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| Le mot pagani,
employé pour désigner ceux qui étaient restés
attachés aux anciennes religions de l'Empire romain La foi en la puissance
des divinités nationales n'implique nullement la négation
de l'existence et de la puissance d'autres divinités, non plus que
de la légitimité et de l'utilité du culte qui leur
est rendu. La première attitude du paganisme à l'égard
du christianisme devait donc être celle de la tolérance ou
de l'indifférence. Il ne commença à réprimer
les chrétiens que lorsqu'il les vit se présenter et agir
comme des ennemis irréconciliables de ses dieux et des institutions
nationales auxquelles leur culte était associé ( L'édit de Milan promit une liberté complète aux chrétiens comme aux païens : potestatem liberam et apertam sequendi religionem quam quisque voluisset. Quoiqu'il désirât la victoire du christianisme, Constantin maintint dans leurs privilèges les prêtres des anciennes religions. Lui-même portait le titre et les insignes de Summus Pontifex. De même, ses successeurs jusqu'à Gratien (375-383). Constantin avait fait relever à Rome le temple de la Concorde. Après sa mort, il reçut l'apothéose et le titre de divus. En 340, un édit de Constance condamnait aux mines ceux qui profaneraient les sépultures païennes; mais, dès l'année suivante, un autre édit abolit formellement les sacrifices. Cette prohibition fut renouvelée en 353 et 356, avec peine de mort. Les maximes de tolérance et l'impartialité reprirent faveur sous les règnes de Julien (361-363), Jovien (363-364), Valentinien en Occident (364-375) et de Valens en Orient (364-278). La victoire définitive
de l'orthodoxie nicéenne sur l'arianisme
ranima l'esprit de persécution. En 382, Gratien fit enlever du Capitole En Occident, au contraire, les plus chères et les plus illustres traditions des Romains étaient associées à l'histoire et à la cause du paganisme. Le christianisme avait été introduit chez eux, et pendant longtemps n'y avait été professé que par des Grecs, des Syriens et des Orientaux méprisés. Ils avaient vu la croissance de la religion nouvelle correspondre à la décadence de la grandeur romaine. Ils avaient frémi, lorsqu'un empereur chrétien avait enlevé la statue de la Victoire; le ressentiment de cette honte avait armé les mains de la plupart des soldats qui massacrèrent Gratien. Lorsque Symmaque demandait, au nom du peuple de Rome, la restauration de cette statue, cinq familles seulement parmi les familles sénatoriales, professaient la foi chrétienne; le reste de la noblesse protestait pour le maintien de la religion nationale. C'est pourquoi Théodose n'osa pas poursuivre en Occident l'exécution des édits qui ordonnaient la fermeture des temples et l'expulsion des pontifes. Au commencement du règne d'Honorius (395-423), les temples de Jupiter, de Mercure, de Saturne, de la Mère des Dieux, d'Apollon, de Diane, de Minerve, de l'Espérance, de la Fortune, de la Concorde, étaient restés ouverts à la célébration des fêtes et des antiques cérémonies. Un édit promulgué à Ravenne (399) prohiba enfin le culte, mais recommanda de conserver les temples pour l'ornement de la ville. L'abolition officielle
du paganisme en Occident ne doit être datée définitivement
que de l'édit de décembre 408, défendant d'affecter
aucune portion de l'annone à la célébration
du vieux culte ; ordonnant de détruire les autels,
de retirer des temples toutes les images, et d'assigner aux édifices
des usages séculiers; Cette proscription fut complétée
par quatre autres édits d'Honorius, et
sévèrement exécutée par les officiers impériaux,
notamment en Afrique En réalité,
le paganisme ne fut jamais détruit, parce qu'il est indestructible.
Des documents, trop nombreux pour que vous puissions les citer ici, indiquent
qu'à l'époque où l'édit de Théodose
II le considérait comme éteint, et, même longtemps
après, le paganisme s'est maintenu dans l'Empire Ailleurs ou plutôt
presque partout, le paganisme se maintenait sous une forme plus subtile,
en acceptant le baptême et toutes les cérémonies du
christianisme,
mais en gardant sa foi aux anciennes divinités; sa confiance dans
les dévotions héréditaires, dans les divinations,
les incantations, les pratiques plus ou moins magiques,
et sa piété pour la célébration de certains
jours et la visite de certains lieux. Un sermon de saint
Eloi (598-651),
De Rectitudine catholicae conversionis, note
bien l'état des croyances en France Parmi les Capitulaires Les habiles accommodations
de l'Église opérèrent ce
que les ordonnances des princes et les canons des conciles n'avaient pu
effectuer. Tant que les chrétiens durent lutter contre le paganisme
dominateur, et qu'ils ne purent propager leurs croyances que par la persuasion,
en s'adressant à la conscience morale et à la pensée
religieuse ils s'attachèrent à faire ressortir les points
sur lesquels leur doctrine et leur culte leur apparaissaient manifestement
supérieurs au polythéisme
et à l'idolâtrie, c.-à-d. l'unité de la divinité
et la spiritualité dé l'adoration. Au sein même de
l'Église, les évêques et les docteurs s'efforçaient
de réagir contre les inclinations héréditaires des
païens convertis; mais ils n'y réussirent que fort imparfaitement.
On ne se dépouille jamais complètement de ses croyances natives.
Les païens convertis en importèrent les plus tenaces dans leur
religion nouvelle; et, quand ils formèrent la majorité parmi
les chrétiens; on put constater dans les doctrines et les cérémonies
de l'Église beaucoup de choses qui ne provenaient pas des sources
évangéliques Cette invasion du
paganisme dans l'Eglise; qu'on pourrait appeler la revanche du paganisme
s'accéléra et se fortifia lorsque le christianisme
fut devenu la religion de l'Empire Des effets qu'elle a produits et qu'elle ne cesse pas de produire, il résulte que la description sommaire de la religion catholique, telle qu'elle est professée aujourd'hui, présente, au moins pour les cotés extérieurs, plutôt l'image du culte païen au temps où Jésus mourut, que celle du culte chrétien à l'âge apostolique. Il serait difficile de ne pas reconnaître les ressemblances indiquées par A. Sabatier dans son Esquisse d'une philosophie de la religion (Paris, 1897, in-8) : "Entre la terre et le ciel, on voit reparaître toute l'antique hiérarchie des dieux, demi-dieux, héros, nymphes ou déesses, remplacés par la vierge Marie, les anges, les diables, les saints et les saintes. Chaque ville, chaque paroisse, chaque fontaine a son patron ou sa patronne, son gardien tutélaire, à qui l'on s'adresse plus familièrement qu'à Dieu, pour en obtenir les bénédictions temporelles et les grâces de chaque jour. Les saints ont leur spécialité comme les petits dieux d'autrefois. L'un guérit de la fièvre et l'autre des maladies de la peau. Celui-ci protège les voyageurs et celui-là garde les moissons on sauve le bétail; un troisième est tout-puissant peur faire retrouver les objets perdus ou donner des héritiers, aux maisons menacées de déshérence. Avec cette mythologie renaissaient toutes les superstions, jusqu'au fétichisme le plus naif : pèlerinages, chapelets et litanies, vénération des images et des reliques, signes de croix, rites et sacrements conçus et célébrés à la mode des anciens mystères. Et tout cela s'est fait avec une sorte d'inconscience; par une progression lente et, souvent, par l'effet d'un zèle qui se croyait chrétien [...]. A Rome, sous la basilique de Saint-Pierre
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