Les gens

[Accueil][Encyclopédie][Chronologies][Arrière-plans][Inventaires][Noms]


Bernard Palissy

Bernard Palissy est un céramiste et savant né en 1510 à la Chapelle-Biron, près d'Agen, suivant quelques-uns de ses biographes, en Saintonge, d'après quelques autres, mort à Paris en 1590. Tout à la fois artiste, géologue, physicien, chimiste et agronome, et bien qu'ayant laissé un livre (Discours admirable de la nature des eaux et fontaines, des métaux, etc.), « qui le place, a dit le savant Chevreul, tout à fait au-dessus de son siècle par ses observations sur l'agriculture et la physique du globe , en même temps que, par la nouveauté de la plupart de ses remarques (l'Histoire de la géologie), il témoigne de l'originalité de ses pensées », Bernard Palissy est surtout célèbre comme potier.

C'est, sans contredit, le plus connu et le plus populaire de tous les artistes qui se sont adonnés à l'art de la terre et c'est en lui que semble s'incarner, pour ainsi dire, toute la céramique française.  Il s'intitulait modestement ouvrier de terre et inventeur des rustiques figulines. Ses figulines, toutes en ronde bosse, sont encore recherchées; on en voit de beaux échantillons au Louvre, à Sèvres, à l'hôtel Cluny et au musée de Limoges. Plusieurs villes lui ont élevé des statues (Agen, notamment), la légende, le roman et le théâtre seront emparés de sa vie, et son nom, entouré d'une auréole de gloire, brille au premier rang des martyrs de la science.

Son père, fabricant de tuiles, lui fit donner une certaine instruction, de telle sorte que, dès sa première jeunesse. il put exercer les professions de l'arpentage, de la pourtraicture et de la vitrerie. La pourtraicture embrassait alors sculpture et peinture, et la verrerie était l'art si difficile de colorier le verre et de le découper par fragments nuancés pour en former ces mosaïques transparentes des églises. C'était alors un usage général de terminer tout sérieux apprentissage par une série de voyages instructifs et un tour de France.

Palissy, «  faisant des figures ès procès ou peindant des images » résida plusieurs années à Tarbes, et visita très attentivement la chaîne des Pyrénées, puis celles des Cévennes et des Ardennes, où il puisa une foule de connaissances qui plus tard lui servirent à élever ses théories scientifiques. La basse Bourgogne, la Bretagne, l'Anjou, le Poitou, la Touraine et presque toutes les parties de la France furent successivement visitées.

Cet intrépide explorateur ne crut pas devoir s'arrêter aux frontières de son pays d'origine : il chercha encore à recueillir d'utiles observations dans la Flandre, les Pays-Bas et les provinces rhénanes, jusque dans la Brisgau inclusivement. Ces pérégrinations, effectuées de 1525 à 1530, laissèrent dans son esprit le germe de conceptions nouvelles, qui lui permirent d'être le véritable fondateur de la science géologique

Bernard Palissy.
Bernard Palissy (1510-1590).

« Comme un homme qui taste en ténèbres ».
Fixé dans la petite ville de Saintes vers 1535, Palissy continua d'exercer ses trois professions d'imagier, de vitrier et de géomètre. En 1542, on l'y trouve encore, «-chargé de femme et enfants et déjà aux prises avec la pauvreté ». Le hasard voulut qu'à cette époque une coupe de terre émaillée d'une grande beauté tombât entre ses mains. La vue de ce vase devint depuis ce moment l'objet d'une étude incessante; il crut pouvoir retrouver le secret de la fabrication  d'un émail blanc que l'on connaissait partout en Italie aussi bien qu'en France, à Rouen et à Paris. Il le savait bien lui-même, du reste, puisque dans sa dissertation intitulée l'Art de la terre, il se fera dire par son interlocuteur, Théorique : 

Je « scay que tu as enduré beaucoup de pauvreté et d'ennuis [...] et ce a esté à cause que tu ne pouvois laisser ton mesnage pour aller apprendre ledit art en quelque boutique-». 
Mais dans quelle boutique aurait-il pu apprendre le secret de ces émaux si purs, si vigoureux et si profonds, qui lui sont tellement particuliers qu'ils n'ont jamais été imités depuis et qui ont fait de ses oeuvres les merveilles de l'industrie humaine? C'est lui qu'il faut entendre raconter son odyssée domestique :
« J'emploierais mille rames de papier pour escrire tous les incidents qui me sont survenus en cherchant ledit art [...] J'entrai en dispute avec ma propre pensée en me remémorant plusieurs propos qu'aucuns m'avaient tenus, en se moquant de moi, lorsque je peindais les images [...]. Je me mis à chercher les émaux comme un homme qui taste en ténèbres, je pilais toutes les matières que je pouvais penser, et les ayant pilées et broyées, j'achetais une quantité de pots de terre, et après les avoir mis en pièces, je mettais des matières que j'avais broyées dessus icelles; puis, ayant fait un fourneau à ma fantaisie, je mettais cuire lesdites pièces, pour voir ai mes drogues pourraient faire quelques couleurs. 

Or, m'entant ainsi abuzé plusieurs fois, avec grands frais et labeur, j'estais tous les jours à piler et broyer nouvelles matières et construire nou- veaux fourneaux. Je m'advisai, pour obvier à si grande dépense, d'envoyer mes drogues (trois ou quatre cents pièces) en une poterie distante d'une lieue et demie de ma demeure, mais je n'en reçus que honte et perte [...]. Je portai encore mes pièces aux verreries, et durant deux ans, je ne faisais qu'aller et venir [...]. Une de mes épreuves, se trouvant blanche et polie, me causa une telle joie que je pensais être devenu nouvelle créature. »

Au mois de mai 1543. François Ier, ayant établi un impôt sur les gabelles, envoya le connétable Anne de Montmorency en Saintonge, afin d'assurer la perception de ce droit contre les sauniers révoltés. Le premier soin du maréchal fut d'obtenir le plan des salines. Bernard Palissy, chez lequel la misère en ce moment parlait plus haut que les espérances, fut chargé, en sa qualité de géomètre, d'arpenter les îles et les marais salants du littoral. Le fisc lui paya assez largement le cadastre, de telle sorte qu'il se remit à l'oeuvre.
« Pour lors, je me prins à ériger un fourneau semblable à ceux des verriers, avec un labeur indicible; car il fallait que je maçonnasse tout seul, que je destrempasse mon mortier, que je tirasse l'eau. il me fallait moi-même aller quérir la brique sur mon dos. Et quand ce fit à la seconde cuisson, je reçus la tristesse que nul homme ne voudrait croire. »
Les vases qu'il avait préparés lui-même étant mal pétris et mal séchés, son émail ne fondit pas.
« Je fus contraint d'aller encore acheter des pois, afin d'eprouver ledict esmail. Mais sur cela il me survint un autre malheur, lequel me donna grande fascherie, qui est que le bois m'ayant failli, je fus contraint de brusler les estapes qui soutenaient les tailles de mon jardin, lesquelles estant bruslées, je fus contrainct de brusler les tables et planchers de ma maison. J'estais tant tari et desséché à cause du labeur et de la chaleur du fourneau; il y avait plus d'un mois que ma chemise n'avait seiché sur moy. Encore pour me consoler, on se moquait de moy, et mesme ceux qui me devaient secourir allaient crier par la ville que je faisais brusler le plancher, et par tel moyen, l'on me faisait perdre mon crédit, et m'estimait-on être fol. 

Je m'en allais par les rues tout baissé comme un homme honteux, et avais ordinairement deux enfants aux nourrices, ne pouvant payer leurs salaires. Quand je me fus réparé un peu de tems, je prins un potier commun et lui donnai certaines pourtraictures, afin qu'il me fit des vaisseaux selon mon ordonnance; mais, après six mois, il me fallut  lui donner congé, et par faute d'argent, lui laisser mes vestements pour son salaire. Voulant refaire mon fourneau, dont le mortier et la brique s'estaient liquéfiés et vitrifés, j'eus les doigts coupés et incisés en tant d'endroits que je fus contraint manger mon potage ayant les doigts enveloppés de drapeaux. 

Pour la nouvelle cuisson de mes émaux, je les broyai sans aucun ayde à un moulin à bras, auquel il fallait ordinairement deux puissants hommes pour le virer. Et deux accidents survinrent et gâtèrent tout : les cailloux se crevèrent en plusieurs pièces, faisant pets et tonnerres dans le four. Je mis en pièces le total de la fournée, et me couchai de mélancolie, n'ayant plus moyen de subvenir à me famille, où l'on ne me donnait que malédictions. En travaillant ainsi l'espace de plus de dix ans, je me trouvai si fort escoulé en ma personne qu'il n'y avait aucune forme ni apparence de bosse à mes bras ni à mes jambes. Toutefois l'espérance que j'avais me faisait procéder en mon affaire si virilement, que plusieurs fois je faisais mes efforts de rire, combien que intérieurement je fusse bien triste. »

Afin de prévenir désormais le retour des fâcheux accidents qu'il venait d'éprouver, Bernard Palissy imagina de renfermer ses préparations dans de grands vaisseaux de terre grossièrement travaillée; emprisonnés de la sorte, ses ouvrages n'eurent plus rien à redouter de la cendre ou des graviers que la violence du feu pouvait soulever. Cette opération est depuis lors pratiquée sous le nom d'encastage, et les vaisseaux préservatifs sont encore appelés cazettes ou manchons. Palissy se tire assez heureusement des difficultés accessoires relatives à la coloration et à la fusion simultanée des émaux.

Ce fut en 1555, après des travaux et des essais sans nombre, pendant lesquels, suivant son expression, il « cuida entrer iusques à la porte du sépulchre », il parvint enfin à se rendre entièrement maître de son art; il put couvrir enfin les poteries d'un émail jaspé, le seul qui fasse le vrai mérite de ses ouvrages de terre. Dorénavant son sort et celui de son ingrate famille étaient assurés. Il produisit avec succès un certain nombre de vases, de statuettes, de bassins, de plats, d'ustensiles divers, qu'il appelait du nom collectif de rustiques figulines (du mot latin' figulina, qui signifie toute sorte d'ouvrages de poterie). 

Bernard Palissy fabriqua d'abord des faïences, ou, pour être plus exact, des terres vernissées couvertes d'émaux jaspés qui le firent vivre pendant quelques années, puis, ensuite des plats ou « bassins rustiques, ornés de bestioles », serpents, grenouilles, poissons, coquilles, lézards, etc., moulés en relief, qui sont restés les monuments les plus populaires de son art. 
--


Statue de Bernard Palissy, devant l'église de Saint-Germain-des-Prés, à Paris.
© Photos : Serge Jodra, 2010.

Des Tuileries à la Bastille.
Toutes les misères passées furent alors oubliées; sa réputation grandit et ses «-vaisselles de terre », très appréciées et très recherchées, lui apportèrent, avec l'aisance, des protections. Les seigneurs de la Saintonge, ravis de la beauté de ces ouvrages variés, se les disputèrent pour orner leurs châteaux et leurs parcs, le comte de Maulevrier, entre autres, et principalement le connétable de Montmorency. Ce dernier le chargea d'embellir son domaine d'Ecouen, où l'architecte Jean Bullant et le sculpteur Jean Goujon avaient déjà payé le double tribut de leur art. Le connétable fit construire à ses frais un atelier à Bernard Palissy, et ce fut à Saintes et non à Ecouen même qu'il dut exécuter ses commandes. 

Bernard Palissy se serait désormais trouvé, lui et sa famille, à l'abri du besoin et aurait vécu tranquille si la Réforme ne fût venue l'arracher à ses occupations. Emporté, en effet, par son esprit ardent et inquiet, Palissy n'avait pas tardé à embrasser les nouvelles idées religieuses (Le Protestantisme) : il fut un des fondateurs de l'Eglise réformée de Saintes, et son atelier devint milieu de réunion et de conciliabules. Aussi, en 1562, en exécution de l'édit de Henri Il qui punissait de mort le « crime d'hérésie », fut-il arrêté et conduit de nuit dans les prisons de Bordeaux. Averti du danger que courait son protégé, le connétable lui fit aussitôt décerner le brevet d'inventeur des rustiques figulines du Roy (1563), l'arrachant ainsi, comme faisant partie de la maison du roi, à la juridiction du Parlement de Bordeaux. 

Ce fut un an après son heureuse délivrance qu'il publia à La Rochelle un ouvrage intitulé Recepte véritable, etc., qu'il avait composé durant sa captivité, et qu'il dédia à Catherine de Médicis et au connétable de Montmorency, ses bienfaiteurs. La reine mère ne tarda pas à l'appeler à Paris; elle lui donna un logement aux Tuileries peu de temps avant qu'elle jetât les fondements du célèbre palais qui est devenu la résidence des rois de France. Bernard Palissy fut spécialement chargé de la décoration des jardins royaux, ainsi que le témoigne un mémoire manuscrit de 1570, déposé à la bibliothèque de Paris; Catherine de Médicis lui commanda pour les jardins du palais des Tuileries, une grotte rustique dont il a été retrouvé quelques fragments conservés au musée de Sèvres. Il associait à ses travaux ses deux fils Nicolas et Mathurin ; c'est avec leur concours qu'il embellit, outre les résidences du Louvre et d'Ecouen, les magnifiques châteaux de Chaulnes et de Nesle, en Picardie; ceux de Reux, en Normandie; de Madrid, au bois de Boulogne, et enfin de Chenonceaux, en Touraine

La position privilégiée qu'il occupait dans une habitation royale lui valut, le 14 août 1572, d'être épargné au milieu des massacres de la Saint-Barthélemy. Il n'échappa à cette horrible boucherie que parce qu'il était au Louvre, où le protégeait l'inviolable majesté et peut-être aussi l'égoïsme craintif du roi. 

Bernard Palissy ne se voua pas tout entier, à Paris, à la mise en pratique de ses procédés pour faire les émaux. Tout en continuant la fabrication de ses poteries, il publia ses Discours admirables sur la nature des eaux et fontaines dont nous avons parlé plus haut, et il fit publiquement des cours scientifiques, véritables conférences qui étaient annoncées au moyen d'affiches collées « dans tous les carrefours ».  Ainsi, commença, pendant le carême de 1575 son cours public, où il convia tous les érudits de la capitale à venir entendre dans trois leçons l'exposé de ses théories sur les pierres, les fontaines, les métaux, etc. Afin de provoquer la réplique et aussi pour éloigner la foule des niais et des indifférents qui encombrent toujours les leçons gratis, il prévint que l'on paierait un écu en entrant. Palissy put ainsi faire son cours devant un auditoire composé d'hommes d'élite, dont il nous a transmis la liste et sur laquelle figurent Ambroise Paré, puis tous les médecins et chirurgiens de la cour et les savants les plus distingués de cette époque. Palissy appuya toutes ses explications de l'exhibition d'une grande quantité de pièces colligées avec méthode et toutes propres à la formation d'un musée d'histoire naturelle

Le succès toujours croissant de ses leçons se poursuivit pendant une dizaine d'années encore, jusqu'en 1584 approximativement. Le mérite d'avoir le premier en France inauguré le grand enseignement public, dont les institutions modernes de la Sorbonne et du Collège de France, du Muséum, etc., ne sont aujourd'hui que la continuation agrandie et perfectionnées revient sans conteste à Bernard Palissy. Il sut substituer aux vaines déclamations des philosophes des démonstrations scientifiques rigoureuses sur l'origine des fontaines, la formation des pierres et celle des coquillages fossiles. que les physiciens de ce temps-là regardaient comme un jeu de la nature.

Tant et de si grands services ne purent lui faire trouver grâce aux yeux des ligueurs. Par ordre de Matthieu de Launay, l'un des Seize, il fut (1588), malgré son extrême vieillesse, jeté à la Bastille et noté pour être conduit au spectacle public. On comprend le sens mystérieux de cette terrible expression. Le duc de Mayenne, l'un de ses admirateurs, fit ajourner l'exécution, de telle sorte que le roi Henri III put le venir visiter dans son cachot. Si Henri III parvint à détourner la main sanguinaire des ligueurs de cette tête illustre, Palissy n'en fut pas pour autant rendu à la liberté, et il  termina , dans sa prison, en 1590, à l'âge de quatre-vingts ans, une existence commencée dans la misère.
-

Un plat de Bernard Palissy.
Un plat à « bestioles » de Bernard Palissy (musée de Sèvres).

Le dialogue de la Théorique et de la Practique.
L'oeuvre de céramiste assez considérable de Bernard Palissy comprend trois périodes distinctes correspondant à chacune des phases de sa vie. De la première période, celle des tâtonnements et des recherches, datent les plats, « les vaisseaux de divers émaux entremeslez en manière de jaspe » et le commencement des « bassins rustiques ». Au point de vue purement céramique, ce sont les plus belles et les plus intéressantes de ses oeuvres. Les « pièces rustiques » qui caractérisent la seconde période portent surtout l'empreinte de son talent si original et si épris des merveilles de la nature. Elles se composent principalement de plats ou « bassins » presque toujours ovales et dont quelques-uns atteignent parfois 50 et même 55 centimètres. Les bouteilles, les gourdes de chasse et les aiguières sont beaucoup plus rares que les plats.

La troisième période comprend les plats à ornements et à figures, les corbeilles délicatement découpées à jour, les vases d'apparat, les aiguières imitées des étains de Briot, les salières, les flambeaux, les saucières et tant d'autres pièces sur lesquelles on retrouve toujours la marque du goût pur et élevé du célèbre faïencier. Mais l'art qu'il avait créé avec, tant de peine disparut avec lui ou, du moins, ne produisit sous ses successeurs immédiats que des oeuvres médiocres, ternes, et provenant de moules usés. Il faut cependant faire une exception pour l'atelier d'Avon, près de Fontainebleau, d'où sont sorties, à la fin du XVIe siècle, plusieurs pièces recouvertes d'un émail pur et brillant qui, pendant longtemps, les a fait attribuer à Bernard Palissy. Vers 1845, un faïencier de Tours, Avisseau, tenta avec succès d'imiter le genre de Palissy; son exemple fut suivi depuis par plusieurs céramistes, Pull, Barbizet, Sergent, Parvillée et autres; presque tous ont signé leurs oeuvres, mais, même quand elles ne sont pas signées, elles sont tellement loin, pour la plupart, des faïences du maître qu'il est difficile de s'y laisser tromper.

Terminons en disant quelques mots sur la contribution de Bernard Palissy aux progrès de la géologie. Il a écrit sur la constitution géologique du sol :

« Nous savons, dit-il, qu'en plusieurs lieux les terres sont faites par divers bancs, et en les fossoyant on trouve quelquefois un banc de terre, un autre de sable, un autre de pierre et de chaux, et un autre de terre argileuse : et communément les terres sont ainsi faites par bancs distingués. Je ne te donnerai qu'un exemple pour te servir de tout ce que j'en saurais jamais dire : regarde les carrières de terre argileuse qui sont près de Paris, entre la bourgade d'Auteuil et de Chaillot, et tu verras que, pour trouver la terre d'argile, il faut premièrement ôter une grande épaisseur de terre, une autre épaisseur de gravier, et puis après on trouve une autre épaisseur de roc, et au-dessous dudit roc on trouve une grande épaisseur de terre d'argile, de laquelle on fait toute la tuile de Paris et lieux circonvoisins. » (De la marne, dans les Œuvres de Bernard Palissy, p. 141 et suiv. (édition Paris, 1777, in-4°).)
Bernard Palissy recommanda l'un des premiers l'emploi de la sonde pour s'assurer de la nature d'un terrain. "Mais si tu rencontrais, demande la Théorie dans un curieux dialogue entre la Théorique et la Practique, des rocs durs, comment te prendrais-tu pour les percer?"  -  La Practique répond : 
« A la vérité, cela serait fâcheux. Toutefois, il me semble qu'une tarière torcière les percerait aisément; et après la torcière, on pourrait mettre une autre torcière, et par tel moyen on pourrait trouver des terres de marne noire, voire des eaux pour faire puis, lesquelles bien souvent pourraient monter plus haut que le lieu où la pointe de la torcière les aura trouvées; et cela se pourra faire moyennant qu'elles viennent de plus haut que le fond du trou que tu auras fait. »
De là à la découverte des puits artésiens, il n'y avait qu'un pas.

Bien avant le chancelier Bacon, Bernard Palissy avait recommandé la méthode expérimentale comme le seul moyen de faire avancer les sciences.

Ses œuvres ont été réunies à Paris, 1777, avec notes de Faujas de Saint-Fond, et en 1844, par A. Cap, avec une notice sur l'auteur. (E. Garnier / J. S-r. /  F.Hoefer).


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
[Bibliothèque][En librairie][Textes][Pages pratiques][Recherche sur Internet][Aide]

© Serge Jodra, 2004 - 2009. - Reproduction interdite.