 |
Saint Dominique
est un prêtre et fondateur de l'ordre des Dominicains.
Il est né à Calahorra
(anciennement Calagora), près d'Osma (Vieille-Castille ),
en 1170, et est mort à Bologne
le 26 avril 1221. Il a été canonisé en 1234 par Grégoire
IX. Son père s'appelait Félix de Gusman, de l'ancienne
et très noble famille des Gusman, suivant les prétentions
fort contestées des dominicains. Sa mère, non moins noble,
s'appelait Jeanne d'Aza. Sa biographie, écrite par son successeur
Jordanus,
forcément imprégnée de miracles divers (c'est comme
ça que l'on fait les saints!), raconte que lorsque sa mère
fut enceinte de sept mois, alors qu'elle faisait une neuvaine au monastère
de Saint-Dominique de Silos, elle eut une vision dans laquelle un religieux
lui apparut, annonçant la sainte destinée de son fils. Elle
lui transmit son ardente dévotion envers la sainte Vierge .
La première éducation de Dominique (Domingo) fut faite par
un oncle, archiprêtre dans une ville voisine. A l'âge de quatorze
ans, il alla étudier dans les écoles de Palencia et se signala
par son ardeur au travail, son austérité, sa piété
et sa charité.
En 1191, une famine sévissant en
Castille ,
il donna tout l'argent qu'il possédait, vendit ses meubles et même
ses livres pour secourir les pauvres. Quand il eut achevé ses études,
il donna des leçons publiques d'Écriture sainte à
Palencia. En 1198, Diego de Azevedo, évêque d'Osma, ayant
réformé et soumis à la régularité son
chapitre, y admit Dominique et le nomma archiprêtre ou sous-prieur.
Celui-ci s'adonnait tout particulièrement à la prédication
et à la méditation des Conférences de Cassien.
En 1204, l'évêque d'Osma fut chargé d'une mission en
France, pour négocier le mariage de la fille du comte de la Marche
avec Ferdinand, fils d'Alphonse IX, roi de Castille; Dominique l'accompagna.
C'est à lui, expliqueront ses hagiographes, que la France doit saint
Louis, car, étant arrivé à la cour et trouvant la
reine Blanche fort affligée de n'avoir pas d'enfants, il l'exhorta
à prendre la Vierge pour médiatrice, à dire exactement
le chapelet et à le faire dire aux personnes qui voudraient bien
se joindre à elle : ce qui la rendit mère. La princesse qu'ils
étaient venus demander leur fut accordée; mais elle mourut
au moment où elle se disposait à partir pour l'Espagne.
En traversant le midi de la France, Dominique
et son évêque avaient été grièvement
peinés des progrès de l'hérésie
albigeoise. Quand leur mission fut accomplie, ils allèrent à
Rome, et l'évêque demanda au pape la permission de quitter
son diocèse afin de s'occuper de la conversion des hérétiques.
Innocent
III la lui refusa et limita, dit-on, à deux ans la durée
de son séjour dans le Languedoc ,
mais en l'autorisant à y laisser Dominique. Ils arrivèrent
à Montpellier vers la fin de 1205 et assistèrent à
une conférence tenue par des Cisterciens
sur les meilleurs moyens de ramener les Albigeois.
Dominique les persuada d'adopter l'austérité qui avait réussi
à leurs adversaires, de renoncer à un faste que les hérétiques
raillaient et qui scandalisait les catholiques, et de prêcher en
parcourant le pays, nupieds. L'évêque se joignit à
eux; mais, bientôt lassés des cailloux et des ronces, ils
rentrèrent, l'évêque dans son diocèse, les cisterciens
dans leurs couvents.
Dominique seul persévéra,
prêchant au peuple, discutant avec les hérétiques,
soutenu d'ailleurs, ajoute-t-on encore, par d'irrésistibles miracles.
Voici l'un de ceux que la légende se complaît à rapporter
: les Albigeois avaient un certain livre dans lequel étaient écrites
les doctrines de leur secte; Dominique en écrivit un autre pour
y répondre. On convint de jeter ces deux livres au feu, devant le
peuple assemblé. Celui des hérétiques fut consumé
aussitôt; celui de Dominique vola en l'air et alla se poser sur un
relais qui était proche de là. Trois fois, les hérétiques
opiniâtres s'obstinèrent à jeter le livre du saint
dans le feu; mais trois fois il en sortit sans dommage. Ce livre a été
conservé en témoignage du miracle.
Vers 1206, Dominique forma une association
de femmes, puis d'hommes, pour s'occuper de l'éducation des enfants,
afin de les soustraire à l'influence des cathares.
En 1211, cette congrégation s'établit à Prouille ,
près de Fanjaux; Foulques, évêque de Toulouse, lui
céda des biens et une église; elle fut confirmée en
1215 par Innocent III, sous le nom de Fratres
et moniales S. Mariae de Prulliano. Après la mort de Pierre
de Castelnau (13 janvier 1208), Innocent III chargea officiellement
Dominique de la prédication de la foi dans les provinces méridionales,
mais en lui donnant des coadjuteurs, Simon de Montfort
et ses croisés, qui devaient puissamment faciliter son oeuvre.
En 1211, Dominique fut élu évêque
de Béziers ,
où il ne restait plus guère que des ruines; il refusa. Deux
habitants de Toulouse
lui donnèrent une maison et s'attachèrent à lui; bientôt
quatre jeunes gens se joignirent à eux. Quand ils ne voyageaient
point pour prêcher, ils demeuraient ensemble dans cette maison, sans
règle propre, mais en observant les coutumes monastiques. Le nombre
des frères s'augmentant et leurs succès croissant avec la
terreur produite par la sanglante répression dont les Albigeois
étaient les victimes, Simon de Montfort
donna à ce premier couvent des domaines ravis aux vaincus; l'évêque
de Toulouse lui accorda la moitié des dîmes de certaines paroisses.
Dominique songea alors à fonder un ordre spécialement destiné
à extirper la perversité hérétique au moyen
de la prédication.
Pour obtenir l'approbation de ce dessein,
il accompagna à Rome l'évêque de Toulouse, qui se rendait
au concile de Latran (1215). Mais, afin d'empêcher l'excessive multiplication
des ordres religieux, qui est une des particularités caractéristiques
de cette époque, le concile devait interdire la création
d'ordres nouveaux. Innocent III accueillit
Dominique avec une extrême bienveillance, mais fit des difficultés
à son projet. Il fallait au moins un miracle pour le faire changer
d'avis, et celui-ci se produisit sous la forme d'un songe que le pape eut
une nuit, dans lequel il vit que l'église de Latran, lézardée
de tous côtés, menaçait de s'écrouler; Dominique
la soutenait de ses épaules. Réveillé en sursaut,
le pape appela incontinent le saint et lui proposa de rattacher son entreprise
à une règle existante.
Dominique adopta la règle de saint
Augustin, à laquelle il était habitué déjà
comme chanoine régulier, et la renforça par des dispositions
empruntées aux statuts de Prémontré, en introduisant
quelques modifications dans le costume. Les nouveaux religieux commencèrent
aussitôt à bâtir le couvent de Saint-Romain à
Toulouse. Après la mort d'Innocent III,
Dominique revint à Rome et obtint d'Honoré III la reconnaissance
formelle de son ordre (22 décembre 1216), sous le nom de Frères
prêcheurs, avec la mission spéciale de combattre les hérétiques
et dans l'espoir
«
que ces frères seraient les champions de la foi et de vrais luminaires
dans l'Église-».
Dominique, créé Maître
du Sacré Palais, professa la théologie
à Rome en 1217 et 1218; il y composa des commentaires sur saint
Paul, dont les contemporains faisaient un grand éloge, mais qui
sont perdus. Néanmoins, il fit de fréquentes absences signalées
par d'importantes fondations. En 1217, il était à Toulouse;
le jour de l'Assomption ,
il réunit dans l'église de Prouille ses seize compagnons;
il en envoya quatre en Espagne, sept en France. L'année suivante,
le docteur Jean, doyen de Saint-Quentin, et l'université de Paris
donnèrent à ces derniers une maison dite de Saint-Jacques,
parce qu'on y avait hébergé des pèlerins se rendant
à Saint-Jacques de Compostelle : de là, le nom de jacobins
donné à Paris et dans les environs aux religieux qui y établirent
leur premier couvent. Vers la fin de 1218, Dominique passa en Espagne et
fonda un couvent à Ségovie, un autre à Madrid.
À Rome, le pape l'avait chargé
de rassembler en une maison, afin qu'il fût plus facile de les gouverner,
des religieuses dispersées en divers quartiers entreprise difficile,
parce que ces religieuses étaient accoutumées à une
vie indépendante. La plupart résistèrent ; néanmoins,
Dominique réussit à en réunir quarante-quatre, qu'il
cloîtra, après leur avoir donné un nouvel habit et
leur avoir fait promettre de suivre sa règle.
Le premier chapitre des Frères prêcheurs
se réunit en 1220, dans leur vaste maison de Bologne. Dominique
qui, jusqu'alors, n'avait gouverné que par l'autorité du
pape, fut élu général. Pour imiter les franciscains,
ce chapitre adopta aussi la mendicité, malgré la résistance
des frères de Toulouse, que de nombreuses donations avaient enrichis.
Dans un second chapitre (1221), l'ordre fut divisé en sept provinces;
il possédait déjà soixante couvents. Ce fut aussi
dans ce chapitre que Dominique se démit de ses fonctions de général
et se fit remplacer par Jordanus de Saxe. Il voulait aller convertir les
Cumans en Hongrie; mais la mort l'empêcha de réaliser son
projet. Les miracles qui lui sont attribués sont si nombreux qu'ils
l'ont fait appeler le thaumaturge de son siècle. Parmi ces miracles,
trois résurrections. C'est à lui qu'est due l'institution
du rosaire. (E.-H. Vollet). |
|