| Dictionnaire | |
| Druzes.
- On désigne sous ce nom une population qui habite conjointement
avec les Maronites et les Metoualis la partie montagneuse de la Syrie qui
forme le Liban et l'Anti-Liban. On ne possède aucun document précis
sur l'origine des Druzes. Ce qu'il y a de certain, c'est que la religion
qu'ils pratiquent leur a été enseignée au XIe
siècle par un certain Mohammed ben Ismaïl Eddarazi, envoyé
par Hamza, vizir du calife fatimide Et-Hakem-Biamrillah
(996-1021). Non content de prêcher les doctrines nouvelles qui avaient
pour point de départ la croyance à l'incarnation de la divinité
dans la personne du calife El-Hakem, Eddarazi introduisit, dit-on,
parmi les Druzes, un certain nombre de pratiques licencieuses. Il fut désavoué
par Hamza qui le remplaça par Moktana Beha-Eddin, mais ce dernier
ne réussit pas à détruire l'oeuvre de son prédécesseur,
et ce fut à peine s'il put se créer quelques partisans. Daher,
le successeur d'El-Hakem, essaya vainement d'extirper l'hérésie
qui s'était propagée dans les montagnes du Liban.
-
La religion des Druzes, rattachée
à l'Ismaélisme, lui même
branche de l'Islam-chiite,
est un mélange de diverses croyances. Ils admettent l'existence
d'un Dieu unique qui s'est déjà montré dix fois aux
hommes sous la forme humaine et qui s'incarnera de nouveau une onzième
et dernière fois. Le calife El Hakem
a été la dixième incarnation de la divinité
sous le nom céleste d'Albar. Dieu a sous ses ordres huit ministres
qui sont son émanation directe et qui jouent le rôle de bons
génies.
Ils se sont incarnés eux aussi et sont venus sur la terre à
différentes époques et sous des noms divers. L'un d'eux,
le principal ministre, Hamza, qui n'est autre que l'ange
Gabriel, a apporté sur la terre l'islam
et le christianisme en apparaissant au
Christ
sous le nom d'Eléazar et à
Mahomet
(Mohammed) sous celui de Selman le Persan Pour les Druzes, il n'y a ni paradis, ni enfer, ni péché originel ni rédemption. L'humain est à peine mort qu'il revient à la vie sous une enveloppe nouvelle; dans cette autre existence, il trouve la récompense des vertus qu'il a pratiquées antérieurement en obtenant une condition spirituelle plus élevée que celle qui a précédé. Son âme peut ainsi s'améliorer à la suite de chacune de ses pérégrinations dans les corps et arriver à un degré de perfection tel qu'elle est admise alors à se confondre avec l'Être suprême, dans le séjour des lumières, et qu'elle cesse dès lors de revenir se loger dans les corps jusqu'au moment où aura lieu la onzième incarnation. Les âmes épurées reviendront alors habiter la terre et jouiront de tous les biens terrestres aux dépens des infidèles qui seront condamnés à les servir. Avant d'arriver à cet état de perfection, il faut tout d'abord avoir franchi sur terre la condition de djahel ou simple fidèle pour arriver à celle d'aqqal. C'est à l'aide de pratiques assez analogues à celles de la franc-maçonnerie qu'un djahel devient aqqal. Les Druzes ne pratiquent pas la circoncision; à l'instar des chrétiens, ils mangent de la chair de porc et boivent du vin. lls sont monogames, mais le divorce s'obtient avec tant de facilité que leur mariage n'est en quelque sorte qu'une alliance passagère. La coutume leur interdit de reprendre la femme qu'ils ont quittée. Les femmes jouissent d'une grande liberté; elles peuvent se montrer en public avec un voile flottant qui cache à peine une partie de leur visage. (O. Houdas). |
|
© Serge Jodra, 2006. - Reproduction interdite.