 |
La première mention
qu'on trouve de Paris
est dans les Commentaires de César
qui le désigne sous le nom de Lutetia. Lutèce était
la civitas des Parisii, dont le territoire dépassait un peu
les limites actuelles de la Petite couronne, et l'île, dite maintenant
de la Cité, où elle existait, était alors plus petite,
des îlots voisins n'y ayant pas encore été rattachés.
A l'arrivée de César, les Parisiens étaient depuis
peu devenus absolument indépendants des Sénons. César,
en 53 av. J.-C., réunit dans
Lutèce la première assemblée générale
des Gaules. Lors du soulèvement de l'an 52,
ce fut dans la bataille livrée près de cette ville que périt
le chef gaulois Camulogène.
Le
siège de Lutèce par Labienus, lieutenant de César.
- Lors du soulèvement général de la Gaule, en 52
av. J.-C., Labienus reçut l'ordre d'occuper Lutèce. Labienus,
avec quatre légions, quitta Agendicum (Sens), et suivit la rive
gauche de la Seine jusqu'aux marais de l'Essonne, près de Corbeil ,
où il se heurta aux Parisii, aux Carnutes, aux Suessiones, ralliés
sous le commandement du vieux et habile chef aulerque Camulogène.
Il retourna en arrière, prit Melun, y traversa le fleuve et se porta
devant Lutèce, comptant y devancer les troupes gauloises. Mais Camulogène
avait déjà brûlé le bourg, rompu les deux ponts
qui reliaient l'île aux deux rives et s'était posté
sur la montagne Sainte-Geneviève. Labienus, apprenant alors la défaite
de César à Gergovie et la défection
des Eduens, menacé au nord par les Belges ,
résolut de rejoindre son chef. Il réussit à passer
la Seine en aval de Lutèce, par une nuit d'orage, et, le lendemain,
culbuta dans la plaine de Grenelle l'aile droite des troupes gauloises.
Camulogène fut tué. Labienus regagna Sens et rejoignit César
dans la vallée de l'Yonne.
On sait mal quel fut le régime municipal
de Lutèce sous la domination romaine ;
c'est sur la rive gauche de la Seine que les faubourgs se développèrent
d'abord. Le plus ancien monument de Paris ,
les arènes ,
dont on a retrouvé les restes rue Monge, date du ler
ou du IIe siècle.
A la fin du IIIe
siècle, Constance Chlore
se fit construire dans ces faubourgs un palais qui fut son séjour
de prédilection : le palais dit des Thermes
(peut-être à tort) que l'empereur Julien
agrandit. Un camp permanent, entouré de murs très épais,
occupait l'emplacement actuel du bas de la rue Soufflot. Vers l'an 400,
la ville, qui faisait partie de l'ancienne province de Celtique ,
fut englobée dans la 4e Lyonnaise.
C'est au IIIe
ou IVe siècle
que le nom du peuple fut substitué au nom de la ville même
et que Lutèce devint Paris .
Un concile
important se tint à Paris en 360.
La première
enceinte.
On assigne généralement
comme date l'année 406 environ
à l'enceinte fortifiée que les Gallo-Romains établirent
tout autour de l'île de la Cité et dont on a plusieurs fois
retrouvé des restes, notamment en 1898.
Cette première enceinte définira les limites de la ville
jusqu'à l'an 1000 environ. Vers
le milieu du Ve
siècle, sans doute, le siège de l'église
de Paris
fut établi dans le temple de Jupiter
de l'île de la Cité, et bientôt deux églises
s'élevèrent sur son emplacement, Saint-Etienne et Notre-Dame ,
qui possédèrent successivement la chaire épiscopale.
C'est à cette époque que se place dans l'histoire de Paris
la légende de sainte Geneviève
dont on a fait la patronne de cette ville. Clovis
n'entra dans Paris qu'en 497; il en
fit sa capitale en 508, comme il résulte
d'un texte de Grégoire de Tours
que l'on a bien des fois cité. Les rois mérovingiens
qui se succédèrent à Paris résidèrent,
tantôt dans le palais de Julien, tantôt
dans celui de la Cité, ancien palais proconsulaire. Lors du partage
de 567. Paris fut laissé dans
l'indivision et servit de limite entre plusieurs pagi dont un est le pagus
Parisiacus ou Parisis. Deux abbayes ,
devenues rapidement célèbres, furent fondées sur la
rive gauche, l'une, Saint-Pierre et Saint-Paul, qui s'appela bientôt
Sainte-Geneviève, par Clovis ler,
l'autre, Saint-Vincent, peu après dénommée Saint-Germain-des-Prés ,
par Childebert Ier.
On attribue une assez haute antiquité également à
l'établissement de l'Hôtel-Dieu. Mais Paris qui avait grandi
en même temps que le pouvoir des Mérovingiens participa à
leur décadence; de la fin du VIIe
siècle à celle du IXe
siècle, il est assez délaissé, et, sous
les premiers Carolingiens ,
il n'est souvent que la capitale d'un fief, le comté de Paris. Mais
ses comtes devinrent rois : il n'y eut plus que des vicomtes. Paris eut
à souffrir des ravages des Vikings
en 845, 856
et 861. Le siège qu'ils lui
firent subir en 885-886
est le premier qui soit célèbre.
Le
siège de Paris par les Vikings. - En l'été
885,
les Vikings ,
après avoir saccagé Pontoise, parurent sous Paris
avec 700 barques. Paris couvrait l'île de la Cité, ceinte
d'un rempart de pierres et reliée aux rives par deux ponts défendus,
à l'entrée, par une grosse tour. Siegfried, chef des Vikings,
à l'aspect des fortifications, promit de respecter la ville si on
lui laissait remonter librement la Seine. On refusa et un terrible siège
commença, qui dura jusqu'en octobre 886. Eudes,
comte de Paris, fils de Robert le Fort, organisa
la défense avec l'aide de son frère, Robert, de l'évêque
Gozlin, d'Eble, abbé de Saint-Germain-des-Prés ,
et de plusieurs seigneurs. Les Vikings livrèrent des assauts acharnés,
que l'on repoussa par la hache, l'huile bouillante, la poix. Charles
le Gros parut enfin sur les hauteurs de Montmartre; au lieu de battre
les Vikings, il acheta leur retraite à prix d'or.
Dès le IXe
siècle, les écoles de la cathédrale Notre-Dame
étaient très célèbres. Aussitôt que furent
passés les dangers des invasions normandes, les faubourgs de Paris
se développèrent définitivement.
La deuxième
enceinte.
La date de la deuxième enceinte
est, elle aussi, très incertaine; elle appartient au XIe
ou même au Xe
siècle; on la place parfois vers l'année 1020.
Apellée à délimiter Paris
pendant moins de deux siècles, cette enceinte, dite souvent des
Capétiens ,
se composait de deux demi-cercles partant de l'extrémité
orientale de l'île de la Cité et aboutissant un peu en avant
de l'extrémité occidentale. Mais on en recule parfois aussi
la construction jusqu'au règne de Louis VI,
soit jusqu'au commencement du XIIe
siècle. Ce fut Louis VI qui fondé l'abbaye
de Saint-Victor ,
et l'on sait à quel point Guillaume de Champeaux,
qui professa dans cette abbaye, son disciple Abélard
et leurs successeurs contribuèrent à donner alors à
Paris un éclat littéraire.
Saint-Germain-l'Auxerrois
était de même un foyer d'études. Le prieuré
de Saint-Martin des Champs avait été fondé au siècle
précèdent par le roi Henri Ier.
Paris participe en même temps au mouvement architectural, puisque
sa cathédrale
fut reconstruite vers 1115 et que l'église
actuelle fut commencée sous le règne suivant, en 1163,
grâce à l'initiative de l'évêque Maurice de Sully.
Louis
VI est également le roi qui éleva l'église de
Saint-Jacques la Boucherie .
Les marchands de l'eau de Paris
sont pour la première fois mentionnés dans un document certain
sous le règne du même roi qui leur abandonna un droit de 60
sous levé au moment des vendanges sur chaque bateau chargé
de vins venant à Paris (1121).
L'administration municipale n'était représentée alors
que par des confréries marchandes qui défendaient les intérêts
du peuple. Il y avait déjà un agent du roi qui portait le
nom de prévôt de Paris; le premier qu'on connaisse est Etienne,
prévôt en 1060; on ne
trouve plus alors de vicomtes de Paris, et la prévôté
et la vicomté de Paris apparaissent réunies; l'expression
« prévôté et vicomté » subsista
jusqu'à la fin de l'Ancien
régime; elle s'appliquait à Paris et à
sa banlieue; le prévôt de Paris avait rang de premier bailli.
Sous Louis VII (1170),
la corporation des marchands de Paris ou hanse parisienne obtient la confirmation
de ses privilèges, notamment dit monopole des transports entre Paris
et Mantes et du droit de justice sur les gens qu'elle emploie. C'est lentement,
grâce à la bienveillance qui lui est témoignée
par le roi, que cette corporation se transforme en municipalité.
Paris n'eut cependant jamais de charte communale; il rentre dans le groupe
des villes dites de bourgeoisie.
La troisième
enceinte (1190-1370).
Dans l'histoire de la ville de Paris ,
le nom de Philippe-Auguste est attaché
à plusieurs grands travaux. De 1190
à 1210 pour la rive droite et
de 1211 à 1220
pour la rive gauche, ce roi fit établir une nouvelle enceinte fortifiée
flanquée de 100 tours rondes et percée de 20 portes
ou poternes; partant du château
du Louvre ,
elle englobait l'église actuelle de Saint-Eustache ,
coupait en deux le quartier du Marais, puis la Seine entre l'île
Notre-Dame et l'île aux Vaches, englobait aussi Sainte-Geneviève,
traversait la rue Saint-Jacques
et laissant en dehors l'abbaye
de Saint-Germain des Prés
revenait aboutir en face du Louvre .
Ses tours les plus connues sont la tour Hamelin, dite ensuite tour de Nesle ,
qui était située là où s'élève
l'Institut, et, à l'autre extrémité de la rive gauche,
la Tournelle, On a retrouvé des vestiges de cette enceinte, et il
en subsiste encore des tours, notamment dans une cour du Mont-de-Piété,
dans la cour du Commerce, rue Dauphine et rue Guénégaud.
Paris renfermait au XIIIe
siècle 33 paroisses et 220 rues; il se subdivisait en
Outre-Grand-Pont ou Ville au Nord, Cité au centre, Outre-Petit-Pont
ou Université au Sud. Philippe-Auguste fit commencer les premiers
travaux de pavage, construire des halles ,
ainsi qu'un grand cimetière (celui des Innocents )
et installer des fontaines
publiques ( Les fontaines de Paris ).
En 1204, il fit édifier aux
portes de la ville un château
fort, le Louvre. L'Université
obtint de lui d'être désormais soumise, non plus à
la juridiction du prévôt de Paris, mais à celle de
l'Église .
De nombreux collèges furent fondés dès le XIIIe
siècle. Paris avait déjà une population
d'environ 100 000 habitants).
Sous saint Louis,
la prospérité de la capitale s'accrut encore. De son règne
datent l'édification de la Sainte-Chapelle ,
la fondation de l'hospice des Quinze-Vingts
et des églises
des Franciscains ou Cordeliers et des Dominicains
ou Jacobins, enfin la création de la Sorbonne .
Le remplacement du prévôt-fermier de Paris
par un garde royal de la prévôté ne serait pas une
innovation due, vers 1258, à
saint Louis; la réforme ne consista que dans la suppressionn de
l'affermage. C'est dans les dernières années du même
règne, en 1263, qu'on trouve
la première mention d'un prévôt des marchands, Evreux
de Valenciennes. Ce prévôt, sorte de maire, était assisté
de 4 échevins et de 24 conseillers, tous électifs.
La corporation des marchands de l'eau, qui jouait un rôle commercial
prépondérant, paraît s'être transformée
en municipalité au commencement du XIIIe
siècle, en 1220.
Mais la prévôté des marchands était surtout
alors une juridiction. On possède un recueil de ses sentences remontant
à 1268. Cette juridiction n'était
pas, du reste, uniquement commerciale; le prévôt de Paris
la reconnaissait compétente pour toutes les matières visées
par la coutume de Paris. Enfin les actes de donation pouvaient aussi être
enregistrés par la prévôté. Les intérêts
du pouvoir central étaient représentés auprès
d'elle par un officier appelé clerc ou procureur du roi. En tant
que municipalité, la prévôté s'occupe des fortifications,
des fontaines
et distributions d'eau, des ponts, du pavage, des hôpitaux et des
établissements de bienfaisance. Tandis que le prévôt
ou les prévôts de Paris, car jusqu'à Etienne Boileau
il y en eut souvent deux à la fois, siégeaient au Grand-Châtelet ,
la municipalité de Paris se réunissait dans ce qu'on appelait
le Parloir aux bourgeois. Très vraisemblablement, le premier parloir
municipal fut situé près de Saint-Leufroy et du Châtelet
et ne doit pas être confondu avec la maison de la Marchandise de
la Vallée de Misère, bureau de perception des bourgeois hansés.
Quant à la tour carrée qui, depuis le milieu du XIIIe
siècle sans doute, s'élevait où se trouve
maintenant la rue Soufflot, elle occupait l'emplacement du premier siège
présumé de la hanse parisienne, et elle ne servit tout au
plus que d'annexe au Parloir des bourgeois.
Sous Philippe
le Bel, Paris vit principalement la réunion des premiers Etats
généraux à Notre-Dame ,
le supplice des Templiers
au terre-plein du Pont-Neuf ,
les scandales de l'hôtel de Nesle .
La royauté, en excellents termes avec la municipalité, s'habitue
à compter sur elle pour assurer la marche des services publics et
lui demande des subsides. En constatant combien les habitants de Paris
durent avoir à souffrir de l'administration financière des
rois pendant la première moitié du XIVe
siècle, on s'explique mieux les événements
qui se rattachent à la prévôté d'Étienne
Marcel. A ne considérer que son rôle d'administrateur,
il faut rappeler que ce fameux prévôt fit munir de fossés
et de mâchicoulis les remparts de la rive gauche en 1356
et 1358, qu'il veilla au bon entretien
de la voie publique, prévint les famines et acheta, pour y installer
la municipalité, place de Grève, l'hôtel de Dauphin
ou Maison aux piliers (1357). C'est
pendant sa prévôté qu'on voit apparaître pour
la première fois des quartiniers, cinquanteniers et dizainiers préposés
à l'administration de subdivisions territoriales. Les quartiers
étaient alors sans doute au nombre de huit : Cité, Université,
Grève, Saint-Jacques-la-Boucherie ,
Sainte-Opportune, Saint-Gernaim-l'Auxerrois ,
Saint-André-des-Arts, place Maubert .
Le quatrième
enceinte (1367-XVIe siècle).
Charles V fit
rebâtir en l'agrandissant la partie septentrionale de l'enceinte
fortifiée. Construite entre 1367
et 1383, la nouvelle enceinte englobait
le Louvre
et ajoutait à Paris
le Bourg-l'Abbé, le Temple, le Bourg-Saint-Eloi et une partie du
faubourg Saint-Antoine; il n'en reste qu'un fragment rue de Valois. La
Forteresse construite devant la porte Saint-Antoine fut la Bastille ,
Charles V construisit aussi le couvent des Célestins
et l'hôtel Saint-Paul dont il fit sa résidence de prédilection.
On lui doit de nombreux travaux d'utilité publique, pour lesquels
il fut remarquablement secondé par son prévôt de Paris,
Hugues
Aubriot l'établissement du premier égoût couvert,
de nouveaux ponts, de nouveaux ports. Par suite de la prépondérance
du prévôt du roi, la prévôté des marchands
ne jouait alors qu'un rôle effacé. En 1382,
l'établissement de nouvelles taxes amena la révolte dite
des Maillotins, dont le résultat fut
la disparition des libertés municipales qui, supprimées en
1383,
furent seulement restituées sans doute en 1409,
en fait et légalement en 1412.
Pendant vingt-six ans, la prévôté des marchands fut
tenue en garde par un agent du roi et même, de 1383
à
1389, réunie à
la prévôté de Paris. Peu après la fin de ce
régime, la grande ordonnance de février 1416
codifiait en 700 articles les règlements de la juridiction de la
prévôté des marchands.
L'histoire de Paris ,
au commencement du XVe
siècle, est surtout dans le récit des luttes des
Armagnacs
et des Bourguignons, dans celui des excès
des Cabochiens. Une épidémie
fit un très grand nombre de victimes en 1418.
En 1420, Paris commença à
subir la domination anglaise ( La
Guerre de Cent Ans ).
L'assaut donné par Jeanne d'Arc en 1429
échoua, et Henri VI d'Angleterre
fut couronné roi de France
à Notre-Dame
en 1431. Paris fut reconquis sur les
Anglais en 1436 et Charles
VII y rentra au mois de novembre de l'année suivante. C'est
au palais des Tournelles qu'il s'installa. Une réforme de l'Université
eut lieu sous son règne. Une ordonnance parue en 1450
est relative au mode d'élection du prévôt des marchands,
des échevins et des conseillers. Des lettres de Charles VII, de
1450
également, confirmées par Louis XI
en 1461, mirent fin à des désaccords
qui étaient perpétuels entre la prévôté
des marchands et les marchands de Rouen au sujet de leurs privilèges.
Louis XI est le dernier roi qui fit encore de Paris son séjour ordinaire,
résidant le plus souvent aux Tournelles. L'imprimerie ,
dont il permit l'introduction à Paris en 1470,
ne tarda pas à y prendre un grand développement. Sous Louis
XII, en 1499, les prévôt
et échevins furent pour quelques mois remplacés d'office
par des personnes que désigna le roi, à la suite de l'écroulement
du pont Notre-Dame. |
|