l'Empire l'institution
inquisitoriale, sous sa forme italienne. Elle prospéra, en effet,
jusqu'à la mort de Charles IV et le commencement du grand schisme;
mais, privée par ces deux événements de ses puissants
protecteurs, elle ne put se maintenir contre l'hostilité des évêques
et la réprobation des peuples : elle ne disparut pas, mais resta,
comme ailleurs à la même époque, sans importance ni
efficacité. Elle se montra tout à fait impuissante à
lutter contre les précurseurs de Luther.
Bohème.
Le roi de Bohème ,
Ottokar II, pria le pape Alexandre IV,
en 1257, de l'aider à supprimer l'hérésie dans ses
Etats; deux inquisiteurs franciscains lui
furent envoyés. Mais c'est en 1318 seulement que l'on voit des inquisiteurs
pontificaux, commissionnés par Jean XXII, agir énergiquement
en Bohème et en Pologne .
Puis le silence se fait de nouveau. Les précurseurs de Jean
Huss à l'Université de Prague
ne furent pas molestés. Huss lui-même fut livré,
comme on sait, par le concile de Constance
à la justice inquisitoriale. Le procès de Jean Huss est un
des plus célèbres exemples des procédés de
cette justice, non pas, comme on le crut en Allemagne ,
où elle était peu connue, dans ce qu'elle avait de plus rigoureux,
mais sous une forme atténuée et relativement bénigne.
Espagne.
Avant les Rois
catholiques, l'Inquisition des Grégoire
IX, des Innocent IV, des Alexandre
lV et des Urbain IV resta complètement inconnue dans le royaume
de Castille
et de Léon .
Dans cet Etat, très
indépendant de Rome, la répression de l'hérésie
fut, au Moyen âge ,
affaire d'Etat et procurée directement par la couronne, sur l'avis
de l'Eglise séculière. La situation était différente
dans le royaume d'Aragon ,
dont la population était assez analogue à celle du Languedoc ,
a reçu de Grégoire IX l'Inquisition dominicaine en
1237-1238. Les inquisiteurs éprouvèrent d'abord, dans ce
pays, de grandes difficultés : l'un d'eux, fray Pons de Espira,
fut tué. En 1262, Urbain IV rédigea des instructions détaillées
pour l'Inquisition d'Espagne ,
mais l'institution continua de végéter jusqu'à la
fin du XIIIe siècle. En 1327, les
Cortès, avec l'assentiment du roi Jaime II, prohibèrent l'usage
de la procédure inquisitoriale (notamment de la torture) comme contraire
aux fueros; mais cette prohibition ne fut pas respectée.
L'homme le plus connu de l'Inquisition aragonaise, pendant la seconde moitié
du XIVe siècle, est sans contredit
Nicolas Eymerich, l'auteur du Directorium Inquisitorium, base de
toutes les compilations postérieures du même genre; mais il
vivait dans un royaume où le Saint-Office n'avait jamais été
fort prospère et dans un temps où, n'ayant affaire qu'à
des hérétiques très pauvres, fraticelles
et vaudois, il mourait, pour ainsi dire, d'inanition.
La renaissance, qui
fut éclatante, se fit attendre encore un siècle après
Eymerich : elle s'opéra par les soins de Ferdinand
le Catholique, roi de Castille
(1474) et d'Aragon
(1479). L'introduction de l'Inquisition en Espagne
à partir de la fin du XVe siècle
s'explique par l'inefficacité des vieilles inquisitions épiscopales
de Castille, qui devint manifeste lorsque, au temps de Ferdinand le Catholique,
les conquêtes sous les Maures
et les conversions forcées de musulmans
et de juifs ,
eurent multiplié dans les Etats de la couronne d'Espagne les «
nouveaux chrétiens » de foi douteuse et de doctrines suspectes.
Sixte IV sanctionna, le 1er novembre 1478,
l'organisation de la nouvelle Inquisition d'Espagne, avec des traits caractéristiques,
qui, depuis, n'ont pas été altérés. C'est une
institution royale le roi est autorisé à en choisir les fonctionnaires
et il pourvoit à son entretien; c'est au profit de son trésor
que les biens des condamnés sont confisqués. A la direction
de la machine, un chef à vie (inquisiteur général),
président d'un tribunal supérieur, où siègent
quelques laïques et qui soumet les évêques eux-mêmes
à sa juridiction de fer; des tribunaux inférieurs dans toutes
les grandes villes (notamment à Séville
et à Valladolid); la procédure
de toutes ces cours fut déterminé par la célèbre
instruction du 29 septembre 1484. Le premier inquisiteur général,
désigné par la couronne de Castille, fut Thomas
de Torquemada, prieur des dominicains de Ségovie;
en cinq ans, il présida à la condamnation à diverses
peines de 100 000 personnes, et dont plusieurs milliers (jusqu'à
10 000?) périrent par le feu. La maison de Castille essaya d'acclimater
des établissements analogues dans tous les pays que la guerre ou
des alliances lui valurent successivement en Aragon (1482), dans les Baléares
(1490), en Sardaigne
(1492); en Sicile
(1508). Philippe II a porté
aussi l'Inquisition à l'espagnole en Lombardie ,
à Naples ,
dans les Pays-Bas ,
pour combattre à la fois l'hérésie et les rebellions
politiques, les doctrines évangéliques et les franchises
municipales, bref l'esprit de liberté et la liberté de l'esprit
sous toutes les formes. Mais, partout, à Milan
et à Naples comme en Brabant et en Hollande, des insurrections éclatèrent
contre l'abominable tyrannie. La politique inquisitoriale du duc
d'Albe coûta les Pays-Bas à l'Espagne.
En Espagne
même, l'institution ne s'était pas implantée sans efforts
: les Cortès d'Aragon
avaient longtemps protesté; mais enfin le silence s'était
fait : le « succès avait dépassé les espérances
» ; à la fin du XVIIe siècle,
l'Inquisition nationale était encore considérée comme
le palladium de la monarchie, quoiqu'on ne l'employât plus guère
(car il n'y avait plus d'hérétiques) que contre les bigames,
les blasphémateurs, voire les contrebandiers. La première
atteinte aux privilèges exorbitants de l'Inquisition espagnole date
de 1770, époque où le ministre Aranda
prit quelques mesures pour garantir contre son arbitraire les officiers
de la couronne et les nobles. La suppression totale de l'Inquisition en
Espagne, décrétée par l'usurpateur Joseph
Bonaparte en 1808, fut confirmée par les Cortès de Cadix
en décembre 1813; Ferdinand VII
la rétablit (21 ,juillet 1814); mais en l'énervant, car il
eut la faiblesse de faire aux idées du siècle la concession
d'abandonner l'usage traditionnel de la torture proprement dite : toutes
les personnes désagréables au parti ultra-réactionnaire
firent connaissance, pendant les premières années de la restauration
bourbonnienne, avec les cachots du Saint-Office. Les prisons du Saint-Office
de Madrid furent, il est vrai, saccagées
en 1820 par les libéraux exaspérés; mais l'armée
française ayant rendu le pouvoir à Ferdinand, I' «
institution nationale » fut sauvée encore une fois (sous réserve
de quelques modifications). C'est en 1834 seulement que l'Inquisition d'Espagne
fut abolie; ses biens furent attribués au trésor public deux
ans après. Il y eut des retours offensifs et des tentatives de résurrection
jusqu'en 1868.
Le
Portugal.
Au Portugal ,
Alphonse
II avait refusé nettement d'admettre l'inquisition pontificale,
lorsque l'Ordre dominicain s'était
introduit dans ses Etats : la prohibition dura cent cinquante ans. Le premier
inquisiteur au Portugal fut un franciscain, appointé, en 1376, par
l'évêque de Lisbonne. Mais
l'Inquisition portugaise resta sans importance jusqu'en 1531, date où
Jean III la réorganisa sur le modèle de la nouvelle Inquisition
d'Espagne .
Le pays était devenu un refuge pour les juifs après l'expulsion
générale de 1492 en Andalousie .
Il réagit alors en imitant l'institution de Ferdinand
le Catholique. Jean III, comme Ferdinand, fit du Saint-Office une administration
de l'Etat et se réserva d'en nommer le chef, le grand inquisiteur
en résidence à Lisbonne. Lorsque le Portugal fut annexé
aux domaines de la maison de Castille
(de 1581 à 1640), le pur régime castillan y fonctionna naturellement.
La fin du XVIIe et le XVIIIe
siècle
furent marqués par des luttes acharnées entre le Saint-Office
devenu trop puissant, - au point de gêner l'autorité monarchique
elle-même, et de se soustraire fréquemment à la surveillance
du Saint-Siège ,
- et tout ce qui n'était pas dominicain ou jésuite. Le marquis
de Pombal remporta en 1767 une victoire décisive
sur le Saint-Office portugais ( Le
Portugal au XVIIIe siècle )
; mais cette victoire ne fut complétée, par la destruction
définitive de l'établissement tout entier, que sous Jean
VI, en 1820. C'est en vain que les partisans de don Miguel, comme ceux
de don Carlos, firent de sa restauration un article de leur programme.
L'Amérique
latine.
Par les atrocités
commises en Espagne
et en Portugal
au nom de l'Inquisition, il est facile de deviner ce qui se passa dans
les colonies espagnoles et portugaises en Amérique ,
au Mexique ,
au Pérou ,
en Colombie ,
au Brésil .
Dans tous les pays de l'Amérique du Sud, l'abolition de l'Inquisition
a coïncidé avec le succès des guerres de l'Indépendance.
(L.). |
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