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| Halles de Paris
(Ier'arrondissement).
- Les anciennes halles centrales de Paris
ont disparu fin 1969, depuis le transfert de leurs activités à
Rungis, en banlieue parisienne. Avant cela, elles avaient le principal
centre d'approvisionnement de la capitale, et avaient traversé toute
son histoire, presque depuis son origine. A l'époque où l'île
de la Cité était encore tout Paris, on voyait près
de Saint-Germain-le-Viel un établissement nommé le marché
Palu. Aussitôt que les Parisiens eurent franchi le fleuve, la ville
se développa rapidement du côté septentrional et, bientôt,
sur la place de Grève s'éleva un second marché qui
subsista jusqu'au règne de Louis VI, dit
le Gros.
Cette halle d'approvisionnement ne suffisant plus alors à la population parisienne, Louis VI résolut de créer à côté du chemin qui conduisait à l'abbaye de Saint-Denisun établissement beaucoup plus vaste que celui qu'on était forcé d'abandonner. L'emplacement que choisit ce prince faisait partie du territoire nommé les Champeaux (= les petits champs); ce territoire était la propriété du roi, de l'évêque de Paris, du chapitre Sainte-Opportune, du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, de Saint-Denis de la Chartre et de l'évêque de Thérouenne. Dès son avènement à la couronne, Philippe-Auguste s'occupa d'embellir Paris. « Les malades de la prieuré Saint-Ladre, dit Gilles Corrozet, avoient dans ce temps et d'ancienneté acquis le droict de marché et foire publique pour distribuer toutes marchandises, lequel marché se tenoit près de leur maison. Mais le roy ayant faict fermer sa ville de Paris, achepta le droict d'iceux et ordonna qu'il seroit tenu dedans la ville en une grande placé vague nommée Champeaux, auquel lieu furent édifiées maisons, habitations, ouvroirs, boutiques et places publiques, pour y vendre toutes sortes de marchandises, et les tenir et serrer en seureté, et fut appelé ce marché les halles, ou alles de Paris, pour ce que chacun y alloit. »Un accord fut passé entre Philippe-Auguste et Guillaume, évêque de Paris, par lequel l'entière propriété des halles fut acquise par le roi, moyennant une redevance annuelle. Les halles reçurent de nouveaux accroissements sous le règne de Saint-Louis. On y compta trois marchés; deux étaient affectés aux drapiers; le troisième, placé au milieu; servait aux merciers et aux corroyeurs, qui étaient tenus d'acquitter un loyer de 75 livres. En 1263, le roi leur vendit ce marché
pour le prix de 13 deniers parisis de rente et de 12 deniers d'investiture.
Les acquéreurs s'obligèrent en même temps à
faire toutes les réparations et laissèrent au roi et à
ses successeurs la faculté de former à l'endroit qu'ils choisiraient
un nouvel établissement pour les corroyeurs et les merciers. Saint-Louis
traita aussi favorablement les marchands de friperies et leur reconnut
le droit de s'établir aux halles.
Les Halles vues depuis Saint-Eustache, par Félix Benoist (XIXe s.). En 1302, la libéralité de Saint-Louis fut confirmée par une ordonnance du prévôt de Paris, qui règle ainsi la manière dont seraient établies aux halles les vendeuses de lingeries, de friperies, de petits souliers et autres menues marchandises. « Come jadiz il eust une place vuide à Paris, tenant aux murs du cymetière des Innocents, et en ycelle place povres fames lingières, vendeurs de petis sollers, et povres pitéables persones vendeurs de menuls ferperies, avons desclairci et desclaircissons que les dites persones vendront leurs denrées d'ores en avant souz la halle en la fourme qui s'ensuit; c'est assavoir que il i aura iij estauz de petis sollers de la quantité des estauz des lingières et povres pitéables persones par devers champiaus, et non plus, et seront les estauz des baseniers et autres petis sollers par derrière, ateignant du devant dit mur, et les estauz des lingières et povres pitéables persones au devant des estauz des baseniers et des vendeurs de petis sollers. »Dès la fin du XIIIe siècle, les halles avaient pris un immense développement; elles contenaient à cette époque un marché aux tisserands, deux étaux aux foulons, une halle du lin et des chanvres, une pour les toiles, une pour le blé, une des merciers, une halle des chaudronniers, des étaux aux gantiers, aux pelletiers, aux fripiers, aux chaussetiers, aux drapiers, aux tapissiers, aux cordonniers, aux tanneurs. C'était à cette époque un bazar d'une grande étendue et qui renfermait tout ce que la nature et l'industrie pouvaient alors produire. Non seulement il servait à la vente des marchandises de tous genres, mais encore il était fréquenté par les habitants de la banlieue. Des marchands venus même de très
loin y formèrent des établissements fixes; nous mentionnons
les halles de Saint-Denis,
de Lagny « En 1551, dit Gilles Corrozet qui vivait à cette époque, les halles de Paris furent entièrement baillées et rebasties de neuf, et furent dressez, bastis et continuez excellens édifices, hostels et maisons sumptueuses par les bourgeois preneurs des vieilles places et ruynes. »En 1553, on élargit les anciennes voies publiques qui se trouvaient aux abords de cet établissement, et l'on perça de nouvelles communications. Chaque corps de métiers eut, pour ainsi dire, sa rue spécialement affectée à son commerce. Telles furent les rues de la Cordonnerie, des Petite et Grande Friperies, de la Cossonnerie, des Fourreurs, de la Heaumerie, de la Lingerie, de la Chanverrie, de la Tonnellerie, des Potiers-d'Étain, etc. Les halles furent presqu'entièrement entourées d'une galerie couverte dont une partie subsista sous le nom de Piliers des Halles. Les sages règlements des prévôts de Paris contribuèrent aussi à la prospérité de cet établissement. On connaît deux ordonnances, la première
de 1368, la seconde de 1371, suivant lesquelles les marchands étaient
tenus de venir vendre aux halles, le mercredi, le vendredi et le samedi,
sous peine de 40 sous d'amende, et de plus, de ne rien vendre ni étaler
ailleurs, sous peine de payer 10 livres parisis. Ces ordonnances furent
sévèrement exécutées; en effet, nous voyons
en 1410 un drapier condamné à 20 sous parisis d'amende pour
avoir manqué de venir à la halle un samedi; quelques années
après, deux ballots de toiles qui avaient été vendus
hors de la halle, furent confisqués et l'acheteur forcé de
payer une amende de 40 sous parisis.
L'intérieur des Halles, par Max Berthelin (1835). Avant 1789, les halles appartenaient généralement aux seigneurs qui jouissaient de ce qu'on appelait alors les droits de hallage. Lors de l'abolition du régime féodal, la loi du 15-28 mars 1790 décida, dans son article. 19 : « Les droits connus sous le nom de coutume, hallage [...] et généralement tous ceux qui étaient perçus en nature ou en argent, à raison de l'apport ou du dépôt des grains, viandes, bestiaux, poissons et autres denrées et marchandises dans .les foires, marchés, places ou halles, [...] sont supprimés sans indemnité; mais les bâtiments et halles continueront d'appartenir à leurs propriétaires, sauf à eux à s'arranger à l'amiable, soit pour le loyer, soit pour l'aliénation, avec les municipalités des lieux; et les difficultés qui pourront s'élever à ce sujet seront mises à l'arbitrage des assemblées administratives.-»Un décret du 26 mars 1806, porte : « Article 1er. Les halles dont la régie des domaines est en possession seront abandonnées aux communes d'après estimation contradictoire, etc. »En vertu des ces dispositions, tous les marchés de Paris, sauf quelques rares exceptions, sont la propriété de la ville au profit de laquelle se fait la perception des droits de place. -
Le marché des Halles au XIXe s., par Giuseppe Canella. Au fil du temps, les halles ne changèrent pas beaucoup. Sans doute, la halle au blé, brûlée en 1802, fut-elle reconstruite et surmontée d'une coupole en fer en 1811, avant de disparaître lors de la création de la Bourse du commerce; la halle aux cuirs, transférée en 1784 rue Mauconseil, émigra-t-elle, en 1803, rue Censier; sans doute encore, la halle aux draps et toiles, créée en 1786, fut-elle incendiée en 1855 et ne reparut plus. Mais les grandes transformations restaient encore à venir. Elle furent déterminées par le manque de place. L'insuffisance de l'emplacement affecté aux halles avait depuis un demi-siècle, provoqué la sollicitude des gouvernements. Napoléon voulut surtout porter remède à cet état de choses. Il rendit le 24 février 1811 le décret suivant : « Article 36. Il sera construit une grande halle qui occupera tout le terrain de la halle actuelle depuis le marché des Innocents jusqu'à la halle aux farines. - Art. 37. Afin de ne pas gêner les ventes, les démolitions et les travaux commenceront par l'extrémité vers la halle aux farines. - Art. 38. Les plans et les devis de la grande halle, ainsi que l'estimation des terrains et maisons à acquérir, nous seront soumis avant le 1er juin 1811, et les constructions seront terminées à la fin de 1814. »Cette deuxième partie du décret a seule été exécutée, et sur l'emplacement de ces maisons on a construit le marché des Prouvaires. Ainsi, très rapidement, l'insuffisance des halles fixa encore l'attention des administrateurs, et le projet d'agrandir et d'améliorer ces établissements s'imposa une nouvelle fois. Et c'est en 1851 que les halles centrales commencèrent à être édifiées d'après les plans et sous la direction de Victor Baltard. Au début du XXe siècle, leur construction n'était pas encore achevée. Des quatorze pavillons qu'elles devaient comprendre, douze le furent effectivement (numérotés de III à XII). Dix, le furent avant la mort de leur architecte, en 1874 (année où parut également le roman de Zola, Le ventre de Paris, qui situe son action aux Halles); les derniers attendirent 1936 pour être terminés. Le pavillon III, à l'angle Nord-Ouest, vers la rue Vauvilliers et parallèle à l'église Saint-Eustache -
Le Forum des Halles, en 2008. Au centre, le Cylindre à totos de Jofo. © Photo : Serge Jodra, 2008.- En 1969, le marché des Halles fut
fermé et ses activités transférées à
la périphérie de Paris,
en même temps que tout le quartier était l'objet d'un grand
plan de rénovation, qui s'étendait jusqu'à la rue
Beaubourg (avec, notamment, la construction du Centre Georges
Pompidou). Les pavillons dus à Baltard
furent démolis entre 1971 et 1973, les travaux, qui prévoyaient
aussi la construction du grande gare souterraine (RER), laissèrent
une immense excavation, le Trou des halles, qui frappera l'imagination
des Parisiens (et pas seulement d'eux, en 1973, Marco Ferreri y tourna
même un western,
Touche pas à la femme blanche...).
L'emplacement des anciennes halles finit par céder la place à
un centre commercial, à l'Est, le Forum des Halles, inauguré
en 1977, et, encadré par l'église Saint-Eustache |
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