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Dictionnaire
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| Pont-Neuf,
à Paris Le samedi 31 mai 1578, après avoir vu passer le superbe convoi de ses deux mignons, Quélus et Maugiron, tués en duel, le roi Henri III, accompagné de sa mère, Catherine de Médicis, de Louise de Lorraine-Vaudemont, son épouse, et des principaux magistrats de la ville, vint solennellement poser la première pierre du Pont-Neuf. La physionomie du monarque, empreinte d'un profond chagrin, fit dire à des rieurs qui l'observaient que le nouvel édifice serait nommé Pont des Pleurs. Les troubles de la ligue arrêtèrent les travaux; qui ne furent repris qu'en 1602, sous Henri IV. Le 20 juin 1603, le roi voulut y passer, malgré les dangers qui pouvaient en résulter. Le journal de Henri IV rapporte ainsi ce fait : Le vendredi (20 juin 1603), le roi passa du quai des Augustins au LouvreToutes les classes de la population semblaient se donner rendez-vous sur le Pont-Neuf, qui devint bientôt la communication la plus fréquentée et offrit la promenade la plus variée de Paris Près de ce pont, à l'endroit
où se trouvait l'entrée de l'abreuvoir, en face de la rue
Guénégaud, Brioché avait établi son spectacle
de marionnettes. Le poète Berthaud
qui a fait un ouvrage en vers burlesques sur la ville de Paris Rendez-vous des charlatans,La physionomie du Pont-Neuf changea peu sous Louis XIV et sous la régence du duc d'Orléans. Plusieurs gravures qui nous restent de ces époques font assez bien connaître quels étaient les personnages qui le fréquentaient. Sur une ancienne estampe, on voit à
droite un arracheur de dents, entouré de compères qui ont
l'air d'approuver les paroles et les gestes du dentiste orateur. Le malheureux
patient qui tient sa mâchoire dans ses deux mains, nous rappelle
la chétive existence et le triste destin d'un pauvre poète
qui, exténué de faim et sans ressource, allait sur le Pont-Neuf
proposer à un charlatan de se laisser arracher deux dents moyennant
dix sous, avec promesse de déclarer hautement aux assistants qu'il
ne ressentait aucune douleur. Plus loin, on aperçoit deux individus
qui suivent un honnête flâneur; ils attendent le moment favorable
pour le débarrasser de son argent. On nommait ces industriels des
coupe-bourses, parce qu'ils coupaient avec adresse et légèreté
les cordons des bourses que les hommes et les femmes portaient à
leur ceinture. A gauche, on voit, au milieu d'un groupe de badauds, un
homme qui pérore. Son costume et sa tournure annoncent un militaire
gascon : c'est un racoleur. Il paraît dire aux quatre paysans qui
le dévorent des yeux; Mes amis! la soupe, l'entrée, le rôti,
voilà l'ordinaire du régiment; mais je ne vous trompe pas,
le pâté et le vin d'Arbois, voilà l'extraordinaire!
A côté de ce groupe modèle, on voit des jeunes gens
qui se heurtent en riant, en chantant ce sont des étudiants ou clercs.
L'un d'eux achète des comestibles pour toute la bande joyeuse; le
marchand semble chercher du papier pour envelopper sa marchandise; l'un
d'eux prend son livre, en détache quelques feuillets sur lesquels
on lit : Virgilius Maro, et les présente gravement à
l'honnête étalagiste. A l'extrémité orientale
du pont, deux duellistes se battent à outrance; le guet arrive l'arquebuse
au poing, et les met d'accord en les arrêtant l'un et l'autre. Une
nuée de mendiants, parés de leurs infirmités d'emprunt,
et venus de la cour des Miracles, se cramponnent aux portières des
carrosses qui semblent se diriger rapidement vers le Louvre En 1614, on plaça sur ce pont, à
la pointe de l'île de la Cité (square du Vert-Galant), la
statue équestre de Henri IV. Pendant les
troubles qui, en 1788, agitèrent la cour et les parlements, la tête
du Béarnais fut couronnée de fleurs et de rubans. Sa statue,
renversée en 1792, fut, en 1814, rétablie provisoirement
en plâtre. Celle que nous voyons aujourd'hui à été
fondue le 3 octobre 1817, dans les ateliers de Lemot, au faubourg du Roule.
Louis
XVIII posa, le 23 octobre suivant, la première pierre du piédestal,
dans l'intérieur duquel on plaça un magnifique exemplaire
de la Henriade En 1786, par suite de la fermeture de la foire Saint-Germain; cette grande erreur administrative qui centralisa l'industrie sur la rive droite, le Pont-Neuf, qui faisait pour ainsi dire le complément de cette foire, perdit une partie de sa vogue; sa physionomie piquante s'assombrit tout-à-coup et ne put reprendre son ancienne gaîté. Le Pont-Neuf, comme édifice, est
encore aujourd'hui un des plus beaux ponts de Paris En 1775, on fit de grandes réparations au Pont-Neuf, pour abaisser et rétrécir les demi-lunes qui, s'élevant à l'aplomb des piles, laissaient un emplacement vague, ordinairement rempli d'immondices. On y construisit également vingt loges ou boutiques sur les dessins de Soufflot. Dans les années 1820 et 1821, la pente de ce pont fut adoucie. En 1836, 1837 et 1838, l'administration a fait exécuter des travaux de restauration des pieds-droits de sept arches. |
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© Serge Jodra, 2006. - Reproduction interdite.