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Diogène le Cynique

Diogène (de Sinope ou le Cynique), célèbre philosophe grec, né à Sinope vers la fin du IVe siècle av. J.-C., mort à Corinthe en 323, le jour même, dit-on, où Alexandre mourut à Babylone. Son père, Hicésias, était un changeur, et en même temps un faux monnayeur : Diogène lui-même, dans sa jeunesse, participa au crime de son père et fut forcé de s'exiler. A Athènes, il voulut devenir disciple d'Antisthène qui d'abord le repoussa et même le frappa. 
« Tu ne trouveras pas un bâton assez dur, répondit-il, pour m'éloigner de toi tant que tu parleras. »
Antisthène se résigna et le disciple ne tarda pas à surpasser le maître en vertu cynique

ll paraît avoir vécu surtout à Athènes, mais il est possible aussi qu'il soit allé enseigner sa morale de ville en ville : il séjourna notamment à Corinthe. Il écrivit un certain nombre d'ouvrages, surtout des dialogues, mais les titres qui nous ont été transmis ne sont pas authentiques : ils étaient déjà contestés dans l'Antiquité.

Diogène fut un des philosophes les plus populaires de la Grèce : c'est aussi un de ceux que les modernes connaissent le mieux. 

Diogène logeait, dit-on, dans un tonneau, n'ayant pour meubles qu'une besace, un bâton et une écuelle. Il jeta même son écuelle après avoir vu un jeune enfant boire dans le creux de sa main. On conte que, plein de mépris pour ses contemporains, il se promena un jour en plein midi une lanterne à la main, répondant à ceux qui l'interrogeaient : «Je cherche un homme ». Un partisan de Zénon d'Élée niait devant lui le mouvement : il se leva, et se mit à marcher, réfutant ainsi en action les ridicules, arguties du sophiste. Ayant entendu Platon définir l'humain comme un animal à deux pieds et sans plumes, il jeta dans son auditoire un coq plumé en disant : «Voilà l'homme de Platon ». Alexandre le Grand, étant à Corinthe, eut la curiosité de le voir, et lui demanda ce qu'il pouvait faire pour lui : « Te retirer de mon soleil », répondit le philosophe. On assure qu'Alexandre s'écria : « si je n'étais Alexandre, je voudrais être Diogène ». 

Le long chapitre que son homonyme Diogène Laërce lui a consacré est rempli d'anecdotes du même genre. Il y a des réserves à faire sur l'authenticité de quelques-unes : la plupart doivent être vraies, et la physionomie qui se dégage de l'ensemble de ces récits est celle d'un des hommes les plus originaux et les plus spirituels qui aient jamais existé. La promptitude de ses réparties, la vivacité amusante et hardie de ses propos avaient contribué autant que la bizarrerie de son existence à sa célébrité : et lui-même constatait comiquement la situation unique qu'il s'était faite lorsqu'il traitait d'égal à égal avec Alexandre le Grand.

On sait comment il vivait, déguenillé et mendiant, se contentant des nourritures les plus grossières, passant surtout les nuits couché sur le parvis des temples, en même temps injuriant, mordant, comme il disait, à la façon d'un chien, tous ceux qu'il rencontrait, leur reprochant leur mollesse ou leurs vices, voulant imposer à tous avec une grossière intolérance la plus étrange morale qu'on ait jamais prêchée. 
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Diogène.
Le tonneau Diogène, d'après un bas-relief de la Villa Albani,
dessiné dans le t. II des Monuments inédits de Winckelmann.

Qu'il y ait eu dans son fait beaucoup d'orgueil et de vanité, qu'il ait pris plaisir à étonner ses contemporains, c'est ce que Platon, dit-on, lui a plus d'une fois reproché, et ce qu'il serait difficile de contester. Il faut reconnaître toutefois qu'il a fait preuve d'une extraordinaire force de volonté : l'excentricité de sa conduite ne doit pas faire oublier l'espèce de grandeur morale qui était en lui. Platon le caractérisait très exactement quand il l'appelait un Socrate en délire. 

Cette possession de soi-même, cette volonté d'endurcir son corps et d'exercer son âme, cette résolution de s'affranchir de toutes les servitudes extérieures, c'est une partie de l'héritage de Socrate, la seule qu'Antisthène avait voulu accepter. Et le principe dont Diogène faisait des applications si fâcheuses et si excessives était en lui-même excellent : c'était cette idée que le bien d'un être ne saurait être que ce qui lui appartient en propre. Or la seule chose que l'homme possède véritablement par lui-même, c'est les biens de l'âme tout la reste dépend de la fortune. Diogène disait qu'il voyait la Fortune et l'entendait lui dire : Voilà le seul être sur qui je n'aie pas de prise, ce chien enragé.

Au surplus, quelques-uns de ses mots et certains traits de sa vie nous avertissent de n'être pas trop dupes de sa mise en scène. Il se comparait lui-même à ces chefs d'orchestre qui forcent le ton afin que les autres trouvent la note juste. Au cours d'un de ses voyages, il fut pris par des pirates, et vendu comme esclave en Crète. Il commença par ses fanfaronnades ordinaires : Que sais-tu faire? lui demandait-on. - Commander aux hommes. Vends-moi à celui-là, dit-il encore en montrant le Corinthien Xéniade - il a besoin d'un maître. Quand Xéniade l'eut acheté : « Veille bien, lui dit Diogène, à faire ce que je te commanderai. » Xéniade ne lui en confia pas moins l'éducation de ses deux fils et il n'eut qu'à se louer de la sagesse du philosophe. Diogène appliqua tous ses soins à cette tâche sérieuse; nous avons quelques détails sur la manière dont il s'en acquitta, et nous ne sommes pas surpris que Xéniade ait dit plus tard en parlant de lui : « Un bon génie est entré dans ma maison. »

Beaucoup de ses mots, même des plus vifs, attestent l'intention de faire accepter la leçon morale en frappant l'imagination et en amusant l'esprit. Il était sincère lorsqu'il comparait la masse des humains à des malades ou à des fous, et il prenait fort au sérieux son rôle de médecin. ll n'a d'ailleurs pas tout à fait perdu sa peine : on l'admirait autant qu'on en riait ou qu'on le craignait.

Après sa mort, les Corinthiens lui consacrèrent une colonne surmontée d'un chien en marbre de Paros, et les habitants de Sinope, sa cité, lui élevèrent une statue. Il faut songer enfin que longtemps après, le sage Epictète, en qui on ne peut soupçonner aucun charlatanisme, le révérait comme un modèle de sagesse, comme celui qui s'est le plus approché de la perfection. (V. Brochard).

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Dictionnaire biographique
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