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Les Cabochiens

On appelle Cabochiens une faction célèbre de Paris sous Charles Vl, qui se constitua de 1411 à 1413 pour obtenir des réformes dans le gouvernement royal et soutenir le parti de Jean sans Peur, le duc de Bourgogne, contre le parti des Armagnacs. Son nom lui vient d'un de ses chefs les plus violents, Simon Lecoustellier dit Caboche. La faction Cabochienne semble s'être formée vers le milieu de 1411. Jean sans Peur cherchait alors de tous côtés des alliés contre les princes Armagnacs. Secondé par Pierre des Essarts, prévôt de Paris, il constitua un parti populaire dans la ville de Paris à l'aide des bouchers et des gens de métier (La Faction des Bourguignons). Les chefs qui entrèrent en relation avec le duc de Bourgogne, furent : l'écorcheur Denis de Chaumont, Simon Caboche, les membres des deux familles de bouchers, Saint-Yon et Legois. D'autres personnages s'unirent encore aux bouchers et formèrent avec eux l'état-major Cabochien : Pierre Cauchon, de l'Université, le carme Eustache de Pavilly, Eustache de Laistre, président de la chambre des comptes, Guillaume Barrault, secrétaire du roi et Marguerite la Boitelle, sa femme, Elyon de Jacqueville, Robert de Mailly et Charles de Lens, chevaliers bourguignons. Ils avaient à Paris une clientèle assurée dans les petits métiers qui dépendaient de la boucherie et en général parmi les artisans; c'est ainsi qu'ils réunirent autour d'eux ces foules compactes qui semblent s'être élevées jusqu'à vingt mille et trente mille personnes. Leur orateur attitré était un vieillard énergique et éloquent, le chirurgien Jean de Troyes.

La faction cabochienne, dès 1412, exerça une influence décisive : elle poursuivit avec acharnement les Armagnacs, elle organisa des milices parisiennes; elle s'empara de la prévôté des marchands et de l'échevinage; elle prit des insignes, le chaperon de drap pers et la croix de Saint-André des Bourguignons. Après le siège de Bourges et la paix d'Auxerre (23 août 1412), sa puissance ne fit que grandir : elle encouragea les États de février 1413 dans leurs remontrances; à la commission de réformes, elle fut représentée par Pierre Cauchon. Mais elle ne sut s'arrêter dans ses succès et dans ses espérances : quelques intransigeants poursuivaient l'extermination des Armagnacs; de plus on en voulait au Dauphin et à ses conseillers de sa vie frivole et désordonnée, qui promettait un roi aussi faible que Charles VI; on craignait encore l'ancien prévôt de Paris, Pierre des Essarts, devenu tout à coup Armagnac, et installé en armes à la Bastille avec l'accord tacite du duc de Guyenne. Ces causes amenèrent des émeutes. La première sédition éclata le 27 avril et dura jusqu'au 29 au matin; il y eut siège et reddition de la Bastille, envahissement de l'hôtel du Dauphin, capture du duc de Bar et de dix-neuf conseillers du duc de Guyenne, emprisonnement de Pierre des Essarts. Les émeutes recommencèrent le 9 mai et se continuèrent le 10 et le 11. La journée la plus troublée fut celle du 22 mai : la foule occupa l'hôtel Saint-Paul; malgré les supplications de la reine et les efforts de Jean sans Peur, Louis de Bavière fut arrêté et avec lui environ trente personnes dont quinze dames d'honneur de la reine. Les factieux forcèrent le roi à approuver leur conduite par lettres patentes.

Pour soutenir leur crédit, les Cabochiens firent publier au parlement en lit de justice, les 26 et 27 mai, l'ordonnance de réforme préparée à la suite des États. Elle réorganisait toute l'administration royale : finances, aides, trésor, gabelle, hôtel du roi, conseil, chancellerie, parlement, chambre des comptes, administration locale de la justice, service des hommes d'armes et des places fortes, eaux et forêts, etc. Les Cabochiens ne surent appliquer la réforme; ils firent seulement changer le personnel des baillis et prévôts. Ils continuèrent leurs agitations dans la rue. Pierre des Essarts et plusieurs autres furent exécutés; un emprunt fut prélevé avec violence. Mais partout la lassitude se faisait sentir. Le duc d'Orléans devenait menaçant. Le roi, ayant recouvré la santé, osa commencer des pourparlers pour une réconciliation générale : un traité fut préparé à Pontoise (juillet 1413). Les Cabochiens, malgré des assurances d'amnistie, se sentant menacés, résistèrent avec énergie. Leur puissance déclinait : quelques bourgeois, conduits par Jean Jouvenel, avec l'aide du parlement et de l'Université, l'appui du roi et du dauphin, organisèrent la délivrance. Le 4 août, la paix fut acceptée à Paris et les prisonniers élargis. Les Cabochiens n'osèrent soutenir une dernière lutte : abandonnés sur la place de Grève par leur clientèle ordinaire, les chefs s'enfuirent et gagnèrent la Bourgogne ou la Flandre. Il y eut aussitôt contre eux une violente réaction; les Armagnacs s'emparèrent de tous les offices ; des emprisonnements, quelques exécutions eurent lieu; le duc de Bourgogne s'enfuit de Paris. Les chefs du parti Cabochien, exceptés de l'abolition du 19 octobre 1413, restèrent auprès de Jean sans Peur. Plus de cent personnes furent bannies de décembre 1413 à juillet 1414. 

Après la paix d'Arras (septembre 1414), il y eut encore quarante-cinq Cabochiens exceptés de tout pardon, malgré les efforts constants du duc en leur faveur. La Grande boucherie de Paris fut démolie en 1416 et perdit ses privilèges. Les anciens Cabochiens, Jean de Troyes, Eustache de Laistre, les Saint-Yon, les Legois, Denis de Chaumont revinrent à Paris en 1418 et, grâce à l'appui de Philippe le Bon, rentrèrent en faveur auprès du roi. Plusieurs parmi eux devinrent plus tard les officiers et les conseillers du roi d'Angleterre pendant l'occupation de Paris (La Guerre de Cent Ans). (A. Coville).

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Dictionnaire biographique
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