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Pax
romana et autres troubles
Souis l'occupation
romaine, les confédérations subsistèrent, occupées
surtout de leurs fêtes religieuses et attendant que l'administration
romaine les utilisât. Les principales furent celles des Thessaliens ,
des Amphictyons, des Étoliens, des Phocidiens, des Locriens orientaux,
des Béotiens ,
des Eubéens et des Péloponnésiens .
Les Spartiates formèrent un groupe distinct, à côté
des Éleuthérolaconiens qui avaient la moitié de la
Laconie; Sparte ,
Athènes
et probablement Delphes
avaient le privilège de l'immunité. Elles conservaient leur
constitution, avec leurs magistrats : à Sparte les patronomes institués
par Cléomène; à Athènes, les archontes, stratèges,
le grand conseil, l'assemblée, l'Aréopage qui reprit le premier
rang. Délos ,
devenue clérouquie athénienne, hérita du commerce
maritime de Rhodes
et de Corinthe
et devint le grand marché de la mer Égée, marché
d'esclaves où les Romains en amenèrent jusqu'à 100
000 à la fois, après la prise de Carthage
et de Corinthe; les simples trafiquants en amenaient parfois jusqu'à
10 000, vendus en un seul jour. Les pirates, les usuriers romains se livraient
à une véritable chasse à l'homme qui fut une des plus
graves causes de la ruine des pays grecs et de l'extension de l'esclavage.
La sécurité qu'assuraient les anciennes organisations politiques,
les Romains ne s'en préoccupèrent pas.
En face des populations
désarmées et dégénérées, reparut
la piraterie, fléau de l'Archipel. Les Crétois s'y acquirent
une détestable notoriété. Les côtes furent dévastées.
Un soulèvement d'esclaves ruina les mines du Laurion. Polybe
évalue à 6000 talents à peine la valeur totale de
tous les biens meubles et immeubles du Péloponnèse .
Les guerres continuelles de 228
à 168
avaient épuisé le pays; le désordre économique
consommait sa ruine. Une grande partie de la population émigre;
négociants, artisans, médecins, acteurs, professeurs d'escrime,
pédagogues surtout, vont chercher fortune à Rome. Ce courant
d'émigration dura des siècles et justifie tout à fait
le mot d'Horace sur la conquête de l'Italie par les Grecs vaincus.
Mithridate.
Pendant un demi-siècle
les historiens sont muets sur la Grèce continentale; nul événement
ne s'y accomplit qui mérite d'être rappelé. La suppression
du royaume de Pergame
met sous l'autorité directe de Rome
les Grecs d'Asie, qui, plus riches que leurs frères, furent écrasés
d'impôts et victimes d'exactions terribles. La paix romaine fut rompue
au Ier
siècle et Rome se vit menacée
dans les territoires helléniques d'Asie et d'Europe par un redoutable
adversaire, le roi de Pont, Mithridate.
La plupart des Grecs d'Asie se rallièrent à lui dès
ses premiers succès et beaucoup prirent part au massacre général
des Italiens; seuls les Rhodiens lui résistèrent. Dans l'Hellade,
le parti populaire releva la tête. A Athènes, le philosophe
Aristion,
décida le peuple à se rallier au roi qui se posait en libérateur
des Hellènes. La démocratie fut rétablie dans toute
son étendue, les amis de Rome persécutés et mis à
mort. Il est vrai qu'un détachement envoyé par Aristion pour
s'emparer de Délos fut exterminé, mais l'escadre de Mithridate
le vengea par la destruction totale de la ville. Les Cyclades, l'Eubée
furent conquises par les généraux du roi de Pont, Métrophane
et Archélaüs. Thèbes
seule resta fidèle aux Romains; les contingents du Péloponnèse
décidèrent la défaite du légat romain Bruttius
Sura devant Thèbes. Les choses changèrent à l'arrivée
de Sylla (Sulla); presque tous les Grecs se rallièrent ou se soumirent;
les trésors des temples furent saisis par Sylla pour payer les frais
de la campagne. Le siège d'Athènes et du Pirée défendu
par Archelaus l'arrêta longtemps (87-86).
Athènes fut prise d'assaut et les défenseurs de l'Acropole
obligés de se rendre faute d'eau. Le Pirée fut ensuite pris
et détruit. L'armée asiatique, qui avait achevé la
conquête de la Macédoine, fut détruite à Chéronée .
Les Athéniens furent sévèrement châtiés
et replacés sous le gouvernement oligarchique.
La victoire d'Orchomène termina la guerre en Hellade. Les Grecs
d'Asie, déjà las de la tyrannie de Mithridate, bien qu'il
s'appuyât sur les prolétaires, se déclaraient pour
Rome, jugeant sa souveraineté encore préférable à
celle du Barbare hellénisé. Ils n'en furent pas moins durement
punis après la paix, à l'exception des cités fidèles,
Ilion, Chios ,
Magnésie et Rhodes. Ainsi finit la dernière guerre qui ait
mis en cause la domination des Romains sur la Grèce d'Asie et d'Europe
(84).
Quand Sylla
repassa par la Grèce, il se montra clément; de nombreux bataillons
macédoniens et péloponnésiens
l'accompagnèrent en Italie pour y combattre les démocrates.
Un corps d'occupation romain resta dans la péninsule. Celle-ci avait
énormément souffert, surtout la Thessalie ,
la Béotie
et l'Attique .
Thèbes
était dépeuplée et ne se releva pas; ce n'était,
deux siècles plus tard, qu'un petit hameau; la plupart des villes
de Phocide, de Béotie, restaient désertes; Délos également
et plusieurs des îles. L'importance économique conservée
par Athènes disparut. Les cinquante années qui suivirent
furent des années de décadence, les plus lamentables qu'ait
connues la Grèce avant les désastres du IIIe
siècle de l'ère chrétienne.
Les cités asiatiques furent la proie des usuriers à un degré
inimaginable. La province d'Asie, frappée d'une énorme
contribution de 20 000 talents par Sylla, se trouvait quatorze ans après
dans cette situation d'en avoir payé 40 000 et d'avoir vu le total
des dettes monter à 120 000. Elle n'eut même pas la paix pour
se relever; Mithridate
la rompit en 74
et ses corsaires dévastèrent les côtes, ses armées,
les cantons du Nord. La piraterie aggravait et généralisait
les maux de la guerre; organisés en une véritable puissance
sur le littoral méridional de l'Asie Mineure, à Crète
et à Chypre ,
les pirates étaient maîtres de la mer. Les temples furent
dépouillés les uns après les autres, les villes les
plus considérables pillées ou rançonnées (Cnide ,
Colophon ,
Samos ,
Samothrace ,
etc.). Il fallut plusieurs années à Metellus (68-66)
pour venir à bout des Crétois qu'il traita avec la plus grande
cruauté. L'île dépeuplée par ses massacres ne
se releva jamais. Elle fut annexée à la province de Macédoine,
puis organisée en province romaine séparée (59)
et bientôt réunie à la Cyrénaïque .
Cette conquête assujettit la dernière portion de Grèce
qui fût restée indépendante. La conquête de la
Cyrénaïque
(vers 74),
des villes de la côte orientale de Thrace (72)
et de l'île de Chypre (58)
complétèrent la subordination des Hellènes aux Romains.
La répression de la piraterie était d'ailleurs un grand bienfait
pour les Grecs. Quelques milliers de pirates furent employés par
Pompée
à repeupler la cité achéenne, Dyme, complètement
déserte. Bien des pertes étaient irréparables, observe
Finlay, car les fondements de la prospérité publique étaient
ruinés, et il était dès lors impossible d'économiser
sur la consommation annuelle des habitants ce qu'il eût fallu pour
remplacer le capital accumulé pendant des siècles et anéanti.
Dans certains cas, la fortune des villes ne suffisait plus pour tenir en
état les édifices publics existants. Les ravages de la guerre
tarissaient pour longtemps les ressources du pays, car, dans un pays comme
la Grèce, il faut le travail de plusieurs années, les économies
accumulées de générations entières pour mettre
d'arides terres calcaires en état de fournir d'abondantes moissons,
pour couvrir d'oliviers et de figuiers, pour construire des citernes et
des canaux d'irrigation. La piraterie avait dépeuplé les
côtes; à intérieur, les exploitations serviles et les
grands pâturages s'étendaient, le nombre des personnes libres
décroissait. Les exactions des gouverneurs romains aggravaient le
mal; le vol des objets d'art était particulièrement sensible
à l'amour-propre des Grecs. Le fameux Verrès passa par l'Achaïe
et l'Ionie
avant de saccager la Sicile. Pison rançonna de toutes les manières
les cités grecques, imposant des amendes arbitraires, vendant aux
débiteurs le droit de ne pas payer leurs dettes, accaparant le blé
et le revendant à son profit, etc.
L'arrogance des nobles
Romains qui passaient ou s'installaient était invraisemblable; ils
agissaient en maîtres. Par compensation, des touristes venaient visiter
les lieux fameux ou faire une saison balnéaire à Epidaure,
Anticyre, Aedipsos (Eubée); les étudiants romains affluaient
aux écoles d'Apollonie ,
et surtout de Rhodes et d'Athènes. La ville de Périclès
dut un regain de splendeur à cette nouvelle industrie. Les fils
de l'aristocratie romaine dépensaient largement, à en juger
par la pension du fils de Cicéron. Athènes
devint et resta pendant un siècle une ville universitaire. Les rois
hellénistiques de l'Orient, les Ptolémées,
les
Attales de Pergame ,
même les Ariobarzanes de Cappadoce
et les Hérodes de Judée se faisaient gloire de lui prodiguer
des cadeaux, d'y élever des monuments qui associaient leur nom à
celui des grands hommes d'autrefois. Le droit de cité athénien
était très recherché et se vendait un bon prix. Les
autres villes vivaient aussi de leur mieux par l'exploitation de leur passé.
A défaut de la politique, les fêtes, les exercices athlétiques
étaient devenus la grande préoccupation. Les jeux Olympiques
conservaient leur vogue. La Grèce s'endormait dans une existence
tranquille.
Changement de
régime à Rome.
Elle en fut tirée
par les guerres civiles où sombra la république romaine.
Ces guerres qui durèrent vingt années (49-30
av. J.-C.) furent faites avec les ressources militaires et financières
des provinces ou des protectorats dont disposaient les chefs de parti.
Les vassaux de Rome y eurent donc un très grand rôle. La péninsule
gréco-macédonienne fut le principal théâtre
de ces guerres; elle vit les trois engagements décisifs (Pharsale,
Philippes, Actium )
et par malchance elle fut chaque fois du parti du vaincu. Les oligarchies
gouvernantes embrassèrent naturellement la cause de Pompée;
de toutes les contrées grecques, des milices ou des mercenaires
vinrent grossir son armée, compléter ses légions ou
former des corps auxiliaires; à sa flotte, malgré son dévouement,
Athènes ne put donner que trois navires. Les Epirotes, au contraire,
accueillirent
César avec enthousiasme; les
Etoliens suivirent leur exemple, et le pays entre les Thermopyles
et l'Isthme se soumit volontiers, à l'exception d'Athènes.
Mais, dans la Thessalie
et dans le Péloponnèse
où le parti démocratique était plus faible, on resta
pompéien. Après la bataille de Pharsale, où les contingents
grecs firent piètre figure, Mégare
seule résista encore : prise d'assaut, elle eut le sort de Corinthe .
Cette guerre de deux ans accrut la désolation du pays. César
se préoccupant de le relever y fonda une nouvelle Corinthe. Après
le meurtre du dictateur, Brutus fut acclamé
à Athènes comme tyrannicide; sa statue et celle de Cassius
furent placées près de celles d'Harmodius et d'Aristogiton.
La Grèce entière reconnut son autorité; Rhodes qui
résista fut saccagée par Cassius. Les Hellènes étaient
nombreux dans l'armée républicaine, à côté
des Macédoniens. L'armée des triumvirs comptait 2000 Lacédémoniens.
Après la victoire, Antoine se montra très aimable, mais demanda
d'énormes contributions décuplées par les vols de
ses lieutenants. Les douze années de sa domination furent désastreuses
pour les Grecs d'Asie et d'Europe ; de la province d'Asie il tira 200 000
talents en un an. Quand le Péloponnèse fut cédé
à Sextus Pompée, Antoine eut soin de l'épuiser à
fond; il finit d'ailleurs par le garder. Au moment de la lutte dernière,
c'est en Grèce que s'assembla l'immense armée d'Antoine.
Les Spartiates et les Mantinéens se déclarèrent seuls
pour Octave. Au lendemain de la bataille d'Actium,
la situation de la Grèce était désespérée.
Strabon
en a fait le tableau lamentable. Dans l'Epire
on voyait plus de ruines que de lieux habités; les terres du haut
bassin de l'Achéloos n'étaient plus cultivées; les
Athamanes avaient disparu; l'Acarnanie, l'Etolie étaient vides;
en Thessalie, Larissa et Démétriade ,
en Béotie ,
Thespies et Tanagra ,
étaient les seules villes dignes de ce nom; Mégalopolis n'était
plus qu'une bourgade; la plupart des villes d'Arcadie étaient
abandonnées; les îles de la mer Egée étaient
désertes et incultes et servaient de lieu de relégation.
La Messénie,
la Laconie, le Nord-Est du Péloponnèse
et les îles Ioniennes conservaient seules une certaine prospérité.
Octave fut conscient des risques de rébellion que cette misère
pouvait engendrer et ouvrit à la population affamée les magasins
où étaient accumulés les approvisionnements militaires.
Reprenant le plan de César, il s'appliqua au relèvement des
provinces et en premier lieu de la Grèce.
La
Grèce sous l'Empire
Vie de province.
L'empire romain
se signala par une organisation nouvelle; on vit naître des institutions
qui réglèrent la vie hellénique durant des siècles.
Un ordre de choses nouveau commençait. Des éléments
nouveaux furent introduits en Grèce par la fondation de trois grandes
colonies romaines, Nicopolis, Patras et Corinthe ;
dans chacune, à côté des colons italiens, on obligea
les habitants des cités voisines à s'établir; ceux
d'Ambracie ,
d'Amphilochie, de Leucade ,
Anactorion, Calydon, de l'Acarnanie
et de l'Etolie presque entière furent réunis à Nicopolis
qui reçut la moitié du sol de l'Acarnanie; ceux de l'Achaïe
occidentale (Dymé, Olénos, Pharae, Tritaea, Rhypès,
etc.) à Patras qui fut dotée d'un vaste territoire (Achaïe
occidentale, Etolie maritime, Locride Ozolienne, moins Amphissa ).
Dans la nouvelle Corinthe les Italiens furent plus nombreux que les Hellènes.
Ces trois cités devinrent les plus importantes de la Grèce.
Sparte ,
que le souverain tenait en haute estime, fut dotée de cantons messéniens,
de l'île de Cythère ;
mais les vingt-quatre communes des Eleuthérolaconiens restèrent
une confédération indépendante. La situation politique
de la Grèce fut fixée de la manière suivante. Elle
fut séparée de la Macédoine. Les Grecs de Cyrène
et de Crète formaient une province; ceux de Rhodes restaient libres;
ceux de l'Asie et des îles étaient incorporés à
la province d'Asie ou à celle de Bithynie .
La Grèce proprement dite forma la province sénatoriale d'Achaïe,
administrée par un gouverneur sénatorial annuel, c.-à-d.
par un proconsul aidé d'un légat et d'un questeur. Elle commençait
à l'Olympe et aux monts Acrocérauniens, comprenant l'Epire
et la Thessalie ,
et, de plus, les îles de la mer Egée et les îles Ioniennes.
Plus tard, ces frontières furent modifiées; la Thessalie
et l'Epire (y compris l'Acarnanie et les îles Ioniennes) furent détachées
à la fin du Ier
siècle. La capitale de l'Achaïe
était Corinthe. Quelques cités seulement gardèrent
leur « liberté » nominale : Athènes, Sparte,
les Eleuthérolaconiens, Elatée, Abae, Delphes ,
Thespies, Tanagra ,
Amphissa, Pharsale, Egine, Corcyre ,
Céphalonie ,
Zacynthe, et les trois nouvelles colonies qui jouissaient de faveurs spéciales.
La condition des
Grecs fut celle des provinciaux, administration et justice romaine; cependant
on laissa aux cités leurs constitutions municipales; le conseil
des amphictyons fut rajeuni; on institua comme dans d'autres provinces
une diète générale (koïnon) qui siègeait
à Argos .
La passion des titres et des honneurs reçut ample satisfaction.
Pendant trois siècles, la Grèce jouit des bienfaits de la
paix. C'est alors qu'on vit à quel point elle était épuisée
et son peuple usé. Tandis que la province d'Asie se relevait promptement
et devenait un des pays les plus riches de l'Empire, l'Achaïe ne réparait
que lentement ses pertes et ne retrouvait ni sa prospérité
agricole, ni son activité industrielle ou commerciale. Les chevaux
de Thessalie ,
d'Etolie, d'Acarnanie ,
d'Argos
et d'Epidaure ,
les vins de Lesbos ,
Samos ,
Chios ,
le miel de l'Hymette, les marbres de l'Hymette, du Pentélique, du
Taygète, du Ténare, de Paros, de Thasos, de Caryste et de
Sayros, les porphyres de Laconie, n'alimentèrent qu'un commerce
médiocre; celui des objets d'art avait une grande importance; l'exploitation
des touristes fut aussi une ressource précieuse, compensant un peu
les exportations de capitaux par les tributs payés à Rome.
Les écoles d'Athènes avaient décliné devant
la concurrence de celles d'Alexandrie ,
de Tyr, d'Antioche ,
de Tarse, de Rhodes, de Mytilène ,
de Smyrne, d'Ephèse ,
de Byzance ,
de Naples ,
de Marseille .
Elles ne reprirent tout leur éclat qu'au IIe
sièce. Athènes ,
Sparte ,
Tégée et Argos étaient des villes de troisième
ordre, sensiblement inférieures aux trois cités nouvelles,
Corinthe ,
Patras et Nicopolis. La décadence de la population urbaine était
aussi grave que celle de la population rurale, et dans l'Empire la vieille
terre des Hellènes n'eut aucun rôle politique et économique.
Les trois siècles
de paix romaine s'écoulèrent obscurément; les moeurs
romaines s'implantaient, apportées par des immigrants relativement
nombreux ; les noms romains se répandent même parmi les indigènes.
La tradition des glorieux ancêtres se perdait et aucun lien moral
ne leur rattachait plus la population de leurs héritiers.
Embellie passagère.
Les grands faits
de cette période sont, en dehors des jeux Olympiques ,
Isthmiques ,
Pythiques auxquels s'ajoutèrent les jeux Actiaques, les visites
d'empereurs. On sait voyage artistique de Néron
qui vint recueillir 1800 couronnes et récompensa les Hellènes
de leurs adulations en leur rendant leur liberté, ce qui avait l'avantage
positif les affranchir du tribut; Néron fit aussi commencer le percement
de l'isthme de Corinthe. L'économe Vespasien
révoqua la liberté octroyée par Néron et en
priva même Rhodes, Samos
et Byzance, qui l'avaien gardée jusqu'alors et la recouvrèrent
après lui. La visite d'Hadrien apporta
des bienfaits réels et durables. Jusqu'alors la Grèce était
restée dans une situation peu enviable. Le tableau qu'en trace Plutarque
montre qu'au début du IIe
siècle elle était encore
bien misérable. Hors les sept villes que nous avons nommées,
plusieurs régions s'étaient encore appauvries depuis Auguste,
l'Eubée par exemple; les brebis paissaient sur le marché
de Chalcis ,
le gymnase était devenu un champ labouré; la Béotie
orientale était déserte. Quelques grands propriétaires,
quelques dizaines de milliers de prolétaires affluant dans les villes
et dix fois plus d'esclaves, dans les campagnes surtout; à peine
deux ou trois mille familles représentant la classe moyenne des
bourgeois ou petits propriétaires qui avait fait la force des cités
grecques et fourni encore à Philopoemen des armées dix fois
plus nombreuses que n'en eût pu équiper la Grèce de
Plutarque. Les nouvelles industries (ver à soie, raisins de Corinthe),
qui enrichirent la Grèce byzantine, étaient encore inconnues.
Les cités avaient à peine fini de payer les dettes contractées
au
temps de Sylla et d'Antoine. Le luxe et les prodigalités insensées
des riches soulignaient la détresse générale. Le goût
des Méridionaux pour le clinquant, la pompeuse rhétorique
dont ils masquaient leur gêne leur faisaient une vie factice. Ils
souffraient des grands maux économiques de l'Empire, la disparition
des hommes libres et de la petite propriété, l'avilissement
des prix par la cherté croissante des métaux précieux.
L'administration romaine négligeant la sécurité publique,
les brigands se multipliaient dans ce pays montagneux.
Hadrien
remédia à beaucoup des maux de la Grèce, et de son
règne date une nouvelle époque de prospérité.
Il adorait la Grèce et la visita souvent, faisant remise des impôts
arriérés, construisant des aqueducs, des ponts, des temples,
surtout à Corinthe et à Athènes ,
et où il édifia une ville nouvelle. L'ouvrage de Pausanias
permet de juger de l'étendue des progrès accomplis à
la fin du IIe
siècle ap. J.-C. L'Attique ,
le Nord et l'Ouest de la Béotie ,
toute la vallée du Céphise
sont prospères, l'Arcadie
méridionale est encore désolée, mais le reste du Péloponnèse
compte une foule de villes et de bourgs florissants. L'université
d'Athènes avait repris tout son éclat.
Cette situation favorable
se maintint pendant la première moitié du IIIe
siècle. Alors survint la terrible
crise monétaire qui ruina l'Empire; les pièces d'argent ne
renferment plus que 5% de métal fin à partir de 256; parfois
seulement 0,5%. Le drainage des métaux précieux par l'étranger,
l'Inde
surtout, la falsification des monnaies par les empereurs provoquèrent
une crise sans précédent dans le monde antique. A ce moment,
trente années de guerres civiles et d'invasions mirent l'Empire
à deux doigts de sa perte.
La fin de l'hellénisme
antique.
La Grèce,
si longtemps couverte par la Macédoine et les provinces danubiennes,
fut envahie par les Goths; les guerres serviles se renouvelèrent,
apportant aux Barbares un concours redoutable. Les Goths et les Hérules,
embarqués sur mer, pillèrent les côtes et îles
de l'Archipel et s'avancèrent dans les terres sans rencontrer de
résistance. Sparte, Argos, Corinthe furent incendiées, Athènes
rançonnée et pillée; la population des campagnes égorgée
ou emmenée en masse. La dépression économique ne permit
pas de réparer ces désastres, et la décadence de la
Grèce fut rapide. Elle fut toutefois enrayée par Dioclétien
et Constantin, les restaurateurs de l'Empire.
Constantin était l'ami des Grecs et dans le Bas-Empire les éléments
helléniques devinrent prépondérants. La fondation
de Constantinople
eut cependant pour effet le dépeuplement de nombreuses cités
et îles à son profit et la spoliation d'une quantité
d'oeuvres d'art. Mais entre le gouvernement nouveau et la vieille Hellade
se manifesta un dissentiment profond. L'Hellade restait fidèle à
ses dieux et ne voulait pas adopter le christianisme .
Les communautés chrétiennes étaient encore peu nombreuses
au IIe siècle; même après l'édit de tolérance,
la masse de la population resta fidèle aux anciens dieux. L'université
d'Athènes fut le dernier foyer de la philosophie
païenne. Julien, restaurateur du paganisme, fut regardé comme
le bienfaiteur de la Grèce. L'adoption par les classes dirigeantes
de la religion nouvelle fut marqué par de violentes persécutions,
surtout au temps de Théodose; les temples
antiques d'Helios ,
d'Artemis ,
d'Aphrodite
furent transformés en hôpitaux, en maisons de jeu, en maisons
de prostitution. Les jeux Olympiques
furent interdits. C'était la fin de l'hellénisme antique
: il fait place à la civilisation byzantine. Mais il ne lui fut
pas donné de descendre paisiblement au tombeau. Il fut noyé
dans le sang par une nouvelle invasion, celle des Wisigoths d'Alaric.
Les villes furent presque toutes détruites, les temples démolis,
les habitants égorgés ou emmenés en esclavage. A partir
de ce moment se perd la trace de la plupart des chefs-d'oeuvre de l'ancienne
Grèce (396).
Athènes seule avait été épargnée. Son
université ne fut fermée que par Justinien
(529).
La culture antique n'était plus qu'un souvenir. (A.-M.
Berthelot). |