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Cléanthe,
disciple et ami de Zénon de Citium ,
le fondateur du stoïcisme. Cléanthe
succéda à son maître dans la direction de l'école
et continua son enseignement. Né à Assos ,
en Troade, vers 331 av. J.-C. Il fut d'abord lutteur, puis vint à
Athènes,
avec quatre drachmes pour tout bien. A partir de ce moment, il se consacra
tout entier à la philosophie : il
était si pauvre qu'il devait employer les nuits à puiser
de l'eau ou à tourner une meule. Tous les témoignages sont
d'accord pour célébrer la simplicité de ses moeurs,
sa sobriété, son ardeur infatigable au travail, sa force
d'âme en toutes choses. Comme son maître Zénon, il fit
honneur à la nouvelle philosophie et il mérita qu'on dit
de lui qu'il conformait sa vie à ses doctrines. Tant de vertu austère
et sans faste paraît avoir vivement excité l'admiration des
Athéniens, et nous voyons que, longtemps après sa mort, le
sénat romain lui fit élever une statue à Assos, sa
patrie. On lui a souvent reproché la lenteur et la lourdeur de son
esprit, et lui-même accueillait avec bonne grâce les plaisanteries
qu'on lui adressait à ce sujet. Il disait en parlant des riches
:
«
Tandis qu'ils jouent à la balle, je fertilise par le travail la
terre dure et stérile que je laboure.»
Et comme on l'appelait un âne,
il répondait :
«
Cela est vrai, trais seul je puis porter le bagage de Zénon. »
Ajoutons que cette accusation de lenteur d'esprit
a peut-être été prise trop au sérieux; de l'avis
des critiques qui l'ont le mieux étudié (Hirzel et Stein),
il faut en rabattre. Sans doute Cléanthe n'a pas été
un homme de génie, et il doit beaucoup à Zénon. Mais
outre qu'il eut le mérite de bien comprendre l'enseignement de son
maître, de pénétrer jusqu'au fond de sa doctrine, d'en
apercevoir la portée et l'esprit, il ne se borna pas à répéter
ce que Zénon avait dit. Sur plusieurs points importants, il compléta
sa doctrine, parfois même il la modifia heureusement. Enfin l'Hymne
à Jupiter qui nous a été conservé témoigne
d'une grandeur morale, d'une élévation
de sentiments qui ne sont pas d'une âme vulgaire. Cicéron
le range parmi les grands noms de l'école stoïcienne.
Arrivé à l'âge de quatre-vingts
ans, Cléanthe, estimant qu'il avait fourni sa carrière, se
laissa mourir de faim (251 av. J.-C.). Il avait composé un assez
grand nombre d'ouvrages dont il ne nous est parvenu que de rares fragments,
réunis par Wachsmuth. Diogène
Laërce en donne la liste (I. VII). La plupart traitent
des questions de morale. Nous trouvons cependant dans le catalogue
un traité des raisonnements ambigus; et un autre sur la dialectique.
Il avait aussi écrit sur le temps et la physiologie,
sur les dieux : il exposa la philosophie d'Héraclite
en quatre livres, et il combattit celle de Démocrite.
Les doctrines philosophiques de Cléanthe
sont celles du stoïcisme. Nous ne voulons indiquer ici que les idées
qui lui sont propres, autant du moins qu'on peut les reconnaître.
En physique, Zénon avait laissé substituer une sorte de dualisme
: Cléanthe ramena le système à l'unité, en
proclamant l'existence d'une force, ou d'un agent universel, le feu ou
le souffle primitif. Ce principe est Dieu même, et Cléanthe,
en déclarant que le monde est dieu, fit du stoïcisme un système
nettement panthéiste.
Ce dieu porte un grand nombre de noms :
il est l'éther, il est la raison, il est l'esprit. Répandu
en toutes choses, il a cependant (comme l'âme humaine dans le coeur)
un siège particulier, c'est le Soleil. Dans une partie de sa physique,
Cléanthe s'inspira surtout d'Héraclite.
Puis il emprunta à Diogène le
Cynique qui l'avait surtout développée au point de vue
moral, l'idée de l'effort, de la tension, et par une application
toute nouvelle, il en fit le principe de la physique : cette grande idée
devint bientôt le fond même et le caractère essentiel
de la conception stoïcienne de l'univers. Il faut, ajouter que Cléanthe
restait encore très voisin du matérialisme; il ne croyait
qu'au témoignage des sens, et outre que, avec tous les stoïciens,
il définissait l'âme comme un corps, il se représentait
la connaissance comme une empreinte laissée sur la cire, et les
fonctions de l'âme comme une action matérielle, un courant
dirigé vers les organes.
Sur ces divers points, Chrysippe
corrigera la doctrine grossière des premiers stoïciens. Cléanthe
croyait que l'âme vient dans le corps du dehors, ce qui a conduit
certains historiens à une interprétation erronée de
sa doctrine. On a cru qu'il voulait faire une distinction entre l'âme
et l'esprit, et attribuer à celui-ci une origine supérieure.
En réalité, il s'agit ici comme partout chez le philosophe,
d'une conception matérialiste: l'âme vient du dehors en ce
sens que l'air extérieur pénétrant dans le corps,
suscite par sa tension, les énergies latentes dans le germe. Enfin
Cléanthe croyait à la survivance des âmes, du moins
jusqu'au moment où, conformément à la doctrine de
tous les stoïciens, le monde entier, sera embrasé.
En morale, Cléanthe apporta une
notable modification à la définition du souverain bien donnée
par Zénon. A la formule de Zénon
: Il faut vivre d'accord avec soi-même, il substitua celle-ci
: Il faut vivre conformément à la nature et par là
il entendait la nature universelle, c.-à-d. la raison divine qui
gouverne le monde. Il défendit avec énergie et sans faire
de concessions, les grandes maximes stoïciennes que la vertu est le
souverain bien, et que le plaisir n'est pas un bien, ni la douleur un mal,
que le sage n'a jamais besoin d'être consolé, qu'il ne peut
perdre sa sagesse, que l'intention seule et l'effort moral font le mérite
de nos actions. Cicéron nous rapporte
un apologue ingénieux où résumant, pour la critiquer,
la morale épicurienne, Cléanthe montre qu'aux yeux D'Épicure
la volupté est comme une reine autour de laquelle s'empressent les
quatre vertus qui sont ses servantes. Enfin Stobée
nous a conservé un des monuments les plus précieux de la
philosophie ancienne, le célèbre Hymne de Cléanthe
à Jupiter. Cette admirable poésie résume toute la
morale stoïcienne : inspirée par un sentiment profondément
religieux, elle dit la puissance de la divinité à laquelle
rien ne résiste et qui remplit le monde, et la noblesse de la vertu,
et les récompenses qui lui sont réservées : surtout
elle exprime éloquemment ce qui est l'essence même du stoïcisme
: la résignation, ou plutôt la soumission volontaire et joyeuse
du sage aux ordres de Dieu : car Dieu étant le maître absolu
et unique de l'univers, il faut bien, bon gré mal gré, que
nous fassions ce qu'il a décidé : la vraie sagesse est donc
d'aller au-devant de ses ordres, et de vouloir ce que Dieu veut.
(V. Brochard).
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En
bibliothèque - Cludius, Kleanth's
gesang auf dem hochsten; Gött., 1786. - Mohnike, Kleanthes
der Stoiker, 1814. - Petersen, Cleant. hymn. in jovem, Hambourg,
1829. Gymn. pr. - Sturz et Merzdorf, Cleanth. hymn. in jovem; Leipzig,
1835. - Krische, sur la théologie de Cléanthe, in
Forschungen
auf dem Gebiete d. Alten Philos., t. I, p. 416. - Waschmuth,
Comment.
I
et II de Zenone Citiensi et Cleanthe Asso; Göttingen, 1874-1875,
Gymn., pr. - Hirzel, Unters. z. Cicero's philos. Schrift. 2e part.,
p. 136, Leipzig, 1882. - Stein, Die psychol. der Stoa; t. 1 et II,
Berlin, 1886 et 1888.. |
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