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Les
Vaudois forment une secte dissidente de l'Eglise
catholique qui s'établit sur les deux versants de la chaîne
des Alpes séparant la France
de l'Italie .
Leur origine n'est
pas très bien connue : d'après certains historiens, ils descendent
de chrétiens qui, dès le
IIIe siècle, s'étaient réfugiés dans les Alpes
pour fuir la persécution des empereurs ; la grande majorité
des auteurs estime au contraire que les Vaudois sont des disciples de Pierre
Valdo.
Pierre Valdo, né
à Vaux, vint se fixer à Lyon
où il fit fortune dans le commerce; vivement impressionné
par la mort subite d'un de ses amis (1170), il distribua ses biens aux
pauvres, prêcha l'évangile qu'il traduisit en langue vulgaire
et créa une secte qu'on appela les Pauvres de Lyon. Cette secte
avait adopté les principes suivants : tous les chrétiens
doivent connaître les Saintes Ecritures ;
les laïques ont les mêmes droits que les prêtres et ont
le devoir d'instruire et d'évangéliser leurs frères.
Cette doctrine, considérée comme une hérésie,
fut vivement combattue par l'archevêque de Lyon et condamnée
en 1179 par le concile général
de Latran. Les Pauvres de Lyon ou Vaudois se réfugièrent
dans le Dauphiné
et dans les vallées du Piémont .
En 1209, l'évêque de Turin
demanda contre les Vaudois le secours de l'empereur Othon IV; en 1220,
le comte Thomas Ier entra à Pignerol
et menaça d'amende toute personne qui donnerait asile aux Vaudois;
les conciles et les papes ne cessèrent de fulminer contre eux :
Grégoire
IX, par une bulle de 1231, déclara leurs enfants infâmes
jusqu'à la seconde génération. Malgré tout,
ils conquéraient de nouveaux adhérents, mais ils devinrent
bientôt les martyrs de l'Inquisition.
En 1487, une bulle
d'Innocent VIII suscitait contre eux une
véritable croisade, proclamant que quiconque tuerait an hérétique
obtiendrait le pardon de ses péchés et jouirait, comme légitime
propriétaire, des biens dont il le dépouillerait. Le commandement
de cette armée fut confié à un archidiacre de Crémone ,
nommé Cattanie. La résistance des Vaudois fut héroïque,
ils parvinrent à repousser leurs adversaires. De l'autre côté
des Alpes, Cattanie, soutenu par le roi
de France ,
fit massacrer les Vaudois de Fressinières et de Vallouise. La cruauté
des inquisiteurs détermina Louis XII
à intervenir, il obtint du pape Alexandre
VI une bulle absolvant les Vaudois (1501).
En 1532, après
le synode d'Angrogna, les Eglises vaudoises adhérèrent à
la Réforme, et, l'année suivante, le synode de Saint-Martin
consacra leur union avec les Eglises réformées ( Protestantisme).
Elles allaient être exposées à toutes les persécutions
dirigées contre les luthériens.
Des inquisiteurs furent envoyés dans leurs vallées; le Parlement
d'Aix
(4 mai 1545) ordonna aux seigneurs des terres occupées par les Vaudois
d'obliger leurs vassaux à abjurer ou à quitter le pays. Presque
tous restant fidèles à leur foi, le baron d'Oppède,
premier président du parlement d'Aix, rassembla une bande de mercenaires
et ordonna l'extermination des bourgs de Cabrières et de Mérindol.
Trois mille Vaudois furent massacrés, brûlés dans les
églises
un dans des granges, enfumés dans les grottes où ils s'étaient
réfugiés; six cent cinquante furent exécutés
après un simulacre de jugement. Cette horrible boucherie souleva
en France
une grande indignation. Le roi Henri Il fit poursuivre
devant le parlement de Paris
les principaux coupables : le baron d'Oppède fut acquitté,
seul l'avocat général Guérin fut condamné à
mort (septembre 1551).
Pendant la seconde
moitié du XVIe siècle, les
vallées du Piémont
furent parcourues par des moines qui, appuyés par Charles-Emmanuel,
tentèrent de convertir les Vaudois. Ils ne parvinrent pas à
obtenir ce résultat, aussi un Conseglio de propaganda fide et
extirpandis haereticis défendit aux non catholiques d'ouvrir
des écoles, les condamna ensuite à l'exil, recourut enfin
contre eux aux violences et aux massacres. Un édit du 25 janvier
1655 ordonna aux Vaudois de se faire catholiques
dans le délai de vingt jours, sous peine de mort et de confiscation
des biens. C'est à cette époque que commença cette
longue suite d'horribles supplices qui ont été décrits
par le pasteur Léger. Cet historien donne une nomenclature des personnes
de tout sexe et de tout âge brûlées, égorgées,
mutilées, décapitées. Le marquis de Pianesse fit attaquer
le village de Roras; ses troupes, après avoir été
trois fois repoussées par Javanel, parvinrent enfin à s'emparer
de ce village, sans merci elles mirent tout à feu et à sang.
Javanel ayant pu s'échapper se rendit dans la vallée dauphinoise
de Queyras et rejoignit un autre chef vaudois, Jayer. Ils remportèrent
ensemble plusieurs victoires sur les troupes piémontaises. Les Etats
protestants et la France intervinrent en faveur des persécutés
et obtinrent la signature du traité de Pignerol (1655), par lequel
le duc de Savoie
accordait aux Vaudois le libre exercice du culte dans l'étroite
limite des hautes vallées. Après de nouvelles persécutions,
les lettres patentes de Pignerol furent confirmées en février
1664.
Les Vaudois de France
jouirent d'une tranquillité relative sous les règnes de Henri
IV et de Louis XIII, mais, au moment où
il révoquait l'Edit de Nantes ,
Louis
XIV demanda au duc de Savoie, Victor-Amédée, de détruire
l'Église vaudoise; un traité fut conclu dans ce sens, et
un édit du 31 janvier 1686 ordonna la cessation de tout exercice
du culte non catholique, la démolition
des temples, le bannissement des ministres.
Les Vaudois résistèrent,
mais ils furent défaits par les soldats du duc de Savoie et par
les troupes françaises commandées par Catinat; douze
mille personnes, hommes, femmes et enfants furent faits prisonniers et
enfermés dans des forteresses. Grâce à l'intervention
de la Suisse ,
ils furent mis eu liberté en septembre 1686 et exilés dans
les cantons protestants; plusieurs furent
recueillis par la ville de Genève .
Les réfugiés vaudois se groupèrent autour d'un de
leurs pasteurs, Henri Arnaud, et résolurent d'entreprendre une campagne
à main armée pour rentrer dans les vallées. Le 16
août 1689, la petite troupe, composée d'un millier d'hommes
réunis aux environs de Nyons, se mit en campagne; ils réussirent
après des efforts héroïques à faire dans leur
pays une glorieuse rentrée, à reprendre possession de nombreux
villages, et purent résister aux troupes commandées par Catinat.
Epuisés par une campagne de neuf mois, ils allaient succomber, quand
ils apprirent que Victor-Amédée entrait dans la coalition
formée par l'Allemagne ,
la Hollande ,
l'Angleterre
et l'Espagne
contre Louis XIV (mai 1690). Les Vaudois acceptèrent
les propositions de paix qui leur furent faites par Victor-Amédée
et défendirent les frontières de ses Etats de 1690 à
1692. Ils étaient, par un édit de 1694, officiellement rétablis
dans leurs villes, où vinrent les rejoindre de nombreux réfugiés
français.
Louis XIV, qui voulait
détruire complètement le protestantisme,
obtint, par le traité du 18 août 1696, conclu avec le Piémont ,
que Victor-Amédée s'engageât à interdire aux
Vaudois d'entretenir des relations avec les réformés français
et défendit l'entrée de ses Etats aux réfugiés.
Le duc tint sa promesse et, par édit du 1er
juillet 1698, ordonna aux réfugiés de sortir du Piémont,
dans l'espace de deux mois, sous peine de mort. Les uns s'établirent
dans le Wurttemberg où ils furent accueillis par le duc Eberhard
Louis, d'autres dans le grand-duché de Bade .
Ce n'est qu'en 1740 que les Vaudois du Piémont obtinrent quelques
légères faveurs. Le Sénat de Turin
publia un abrégé des édits les concernant, constatant
certains droits concédés par le souverain. Sous les règnes
de Charles-Emmanuel III et de Victor-Amédée IIl jusqu'à
la révolution de 1789, aucun événement de quelque
importance ne se produisit dans les vallées. On devine avec quel
enthousiasme ces persécutés accueillirent les idées
de liberté; ils se montrèrent très favorables à
la proclamation de la République faite par les Français qui
avaient envahi le Piémont. Après la bataille de Marengo
(2 février 1799), Napoléon, ayant replacé, sous la
domination de la France ,
le Piémont et la Lombardie ,
y proclama la liberté de conscience et l'égalité civile
de tous les citoyens; un décret du 25 juillet 1805 organisa les
Eglises. vaudoises en trois consistoriales. Après la chute de Napoléon,
Victor-Emmanuel IV (16 mai 1814) prenait possession du Piémont:
un de ses premiers actes fut de replacer les Vaudois sous l'empire des
ordonnances sévères rendues par ses prédécesseurs;
le temple de Saint-Jean fut fermé. Sous le règne de Charles-Albert,
la situation des Eglises vaudoises s'améliora, Félix Neff
y provoqua un véritable réveil religieux.
Quand Charles-Albert
eut, le 8 février 1848, donné aux Etats sardes
une constitution qui proclamait la religion
catholique religion de l'Etat,
les Vaudois s'adressèrent à leur monarque pour lui demander
l'abrogation de tous les anciens édits qui les frappaient. Ils obtinrent
prompte satisfaction. Le décret du 17 février 1848 consacra
leur émancipation, ils furent « admis à jouir de tous
les droits civils et politiques, à suivre les cours dans les écoles
universitaires, et à prendre les grades académiques ».
A partir de cette époque, les Eglises vaudoises entreprirent leur
oeuvre de reconstitution et d'évangélisation, formant des
pasteurs et des évangélistes à l'école de théologie
de Torre-Pellice jusqu'en 1861, puis à Florence .
Une conférence générale, qui se réunit tous
les trois ans, fut organisée (1872). (Armand Lods). |
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