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L'origine
des universités
Les universités
sortirent, au XIIe
siècle, de la fusion des écoles
cathédrales,
des écoles monastiques et des écoles privées, au moyen
d'un mélange d'éléments empruntés à
chacune de ces catégories d'établissements d'instruction
et à travers une série de luttes qui durèrent plus
d'un siècle, et eurent leurs principaux centres à Bologne
et à Paris.
Bologne .
L'enseignement laïque
s'était perpétué dans les villes d'Italie
depuis l'Antiquité .
L'influence du clergé n'avait pas été plus loin qu'une
sorte de patronage, qui se manifestait seulement par la collation des grades;
faite par l'évêque ou le chancelier de l'église locale
à
la fin des études scolaires. Salerne paraît avoir été
toujours soustraite à ce protectorat religieux. Bologne monopolisa
peu à peu l'enseignement du droit
romain, qui y fut enseigné simultanément
par un assez grand nombre de professeurs, ayant chacun leurs écoles
particulières et qui vivaient des honoraires que leur payaient leurs
élèves, soit individuellement, soit en se cotisant. Accurse,
Azon,
Odofred, Irnerius, Placentin, furent les successeurs
directs des maîtres et des rhéteurs des écoles antiques.
Comme les étudiants étaient nombreux et, de plus, généralement
riches, ils formèrent des sociétés, et comme ils payaient
eux-mêmes leurs professeurs, ils prétendirent les contrôler.
Il y eut à
Bologne deux grands clubs d'étudiants, groupés par sociétés
de compatriotes, les cismontains (Italiens) et les ultramontains
(étrangers), qui élirent chacun un président, auquel
fut donné le titre de rector, terme vague qui s'appliquait
alors à toute espèce de fonctionnaires civils et ecclésiastiques.
C'était bien là le principe des corporations ouvrières,
appelées aussi universitates à cette époque, car le
travail effectif était bien dû aux professeurs, pour le bénéfice
de leurs élèves, qui devenaient leurs véritables patrons.
Le « recteur » élu par les étudiants devait être
âgé de vingt-quatre ans au moins. Les professeurs lui prêtaient
serment d'obéissance et devaient se conformer aux prescriptions
promulguées par les étudiants relativement à la manière
de faire les leçons, sous peine de diverses amendes. De leur côté,
les professeurs cherchèrent aussi à se constituer en un syndicat
professionnel, qui prit un des autres noms par lesquels on désignait
les corporations ouvrières en Italie, celui de collegium.
Les professeurs, tous Bolonais, n'admirent dans leurs rangs, par voie de
cooptation, que des compatriotes. Les membres du syndicat des maîtres
furent classés en legentes (professeurs titulaires) et non legentes
(maîtres non chargés de cours). Cette organisation, quoique
très hybride, puisqu'elle en était arrivée à
produire un antagonisme formel entre professeurs et étudiants, servit
néanmoins de modèle aux autres universités qui s'organisèrent
à la fin du XIIe
siècle en Italie, et ne fut tempérée
que par le système qui prévalut à Paris, où
les maîtres prirent dès le début la direction des affaires
universitaires.
Paris .
La capitale du petit
royaume des Capétiens fut le siège
d'une école épiscopale qui, après des débuts
modestes, grandit avec l'importance croissante de Paris. Le chancelier
de Notre-Dame en était le chef.
Comme les étudiants, qui venaient de l'étranger dès
le commencement du XIIe
siècle, ne tardèrent pas
à devenir très nombreux, le chancelier de Notre-Dame autorisa
un certain nombre de maîtres libres à ouvrir d'autres écoles
dans l'Île de la Cité et aux alentours, notamment dans les
maisons qui s'élevaient sur le Petit-Pont,
qui fut probablement le premier « quartier latin-»
de Paris; plusieurs professeurs, qui, de leur temps, eurent un nom, furent
surnommés
Parvipontani. Les grandes querelles théologiques
du milieu du XIIe siècle
et la part qu'y prit Abélard inquiétèrent
le chancelier de Notre-Dame et le rendirent plus circonspect. Dès
la fin du XIIe
siècle, les professeurs libres
se syndiquèrent pour lutter contré le représentant
de l'autorité épiscopale, qui n'accordait plus la «
licence d'enseigner » et voulait les soumettre entièrement
à son autorité. Le chancelier eut pour lui le gouvernement
royal (1229),
mais le pape se prononça pour l'« Université »
nouvelle et lui donna sa charte d'organisation (1231).
Ces luttes furent très vives et souvent sanglantes. L'Université
eut recours à la suspension des cours ou sécession (cessatio)
: professeurs et étudiants se dispersèrent, et toute la population
scolaire prit le chemin d'Orléans,
Angers,
Reims,
etc., et alla même jusqu'à Oxford
fonder la première Université anglaise (1229).
Ce procédé était d'ailleurs imité de Bologne,
où la cessatio était fréquente et fut la cause
première de la fondation des autres universités du Nord de
l'Italie.
A Paris,
entre temps, les écoles monastiques qui existaient, à l'usage
intérieur des couvents, chez les chanoines
réguliers de l'abbaye
de Sainte-Geneviève et chez les dominicains
de la rue Saint-Jacques, cherchèrent
à retenir le monde des étudiants, en rendant public l'enseignement
des écoles monastiques. Tous les ordres nouvellement fondés
ou réorganisés firent de même. Ce fut la querelle des
ordres
mendiants (dominicains,
franciscains,
carmes,
augustins),
soutenus par les papes, contre l'Université séculière,
dont le principal défenseur fut Guillaume de Saint-Amour. Le chancelier
de Sainte-Geneviève s'érigea en rival de celui de Notre-Dame
pour la collation des grades et la surveillance des études. C'est
au milieu de toutes ces luttes que la corporation universitaire compléta
son organisation intérieure. La portion du corps enseignant qui
avait eu l'initiative du mouvement d'indépendance, la « Faculté
» des Arts (Artistae), se donna un « recteur »
(vers 1245),
comme l'avaient fait les étudiants de Bologne
un siècle auparavant, mais ce ne fut qu'au milieu du XIVe
siècle qu'il fut reconnu unanimement
par les autres facultés comme le chef de la corporation universitaire
de Paris. La Faculté de théologie résista jusqu'en
1318.
Les étudiants se groupèrent en sociétés de
compatriotes, comme à Bologne et les «-Facultés
» se constituèrent. L'Université garda, de ses premières
luttes, un goût prononcé pour la participation aux affaires
politiques, notamment pendant les querelles de Philippe
le Bel et de Boniface VIII et surtout
pendant les luttes des Armagnacs
et des Bourguignons sous Charles
VI, avec Jean Petit, Pierre d'Ailly,
Gerson,
Guillaume Fillastre, etc.
A partir du milieu
du XIIIe
siècle, les universités
furent désignées sous le nom de studium generale ou
universale,
dénomination qui se référait principalement au monopole
qu'elles commencèrent à prendre à cette époque,
pour l'enseignement de la théologie, des sciences et des lettres.
On les désigna aussi quelquefois par un terme qui s'est conservé
en Allemagne
dans la langue universitaire, gymnasium. On sait que les libraires,
parcheminiers et copistes dépendaient de la juridiction des universités.
Tous étaient, ainsi que les professeurs et les étudiants,
les sujets ou suppositi (en anc. franç., « suppôts
») de l'Université.
Organisation
des universités du Moyen âge
Constituées
dans leurs traits essentiels pendant le courant du XIIIe
siècle, les universités
ont conservé leur organisation générale jusqu'à
une époque avancée des temps modernes. Toutes les universités
présentent les mêmes rouages fondamentaux, seulement avec
des modifications locales : Recteur, Chancelier, Conseil de l'Université,
Conservateurs des privilèges et Visiteurs, Nations, Collèges,
Facultés, Enseignement, Examens, Grades.
Recteur.
Le chef de l'Université
portait généralement le nom de rector, qui se trouve,
dès l'époque romaine ,
pour désigner le chef d'une corporation, le gouverneur d'une province,
le podestat dans les villes italiennes du Moyen
âge, etc. Le recteur représentait l'Université
en tant que corporation (universitas). Il était, non seulement
le chef de tous les membres de l'Université, au point de vue de
l'organisation des études, mais aussi le juge de toutes les causes
où les membres de l'Université étaient impliqués,
ce qui amena de nombreux conflits avec les autorités civiles (Paris,
Oxford).
Le recteur était généralement nommé pour une
période de très courte durée (six mois, à Paris).
Il était élu par une assemblée composée d'abord
de délégués des étudiants et des maîtres,
puis des maîtres exclusivement. Les étudiants, comme aux temps
primitifs de Bologne ,
ont conservé le droit de vote jusqu'au XIXe
siècle, dans les universités
d'Écosse ,
où celles de Glasgow
et d'Aberdeen conserveront un recteur triennal élu par les étudiants.
Le titre officiel des universités du Moyen âge
était universitas magistrorum et scolarium.
Chancelier.
Le titre de chancelier
est un reste de l'organisation primitive dans laquelle l'écolâtre
ecclésiastique était le chancelier de la cathédrale,
comme celui de Notre-Dame de Paris.
Le chancelier subsista dans quelques universités seulement, telles
que Bologne ,
Montpellier,
Vienne ,
etc., et surtout en Angleterre
(Oxford). Il eut longtemps le caractère
de délégué de l'évêque du diocèse
: à Paris, il représentait, au Moyen âge, l'évêque
de Paris ; à Montpellier, celui de Maguelone; à Oxford, celui
de Lincoln ;
à Cambridge, celui d'Ely ,
etc. Il présidait aux examens, conférait les grades et exerçait
la juridiction dans toutes les affaires du ressort des tribunaux ecclésiastiques.
Dans les examens de la Faculté de théologie de Paris, il
était représenté par le Paranymphus, qui était
censé célébrer les fiançailles du candidat
avec la science. Il fut toujours considéré comme un fonctionnaire
en dehors de l'Université proprement dite, et il était souvent
en conflit avec elle, notamment aux premiers temps de l'existence de l'Université
de Paris. Le chancelier n'a conservé de l'importance que dans les
universités anglaises.
Conseil
de l'Université.
Le recteur gouvernait
avec le concours d'un conseil, lequel est lui-même plus ancien que
l'institution du rectorat. Les premières associations de professeurs
et d'étudiants eurent le caractère des corporations industrielles
du XIIe
siècle, empreint, en même
temps, en Italie, du caractère de l'organisation municipale des
villes lombardes. Les conseillers (consiliarii) de l'Université
de Bologne
apparaissent, dès 1224,
comme un corps complètement organisé. Ils étaient
élus par les « nations », divisées, au point
de vue de l'exercice de leur droit électoral, en petites sections
nommées consiliariae, qui élisaient chacune un ou
deux conseillers. Dans les premières universités italiennes,
le conseil général de l'Université était formé
par la totalité des étudiants (congregatio), qui se
réunissaient dans une église ou dans un couvent (Bologne).
A Paris, ces assemblées eurent lieu
d'abord dans l'église
Saint-Julien-le-Pauvre, puis dans l'un des couvents des dominicains,
bernardins,
mathurins, etc. Le droit de prendre part aux conseils fut de bonne heure
restreint à ceux des membres qui avaient le grade de «-maître-».
Un reste des assemblées
en masse des temps primitifs se retrouvera dans les mass-meetings
des universités anglaises et américaines. Les universités
italiennes avaient aussi une sorte de « conseil de perfectionnement
» permanent, composé des reformatores studii, et qui
prit une si grande importance, au XVe
et au XVIe
siècles, que toute la direction
des affaires de l'Université passa entre ses mains. Les anciennes
dénominations de congregatio et convocatio se sont
conservées dans les universités anglaises.
Les conseils universitaires
rédigeaient les statuts généraux, longtemps transmis
par tradition orale et dont les plus anciennes rédactions remontent
aux premières années du XIIIe
siècle (Paris,
Oxford,
etc.). Ces statuts se composaient primitivement de quelques prescriptions
fort simples relatives aux examens, aux costumes, etc. Tous les membres
de l'Université prêtaient serment solennel d'obéissance
aux statuts. Les statuts ne pouvaient être révisés
que par une commission de
statutarii (Bologne). Le sceau de l'Université
était enfermé dans un coffret à quatre clefs et chaque
doyen de faculté en gardait une (Paris).
Conservateurs
des privilèges.
Pour mieux défendre
leurs droits contre les autorités laïques, les universités
se mettaient sous la protection de hauts personnages, généralement
ecclésiastiques. Philippe-Auguste
nomma le prévôt de Paris conservateur
royal des privilèges de l'Université de Paris, mais ce furent
ensuite des évêques qui exercèrent cette prérogative.
A l'Université de Paris, le conservateur des privilèges fut
choisi parmi l'archevêque
de Reims ou les évêques de Meaux,
Senlis
et Beauvais, avec le titre de « conservateur
apostolique ». A Oxford, c'étaient
les évêques de Londres et de
Salisbury; à Salamanque,
l'archevêque de Compostelle. Les conservateurs des privilèges
avaient leur juridiction spéciale et frappaient les infracteurs
au moyen de l'excommunication ou par la cessation des cours publics et
la suspension des sermons dans les églises.
Les privilèges
des universités consistaient dans le droit de posséder en
mainmorte, le droit de ses membres d'être soumis exclusivement à
la juridiction universitaire et l'exemption des impôts personnels.
Nations.
La répartition
des membres des universités en « nations » est un des
principaux caractères des universités anciennes. Les nations
étaient à la fois des associations amicales, des confréries
religieuses et de petites corporations, s'administrant elles-mêmes,
dans l'intérieur de la grande Université à laquelle
elles appartenaient. A la tête de chaque nation se trouvait un procureur
(procurator, devenu en anglais proctor) chargé des
intérêts matériels et financiers de sa nation. Les
nations qui avaient un très grand nombre de membres étaient
subdivisées en sections. Les nations portaient les noms des
provinces voisines de l'Université et ceux des pays étrangers
qui lui envoyaient le plus grand nombre d'étudiants. Les autres
pays étaient rattachés à la nation qui leur était
le plus congénère : à l'Université de Paris,
la Flandre
et la Hollande
étaient rattachées à la nation de Picardie.
Bologne
comprenait les citramontani (Lombards, Toscans, Romains) et les
ultramontani
(Français, Picards, Bourguignons, Poitevins, Tourangeaux, Normands,
Catalans, Hongrois, Polonais, Allemands, Espagnols, Provençaux,
Anglais, Gascons). Les seconds eurent deux nations de plus au XVe
siècle (Portugal et
Savoie ).
Paris
avait quatre grandes nations : France ,
Picardie ,
Normandie
et Angleterre
(Allemagne
à partir du XVe
siècle), subdivisées en
« provinces » ou « tribus », ayant chacune leur
doyen. Ces nations ont commencé à être distinguées
à partir de l'an 1250.
Voici ce qu'elles étaient encore pour la Faculté des Arts
(grammaire latine, et grecque, rhétorique
et philosophie) au XVIIIe
siècle :
1
- Nation de France. - La nation de France est divisée en cinq
provinces ou cinq tribus, qui sont Paris, Sens, Reims, Tours et Bourges.
Première
tribu. Paris, Charles, Meaux, Orléans, Blois et le Vicariat
de Pontoise.
Deuxième
tribu. Sens, Troyes, Auxerre, Nevers, Lyon, Autun, Langres, Mâcon,
Châlons, Dijon, Saint-Claude, Besançon, Bellay-en-Bugey, la
plus grande partie des évêchés de Vienne, Grenoble,
valence, Die et toute la Savoie.
Troisième
tribu. Reims, Châlons.
Quatrième
tribu. Tours, Le Mans, Angers et neuf diocèses de Bretagne (
Rennes, Nantes, Quimper-Corentin, Vannes, Saint-Pol-de-Leon, Tréguier,
Saint-Brieuc, Saint-Malo, Dole).
Cinquième
tribu. Bourges, Clermont(-Ferrand), Limoges, Tulle, Saint-Flour, Annecy,
Viviers, Albi, Bordeaux, Auch, Narbonne, Toulouse, Arles, Avignon, Aix(-en-Provence),
Embrun.
Et hors
de France, l'Espagne, l'Italie, la Lombardie, Venise, toutes les îles
de la Méditerranée, et toute l'Afrique.
Le
Procureur de la nation est élu tous les ans le 10 octobre; le Censeur,
le 27 octobre; le Questeur et les Examinateurs du premier examen, le 8
janvier; les Examinateurs du second examen, le 14 août. Il y a deux
Appariteurs.
Les
messes de la nation sont célébrées dans la chapelle
du collège royal de Navarre, à 10 heures. Les assemblées
se font au collège Louis-le-Grand. Son titre honorifique et distinctif
: Honoranda Gallorum Natio.
2
- Nation de Picardie. - Cette nation est divisée en cinq tribus,
qui sont celles de Beauvais; celle d'Amiens; celle de Noyon, Senlis et
Soissons; celle de Laon; et la cinquième, qui comprend : Térouenne
ou Saint-Omer, Cambrai, Arras, Tournai, Utrecht, Liège, Maastricht,
Anvers, Bruges, Middelbourg, Tongres, Namur, Malines, Ypres, Gand, Boulogne,
Bois-le-Duc, Ruremonde.
Le
Procureur de la nation est élu tous les ans le 8 mai; le Censeur,
le 27 octobre; le Questeur, le 1er octobre; et les Examinateurs du premier
examen, le 7 septembre; et du secon examen, le 24 août. Il ya deux
Appariteurs.
Les
messes de la nation se célèbrent dans la chapelle de la nation,
rue du Fouarre, à 7 heures, excepté les fêtes des la
Vierge, de Sainte-Catherine, Saint-Nicolas, Saint-Firmin et la fête
de la Chapelle, à 8 heures; et les premières vêpres
la veille à une heure. Les assemblées se font au collège
Louis-Le-Grand. Son titre honorifique et distinctif : Fidelissima Picardorum
Natio.
3
- Nation de Normandie. - La nation de Normandie contient 7 diocèses
: Rouen, Avranches, Coutances, Lizieux, Bayeux, Evreux, Seez.
Le
Procureur de la nation est élu tous les ans le 24 mars; le Censeur,
le 27 octobre; le Questeur et les Examinateurs du premier examen, les Expuncteurs
pour les comptes de la Nation, le 28 juin; les Examinateurs du second examen,
le 14 août. Il y a deux Appariteurs.
Les
messes de la nation sont célébrées dans la chapelle
du collège d'Harcourt, entre octobre et avril, à 7 heures;
et entre avril et octobre, à 6 heures, exepté les fêtes
de la Vierge, Sainte-Catherine, Saint-Nicolas, Saint-Romain, fête
de la Chapelle, et le jour de la naissance du roi, à 10 heures;
les premières vêpres la veille à une heure. Chaque
samedi du mois, à moins qu'il ne soit fête, messe de Beata.
Les assemblées se font au Collège Louis-le-Grand. Son titre
honorifique et distinctif : Veneranda Normanorum Natio.
4
- Nation d'Allemagne. - Cette nation, d'abord divisée en trois
provinces ou tribus, parce que la haute et basse Allemagne étaient
comptées pour deux, n'en a plus compris que deux depuis environ
l'an 1528.
Première
tribu, Tribus continentium, renferme la haute et la basse Germanie,
Boême, Hongrie, Bavière, Mayence, Trèves, Strasbourg,
Cologne, Utrecht, Danemark, Ausbourg, Constance, Suisse,Bâle, Lausanne,
Pologne, Prusse saxone, Liège en partie, Hollande et autres pays.
Deuxième
tribu, Tribus insularium, renferme l'Ecosse, l'Angleterre, l'Hibernie
(Irlande).
Le Procureur
de la nation est élu tous les ans le 1er avril; le Censeur, le 27
octobre; le Questeur, le 23 février; les Examinateurs du premier
et du second examen, le 14 août. Les assemblées se tiennents
au collège Louis-le-Grand. Il y a deux Appariteures.
Cette
nation, au début, prétendait au second rang dans l'université
de Paris. Ses armes sont l'aigle éployée; son titre honorifique
et distinctif : Constantissima Germanorum Natio.
Montpellier
était divisée en Provence ,
Bourgogne
et Catalogne .
Prague
comprenait quatre nations (Bohème ,
Pologne ,
Bavière ,
Saxe).
La petite Université
d'Orléans avait ses dix nations (France,
Allemagne, Lorraine ,
Bourgogne ,
Champagne ,
Picardie ,
Normandie ,
Touraine ,
Aquitaine ,
Écosse) et celle d'Angers en comptait
six (Anjou ,
Bretagne ,
Maine ,
Normandie, Aquitaine, France).
Dans les universités
allemandes, les nations n'eurent jamais un caractère administratif
et individuel aussi développé qu'en France. La division en
nations cessa d'être adoptée dans les universités qui
furent fondées à partir du
XVe
siècle, surtout en Allemagne. C'est
dans les universités suédoises qu'elle s'est conservé
le plus longtemps.
Collèges.
Chaque Université
avait comme annexes un certain nombre de collèges, plus ou moins
nombreux, suivant les divers pays. Les collèges ne furent, à
l'origine, que de simples hôtelleries d'étudiants, où
ils se réunissaient par groupes de compatriotes et où les
prix de location étaient fixés par l'Université d'accord
avec les autorités municipales (statuts de l'Université de
Paris
de 1215
et 1231).
Dans chaque hôtellerie (hospicium ou aula, en français
hostels,
en anglais hall), les étudiants mirent à leur tête
un principal ou proviseur choisi parmi eux ou parmi les professeurs de
l'Université. Le pensionnat privé existait aussi dès
le XIIIe
siècle (paedagogium), mais
il ne prit que peu de développement au Moyen
âge.
Dès la fin
du XIIe
siècle, de riches particuliers
fondèrent des collèges, dotés de revenus, dans l'île
de la Cité, à Paris. Dès le siècle suivant,
ces fondations prirent une très grande extension dans les universités
de tous les pays. Les ordres monastiques eurent également leurs
collèges pour ceux de leurs membres qui allaient étudier
dans les grandes universités. Les collèges portaient les
noms de leurs fondateurs (Sorbonne, Harcourt,
Lemoine, Du Plessis, etc.), des pays des étudiants auxquels ils
étaient destinés (Écossais, Lombards, etc.), plus
rarement ceux d'une église ou d'un
saint.
A partir du milieu
du XIIIe
siècle, les collèges ne
furent plus simplement des hôtelleries, mais commencèrent
à prendre le caractère de maisons d'éducation, principalement
avec la fondation des collèges de Sorbonne
et de Navarre. L'enseignement
qui y fut donné n'eut d'abord que le caractère de simples
répétitions des cours de l'Université, données
par des maîtres qui allaient assister avec leurs élèves
aux cours qui se faisaient dans les locaux de la rue
du Fouarre. Peu à peu ces maîtres firent dans les collèges,
où ils réalité, une suite de digressions qui contenaient
le véritable enseignement du maître.
-
Un
cours à l'université de Paris (XVIe
s.).
Les
études
Pour la théologie,
on expliquait les Sentences de Pierre Lombard,
comme complément pour l'interprétation de la Bible ;
pour le droit, les textes de Justinien,
le Décret de Gratien,
les Décrétales, etc.; pour
la médecine, outre Hippocrate,
Galien
et Théophile (médecin byzantin), on se passionna pour les
auteurs arabes, traduits en latin
par l'entremise des juifs (Avicenne,
Ali, Isaac, etc.). La philosophie
et les sciences étaient enseignées d'après les différents
ouvrages d'Aristote et au moyen d'un certain
nombre de petits manuels élémentaires. La rhétorique
consistait tout entière dans la disputatio contradictoire,
dont le debate anglais est un dernier vestige, et qui habituait
les esprits à soutenir indifféremment le pour et le contre
de toute chose. Les cours étaient de deux sortes : ordinaires (sur
les textes les plus importants) et extraordinaires (sur les textes et matières
secondaires). L'année scolaire s'étendait généralement
de la Saint-Remi (1er octobre) jusqu'au
mois de juin.
L'esprit de l'enseignement
était plutôt de s'attacher aux formes et aux mots qu'aux idées.
On affinait les intelligences sans leur donner une nourriture véritable.
Un tel régime ne pouvait que préparer les redoutables excès
de la casuistique des jésuites du XVIe
siècle. Le latin
était la seule langue dans laquelle se faisaient les cours (à
l'exception de quelques cours de la Faculté de médecine).
Les locaux universitaires
étaient originairement très défectueux. A Paris,
les salles de cours de la rue du Fouarre
(Vicus Stramineus) n'étaient que des appartements loués
dans des maisons particulières par la corporation des professeurs.
Les universités ne commencèrent à posséder
des bâtiments spéciaux, en plus de ceux des collèges,
qu'à la fin du XIVe
siècle. Les salles de cours ne
comportaient pas de bancs. Les étudiants écrivaient sur leurs
genoux ou sur des escabeaux qu'ils faisaient apporter par leurs domestiques.
En hiver, le plancher était jonché de paille.
Examens.
Les universités
du Moyen âge ne connaissaient guère
qu'un seul genre d'examen important, celui de la maîtrise, la «
licence » n'étant généralement qu'une étape
préparatoire pour obtenir ce grade.
L'examen de la maîtrise
était assez compliqué. Il comportait deux parties distinctes.
La première partie avait un caractère presque tout à
fait privé (examinatio, temptamen). Une commission
de docteurs désignait au candidat, quelques heures à l'avance,
plusieurs passages de textes (puncta) à commenter (Bologne ).
Le candidat faisait aussi une leçon publique, dite collalio,
et soutenait en public une petite thèse de son choix, dite quodlibetica
(Paris). Dans la Faculté de théologie
de Paris, cette soutenance s'appelait
tentative. La seconde partie
(inceptio, principium,
conventus,
aulatic,
etc., en Angleterre commencement) était une dissertation publique
et contradictoire sur un point de théologie, de droit ou de sciences.
Elle avait, au fond, moins d'importance que la première partie,
mais donnait lieu à une cérémonie solennelle, dans
l'église cathédrale, en
présence de toutes les autorités universitaires, municipales,
etc. La thèse Sorbonica des examens de la Faculté
de théologie de Paris était célèbre (depuis
le commencement du XVe
siècle). Le candidat était
tenu de soutenir oralement sa thèse et de répondre à
tous ses contradicteurs ou opposants (opponentes), depuis le lever
du soleil jusqu'au soir, pendant une journée entière. Pendant
cette séance, le candidat prenait le nom d'inceptor ou defendens.
Le grade était conféré par le chancelier, qui remettait
le bonnet (biretta) au candidat, qui avait désormais le droit
de porter la robe (cappa) de maître.
L'examen du baccalauréat
ne se constitua que tardivement et fut une imitation de celui de la maîtrise,
comportant également deux degrés.
L'examen du doctorat
(promotio) était beaucoup moins difficile que le précédent.
Il se développa surtout à partir de la fin du Moyen
âge. Une commission de docteurs de l'Université, au nombre
de douze environ, faisait passer cet examen, au XVe
siècle. Le candidat était
investi du grade de docteur au moyen du bonnet doctoral et d'un livre,
symbole de sa profession, qui lui était remis par le chancelier,
qui lui donnait en même temps le baiser de paix (osculum pacis).
Un caractère
distinctif des examens dans les universités médiévales
était la liberté laissée aux candidats de choisir
eux-mêmes, pour ainsi dire, le degré de difficulté
de leurs examens. Quelques traces seulement de cette organisation seront
conservées par la suite, notamment à Louvain et dans les
universités anglaises. L'examen le plus difficile et le plus complet
était qualifié de rigorosum. Les candidats qui le
passaient avec succès obtenaient les honores (« honours
» des universités anglaises). L'examen ordinaire (transibile)
s'adressait aux élèves de force moyenne (« pass
examination » en Angleterre ).
Les universités allemandes conserveront des diplômes avec
une des trois mentions : summa cum laude, cum laude et rite.
On ne peut nier que ce système n'ait favorisé le succès
des candidats. Dans certaines universités dont les registres ont
été conservés, il n'est pas rare, surtout en Allemagne ,
de voir des périodes de plus de vingt années sans qu'il y
ait eu un seul candidat refusé.
Les droits à
payer pour passer les examens étaient très élevés.
On les connaît mal pour la période du Moyen
âge. Au XVIe
siècle, ils étaient évalués
par Ramus à environ 60 livres pour le grade
de maître ès arts, 880 livres pour celui de docteur en médecine
et 1000 livres pour celui de docteur en théologie. Comme les candidats
étaient tenus à faire toutes sortes de cadeaux et à
donner des banquets et des fêtes à leurs camarades. et aux
professeurs, la somme totale des dépenses pouvait déjà,
deux siècles avant, s'élever à plus de 3000 livres
tournois, au commencement du XIVe
siècle.
Grades.
Les grades universitaires
du Moyen âge ont conservé
leurs anciens noms presque partout : bachelier, licencié, maître
(conservé en Angleterre
et aux États-Unis )
et docteur. Les dénominations de « maître » et
de « docteur » furent longtemps synonymes, avec cette différence
que la première était principalement réservée
à la Faculté des arts, tandis que le titre de docteur, inauguré
à Bologne ,
était généralement réservé aux Facultés
de droit.
Le bachelier (baccalarius,
baccalaureus) possédait le grade universitaire le plus inférieur.
C'était le terme qui désignait, en ancien français,
un jeune homme et, en quelque sorte, un apprenti dans le métier
de professeur. Très souvent, en effet, les bacheliers faisaient
des cours ou des « suppléances », avant d'avoir obtenu
aucun grade. Leur position avait des points de rapport avec le moderne
Kandidat
des universités allemandes et russes. On pouvait devenir bachelier
à quatorze ans (Paris). A Bologne
et à Paris, le grade de bachelier s'acquérait de droit après
cinq ou six années d'études. L'examen proprement dit du baccalauréat
était, à partir du milieu du XIIIe
siècle, la soutenance (determinatio)
d'une thèse. A partir du XVIe
siècle, le grade de bachelier ne
subsista plus qu'en Angleterre, dans toutes les Facultés, et seulement
pour la théologie et le droit dans les autres pays.
La licence est, en
réalité, le grade universitaire le plus ancien. Elle remonte
à l'époque où les écoles cathédrales
étaient seules dépositaires de l'enseignement supérieur
et ne donnaient pas de grades proprement dits, mais seulement des certificats
d'aptitude (licentia docendi). On retrouve un reste de cette institution
primitive dans la collation des grades. Au lieu de cette simple autorisation,
d'un caractère presque privé, les universités conférèrent,
à partir de la seconde moitié du XIIIe
siècle, une licence qui comporta
le droit exclusif, garanti par l'autorité pontificale ou impériale,
d'enseigner ans les universités de tout pays (jus ubique docendi).
Jusqu'à l'époque
de la Renaissance, le terme «
licence » eut généralement une acception restreinte
: il signifiait l'autorisation donnée au candidat par les professeurs
pour procéder à l'examen (inceptio, etc.) qui devait
lui conférer le grade de maître.
Le grade de maître
(magister) indiquait un membre titulaire de l'Université
en tant que corporation, qu'il appartint au personnel enseignant ou non.
Le maître ès arts devait être âgé d'au
moins vingt ans (Bologne ,
Paris,
etc.). On ne pouvait recevoir le grade de maître qu'au moins six
mois après avoir obtenu la licence. On ne devenait maître
qu'après six années d'études (Paris), au XIIIe
siècle, et après trois années
seulement, depuis la fin du XIVe
siècle. A Oxford,
l'examen était remplacé par un serment du candidat sur la
réalité de ses études et l'attestation de quatorze
professeurs dans le même sens.
Le doctorat était
le grade suprême. Les docteurs formaient le personnel dirigeant de
l'Université. Le docteur recevait un anneau, usage qui s'est conservé
dans l'Université de Bologne; en Espagne ,
il recevait quelquefois une épée, en signe d'investiture.
A Bologne, il fallait dix ans pour devenir docteur en droit civil et en
droit canonique (doctor utriusque juris). Pour la théologie,
il fallait dix à douze ans. Les professeurs qui avaient le grade
de docteur se dispensaient souvent de faire leurs cours personnellement
et se faisaient suppléer par des bacheliers, usage qui a persisté
après le Moyen âge dans les
universités anglaises.
Les grades honorifiques
(honoris causa) furent mis en usage par les papes : les personnes
qui en étaient pourvues s'appelaient doctores bullati. Les
nobles recevaient généralement leurs grades sans examens,
coutume qui n'a disparu qu'à la fin du XIXe
siècle à Cambridge.
(GE). |