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François de Sales

Saint François de Sales, est un théologien catholique de la Renaissance. Il né en 1567 au château de Sales, près d'Annecy en Savoie, d'une famille noble, et est mort en 1612.  Il avait commencé par étudier le droit. Reçu avocat et docteur, il renonça à la charge de conseiller au Sénat de Chambéry, où on l'appelait, et, poussé par une passion irrésistible, embrassa l'état ecclésiastique (1595). 

Peu après son ordination, il avait publié l'Étendard ou la défense de la Croix (1597), ouvrage de controverse dans lequel il défendait contre les attaques d'un ministre réformé l'honneur rendu à la Croix par l'Église catholique. Dans ce sujet aride, on peut déjà remarquer, outre l'aménité et la politesse de sa polémique, cette grâce et ce sentiment de l'amour divin  - cette « onctuosité de curé », ont dit certains - qui immortalisent ses autres écrits. 
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François de Sales.
François de Sales (1567-1612).
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Le succès d'une mission heureuse qui ramena à la foi catholique une bonne partie du Chablais, des conversions très nombreuses dont quelques-unes illustres, des directions et des prédications brillantes en Savoie et en France (à Dijon, à Paris) appelèrent l'attention publique sur lui; il fut appelé dès 1606 à l'évêché de Genève. 

Bientôt il allait porter plus haut son nom par son livre de l'Introduction à la vie dévote (1608). L'époque était favorable à la publication d'un pareil ouvrage. Sous le gouvernement de Henri IV, la paix et la sécurité commençaient à renaître, mais les luttes religieuses avaient jeté le trouble dans les consciences. Henri IV, récemment converti à la religion catholique, demanda à François de Sales, un livre qui rendît la religion populaire. François de Sales avait adressé à une de ses parentes, Mme de Charmoisy, des lettres de direction que des amis le pressaient de publier. Sur la demande de Henri IV, il se décida alors à reprendre ces lettres, à y mettre quelque liaison et à les faire paraître.

Rien de plus nouveau que ce livre de dévotion qui donne aux plus hautes assertions théologiques une forme simple, familière, accessible à tous. Partout règne une grâce aimable, naïve, qui rend l'onction plus pénétrante; une imagination riante, fleurie, trop fleurie parfois, sous laquelle se cache une ferme énergie. De là l'immense succès de cette oeuvre, qui a exercé une influence si profonde sur la littérature du XVIIe siècle. 

La personnalité de François de Sales est tendre, affectueuse, la plus affective du monde, qui même abonde un peu en dilection; elle est en même temps ardente et vigoureuse. Comme son caractère, sa doctrine offre un admirable tempérament de mansuétude et de rigueur; on y trouve une intelligence parfaite des nécessités de la vie; elle est également éloignée de l'âpreté janséniste qui, selon Bossuet « traîne toujours l'enfer après elle, fait paraître la vertu trop pesante, l'Evangile excessif, le christianisme impossible» et de la « dévotion aisée » reprochée à certains jésuites et que Bossuet nomme éloquemment « cette inhumaine complaisance et cette pitié meurtrière pour le pécheur. »

On avait cru voir quelque chose d'efféminé dans l'Introduction à la vie dévote, adressée par François de Sales à une femme, sa chère Philothée. La tournure gracieuse, un peu féminine, du style avait fait illusion sur le fond, solide et austère. Quoi qu'il en soit, François de Sales crut devoir répondre à cette critique en écrivant le Traité de l'amour de Dieu, qu'il adresse à un homme, Théotime (1610), et dont le premier livre est remarquable par la fermeté et la précision, mais où l'on retrouve, surtout dans la dernière partie, la subtilité qui est propre à l'auteur. On a reproché quelquefois à François de Sales une tendance au mysticisme. 
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Préface de l'Introduction à la vie dévote
(1608).

« Mon cher lecteur, je te prie de lire ceste preface, pour ta satisfaction et la mienne.

La bouquetière Glycera savoit si proprement [1] diversifier la disposition et le melange des fleurs qu'elle mettoit en ses bouquets, que avec les mesmes fleurs, elle faisoit une grande varieté de bouquets : de sorte que le celebre peintre Pausias [2] demeura court, voulant contrefaire à l'envi [3] ceste diversité d'ouvrage; car il ne sut changer sa peinture en tant d'assortiments comme Glycera faisoit ses bouquets. Ainsi le Sainct Esprit dispose et arrange avec tant de varieté les enseignements de devotion qu'il donne par la bouche et la plume de ses serviteurs, que la doctrine estant tousjours une mesme, les discours neantmoins, qui s'en font, sont bien différents selon les diverses façons desquelles ils sont composés. Je ne puis donc certainement et ne pretends en aulcune façon rien dire dans ceste Introduction, que ce qui a esté dict par ceux qui ont escrit sur ce subject avant moi. Ce sont, pour ainsi parler, mon cher lecteur, les mesmes fleurs, qui ont passé desja par les mains des aultres, que je vous presente ici. Mais le bouquet que j'en ai faict se trouvera tout different par la diversité de la disposition que je leur ai donnee.

Ceux qui ont traicté de la devotion ont eut, presque tous, en vue l'instruction des personnes, qui sont forts retirees du commerce du monde; ou du moins ils ont enseigné une sorte dle devotion, qui conduict à ceste retraicte entiere et universelle. Pour moi, je me suis proposé d'instruire des personnes qui vivent dans les villes, dans leurs mesnages, et mesme à la court; qui sont obligees par Ieur condition à un certain dehors d'une vie commune, et qui souvent, sous le pretexte d'une pretendue impossibilité, ne veulent pas seulement penser a essayer ce que c'est que vie devote. Ils veulent tousjours croire que,
comme aulcun animal n'ose gouster de la graine de la plante que les naturalistes appellent Palma Christi, nul homme, occupé des affaires du siecle, ne doibt aspirer à la palme de la piété chrestienne. Mais qu'ils sachent que la grace n'est pas moins feconde en ses ouvrages que la nature. Les meres-perles [4] se forment et se nourrissent dans la mer, sans en prendre une seule goutte d'eau tout amere et salue qu'elle est, on y trouve des sources d'eau doulce vers les isles Chelidoines [5] et les pyraustes [6] volent au milieu des flammes, sans se brusler les aisles. De mesme une ame, soutenue par une genereuse resolution, peut vivre dans le commerce du monde, sans en prendre l'esprit; gouster la doulceur du service de Dieu, parmi toutes les amertumes du siecle, et, a travers toutes ses convoitises les plus ardentes, s'eslever à Dieu par les desirs sinceres de son amour. Il est vrai que cela porte de grandes difficultés. Et c'est pourquoi je voudrois bien qu'on s'appliquast avec plus d'ardeur qu'on n'a pas faict jusqu'à present, à les applanir aux gents du monde, comme tout foible que je suis, je tasche d'aider un peu, par cest ouvrage, la bonne volonté de ceux qui voudront faire un genereux essai de la devotion.

Mais si ceste Introduction paroist au jour, cela  ne vient poinct du tout ni de mon propre mouvement, ni de mon inclination. Il y a quelque temps qu'une personne de beaucoup d'honneur et de vertu [7], pressée par la grace de Dieu d'entrer dans les voies de la perfection, en forma le desseing, et m'y demanda mon assistance particuliere; et parce que, oultre plusieurs sortes de devoirs, qui me tenoient attaché à ses interests, je lui avois trouvé, longtemps auparavant, beaucoup de dispositions à une solide pieté, je donnai tous mes soings à son instruction. Apres l'avoir donc conduicte par les exercices de devotion, que j'ai jugés les plus convenables à sa condition et à son desir, je lui en laissai quelques memoires par escrit, pour y avoir recours dans ses besoings, et elle les communiqua à un savant et devot religieux [8]. veritablement grand religieux, qui, les ayant crus utiles à plusieurs aultres, m'exhorta fort de les donner au public. Or, il lui fut aisé de me persuader, parce qu'il s'estoit acquis une grande auctorité sur ma volonté par son amitié, et sur mon esprit par la solidité de son jugement.

Ainsi, pour rendre cest ouvrage puis util et plus agreable, je le revis, j'y mis quelque ordre, et j'y adjoustai plusieurs instructions que je croyois necessaires. Mais, en verité, ce fut presque sans avoir eu le temps de le bien faire. C'est pourquoi, vous n'y verrez rien d'exact, et vous n'y trouverez qu'un amas d'advertissements, que j'y donne de bonne foi, en taschant de les expliquer le plus intelligiblement que je puis. Et à l'esgard des ornements de la langue, je n'y ai pas seulement voulu penser, ayant assez d'aultres choses à faire.

J'adresse la parole à Philothee, parceque, voulant rapporter à l'utilité publique ce que j'ai d'abord escrit pour une seule personne, je doibs me servir d'un nom commun à tous les fidelles, qui aspirent à la devotion; et ce terme « Philothee » signifie celui ou celle qui aime Dieu. »

(François de Sales, Introduction à la vie dévote, préface).


Notes : 1. Proprement, habilement. - 2. Pausias, peintre grec de Sicyone, contemporain du célèbre Apelle, vécut de 360 à 330 avant. J.-C. Il était surtout renommé comme peintre de fleurs. - 3. Contrefaire à l'envi, reproduire, en rivalité avec elle Envi est ainsi expliqué dans le dictionnaire étymologique de Laurent et Richardot : "A l'envi, adverbe formé du vieux français envi qui est le nom verbal du v erbe passif envier = inviter, puis : provoquer, défier. Ce mot envier (latin invitare) a pour doublet inviter, comme le nom verbal envia pour doublet invite. Un envi était une mise par laquelle le joueur enchérissait sur son adversaire. Par suite, à l'envi = en misant pour ainsi dire contre quelqu'un, en rivalisant. avec lui". - 4. Meres-perles. Dans cette expression, comme daub mère-goutte, mère-laine, le mot mère vient du latin meram, pure. Mère-perle, perle naturelle. - 5. Chélidoines. Îles situes au Sud des côtes de Lycie et ainsi appelées à cause des nombreuses tortues (grec chélidon) que l'on y trouvait. - 6. Pyraustes, sortes de papillons de nuit. - 7. Mme de Charmoisy. - 8. Le P. Jean Ferrier, ,jésuite, recteur du collège de Chambéry.

S'il s'agit de sa doctrine, elle est conforme aux canons de l'Eglise,. Mais la personnalité affectueuse du saint directeur se laisse aller dans les Lettres spirituelles, et en particulier dans celles qui sont adressées à Mme de Chantal, à ces effusions de charité qui revêtent la forme mystique, et semblent énerver la piété. Pour le fond comme pour le style, le goût pèche quelquefois, jamais le coeur ou la raison. Sous l'afféterie et la mignardise le sentiment reste sobre et sain, de même que sous les allégories bizarres et, les comparaisons fleuries, la pensée resté sévère et forte. (D. et H.).

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