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Le
christianisme venu de Rome
Avec Constantin
s'ouvre une ère nouvelle. Le christianisme
est devenu en Égypte, comme dans le reste de l'Empire, la religion
de l'État; l'autorité des gouverneurs ou praesides
s'efface devant celle des patriarches. Les controverses théologiques
passent au premier plan et la question religieuse absorbe les forces vives
du pays. Celle de l'arianisme, qui divisa la chrétienté pendant
plus de deux siècles, remplit tout la règne de Constantin.
On sait que cet empereur, d'abord défavorable à la doctrine
d'Arius ,
lors du patriarcat d'Alexandre qui fit condamner l'hérésiarque
par le concile de Nicée
(325),
s'y rallia complètement au temps d'Athanase que de graves accusations
perdirent dans son esprit. On le représentait comme s'étant
opposé au transport des blés d'Égypte dans la nouvelle
capitale de l'Empire. A l'exemple de son père, l'empereur Constance
qui avait eu l'Orient en partage, embrassa l'arianisme. De là source
de conflits avec l'Église orthodoxe. Le patriarche Athanase, délivré
par Constantin le Jeune de l'interdit qui pesait sur lui, était
rentré à Alexandrie aux acclamations de ses partisans. Mais
de nouvelles accusations au sujet des distributions de blé (privilège
qui était passé de la préfecture au patriarcat) provoquèrent
sa condamnation par le concile de 341
et sa destitution par l'empereur.
Son successeur, Grégoire
de Cappadoce ,
dut céder devant les démonstrations de ses partisans qui
en étaient venus aux mains avec les légions et surtout devant
les injonctions de Constant qui régnait à Rome. Constance
ne voulut pas braver les menaces de son père et consentit à
la réinstallation d'Athanase. Réexpulsé après
la mort de Constant et remplacé par George, puis rentré dans
Alexandrie
sous Julien, après
le meurtre de George, Athanase s'aliéna par son fanatisme
et ses violences l'empereur païen, et dut reprendre la fuite pour
reparaître triomphalement sous Julien. Enfin l'empereur Valens,
sous le règne duquel il mourut (373),
prit son parti de le tolérer, autant à cause de son grand
âge que de sa popularité. Le patriarche Pierre, son successeur,
fut dépouillé par Valens au profit de l'arien
Lucien; mais Théodore expulsa Lucien et le rétablit. Le règne
de Valens fut marqué par des persécutions dirigées
contre les moines, le monachisme étant alors la plaie de l'Égypte;
celui de Théodose
par des persécutions dirigées contre les ariens qui furent
dépossédés du patriarcat et des églises, et
contre les païens dont les temples furent fermés par l'édit
de 389.
Le patriarche Théophile, chargé de l'exécution du
décret, s'acquitta de cette tache avec un zèle implacable.
Un grand nombre de temples furent détruits; ceux qui resteront debout
furent convertis en églises. Ces mesures portèrent un rude
coup au paganisme ( Religion égyptienne ),
qui n'eut d'autre refuge que les sociétés secrètes
ou la Nubie ,
au delà du committium, c. -à-d. au Sud d'Ibrim. Le temple
d'Isis ,
à Philae ,
fut aussi conservé en vertu d'une tolérance spéciale.
Le
rattachement de l'Égypte à Byzance
A la mort de Théodose
(393),
la scission complète entre les deux empires d'Orient et d'Occident
eut pour résultat de rattacher l'Égypte à Byzance.
La condition de l'Égypte n'en fut pas meilleure. Aux maux que lui
avait fait éprouver l'irruption des barbares à l'Ouest
et à l'Est du delta (les Maziques, les Austuriens, les Arabes) vinrent
se joindre les désordres intérieurs causés par le
mauvais état des finances et les exactions du fisc. En même
temps, le fanatisme de Théophile, après s'être exercé
contre les ariens
et les païens, se donna carrière contre ses propres partisans;
il déclara la guerre aux moines et aux évêques, mais,
comme ceux-ci lui résistèrent, il en vint tout de suite aux
grands moyens et expédia contre eux des bandes armées qui
prirent d'assaut les cellules et massacrèrent les anachorètes.
Son neveu et successeur
Cyrille
rivalisa avec lui d'intrigues et de violence. Les trente ans que dura son
patriarcat furent remplis de ses attaques contre les Juifs
( La
Diaspora juive), contre les novatiens, contre le préfet Oreste,
contre Hypatie qu'il fit ignominieusement massacrer
par ses moines, enfin contre Nestorius, patriarche
de Byzance. Son successeur, Dioscore, prit une grande part à l'un
des événements religieux les plus considérables, à
la propagande de l'hérésie monophysite
qui ne devait pas tarder à détrôner complètement
le catholicisme
en Égypte. Il avait pris la défense d'Eutychès devant
le concile d'Ephèse
et employé tous les moyens pour obtenir son absolution. Condamné
par le concile de Chalcédoine
que provoqua l'empereur Marcien en
451,
il ne se crut tenu à aucune espèce de ménagement et
commença dès lors, en faveur de l'hérésie monophysite,
une campagne acharnée qui se traduisit par la conversion de l'Égypte
entière. Puis, pour répondre au décret de Marcien
qui interdisait en Égypte tout concile eu toute discussion concernant
le dogme, il fit arrêter les blés à destination de
Constantinople
( L'Empire
Byzantin) et jeta sur la Palestine et la Syrie de véritables
bandes de missionnaires. Sans l'énergique résistance de Marcien,
qui envoya une garnison en Égypte, expulsa Dioscore et affama Alexandrie
en détournant les convois de blé par la branche pélusiaque,
le schisme des deux Églises était un fait accompli.
A la même époque
se placent deux incursions des Blemmyes, repoussées, l'une par le
chambellan de l'empereur, Maximilien, l'autre par le préfet Florus.
Sous le règne de Léon (457-474),
les eutychéens d'Alexandrie se soulèvent, égorgent
le patriarche melkite Proterius et portent au patriarcat le moine Thimothée
Aïlouros, chef de la sédition. L'empereur répandit à
cette manoeuvre révolutionnaire en envoyant comme patriarche un
certain Thimothée surnommé Salofakiolos, avec une bonne garnison
pour l'appuyer. Tant que régna Zénon, les eutychéens,
domptés, en furent réduits à attendre les événements,
mais sa mort fut le signal des désordres. Les querelles que provoqua
sa succession et qui durèrent trois ans, favorisèrent tour
à tour les melkites et les eutychéens, selon que Zénon
l'emporta sur Bazilisque ou Bazilisque sur Zénon. En 477,
Zénon ayant été vainqueur de son rival, Aïlouros,
qui avait pu reprendre sous le gouvernement de Bazilisque possession de
son patriarcat, fut chassé et réduit à s'empoisonner.
Le peuple lui donna comme remplaçant un des meurtriers de Proterius,
Pierre Mongos (= le Bègue), mais le préfet rétablit
Salofakiolos et Mongos dut attendre sa mort pour rentrer en possession
du patriarcat, cette fois avec l'investiture de Zénon et contre
le gré du peuple, qui avait abandonné Mongos pour un certain
Talaïa. Si Mongos fut dans cette circonstance le candidat de Zénon,
c'est qu'il avait abjuré l'eutychéisme. Il ne lui en coûta
pas davantage de redevenir eutychéen sous l'empereur Anastase, dont
le règne vit la doctrine monophysite
s'implanter d'une manière définitive en Égypte. Ce
résultat ne se produisit pas sans de vives résistances du
parti melkite, qui était pourtant, il faut bien le dire, sorti très
affaibli de la crise religieuse suscitée par l'édit de Zénon.
Mais ces résistances ne purent empêcher l'eutychéen
Nikeoclès de succéder à Mongos, ni Dioscore Il de
succéder à Nikeoclès.
Si à ces causes
de troubles on ajoute l'effroyable rigorisme du fisc qui exigeait du numéraire
où l'on pouvait s'acquitter en nature, les honteuses concussions
des préfets et de leurs acolytes, la famine et la peste,
on aura une idée de l'Égypte au temps de l'empereur Anastase
(491-518).
Sous le règne de son successeur, Justin Ier
(518-527),
Alexandrie
fut en proie aux désordres provoqués par les polémiques
des deux eutychéens Julien et Sévère. Sous celui de
Justinien,
le sanctuaire de Philae ,
dernier reste de l'ancienne religion égyptienne ,
fut fermé et pillé par Narsès que l'empereur avait
envoyé contre les Blemmyes. L'Égypte ne sortit pas du régime
de fiscalité effrénée ni des troubles religieux. Il
suffisait que l'empereur intronisât un nouveau patriarche pour que
le peuple lui opposât un rival; d'où querelles sanglantes
dans les rues d'Alexandrie entre les partisans de l'un et les partisans
de l'autre. La garnison avait fini par n'avoir plus d'autre raison d'être
que d'assurer la perception de l'impôt et d'appuyer le patriarche
qui avait la confiance de l'empereur en le débarrassant de son concurrent.
C'est ainsi que les soldats de Narsès expulsèrent Gainas
que le peuple avait opposé à Théodore, créature
de l'impératrice Théodora. Mais
Théodore ne put se maintenir, et Justinien lui donna comme remplaçant
le moine orthodoxe Paul de Tanis
avec des droits presque illimités. Il est vrai qu'il le rappela
plus tard et l'envoya en exil pour avoir conspiré quelques années
plus tard (551).
Justinien poussa
le mépris de l'Égypte jusqu'à lui envoyer comme patriarche
un capitaine de sa garde, Apollinaire, qui fit militairement son entrée
à Alexandrie avec un corps de troupe, et n'apparut vécu des
ornements pontificaux qu'à l'église où le peuple l'avait
suivi, et par un véritable coup de théâtre. Cette sorte
de mascarade se termina dans le sang.
De l'avènement
de Justin II jusqu'à la mort de Phocas (565-610)
nous n'avons à enregistrer que des luttes sanglantes entre les melkites
et les jacobites ,
les cruautés sans nombre des empereurs soucieux, semblerait-il,
de creuser de plus en plus le fossé qui séparait l'Égypte
de Byzance, Phocas poussant même
l''imprévoyance jusqu'à édicter l'exclusion des Égyptiens
de toutes les places de l'État et de la province. Les Juifs n'échappent
pas à ces persécutions ( La
Diaspora juive); mais ce sont surtout les jacobites que poursuit la
haine implacable de Phocas. C'est tout au plus si dans cette terrible période
l'Égypte peut jouir de quatre ans de repos sous le règne
trop court de Tibère II. A la faveur de ce calme, les différentes
sectes de l'eutychéisme se fondirent en une seule secte en acceptant
le corps de doctrine qu'avait coordonné, le moine Jacobus Baradeos.
Dès lors, il n'y eut plus en Égypte que des jacobites et
des melkites.
Sous le règne
d'Héraclius, ce gouverneur d'Afrique
qui avait détrôné et mis à mort l'usurpateur
Phocas, l'Égypte subit deux invasions : la première (615)
du roi de Perse, déjà maître d'une grande partie de
l'Orient, et que les Juifs et les jacobites, fatigués de l'oppression
byzantine, reçurent comme un libérateur, la seconde (639)
d'Amrou, lieutenant du calife
Omar. Avec la complicité de Mokoukos (ou Makaukas), préfet
de la Moyenne-Égypte et chef du parti jacobite, il entra dans Memphis,
s'empara de la forteresse de Babylone
et marcha sur Alexandrie ,
où l'élément melkite (c-à-d. les Grecs) opposa
la plus opiniâtre résistance. Enfin après quatorze
mois de siège, lasse de n'avoir reçu aucun secours de Byzance,
où s'agitaient les compétiteurs à la succession d'Héraclius,
Alexandrie se rendit (22 décembre
640),
et l'Égypte, heureuse des garanties que lui offrait le vainqueur,
échangea avec empressement le joug cruel et lourd des empereurs
de Byzance contre celui des sectateurs triomphants de Mahomet.
La domination romaine (y compris celle du Bas-Empire) avait été
de 426 ans; celle des successions d'Arcadius
de 244 ans. (Georges Bénédite). |