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Wordsworth
(William), poète né à Cockermouth (Cumberland )
le 7 avril 1770, mort à Rydal Mount (Westmoreland) le 23 avril 1850.
Il appartient comme Coleridge et Walter
Scott à la seconde génération du romantisme anglais.
Il fut, avant tout, un isolé qui ne dut qu'à lui-même
sa conception de la poésie, quoiqu'il ait eu pour amis intimes Southey
et surtout Coleridge. Mieux que ceux-ci, on peut l'appeler un Lakist,
car il a passé presque toute sa vie dans le pays des lacs anglais
(Lake District), qu'il a compris mieux que personne et dont tout
le charme vit dans sa poésie. Ni son éducation à Cambridge
(1787-91), ni ses lectures n'eurent autant d'influence sur la formation
de son esprit que ses années d'enfance et d'adolescence dans son
pays natal et plus tard ses voyages, d'abord en Suisse, d'où il
rapporta son premier volume de vers (Descriptive Sketches, 1793),
puis en France, où il passa près d'un an (1791-92), à
Paris et à Blois,
en plein enthousiasme révolutionnaire. Il y subit l'influence d'une
âme d'élite en celle de son ami intime qui devint plus tard
général, Michel Beaupuy.
Revenu en Angleterre, Wordsworth resta
encore quelque temps républicain; mais, de même que Coleridge
et Southey qui partageaient alors ses idées,
il était trop Anglais pour rester longtemps en sympathie
avec un mouvement qui lui paraissait s'étendre par des conquêtes
injustes, et renverser des institutions qu'il jugeait consacrées
par le temps et représentant dans la société la nature,
qui était l'objet de son culte. Les conquêtes révolutionnaires
et la Terreur le tirent désespérer de la Révolution,
avec Napoléon il commença à
la haïr et la combattit jusqu'à la fin de sa vie, même
sous les formes les plus modérées qu'elle ait prises en Angleterre
(émancipation des catholiques, Reform Bill). Ainsi la Révolution
française fut le pôle qui orienta par attraction, puis par
répulsion, toute sa vie de citoyen d'abord humanitaire, puis patriote
et enfin réactionnaire. Toute cette crise de sa vie a été
racontée par lui dans un poème qui est être son chef-d'oeuvre
(The Prelude, composé en 17991815, publié en 1850).
Cette histoire de son âme n'était pour lui que la préface
d'un grand poème dont la première partie (The Recluse)
resta inachevée, mais dont la seconde (The Excursion, 1814)
renferme sa pensée la plus profonde sur la nature et la société
et sur les problèmes nouveaux que celle-ci doit résoudre
dans un pays transformé comme l'Angleterre par la révolution
industrielle.
-
William
Wordsworth.
En même temps, et depuis 1798, date
de la publication, en collaboration avec Coleridge,
des Lyrical Ballads, Wordsworth publiait une foule de poèmes
lyriques inspirés par la vie rustique, les traditions et les paysages
de son pays natal, et des sonnets patriotiques à l'occasion des
guerres de l'Empire. Il y essayait une révolution dans le style
poétique qui voulait non seulement supprimer tous les ornements
poétiques de convention du siècle précédent,
mais ne pas laisser subsister entre la prose et la poésie d'autre
différence de forme que celle du rythme. Le prosaïsme inévitable
qui en résulte toutes les fois que la pensée n'est pas parfaitement
originale et l'intention didactique trop visible furent les principaux
obstacles au succès de sa prédication morale si sincère
dans son étroitesse.
Malgré les commentaires perspicaces
et souvent enthousiastes de Coleridge dans sa Biographia Literaria
(1817), on peut dire que Wordsworth fut peu lu et peu compris jusque vers
1880, où un mouvement se dessina dans la critique anglaise avec
Matthew Arnold, F.-W.-H. Myers, John Morley, pour le placer au premier
rang des poètes anglais du XIXe
siècle, et même à côté de Shakespeare
et de Milton. Il ne paraît pas possible
de ratifier entièrement ce jugement. La vision de la nature chez
Wordsworth perd souvent en étendue ce qu'elle gagne en profondeur
à s'attacher presque uniquement au coin de terre natal; l'optimisme
de sa conception de l'univers est fait de trop d'ignorance. Mais dans son
domaine étroit, sa poésie garde toujours le mérite
d'une sincérité évidente et persuasive, dont son prosaïsme,
qui n'est souvent que dans l'expression, ne suffit pas à atténuer
l'effet. Dans bien des pièces, dans quelques fragments de ses grands
poèmes, l'union de cette sincérité passionnée
et de la noble simplicité de la forme donne l'impression d'une vraie
grandeur, et comme d'une force naturelle.
Respecté de tous, il fut poète
lauréat à la mort de Southey, mais
on peut dire que pour lui la période de création véritable
s'arrête vers 1815. Il vivait seul avec sa femme et sa soeur Dorothy
dont les âmes charmantes, révélées dans leurs
lettres, eurent sans doute beaucoup d'influence sur la sienne. Ni les Sonnets
ecclésiastiques (1840), ni les poèmes inspirés
par ses voyages en Angleterre, en Écosse et sur le continent, n'ajoutèrent
beaucoup à sa gloire. Le Prélude, qui renferme l'essence
de sa poésie et nous donne le sens de toute sa vie, ne parut qu'après
sa mort, en 1850. (J. Aynard). |
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