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La
conquête par les espagnols
Quand les Européens
abordèrent pour la première fois les contrées qui
composent aujourd'hui la Colombie, ils trouvèrent les plaines couvertes
de forêts et entrecoupées de rivières, et peu peuplées
: des populations errantes, séparées par la différence
du langage et des moeurs, vivaient éparses le long des côtes
de la mer, des bouches et des rives de l'Orénoque; chacune de ces
populations portait le nom de nation, quoique souvent le nombre des individus
qui la formaient fût à peine de 1000, et que rarement il passât
10000.
Christophe
Colomb découvrit ces contrées en 1498.
Après avoir reconnu le golfe de Paria, il longea la côte jusqu'à
la pointe d'Araya, puis il fit voile au nord. Ojeda
et Amérigo Vespucci suivirent la découverte
en 1499,
et allèrent jusqu'au cap de la Vela. Des navires espagnols vinrent
ensuite échanger à cette côte des bagatelles contre
de l'or, des perles, du brésillet, etc.; mais en allant plus loin,
à l'ouest, ils rencontrèrent à leur grand étonnement
des indiens disposés à leur enlever ce qu'ils avaient. En
1510,
Ojeda et Nicuessa découvrirent les côtes du golfe de Darien.
La même année, Balboa s'avança
dans l'intérieur de ces pays : en 1513,
il franchit le premier l'isthme de Panama .
Cependant les Espagnols formaient des établissements
sur les côtes; ils y bâtissaient des villes; ils exterminaient
les Indiens qui leur résistaient, et réduisaient en esclavage
tous ceux qui échappaient au massacre : une loi de Charles-Quint
les y autorisait. Les crimes commis par la nuée de brigands que
l'avidité du pillage attirait dans ces pays malheureux, devinrent
si grands et si nombreux qu'ils parvinrent jusqu'à l'administration
de Saint-Domingue
: en 1527,
elle envoya Jean Ampues pour mettre un terme à ces atrocités.
Des missionnaires
étaient déjà venus pour prêcher l'Évangile
aux Indiens; les militaires, dont ils ne partageaient pas les excès,
les avaient contrariés dans leur projet; les religieux furent égorgés
par les Indiens par un effet de la haine qu'on portait aux Espagnols.
En 1520,
Las
Casas, qui s'est immortalisé par son zèle persévérant
à défendre les Indiens, arriva pour la première fois
sur la côte de Cumana, pour y fonder une colonie de cultivateurs;
ceux-ci furent égorgés pendant son absence. Ampues parvint
à rétablir l'ordre, en se déclarant le protecteur
des opprimés; par malheur, la province de Venezuela
venait d'être cédée par Charles-Quint
aux Welzers, négociants d'Augsbourg ,
en paiement de sommes qu'il leur devait. La férocité des
agents de ces Allemands, venus en 1528,
surpassa celle des Espagnols. Enfin, les Welzers furent dépossédés
en 1545;
l'oppression des Indiens cessa; ils furent déclarés libres,
sans même excepter ceux qui seraient pris les armes à la main.
Mais, persuadés par une triste expérience que les Européens
n'avaient d'autre intention que celle de les exterminer, ils ne voulurent
pas écouter la voie de la persuasion pour se ranger sous les lois
des Espagnols; ceux-ci, réduits au parti de renoncer au pays ou
de se l'approprier par la force, adoptèrent ce dernier moyen. Tous
les Indiens défendirent leur territoire avec une ténacité
dont on ne les croyait pas capables. Les Espagnols soumirent successivement
la plus grande partie de ces contrées; mais ils ne parvinrent à
fonder le plus petit établissement qu'après avoir combattu
la population qui occupait le terrain. Celles qui se réfugièrent
dans les forêts de l'Orénoque réussirent à conserver
leur liberté.
De même que
dans le reste de l'Amérique ,
les Espagnols qui parvinrent, en 1537,
des rives du Magdalena aux plaines élevées du Bogota, furent
frappés du contraste qu'ils observèrent entre la situation
précaire des populations éparses qui habitaient les régions
chaudes voisines de l'embouchure de ce fleuve, et la solide organisation
des peuples montagnards. Ceux-ci étaient distribués par communes,
cultivaient la terre, fabriquaient des toiles de coton qui formaient leur
vêtement. Quoique le sol fût peu fertile, les champs offraient
partout de riches moissons de maïs, de quinoa, et de turmas ou pommes
de terre. Quatre nations, les Muyscas (Chibchas),
les Guanes, les Muzos et les Colimas, vivaient sur le plateau de Cundinamarca
: celle des Muyscas ou Mozcas paraît avoir été la plus
nombreuse.
Le pays de Cundinamarca
fut conquis par Gonçalo Ximenez de Quesada.
Enflammé par les récits d'un grand nombre d'indiens qui,
en lui montrant le sud, lui assuraient qu'ils trouverait dans cette direction
un empire riche et puissant, il partit, au mois d'avril 1536,
à la tête de 620 fantassins et de 85 cavaliers. Ce ne fut
qu'avec des peines infinies que ses bateaux, légers et mal construits,
purent remonter le Magdalena. Un grand nombre de ses compagnons périrent
de fatigue et de misère. Enfin il réussit dans son entreprise,
fut vainqueur dans tous les combats qu'il livra aux Indiens, et reconnut
qu'on ne l'avait pas abusé, par ce qu'on lui avait raconté
de la richesse de Cundinamarca. Les Indiens se défendirent avec
un courage que les armes à feu de leurs ennemis rendirent inutile;
en un an, la conquête fut achevée.
Au moment où
elle se terminait, Benalcazar, un des lieutenants
de Pizarro, ayant soumis Quito ,
Pasto, Popayan et la vallée du Cauca, passa le Quindiu et le Magdalena,
et arriva dans la plaine de Bogota .
Quito avait précédemment formé un État indépendant
: les Incas du Pérou
s'en étaient emparés depuis un demi-siècle.
Pour remplacer les
Indiens, qui avaient disparu dans les plaines du Venezuela ,
les Espagnols y amenèrent des esclaves
Noirs d'Afrique .
Il n'en était pas de même dans les montagnes; aucun Indien
n'y périt accablé par la fatigue : la population indienne,
bien loin de diminuer, s'y accrut considérablement, parce que la
paix régna constamment dans ces contrées élevées.
La
Vice-Royauté de Nouvelle-Grenade
Le pays reçut
le nom de Nouvelle-Grenade, et dépendit du Pérou .
En 1718,
il fut érigé en vice-royauté; en 1731,
les provinces de Venezuela ,
qui avaient appartenu au gouvernement de Saint-Domingue ,
en furent distraites et placées sous l'autorité d'un capitaine
général résidant à Caracas .
Rien n'avait altéré
la tranquillité intérieure dont ces contrées jouissaient
depuis que l'Espagne
les possédait, lorsque tout à coup le Socorro, province de
la Nouvelle-Grenade, se souleva en 1781,
au sujet de l'impôt de l'alcavala. Les rebelles s'avancèrent
jusqu'aux portes de Bogota ;
des troupes marchèrent contre eux. L'archevêque employa la
persuasion pour apaiser le mouvement : il y parvint. Le Socorro fut pacifié;
sa population fut décimée par le gouvernement espagnol; il
envoya un grand nombre d'habitants périr dans les cantons insalubres
de la côte.
Les fondements de
l'empire espagnol étaient ébranlés en Amérique .
La révolution des États-Unis
leur donna une nouvelle secousse; les esprits commençaient à
s'agiter; on montrait secrètement de la prédilection pour
le gouvernement républicain. La commotion se fit de nouveau sentir
à la nouvelle de la révolution de France .
En 1794,
la Déclaration des droits de l'homme
fut imprimée à Santa Fé (Bogota )
: le gouvernement comprima bientôt ce mouvement. Les exemplaires
de l'ouvrage furent brûlés; les traducteurs, jeunes encore,
furent envoyés en Espagne
les fers aux pieds.
En 1796,
la ville de Caracas
montra une telle indignation contre une mesure de police ordonnée
par l'audience, que le gouverneur général, pour empêcher
le tumulte, prit le sage parti de faire droit aux réclamations du
peuple.
En 1797,
trois prisonniers d'État condamnés en Espagne ,
pour des délits révolutionnaires, à être enfermés
à perpétuité dans les casemates de la citadelle de
la Guayra, parvinrent à ourdir une conspiration qui avait pour but
de renverser le gouvernement. Ils s'enfuirent; plusieurs conjurés
furent punis.
L'indépendance
Il s'était
fait dans les idées une révolution dont les suites ne seraient
de longtemps devenues funestes pour la métropole, si le ministère
n'avait continué à froisser tous les intérêts
et à contrarier tous les voeux; on désirait un avenir plus
heureux. Cette disposition des esprits n'annonçait pourtant rien
d'hostile; car en 1806
la tentative de Miranda, soudoyé par le ministère britannique ,
n'aboutit qu'à la prise de quelques places qui furent bientôt
rendues aux Espagnols.
La nouvelle de l'emprisonnement
de Ferdinand, roi d'Espagne ,
en 1808,
produisit l'événement qui, tôt ou tard, devait arriver.
Des agents du nouveau roi arrivèrent d'Europe
à Caracas ,
et exigèrent en son nom le serment de fidélité; on
ne leur répondit que par les cris de vive Ferdinand! Quito
proclama l'indépendance en 1809;
l'élan ne fut arrété qu'avec beaucoup de difficulté.
Cette ville se souleva encore la première en 1810;
ce mouvement n'influa pas sur le reste du pays haut. A Caracas, un manifeste,
publié le 19 avril 1810,
annonça le projet de mettre ce pays à couvert des projets
de la France
et de la junte centrale d'Espagne, et de soutenir Ferdinand VII. Le 23
juillet, on courut aux armes à Santa Fé, sous le prétexte
que les troupes de Napoléon menaçaient
la Nouvelle-Grenade; une junte déclara que l'on reconnaissait Ferdinand
VII pour souverain de Cundinamarca; rappeler cet ancien nom était
déjà indiquer que l'on voulait un nouvel ordre de choses.
Le vice-roi fût
arrêté; on l'accusait d'avoir voulu vendre l'Amérique
à Napoléon; il fut envoyé
à Carthagène .
Les habitants de Caracas ,
invités par ceux de Cundinamarca à faire cause commune, répondirent
qu'ils ne reconnaîtraient jamais de rois, et ne se soumettraient
qu'au gouvernement établi par leurs représentants. Le congrès
qui avait succédé à la junte suprême, le 2 mars
1811
, déclara l'indépendance de Venezuela ,
le 5 juillet. Ce congrès tint ses séances à Valencia
, dans les vallées d'Aragua, en mars 1812.
Cependant les Espagnols
conservaient des forces dans le pays. Les progrès de leurs troupes
furent hâtés par un tremblement de terre qui renversa Caracas ,
le 26 mars 1812.
Le peuple vit dans cet événement affreux la main de la Providence
punissant la révolte. Monteverde réussit sans effort, en
août, à reconquérir Venezuela
pour la métropole. Miranda, qui était revenu à Caracas,
et qui avait obtenu le commandement de l'armée, fut constamment
battu. Une capitulation, signée dans les derniers jours de juillet
, promit une amnistie générale. Néanmoins, Miranda,
livré à Monteverde, fut envoyé en Europe
et mis en prison à Cadix .
Monteverde, violant ouvertement la capitulation, remplit les cachots de
toutes les personnes qui avaient pris part à la révolution.
Le signal des supplices fut donné. Les actes de rigueur augmentèrent
le mal que l'on voulait faire disparaître. Les proscrits réfugiés
à la Trinité et dans d'autres îles organisèrent
des partis, et vinrent attaquer Caracas. La capitale ouvrit ses portes
à Simon Bolivar le 16 août 1813.
Ses compatriotes lui décernèrent le titre de libérateur
de Venezuela.
Battu ensuite par
les Espagnols, il escalada les montagnes
de la Nouvelle-Grenade, où il obtint des succès contre des
troupes indépendantes qui fatiguaient le pays de leurs divisions.
En 1815,
il fut abandonné par la fortune sous les murs de Carthagène .
La guerre civile avait éclaté; Bolivar,
délaissé par ses soldats, obtint la permission de s'exiler:
il s'embarqua pour la Jamaïque .
Les Espagnols, maîtres du Venezuela
depuis juillet 1814,
le devinrent de Bogota
en juin 1810.
La même année, Bolivar débarqua à l'île
de la Marguerite, et revint sur le continent; il s'enfonça dans
les déserts de la Guyane, et harcela les généraux
espagnols.
Morillo, arrivé
d'Espagne ,
s'empara de Carthagène ,
qui fit une vigoureuse défense; il commandait des troupes bien disciplinées
: tout plia devant lui. La guerre s'était faite avec une cruauté
inouïe; Morillo, après la victoire, employa les moyens les
plus affreux pour étouffer le dernier germe de la rébellion.
Mais plus il faisait fusiller d'Américains, plus il augmentait le
nombre des mécontents.
En 1817,
tout parut tranquille à Morillo dans la Nouvelle-Grenade; il y laissa
pour vice-roi Samanon, et s'occupa de pacifier le Venezuela .
Santander accrut le nombre des victimes. Chacun, craignant d'être
mis sur la liste de proscription, se réfugia dans les plaines. Ces
fugitifs furent réunis en troupes régulières par les
généraux indépendants. Morillo ne voulut pas se hasarder
dans les forêts de l'Orénoque; il tourna ses armes contre
l'île de la Marguerite, où commandait Irismendi; il éprouva
une défaite complète, et revint à Caracas ;
le manque de soldats, car presque tous les Espagnols
étaient morts ou par le fer ou par les maladies, le retint dans
cette capitale. D'ailleurs les Américains, qui d'abord s'étaient
joints à lui, l'avaient quitté, parce qu'il offensait continuellement
leur amour-propre.
De
la Grande Colombie à la république de la Nouvelle-Grenade
Morillo reçut
des renforts d'Espagne
: Bolivar le surprit en 1818,
à Calabozo, et le poursuivit jusqu'aux portes de Valentia : battu
à son tour, il rentra dans les déserts de Casanare. Le second
congrès de Venezuela fut installé à San Tome, le 18
février 1819. La loi fondamentale qui réunit le Venezuela
à la Nouvelle-Grenade, sous le nom de Colombie, fut proclamée
le 17 décembre. Bolivar franchit les paramos de la Cordillère,
et, malgré un échec, marcha sur Santa-Fe ;
il mit en déroute les Espagnols à Boyaca, près de
Tunja, et s'empara de la capitale. Il redescendit promptement dans les
plaines de Caracas .
Ses soldats y soutinrent fréquemment des combats contre ceux de
Morillo : les succès furent partagés. Bolivar, dans une entrevue
avec le général espagnol, le 25 novembre 1820,
convint d'une trêve de six mois; on ignore par quel motif il l'enfreignit
en s'emparant de Maracaïbo. Morillo était retourné en
Espagne. La Torre, qui lui succéda, fut battu à Carabobo
et obligé de se réfugier dans les murs de Puerto-Cabello.
Un congrès
fut assemblé à Cucuta; il assit les bases d'un nouveau gouvernement.
La constitution fut publiée le 30 août 1821.
Elle était modelée sur celle des États-Unis
de l'Amérique septentrionale : le président est en exercice
pendant quatre ans. Le congrès rédigea aussi plusieurs lois,
et déploya une activité extraordinaire. La guerre s'étant
rallumée dans le sud, Bolivar marcha sur
le Pasto, où des mécontents du nouveau régime s'étaient
réunis aux Espagnols en 1822;
il soumit cette province, puis vola au secours de Sucre,
son lieutenant, qui était devant Quito .
Les Espagnols furent mis en déroute par les Américains indépendants,
à la vue du Pichincha : ce terrible volcan a donné son nom
à la bataille. Depuis cette époque, Bolivar et Sucre sont
allés affermir l'indépendance du Pérou
par leurs victoires sur les Espagnols.
La république
a été reconnue par la Grande-Bretagne
en 1825,
comme un État indépendant. La Colombie et le Mexique
ont conclu, le 3 octobre 1823
, un traité d'alliance. D'après le décret du 23 juin
1824
, le territoire de la république est divisé en douze départements,
qui sont : Orinoco, Venezuela, Apure, Sulia, Boyaca, Cundinamarca, Cauca,
Magdalena, Isthme ( Panama ),
Équateur, Assuay, Guayaquil : les départements sont divisés
en provinces qui renferment chacune un certain nombre de cantons; les cantons
comprennent des cabildos ou municipalités. Cette Grande
Colombie, comme on la nomme pour la distinguer de la Colombie actuelle,
beaucoup moins étendue, ne résista à l'éclatement
que six ans. En 1830-1831,
elle se divisa en trois pays : la Nouvelle-Grenade (Colombie actuelle plus
Panama), l'Equateur
et le Venezuela .
Un acte du congrès
de la république, en ayant séparé en février
1855
le département de l'Isthme, pour en former le nouvel Etat indépendant
de Panama ,
et le département. d'Antioquia étant devenu un Etat libre
en 1856,
la Nouvelle-Grenade ne comprend plus à partir de cette époque
que cinq départements. subdivisés en provinces. Sous le président
Lopez, élu en 1849,
et sous son successeur Obando, les passions révolutionnaires, favorisées
par l'administration, ont plongé le pays dans une agitation permanente.
La constitution a été révisée de 1851
à 1853
dans le sens le plus libéral; les jésuites,
tout puissants, ont été expulsés. L'Etat enfin s'est
séparé de I'Eglise ,
et la liberté des cultes a été proclamée. Mais
le règne de la démagogie aboutit, en 1854
à la dictature du général Melo et à la guerre
civile. Un centre de résistance s'établit à Ibague,
sous la direction du vice-président J. de Obaldia, et la délivra
de la dictature à la fin de 1854.
Obaldia, élu président en 1855,
a été remplacé en 1856
par Ospina.
De
Mosquera à celle de Nuñez
En 1858,
le pays s'organisa en république fédérée (composée
des deux Etats de Colombie et de Panama )
et prit le nom de Confédération grenadine. Mais le
gouvernement a été renversé en 1861
par Mosquera, qui s'est emparé de Bogota ,
s'est proclamé président provisoire, a imposé par
la force des armes son pouvoir dictatorial, et a convoqué un congrès
de plénipotentiaires pour rétablir l'ancienne république
de Colombie, qui devient désormais les Etats-Unis de Colombie. En
1863,
Mosquera s'est démis du pouvoir dictatorial, mais en se faisant
attribuer une pension viagère. Il a été établi
un nouveau gouvernement provisoire, composé de cinq ministres, et
où Mosquera est entré comme ministre de la guerre.
Murillo, le nouveau
président, installé au pouvoir en 1864,
ne tint que deux ans. Mosquera revint au pouvoir et s'y maintint jusqu'en
1867;
De plus en plus contesté, il est renversé par le commandant
de l'armée, le général Santos Acosta et condamné
à l'exil. On rappela le vice-président Santos Gutiérez,
en disgrâce, mais aussitôt arrivé à la tête
de l'Etat, il fut confronté à plusiuers insurrections, en
particulier à Panama .
Sous le mandat de ses successeurs, Eustorgio Salgar (1870-1872),
Manuel Murillo Toro (1872-1874),
Santiago Perez (1874
-1876),
la situation du pays s'améliora, malgré quelques troubles
fomentés par Mosquera de retour d'exil. En 1876,
pourtant cette période de progrès fut stoppée par
une nouvelle guerre civile. Elle termina, après quelques mois, par
la victoire des libéraux sur les cléricaux qui s'étaient
insurgés. Mais sous les présidences suivantes (celle de Parra
entre 1876
et 1878
et de Trujillo entre 1878
et 1880)
l'autorité de l'Etat fédéral s'en trouvait affaiblie,
ce qui encourageait un peu plus les velléités séparatistes
de Panama; les finances étaient également très affectées.
De même que
Mosquera, au pouvoir ou dans l'opposition, avait dominé la vie politique
de la Colombie depuis près de vingt ans, Rafael Nuñez, un
autre conservateur, allait être l'homme fort de la Colombie pendant
la période qui suivit. Nuñez, une première fois président
de 1880
à 1882,
le fut de nouveau de 1884
à 1886,
et sous la nouvelle constitution, en 1886,
il fut réélu pour six ans. Ses pouvoirs lui furent renouvelés
pour une période de 1892
à 1898,
mais il laissa le vice-président Caro les exercer à sa place.
En 1893,
se manifestèrent les premiers symptômes d'une agitation révolutionnaire.
La mort du président Nuñez, en 1894,
coupa court à ce commencement de troubles. Mais ils recommencèrent
l'année suivante, le président Caro, conservateur militant,
s'étant attiré la haine du parti libéral; il y eut
une sanglante insurrection, que réprima le général
Reyes.
Une nouvelle guerre
civile éclata en octobre 1899,
à la suite d'un conflit entre le pouvoir exécutif et la Chambre.
Le vice-président Marroquin s'empara du pouvoir en 1900
et le vieux président Sanclemente, âgé de quatre-vingt-six
ans, fut fait prisonnier. Ce coup d'État portait au pouvoir la fraction
la plus impopulaire du parti conservateur. Les libéraux résistèrent
longtemps et trouvèrent l'appui des révolutionnaires vénézuéliens
à la solde du président vénézuelien Cipriano
Castro; la lutte ne se termina qu'à la fin de 1902,
après la défaite du principal chef insurgé, le général
Uribe.
La sécession
de Panama.
La Colombie comprenait,
d'après la constitution de 1886,
neuf départements : Antioquia, Bolivar, Boyaca, Cauca, Cundinamarca,
Magdalena, Panama, Santander et Tolima. Le 4 novembre 1903,
à la suite d'un mouvement séparatiste et après le
vote du Congrès de Bogota
rejetant le traité rédigé par les Etats-Unis
pour rendre possible l'achèvement du canal ,
le département de Panama
acquit l'indépendance et fut érigé en république
indépendante. Il y eut à ce moment à Bogota des manifestations
contre les légations de France
et des Etats-Unis. En outre, le général Reyes fut envoyé
à Washington. Il remit au gouvernement nord-américain une
note très énergique dans le fond, très modérée
dans la forme, protestant contre la séparation de Panama, mais ce
fut en vain : les Etats-Unis avaient décidé de reconnaître
le fait accompli.
D'autre part, un
décret du Congrès du 5 août 1904
constitua les territoires méridionaux de la Colombie en département
sous le nom de Nariño. Le général Reyes fut élu
président le 29 février 1904,
à la place de Marroquin. Le 8 novembre 1905,
trois arrangements entre la Colombie et le Pérou
mirent fin à des difficultés qui existaient depuis longtemps
entre les deux pays : une convention de frontière donnant comme
limite aux deux Etats le rio Putumayo, un traité de commerce, une
convention d'arbitrage remettant au pape le soin de statuer sur les litiges
ultérieurs qui surviendraient entre les deux Etats.
(NLI). |
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