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Les Bégards,
Béghards
ou Bégarts (de beg = prier, mendier?) appelés
encore les Spirituels étaient des hérétiques
qui, entre la fin XIIe siècle et
le XIVe siècle, se répandirent
en France
et en Allemagne ,
surtout sur les bords du Rhin. C'étaient d'abord des religieux qui,
avec la permission des autorités ecclésiastiques, se séparèrent
de l'ordre des Frères mineurs de Saint-François,
pour mener une vie plus rigide, plus parfaite et plus spirituelle; mais
cette permission leur ayant été retirée, ils ne voulurent
pas céder, se créèrent un général, et,
Boniface
VIII ayant condamné ce schisme vers l'an 1300, ils si mirent
à déclamer contre le pape et contre les évêques.
Adoptant les idées d'un certain abbé Joachim, ils annoncèrent
la réforme de I'Eglise par les vrais disciples
de saint François.
A ces religieux vinrent se joindre un grand
nombre de frères laïques et d'hommes et de femmes, qui, sans
être religieux, vivaient cependant en commun sous la conduite de
quelque chef toujours ardent. On ne saurait se faire une idée des
mouvements, des troubles, de l'irritation, de l'enthousiasme aveugle que
fomentaient autour d'eux ces croyants indociles.
Il est difficile d'assigner le symbole
certain et fixe des conceptions qui bientôt se répandirent
au milieu de ces enthousiastes. Ils semble qu'ils enseignaient que Dieu
est tout, qu'il n'y a aucune différence entre Dieu et la créature,
que la destinée de l'humain est de s'unir
à Dieu, que par cette union l'homme devient Dieu lui-même;
que dès lors il est au-dessus des prescriptions de la loi humaine
ou de la loi divine. Le concile qui les condamna distingua huit chefs principaux,
qui peuvent peut-être donner une idée plus pércise
de leur doctrine :
1° Les Spirituels prétendaient
que l'humain peut acquérir un tel degré de perfection, qu'il
ne puisse plus pécher, ni par conséquent acquérir
plus de sainteté.
2° Ils assuraient que leurs sens étaient
tellement soumis à leur raison, qu'il n'était plus nécessaire
de les dompter, et partant ils accordaient au corps tout ce qui était
l'objet de ses désirs.
3° Dans cette perfection, ils faisaient
entrer une liberté et une indépendance absolues, de telle
manière qu'ils n'étaient plus obligés d'obéir
ni à l'Eglise, ni au prince.
4° Outre la perfection et la liberté,
ils prétendaient encore posséder la béatitude, c'est-à-dire
la perfection au même degré qu'on pourrait l'avoir dans le
ciel.
5° Ils disaient, en preuve de cette
opinion, que toute créature
intelligente est naturellement bienheureuse,
possédant tout ce qui constitue sa nature, et n'ayant pas besoin
de la lumière de la grâce pour voir ou posséder Dieu.
6° D'après ces principes, ils
concluaient que la pratique de la vertu n'est imposée qu'aux imparfaits;
7° qu'ainsi le simple baiser d'une
femme était un péché mortel, mais que le commerce
qu'un parfait avait avec elle n'en était pas un lorsqu'il était
tenté.
8° Enfin, ils soutenaient que les Spirituels
vacant à la contemplation n'étaient pas obligés de
rendre un honneur ou acte d'adoration quelconque à Jésus
dans l'eucharistie.
Ces conceptions, qu'on retrouve chez les Turlupins
( Frères
du Libre-Esprit) et chez les mystiques
allemands du XIVe s., Eckhart,
Tauler, Suso, Ruysorock, paraissent se rattacher
aux doctrines orientales, accueillies et propagées par Jean
Scot Érigène.
Leur principal règlement était
de mendier les choses nécessaires à la vie, afin de pouvoir
travailler exclusivement à la propagation de leurs idées.
A des époques déterminées, ils avaient des réunions
où ils expliquaient dans leur sens la Bible .
Sans garder le célibat ni les observances
monastiques, ils portaient l'habit religieux, de longues robes, de longs
capuchons, etc. On les a, mais à tort, confondus quelquefois, soit
avec les Dulcinistes, soit avec les Vaudois.
Souvent ils se donnèrent le nom d'Apôtres, et firent
surtout des prosélytes parmi les femmes qu'on appela Béguines.
Ils furent condamnés plusieurs fois par les papes, entre autres
par Clément V, en 1311 au le concile
général de Vienne. |
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