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Le Neveu de
Rameau, par Diderot. - Ce livre étrange,
qui tient de la satire et du roman ,
sous la forme d'un dialogue philosophique, fut composé par Diderot
vers 1762, revu sans doute en 1773, mais non publié. Il ne fut connu
qu'en 1805, par une traduction allemande de Goethe.
En 1821, Brière le retraduisit en français. Le texte original
n'a été restitué d'après le manuscrit qu'en
1891 par Monval, dans la Bibliothèque elzévirienne.
Le Neveu de Rameau, intitulé
satire, contient de très vives attaques contre le musicien Rameau,
Palissot, Piron, l'abbé de La Porte, d'Olivet, Batteux et tous les
ennemis de Diderot. Cette partie de l'oeuvre
a vieilli. Mais le roman, ou plutôt le portrait de moeurs que l'auteur
nous présente, est d'une verve et d'une couleur incomparables. Ce
neveu de Rameau, que Diderot nous dit avoir rencontré certain jour
au café de la Régence, est un personnage bien réel.
Mercier
et Cazotte nous ont peint aussi ce bohème
débraillé, ce parasite éhonté, ce philosophe
cynique. Mais Diderot en a fait un type inoubliable, une caricature énorme,
débordante de vie.
Glorieux de ses vices, naïvement impudique,
abject sans être méchant, ce misérable avait conservé
un sentiment qui, parfois, transfigurait sa laideur physique et morale
: il aimait son art, l'art des Rameau, d'une passion ardente; c'étaient
alors des accès de fureur inspirée, un délire de notes
et d'harmonies, une crise informe de génie. Diderot nous le montre,
dans son dialogue effréné, entre-choquant avec fracas toutes
les opinions et tous les préjugés du temps. Mais la plus
grande originalité de ce livre est dans le style, dans le déchaînement
de sons et d'images où s'est complu le grand manieur de mots qu'était
Diderot. (NLI). |
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