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Rosaire, Chapelet

Le Rosaire et le Chapelet, ces choses qui ont acquis une si grande place dans les dévotions des Catholiques romains, sont complètement inusitées chez les Grecs orthodoxes. Cela indique bien qu'elles étaient restées étrangères au culte catholique avant la séparation des deux Eglises; quoique fort avant cette époque, on trouve des choses analogues chez les Musulmans, qui les auraient, dit-on, empruntées aux cent bénédictions des Juifs, et surtout chez les Boudhistes, où elles sont employées, de temps immémorial, concurremment avec les moulins à prières. Même en Occident, il est impossible de découvrir aucun indice attestant sérieusement une institution de ce genre, dans les documents antérieurs au XIIesiècle : ni dans le culte de l'Église, ni dans la règle ou la pratique des convents, ni dans aucun livre, ni dans aucune image. 

Tout ce qu'ont pu produire les écrivains désireux de reculer l'ancienneté du rosaire ou du chapelet a été de relever quelques faits indiquant l'importance attachée par quelques personnes à un nombre déterminé de prières ou de récitations ou de fustigations : par exemple, une citation de Palladius (Hist. Lausiaca, XXIII), rapportant que Paul de Pherma, moine de Libye, faisait trois cents prières par jour, et qu'il les comptait par de petites pierres qu'il tirait de son sein; des grains enfilés comme ceux d'un chapelet et trouvés, prétend-on, dans le tombeau de Gertrude, abbesse de Nivelle, décédée en 656, et dans celui de saint Norbert, mort en 1134.

En son livre, De inventoribus rerum, V, 9, écrit vers 1499, Polydore Vergile assure que Pierre l'Hermite, prêchant la croisade (1096), exhortait le peuple à réciter un psautier laïque, composé de Pater et de 150 Ave, à l'instar du psautier ecclésiastique, qui comprend 150 psaumes. Il avait appris cette pratique chez les solitaires de la Palestine, et il fit adopter cette manière de prier en comptant (modus orandi per calculos), au moyen d'un chapelet que les croisés portaient pendu à leur ceinture. Le psautier était alors le cadre de l'ascétisme. On se flagellait, en comptant les psaumes. Quarante ans auparavant, Pierre Damien avait démontré que 1000 coups de discipline peuvent être donnés pendant qu'on récite 10 psaumes, et que 15000 coups prennent le temps du psautier complet.

Le seul point qui semble certain et précis dans les origines de ce culte, c'est que le Rosaire, tel que nous le connaissons aujourd'hui, a été institué à Toulouse, en l'année 1208, par saint Dominique. Ce saint s'épuisait en travaux, prières, larmes, jeûnes, macérations et fustigations, pour soumettre les Albigeois à l'Église romaine :

« Marie, écrit l'abbé de Sambucy (Manuel du Chapelet et du Rosaire), intercéda, et Dieu exauça la prière de Dominique. Alors, la reine du ciel lui apparut dans la ferveur de son oraison; elle le consola et lui inspira d'opposer au torrent de l'erreur la prière chrétienne en la majestueuse simplicité de la foi. » 
Ce qui est ainsi désigné, c'est le rosaire, que les images représentant l'apparition de la Vierge montrent remis par elle à Dominique en prières. Il se compose de 150 Ave Maria, nombre correspondant exactement à celui des psaumes, mais divisé en 15 dizaines, dont chacune commence par le Pater et se termine par le Gloria patri. Le tiers du Rosaire, qui est de 5 dizaines, forme le Chapelet. Les quinze dizaines du rosaire sont classées en trois séries affectées aux principaux mystères de la vie de Jésus-Christ et de sa sainte Mère : Mystères joyeux, Mystères douloureux, Mystères glorieux. Les voici avec les fruits correspondants :
Mystères joyeux : Annonciation, humilité; Visitation, charité pour le prochain; Nativité de Jésus-Christ, détachement des biens de la terre; Purification de Marie, pureté; Recouvrement de Jésus au temple, obéissance. 

Mystères douloureux : Agonie au jardin des Oliviers, contrition des péchés; Flagellation, mortification des sens; Couronnement d'épines, mortification de l'esprit; Portement de la croix, patience sous les croix; Crucifiement, pardon des injures. 

Mystères glorieux : Résurrection, esprit de foi; Ascension, vertu d'espérance; Descente du Saint-Esprit, esprit de ferveur; Assomption de la très sainte Vierge, persévérance; Couronnement de Marie, confiance en Marie. 

La dévotion du rosaire, propagée par les Dominicains et formant, en quelque sorte, leur apanage, fit, en moins de cinquante années, des progrès extraordinaires. Pour la cultiver, on forma des compagnies dans les villes et dans les campagnes, et enfin une Confrérie générale, dont les statuts furent sanctionnés,, croit-on, sous le pontificat d'Urbain IV, vers 1261, et qui fut enrichie par d'autres papes d'un grand nombre d'indulgences.

Diverses combinaisons ayant été imaginées pour multiplier les bienfaits de cette dévotion et en faciliter l'acquisition, on distingue aujourd'hui trois sortes de rosaires le Rosaire ordinaire, le Rosaire perpétuel et le Rosaire vivant. 

Le Rosaire ordinaire consiste à réciter le rosaire entier, c.-à-d. les quinze dizaines, une fois la semaine. 

Dans le Rosaire perpétuel, on récite le rosaire tout entier, une fois l'année, à une heure du jour ou de la nuit, qu'on s'est prescrite. 

Dans le Rosaire vivant, cette récitation se fait dans l'espace de quinze jours seulement, en ne disant qu'une dizaine tous les jours, mais en union avec quinze personnes, dont chacune récite une autre dizaine et médite un autre des quinze mystères. 

L'association du Rosaire perpétuel, appelé aussi Dévotion céleste, a été instituée par les Dominicains en 1634. Au XVIIIe siècle, elle comptait près d'un million de membres en France; elle y a été rétablie depuis 1858, et est devenue très florissante par suite du retour et des progrès des frères prêcheurs. La pratique du Rosaire vivant a commencé à Lyon, vers 1826, par l'initiative des abbés Betemps et Marduol, secondés par Mlle Jaricot, l'une des fondatrices de la Propagation de la foi. L'association qui y correspond, très habilement conçue, a pour chef suprême le général des Dominicains.

Naturellement, les mêmes bénéfices ne sont pas attribués à ces trois pratiques si différentes. Nous ne mentionnerons que ceux qui sont promis à la première classe. Pour gagner toutes les indulgences et tous les avantages du saint Rosaire, il faut : 1° être inscrit sur le registre de la confrérie; 2° avoir un chapelet ou rosaire indulgencié par un religieux dominicain ou par un prêtre tenant ce pouvoir spécial, soit du pape, soit du général de l'ordre des frères prêcheurs; 3° satisfaire aux conditions du Rosaire ordinaire, c.-à-d. réciter au moins une fois par semaine le rosaire entier; 4° méditer à chaque dizaine le mystère correspondant, non d'une manière approfondie, mais de façon à l'avoir présent à l'esprit. Les associés du très saint Rosaire participent pendant toute leur vie et après leur mort à toutes les grâces, prières, bonnes oeuvres et mortifications de tout l'ordre des frères prêcheurs (Bref d'Innocent VIII, 13 octobre 1484); ils peuvent, en outre, gagner de très nombreuses et très précieuses indulgences.

Les papes ont proclamé de la manière la plus significative la valeur qu'ils assignent à ce culte. Par un privilège unique, ils ont décoré le Rosaire des noms de très saint, très sacré, sanctissimum, sacratissimum Rosarium. Urbain VIII l'appelait l'Accroissement du peuple chrétien; Pie V, le Flambeau qui dissipe les ténèbres de l'hérésie; Clément VIII, le Salut des fidèles; Grégoire XIII, le Moyen d'apaiser la colère de Dieu; Grégoire XIV, la Destruction du péché; Paul V, le Trésor des grâces divines; Jules III, l'Ornement de l'Eglise romaine. Grégoire XIII attribuait au Rosaire la victoire remportée sur les Turcs à Lépante (16 octobre 1571). Pour la célébrer, Pie V avait institué une fête, sous le titre de Sainte Marie de la Victoire. Deux ans après, Grégoire XIII changea ce titre en celui de Solennité de Rosaire, et il fixa la fête au premier dimanche d'octobre. 

Le 14 septembre 1887, Léon XIII l'a élevée au rite double de seconde classe; puis il a fait composer pour elle un office propre, qui doit être récité par le clergé séculier et régulier. D'ailleurs, Léon XIII a dépassé de très loin et de très haut tous les autres papes, en sa ferveur pour le Rosaire, Par son encyclique Supremi apostolatus (1er septembre 1883) il l'avait recommandé comme « le grand remède aux maux de notre époque, assez semblable au temps de Dominique »; il en avait ordonné la récitation dans toutes les églises paroissiales durant le mois d'octobre; il avait en outre exhorté vivement tous les chrétiens à réciter le chapelet soit en particulier, soit en famille. 

Trois mois après, par le bref Salutaris illa (24 décembre 1883), il exprimait le désir que le Rosaire fut récité tous les jours dans l'église principale de chaque diocèse ; les dimanches et les fêtes, dans les églises paroissiales, et il prescrivait d'ajouter aux litanies de la sainte Vierge l'invocation : Regina sacratissmi Rosarii; ora pro nobis. Ces prescriptions ont été renouvelées par l'encyclique Superiore anno (20 août 1884). Enfin, l'encyclique Quamquam pluries (15 août 1889) associa, avec indulgences, la dévotion de saint Joseph à celle du Rosaire

Les instruments qui servent à compter les prières qu'on récite, et qui peuvent être bénits ou indulgenciés pour cet usage, ont reçu chez nous le nom commun de Chapelets. Ils se composent d'un assemblage de grains ou de globules de bois, de corail, d'ambre, de coco, de cristal, de métal, et généralement de toute matière, pourvu qu'elle ne soit pas trop fragile comme le verre soufflé ou trop molle comme le plomb et l'étain.

Les tendances qui déterminent le développement de la dévotion dans l'Église romaine ont considérablement multiplié et diversifié les chapelets, soit à raison du nombre des grains qu'ils contiennent soit à raison des intentions auxquelles ils sont affectés car, comme l'écrit l'abbé Duval, la piété est ingénieuse en ses créations. Voici les principaux, outre le rosaire proprement dit : chapelet de saint Dominique comprenant 5 dizaines d'Ave Maria; chapelet de sainte Brigitte, 63 Ave Maria, en l'honneur des 63 années de la vie de la  Vierge. C'est le plus riche en indulgences. Chapelet des sept douleurs, institué vers 1233 par les fondateurs de l'ordre des services de Marie : 7 septaines d'Ave Maria; chapelet de Notre-Seigneur, institué vers 1516, par le camaldule Michel de Florence : 33 Pater, pour vénérer les 33 années que Jésus a passées sur la terre; chapelet angélique, institué vers 1751, en l'honneur de l'archange saint Michel; chapelet du précieux sang, institué en 1809; petit chapelet, institué en 1815, pour répandre la dévotion au Sacré Coeur de Jésus; chapelet des cinq plaies, institué en 1823, par les pères passionnistes; petit chapelet en l'honneur du Coeur immaculé de Marie : 1851; petit chapelet de l'Immaculée Conception : 1855; petit chapelet en l'honneur des douze privilèges de la bienheureuse Vierge Marie, composé par André Avellino, enrichi d'indulgences en 1860; chapelet à la chevalière, composé de dix Ave Maria et d'un Pater séparé, terminé à l'extrémité inférieure par une petite croix, et à l'extrémité supérieure par une bague chevalière. Cette bague se place successivement à chacun des cinq doigts de la main gauche. Sur chaque doigt on récite le Pater et la dizaine d'Ave Maria. On commence par dire le Credo, un Pater, trois Ave Maria et un Gloria : ce qui équivaut au chapelet de saint Dominique. Ce chapelet est un véritable bijou. En Italie, plusieurs dames le portent habituellement et en font un ornement. Les grains en sont de malachite, de cornaline, de lapis-lazuli, quelquefois même de diamant ou autre pierre précieuse ; ils diminuent de grosseur depuis la bague Jusqu'à la croix. On appelle chapelet apostolique un chapelet bénit spécialement par le pape, pour être offert à une personne, ordinairement une dame, qu'il veut honorer d'une faveur particulière. Il comprend un Credo, un Pater, dix Ave Maria et un autre Pater. On peut le répéter plusieurs fois pour former le chapelet de saint Dominique ou le chapelet de sainte Brigitte; car il se concilie avec l'un et l'autre.
 Un chapelet qui n'a pas reçu de bénédiction spéciale pour cet effet ne peut faire gagner aucune indulgence.

Mgr Barbier de Montault assurait que Benoît XIV aurait prouvé par plus d'un texte que la sainte Vierge récitait une manière de chapelet, c.-à-d. que sur des grains qui, l'aidaient à compter, elle répétait des versets des psaumes. Il ajoute que Benoît, XIV prétendait même que, après l'Incarnation, la sainte Vierge remplaça les versicules hébreux par les paroles que l'ange lui avait dites. Plus tard, elle y ajouta le Pater, que son fils dut lui apprendre. L'apôtre saint Barthélemy se fit le propagateur de cette dévotion dans le monde. (E.-H. Vollet).

Ordre de Notre-Dame-du-Rosaire. - Ordre religieux institué, en 1209, par Frédéric, archevêque de Tolède, suivant les uns, en vue de combattre les Maures ; suivant d'autres, par saint Dominique, qui ne l'aurait fondé que comme simple confrérie. Il n'eut qu'une durée éphémère.
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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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