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| Le
Moyen Âge
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| La cinquième croisade,
entreprise sous le pontificat d'Honorius III
(1217-1221),
eut pour chefs Jean de Brienne, roi titulaire
de Jérusalem La sixième croisade, de 1228 à 1229, fut accomplie sous le pontificat de Grégoire IX, par l'empereur Frédéric II. Le sultan Mélédin lui céda Jérusalem sans combat. Les deux dernières croisades furent entreprises par Saint Louis (Louis IX), roi de France : l'une, de 1248 à 1254, sous le pontificat d'Innocent IV; l'autre, de 1268 à 1270, sous le pontificat de Clément IV : La septième croisade fut
dirigée contre l'Égypte : le roi de France prit Damiette,
et remporta même un avantage à la Massoure (1250);
mais, la peste s'étant mise dans son armée ( Dans la huitième croisade
(1270), Saint
Louis était accompagné de ses 3 fils et du prince Édouard
d'Angleterre; il se dirigea sur Tunis,
espérant, disent quelques historiens, convertir le maître
de cette ville, Mohammed Mostanser; mais, à peine arrivé
sous les murs de Tunis, il fut enlevé par une maladie contagieuse.
Charles
d'Anjou |
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| La
Quatrième croisade
Richard
Coeur de Lion, Philippe-Auguste
ne pouvaient plus servir de chefs à la future expédition,
à laquelle les papes comptaient bien décider encore l'Europe.
Le jeune empereur Henri VI semblait désigné
pour ce rôle. Dès 1194,
ce prince commence à s'occuper d'une nouvelle croisade; maître
de l'Italie méridionale et de la Sicile, premier souverain de l'Europe,
il rêve de délivrer Jérusalem
et de soumettre à son influence l'empire d'Orient en pleine décadence
et déchiré par des révolutions intérieures.
Le moment semble propice; Salah-eddin est mort à Damas le 3 mars
1193,
et son empire a été partagé entre ses fils. Leur oncle,
El Almelik-Aladil, va, il est vrai, reconstituer à son profit l'empire
des Eyoubites, mais il est tout occupé à déposséder
ses neveux et par suite impuissant. D'autre part, Henri de Champagne La mort de Henri VI changeait complètement
la situation; son frère le remplace en Allemagne, son fils, le jeune
Frédéric, à Palerme, et la direction de la guerre
sainte revient tout naturellement à la papauté. Vers le même
temps, Innocent III succède à
Célestin
III (1198). Le nouveau pontife
allait se vouer à la restauration de la domination chrétienne
en Orient et au rétablissement de l'unité catholique en Europe.
A la requête du roi d'Arménie, Léon, qui travaille
à l'union de son Église avec celle de Rome,
il se décide à faire prêcher une nouvelle croisade.
En Allemagne, Martin, abbé de Pairis; en France, le célèbre
Foulques de Neuilly Quel allait être l'objectif de la nouvelle croisade? Les renseignements fournis au saint-siège par les chrétiens d'Orient désignaient l'Égypte comme le centre de la puissance des Eyoubites; c'était donc là qu'il fallait frapper pour délivrer Jérusalem et la Syrie. On a attribué à Innocent III ce plan de campagne; le fait a été contesté, peut-être à tort. Quoi qu'il en soit, pour aller en Égypte, il fallait des vaisseaux, et, de toutes les républiques italiennes, Venise était la seule capable d'en fournir une quantité suffisante. Le choix de cette république, il est vrai, ne plaisait guère au pape. Les Vénitiens, grands commerçants, préféraient à tout leurs intérêts de commerce; ils avaient protesté quand, en 1198, le pape avait de nouveau interdit aux chrétiens toutes relations avec les infidèles, et le pape avait dû se rendre à leurs remontrances et n'interdire que le trafic des armes et des munitions de guerre. Leur demander de conduire les croisés en Égypte, c'était leur demander de ruiner leur propre commerce dans la Méditerranée orientale, d'exposer au pillage leurs comptoirs, à la mort leurs correspondants et leurs amis. Mais les Vénitiens étaient
trop prudents pour répondre par un refus précis et motivé
aux sollicitations des ambassadeurs de l'armée de la croix; le doge,
Enrico
Dandolo, politique fin et sagace, reçut magnifiquement ces envoyés,
parmi lesquels figurait Villehardouin,
et leur promit le concours de la République. Moyennant une somme
assez considérable, 85 000 marcs d'argent, elle s'engage à
transporter en Orient 4500 chevaliers, 9000 écuyers et 20 000 fantassins,
avec vivres, chevaux et bagages. Le payement devait se faire en quatre
termes, échelonnés jusqu'à la fin d'avril 1202.
Venise
devait en outre ajouter elle-même à l'expédition 50
vaisseaux de guerre (février 1201).
Il était convenu, dit Villehardouin, que l'expédition aurait
le Caire
pour objectif, mais que seuls les chefs seraient dans le secret; au vulgaire,
on parlerait de l'Orient en termes vagues. Le traité fut approuvé
par les croisés à l'assemblée de Corbie Beaucoup de gens ont cru et écrit
dès le XIIIe
siècle (Ernoul par exemple), quelques érudits
ont soutenu plus tard, que les Vénitiens n'avaient jamais eu l'intention
d'exécuter le pacte de mai 1201
et de conduire les croisés en Égypte. Ernoul affirme même
qu'Almelik aurait signé à cet effet un traité avec
la puissante république, et plusieurs historiens ont cru retrouver
ce traité. Mais sur ce dernier point on s'est trompé; le
traité allégué est postérieur à la croisade
et pourrait tout au plus passer pour le prix des services rendus. Toutefois,
il faut bien l'avouer, il paraît difficile d'adopter la version de
Villehardouin
sur les causes du changement de direction de la croisade, et il semble
qu'en cette affaire le maréchal de Champagne Si, entreprise pour combattre l'Égypte,
l'expédition aboutit à la prise de Constantinople
et à la destruction de l'empire grec, il faut voir, semble-t-il,
dans ce changement de route, le résultat des intrigues de Philippe
de Souabe Philippe de
Souabe Les termes fixés pour le payement
étaient passés, les princes croisés ne trouvaient
pas à emprunter un denier dans les banques vénitiennes, que
peut-être la Seigneurie leur avait fermées. C'est alors qu'apparaissent
les effets des intrigues de Philippe de Souabe Alexis Angelos arrive alors dans le camp et propose aux chefs de les conduire à Constantinople; il leur fait les promesses les plus brillantes. Pour prévenir toute résistance de la part du pape, Boniface et le jeune prince ont été trouver Innocent III à Rome, lui ont fait espérer l'union des deux Églises grecque et latine, l'ont en somme compromis. Il n'a pas autorisé l'expédition contre Constantinople, il l'a même interdite, mais en réservant sa décision définitive. Boniface, qui cependant a obtenu l'adhésion de Dandolo, entraîne celle des évêques et des chefs militaires de l'expédition. Le pacte de Zara est conclu (avril 1203); un certain nombre de croisés de distinction, dont Simon de Montfort et l'abbé Gui des Vaux de Cernay, quittent, il est vrai, l'armée, écoeurés de toutes ces intrigues; la masse, plus désireuse de courir les aventures que d'accomplir son voeu, suit l'impulsion donnée. Pour sauver les apparences, on envoie demander à Rome la levée de l'excommunication et une approbation qui, on le sait d'avance, sera refusée. La suite des événements est connue et ne rentre pas dans le cadre de cet article. En mai 1203, Dandolo conduit la flotte à Dyrrachium, puis de là devant Constantinople. Alexis III, qui a prévu le péril, mais qui n'a rien fait pour le prévenir, s'enfuit honteusement (17-18 juillet); les croisés entrent dans la ville, rétablissent le misérable Isaac, lui donnent pour collègue son fils Alexis et réclament à celui-ci les sommes promises. L'armée pouvait encore repartir pour la Terre sainte. Alexis IV tergiverse, il perd le temps en négociations, ne sachant comment se délivrer de ses redoutables auxiliaires; il ne peut ni tenir ses promesses, ni se passer d'eux. En janvier 1204, il est renversé par Alexis Ducas Murzuphle. Les Latins reprennent alors la guerre pour leur propre compte; Constantinople est prise et pillée le 25 avril, et l'empire grec partagé entre les confédérés. Cette fois, les intrigues politiques avaient été assez fortes pour faire échouer la croisade; Innocent III dut accepter les faits accomplis; il ne pouvait refuser son approbation à l'union des deux Églises, qui comblait l'un de ses voeux les plus chers. Il eut le tort, et ce tort fut partagé par ses successeurs, de ne pas comprendre que le temps des grandes expéditions religieuses était passé. La papauté pourra encore décider un prince, tel que saint Louis, à passer en Orient ; les chevaliers et le peuple ne suivront qu'avec répugnance l'impulsion donnée. La société civile, qui cependant s'est organisée, est trop préoccupée de ses intérêts temporels pour songer à la délivrance de la Terre sainte. |
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Le fait daterait de l'an 1212; il est rapporté avec grands détails par Albéric de Trois-Fontaines (ainsi que par Mathieu Pâris et par une Histoire de l'abbaye de Sens, notamment), mais il paraît tellement singulier que quelques historiens l'ont révoqué en doute. L'opinion actuelle est plutôt qu'il y a eu méprise sur le sens donné au mot "enfant", liée à une erreur de traduction du mot puer, qui sans doute signifie enfant en latin, mais que les auteurs médiévaux - selon des historiens contemporains tels que Georges Duby ou Philippe Ariès - appliquaient aussi à une frange de la société, à une classe sociale "sous tutelle" : serfs ou domestiques, par exemple. Ceci précisé, voici comment l'histoire est racontée : au mois de juin de l'année 1212, un jeune berger du village de Cloyes, près Vendôme, nommé Étienne, se mit à parcourir le pays, en appelant à lui les enfants. Il se disait envoyé de Dieu pour la délivrance de la Terre sainte; nouveau Moïse, il n'aurait qu'à paraître avec sa troupe enfantine, les flots s'ouvriraient pour leur livrer passage et les Sarrasins s'enfuiraient devant eux. Les missionnaires qui depuis bien des années parcouraient la France avaient tellement échauffé les esprits, tellement surexcité le sentiment religieux qu'une foule d'enfants des deux sexes quittent alors leurs parents pour s'attacher aux pas de ce pauvre illuminé, et le suivent en désordre, vivant d'aumônes sur la route. Loin de les arrêter, chacun les laisse passer et les encourage. Innocent III lui-même loue leur résolution, signe de l'état des esprits au début du XIIIe siècle. La
troupe, grossie de prêtres vagabonds, de simples ouvriers et surtout
de mauvais sujets et d'aventuriers, traverse ainsi toute la France et atteint
Marseille; elle était, dit-on, forte de plus de trente mille têtes.
Mais la mer ne s'ouvrant pas et le miracle La même folie s'était, dit-on encore, manifestée en Allemagne vers le même temps. Un enfant, nommé Nicolas ou Klaus, réunit près de vingt mille autres enfants, filles et garçons, franchit les Alpes, malgré les brigands et les frimas; beaucoup périssent en route; le reste arrive à Gênes le 25 août 1212, comptant s'y embarquer. Le podestat veut les forcer à gagner Brindisi; l'archevêque, plus humain, s'emploie à les rapatrier. Mais la plupart meurent de fatigue et de besoin, d'autres entrent en condition pour gagner leur vie. Le pape, auquel ils ont envoyé une ambassade, leur conseille de renoncer à leur projet et d'attendre pour partir en croisade d'avoir atteint un âge plus avancé. Le chef, Nicolas, suivit plus tard ce conseil et prit part en 1219 au siège de Damiette, d'où il revint sain et sauf à Cologne. Cette singulière expédition, fruit des idées mystiques du XIIIe siècle, ne laissa pas de surprendre quelques contemporains, et plusieurs essayèrent de lui trouver une cause naturelle. Au rapport de Vincent de Beauvais, le Vieux de la Montagne aurait par ses émissaires déterminé ce mouvement dans l'espoir de diminuer le contingent de la future croisade. Roger Bacon lui donne pour instigateur le khan des Tatares; enfin d'autres, encore moins raisonnables, l'attribuent au diable lui-même, dont tout bon chrétien au XIIIe siècle, surtout en Allemagne, voyait l'influence partout. |
| La
cinquième croisade
En dépit de l'hostilité latente
qui existait entre les chrétiens de Syrie et leurs coreligionnaires
Europe, la déception avait été grande en Palestine.
L'obligation de ménager les ennemis s'imposait de plus en plus,
et plutôt que de rompre le traité avec Almelik, le roi En 1213,
Innocent
III, qui a définitivement triomphé en Allemagne et en
France, se décide à faire de nouveau prêcher la croisade.
En France, Robert de Courçon, en Allemagne, Olivier de Xanten, dit
le Scolastique, dirigent ces prédications;
leur parole trouve encore une fois un certain écho; un grand nombre
de Français, d'Allemands, d'Anglais, d'Italiens prennent la croix.
Frédéric II luimême fait voeu de pèlerinage Son successeur, Honorius III, n'abandonne
pas la partie et Jacques de Vitry commence vers le même temps ses
prédications; toutefois les circonstances ont un peu changé.
Frédéric II remet de jour en jour son départ; le roi
d'Angleterre est mineur; enfin la noblesse française montre de moins
en moins d'enthousiasme. Les Allemands ont pourtant continué leurs
préparatifs, et, au printemps de 1217,
deux armées sont prêtes à partir; la première
prend par l'Adriatique avec André, roi
de Hongrie Ranimés par l'arrivée de ces renforts, les chrétiens reprennent leurs anciens projets. Dès le 27 mai, une partie de la flotte mouille sous Damiette, clef de la vallée du Nil. Tous les chefs sont là; les maîtres des ordres militaires, le duc d'Autriche, les comtes de Hollande et de Wied, Jean de Brienne, roi de Jérusalem depuis 1210, enfin le patriarche. La ville était entourée de fortes murailles et la position presque inexpugnable; des travaux avancés défendaient le Nil que fermaient encore de fortes chaînes. Aussi les premières attaques des chrétiens restent-elles infructueuses (juillet), et ce n'est que le 14 août que ces défenses avancées tombent en leur pouvoir. Sur ces entrefaites, Almelik meurt (31 août); ses enfants se partagent ses États, et Alkamil lui succède en Égypte. Le nouveau sultan cherche avant tout à expulser d'Égypte les envahisseurs; mais ses premiers efforts sont peu heureux. Les croisés ne pressent guère le siège de la place; beaucoup quittent le pays, et les autres sont durement éprouvés, durant l'hiver suivant, par une inondation du Nil et par le manque de vivres. Ils n'en battent pas moins les Musulmans en plusieurs rencontres, et une révolution militaire, qui oblige Alkamil à se réfugier dans là haute Égypte, leur laisse le loisir d'investir complètement Damiette. Le sultan à peine rétabli sur son trône fait tout le possible pour se mettre en relations avec les assiégés et pour ravitailler la place; après quelques mois d'attente, voyant que les chrétiens ne se découragent pas et reçoivent chaque jour de nouveaux renforts, il leur offre la paix. Les conditions étaient honorables; moyennant la levée du siège de Damiette, il promettait de rétablir le royaume de Jérusalem dans ses limites de 1187, de restituer la sainte croix et de payer une forte somme d'argent. Le légat Pélage et quelques-uns des chefs rejettent ces propositions, et la guerre continue. Damiette succombe définitivement
le 5 novembre 1219; les chrétiens
s'y fortifient et s'emparent encore de la forte place de Tanis La Croisade de Frédéric II Tout l'espoir de la future croisade, car ce serait mal connaître la papauté que de la supposer découragée par le désastre de Damiette, reposait sur le jeune empereur Frédéric II. Peut-être si les deux pouvoirs, l'empire et la papauté, avaient su s'entendre et combiner leurs efforts, eût-on pu obtenir le succès tant cherché. Cet accord par malheur était chose impossible, l'une des deux parties eût dû se soumettre à l'autre, et il était impossible d'exiger pareille humiliation du successeur de Grégoire VII ou du petit-fils de Frédéric Barberousse. Frédéric II avait pris la
croix en 1215, mais avait remis son
départ d'année en année. Très ambitieux, la
ferveur lui manquait, et il ne voyait dans cette expédition qu'un
moyen d'asseoir sa domination dans la Méditerranée orientale.
On comptait sur son arrivée au camp de Damiette ; on l'attendit
inutilement. Aussi, dès 1221,
le pape Honorius le menace déjà d'excommunication, s'il tarde
plus longtemps à partir. L'empereur ne s'en hâte pas davantage;
remettant son expédition de mois en mois, d'année en année,
il atteint l'année 1227. Mais
alors il montre plus d'activité ; devenu gendre du roi de Jérusalem,
Jean
de Brienne, héritier des droits de ce prince, il est tout disposé
à défendre ses nouveaux domaines. Il envoie une petite armée
en Terre sainte, fournit de l'argent à son beau-père et s'engage
à partir lui-même dans les deux ans. Sur ces entrefaites Honorius
III meurt (1227); il est remplacé
par Grégoire IX, vieillard colérique
et autoritaire, qui va tout brouiller par ses exigences impolitiques. De
nombreux pèlerins, sont réunis à Brindisi, mais ils
manquent de vivres; la peste se met parmi eux et décime la future
armée de la croisade, qui finit par se disperser, Frédéric
II, qui dès septembre
1227 a
envoyé une grande flotte en Syrie sous Henri de Limbourg, va lui-même
mettre à la voile, quand il tombe malade. C'est le moment que choisit
le pape pour l'excommunier (septembre 1227).
A peine rétabli, Frédéric II n'en continue pas moins
ses préparatifs; en avril 1228,
il tient l'assemblée de Barletta L'empereur avait un double but : rendre
la sécurité à la Terre sainte par des traités
solides, et rétablir la tranquillité dans le royaume latin.
Il commence par s'arrêter à Chypre, puis arrive à Acre La croisade de 1239 et 1240 Dès l'année suivante, Grégoire
était obligé de signer la paix à San Germano, d'absoudre
l'empereur et d'approuver le traité passé avec Alkamil (1230),
mais les légats pontificaux en Syrie ne s'en montrent pas moins
hostiles à l'autorité impériale et prennent toujours,
dans les guerres qui désolent le royaume latin et l'île de
Chypre durant les années suivantes, le parti des Templiers
et des barons, ennemis de Frédéric II. Le traité de
1229,
mal respecté par les musulmans, qui ne se gênent point pour
massacrer les pèlerins et pour dévaster les environs de Jérusalem,
reste donc sans effet et la situation du royaume latin n'en est pas sensiblement
améliorée. Le pape avait reconnu pour valable la trêve
de 1229, laquelle expirait en 1240;
dès
1231, il pense à
une nouvelle croisade, envoie dans toute l'Europe des prédicateurs
et des légats, chargés de recueillir de l'argent et de lever
des troupes. Chaque printemps voit dès lors partir de petites troupes
de pèlerins armes, qui vont gagner les lieux saints. En 1239,
une armée plus forte se rassemble à Lyon; elle compte les
plus grands seigneurs de France; Thibaut, roi
de Navarre; Hugues, duc de Bourgogne En 1240,
arrive un nouveau continent, anglais cette fois, et commandé par
Richard de Cornouailles, frère de Henri
III, roi d'Angleterre (octobre
1240).
Plus politique que les chefs qui l'ont précédé, il
se décide à conclure la paix avec l'Égypte (février
1241)) ; les captifs sont rendus moyennant rançon, et après
avoir muni Ascalon La septième croisade Le véritable successeur de Grégoire
IX (mort en 1241) fut non pas Célestin
IV, mais Innocent IV (élu en 1243).
Ce pontife, ardent et actif, tout en continuant la lutte contre Frédéric
II, n'oublie pas la Terre sainte; au concile de Lyon, en 1243,
il impose aux princes de l'Europe une trêve de quatre ans, frappe
le clergé d'une taxe d'un vingtième de ses revenus, contribue
lui-même pour une forte somme; enfin, il noue des négociations
avec les musulmans d'Égypte, dans le but de rendre moins précaire
la situation des chrétiens d'Orient, et entre en relations avec
les Mongols, qui, ennemis mortels du califat de Bagdad Mais l'Europe se montre indifférente; les princes continuent à guerroyer les uns contre les autres; enfin le pape lui-même, entraîné par sa lutte contre l'empereur, en arrive à détourner au profit de cette croisade d'une nouvelle espèce les ressources qu'il a su réunir pour l'expédition d'outremer. Une nouvelle croisade semblait donc chose bien douteuse; pour tenter pareille aventure dans cet âge déjà tiède, il fallait un prince encore imbu de l'esprit du XIe siècle. Louis IX se trouva à point nommé; si la France y gagna indirectement en renom et en éclat, on doit regretter le zèle intempestif qui, après avoir conduit le roi sur les bords du Nil, le fera mourir plus tard sur les côtes d'Afrique, qui, enfin, fit périr la fleur de la noblesse et décima les forces militaires du pays. On était à la fin de 1244, et on venait d'apprendre avec consternation la destruction de Jérusalem par les Kharismiens; saint Louis, sur ces entrefaites, tombe malade et, pendant plusieurs jours, on le croit condamné. Déjà on a perdu tout espoir, quand il revient subitement à lui, se dit guéri et demande la croix. On traite cette demande de fantaisie de malade; on finit, après quelque résistance, par lui imposer le signe fatal pour ne point le contrarier. Mais sa résolution était immuable, rien ne peut l'en détourner et, à peine guéri, il prend toutes ses mesures pour exécuter ce désastreux projet. Au surplus, il doit bientôt reconnaître
qu'il est seul animé de pareils sentiments; si les chevaliers de
France imitent son exemple, c'est plutôt par point d'honneur, par
affection pour leur roi. Les souverains étrangers restent insensibles
à son appel; Haquin (Aakon), roi de Norvège, promet de partir,
puis renonce à accompagner le souverain français; le roi
d'Angleterre ne voit dans la croisade qu'un moyen de remplir ses coffres;
le roi de Castille L'objectif de l'expédition était l'Égypte. La flotte atteint d'abord Chypre, où l'on avait, depuis deux ans, accumulé des provisions. Saint Louis comptait n'y séjourner que quelques jours; la nécessité de rallier ses vaisseaux, dispersés par une tempête, d'y attendre les retardataires, l'oblige à hiverner; puis, au printemps, il lui faut noliser de nouveaux vaisseaux : il ne peut mettre à la voile pour l'Égypte que le 30 mai 1249. Il avait cent vingt gros vaisseaux, seize à dix-sept cents voiles, deux mille huit cents chevaliers, cinq mille arbalétriers, et une nombreuse infanterie, en tout cinquante mille combattants au plus. Le vieux sultan d'Égypte, Eyoub,
malade et affaibli, avait pris ses précautions et garni Damiette,
la plus exposée des villes du pays, mais il avait compté
sans la furie française; la flotte force le passage, les chevaliers
se jettent à terre, l'armée ennemie est dispersée
et le roi entre à Damiette (6 juin). S'il avait marché immédiatement
sur le Caire,
peut-être la campagne eût-elle eu une issue toute différente;
mais l'esprit de décision lui manquait : il commence par attendre
son frère Alfonse de Poitiers, qui ne le joint que le 24 octobre,
puis il perd encore un mois à délibérer s'il marchera
vers le sud ou sur Alexandrie;
enfin, le 20 novembre 1249, l'armée
se met en route vers le Caire. La marche dans ce pays coupé de canaux
était forcément difficile, ralentie encore par les attaques
des Sarrasins. Eyoub était mort, mais Fakhr-eddin et les émirs,
ainsi que la favorite Chedjer-eddor, avaient caché sa mort et dirigeaient
les opérations jusqu'à l'arrivée du fils du défunt,
Touran-Châh, alors en Syrie. En décembre, les chrétiens
assiègent Mansourah, mais, arrêtés par un canal qu'ils
ne peuvent détourner , ils perdent deux mois à chercher un
gué qu'un Bédouin leur indique enfin en février 1250.
L'armée franchit alors le canal (8 février); on sait la suite
: le comte d'Artois Saint Louis,
par sa fermeté, étonnait ses gardiens; le jeune sultan, après
quelques atermoiements, se décide à lui accorder la liberté
contre 400 000 besants et Damiette; le roi et les principaux seigneurs
reprennent le chemin de la côte (28 avril 1250).
Mais alors nouvelle péripétie : Touran-Châh est massacré
par les émirs (2 mai); le traité est, par le fait, rompu
et les captifs courent un instant les plus grands dangers. Enfin, le tumulte
s'apaise; Chedjer-eddor est investie de l'autorité suprême,
le traité est confirmé de nouveau, et, le 6 mai, les chrétiens
sont mis en liberté. Les jours suivants, on verse aux Sarrasins
la première moitié de la somme promise, on leur livre Damiette,
et la petite troupe de saint Louis met à la voile pour Acre Saint Louis avait accompli son voeu, il
pouvait regagner l'Europe; plein de pitié pour la Terre sainte,
il va y rester encore trois longues années. Il commence par se refaire
une petite armée et veut racheter les prisonniers restés
en Égypte. Il réussit à délivrer les survivants
à peu près sans bourse délier, les musulmans d'Égypte
craignant une alliance de leurs ennemis de Syrie et des chrétiens,
et on attend les secours de l'Occident. C'est en vain; rien n'arrive, les
principaux barons abandonnent le roi les uns après les autres. Lui,
cependant, négocie avec le nouveau sultan d'Égypte, Almelik-Alachraf,
avec celui de Damas En 1252,
saint
Louis s'allie définitivement aux musulmans d'Égypte contre
ceux de Syrie, et obtient d'eux la restitution éventuelle du royaume
de Jérusalem,
mais cette alliance reste infructueuse et, en 1253,
le calife de Bagdad parvient à réconcilier
les sultans de Syrie et d'Égypte et les décide à réunir
toutes leurs forces contre les chrétiens. Saint Louis cependant
a appris la mort de sa mère Blanche
de Castille La huitième croisade Tandis que saint Louis (Louis
IX), sans perdre de vue la terre d'Orient, s'applique à administrer
son royaume, l'état de la Syrie va chaque jour en empirant. Les
guerres intestines entre les princes latins continuent comme par le passé;
les colonies commerciales de Venise,
de Gênes et de Pise se font une guerre ouverte, qui, commencée
en 1258, se prolonge jusqu'en 1270,
pour reprendre avec une nouvelle fureur en 1282.
Gênes, vaincue par sa rivale, en arrive à s'allier avec l'empereur
grec, Michel Paléologue, contre les Latins de Byzance (1264)
et contribue ainsi pour sa part à la chute de la domination occidentale
sur le Bosphore Les progrès des musulmans n'excitaient plus en Europe aucune indignation. La papauté elle-même, tout occupée à poursuivre l'extermination de la dynastie des Hohenstaufen, se montre indifférente. Seul, Louis IX, qui n'a jamais perdu l'espoir de tenter une nouvelle croisade, s'efforce par des envois d'argent et de soldats de soutenir le courage des chrétiens d'Orient. Dès 1261, il invite sa noblesse à prendre la croix; il la prend lui-même en 1267, avec ses fils et bon nombre de grands barons; mais beaucoup de seigneurs, et parmi eux le fidèle Joinville, refusent de suivre cet exemple. Le roi et son frère Alfonse de Poitiers rassemblent tout l'argent qu'ils peuvent et négocient avec Venise et Gênes pour avoir des vaisseaux. Dès février 1268, saint Louis fixe son départ au printemps de 1270. A vrai dire la Syrie avait grand besoin
de secours. Après une première campagne de reconnaissance
en 1263, Bibars en 1264 avait battu les Mongols et leurs alliés
les Arméniens, puis, dès 1265, il s'attaque aux villes chrétiennes
de la côte : Césarée succombe, puis Arsouf défendue
par les hospitaliers; en 1266 il prend
Safed, forteresse des Templiers, et détruit
près de Tibériade une petite armée de Chypriotes.
En 1267 et 1268,
il attaque Joppé, prend Beaufort, place du Temple, enfin le 27 mai
1268,
Antioche
succombe et la Syrie du Nord est à tout jamais perdue pour les chrétiens.
Saint
Louis cependant se dispose au départ. Il compte sur l'appui
de Jacques d'Aragon Au début d'octobre, Édouard,
prince d'Angleterre, avait rejoint l'armée française devant
Tunis;
il avait pris la croix dès 1266
et reçu de saint Louis (Louis IX) de fortes
avances pour subvenir aux frais de l'expédition. L'honneur lui commandait
de tenter quelque chose. Après avoir passé l'hiver à
la cour de Naples, il met à la voile au printemps de 1271
et atteint Acre Cependant la papauté n'a pas renoncé
à ses projets. Au concile de Lyon, réuni en 1274
par Grégoire X, on s'occupe de la réunion
des deux Églises et du secours de la Terre sainte; le pape fait
alliance avec les princes mongols, ordonne de prêcher la croisade
et décide la plupart des souverains d Europe à prendre la
croix. Mais aucun ne se résout à partir; à Grégoire
X succèdent des papes moins ardents, dont plusieurs ne règnent
que quelques mois, et les meilleurs consacrent toute leur influence à
venger les Vêpres siciliennes et à combattre la maison d'Aragon |
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