 |
Poésies
d'Ossian. - II a existé et il existe encore dans la bouche des
montagnards de l'Écosse certains chants gaéliques qui remontent
à des temps anciens, et qu'on attribue à un barde du nom
d'Ossian. On n'a pas de raison sérieuse de révoquer en doute
l'existence de ce personnage, et l'opinion la plus générale
le place au IIIe siècle de notre
ère. Mais les poésies ossianiques ont soulevé en Angleterre
les plus vives controverses. Celles que MacPherson publia en 1760 ne sont
qu'un pastiche; on comprend difficilement aujourd'hui qu'elles aient excité
tant de passion : proclamées authentiques par le Dr Smith, Blair,
Gray, et lord Kaimes, elles furent attaquées avec violence par Shaw,
et surtout par Samuel Johnson; Laing, dans son Histoire d'Écosse,
en combattit aussi l'authenticité. Une commission, spécialement
nommée en 1797 pour élucider le débat, conclut, par
l'organe d'Henri MacKensie, qu'une partie des poèmes d'Ossian était
authentique; mais que la forme sous laquelle MacPherson les avait présentés
était son propre ouvrage; qu'on devait les attribuer, non à
un seul barde, mais à plusieurs; et que jamais ces poèmes
n'avaient composé un seul tout, un poème épique entier.
En 1807, la Société écossaise de Londres fit imprimer
tous les textes gaéliques que l'on avait pu recueillir; on y trouve
une vigueur native et fruste, dont MacPherson n'a pas respecté le
caractère. Les chants ossianiques sont originaires d'Irlande, et
l'on y voit figurer des Saints irlandais, notamment St Patrick; la forme
en est embarrassée et difficile, et l'on y trouve beaucoup d'allitérations
et d'assonances. II est impossible de les faire remonter plus haut que
le VIe siècle, et il se peut qu'ils ne datent même que de
quelques siècles plus tard. Ce sont les pastiches de Macpherson
que Letourneur a traduits en français, et dont Baour-Lormian
a tiré ses imitations en vers.
 |
En
bibliothèque - Robinson, La
Fausseté des poésies d'Ossian, et de l'Ossian de Macpherson
en particulier, Leipzig, 1840.. |
|
|