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Boucicaut
(Jean II le Meingre, dit), le plus illustre des Boucicaut, maréchal
de France ,
né en 1366, mort en 1421 ( Le
Moyen âge ;
les Croisades ).
- Sa famille était originaire de Touraine .
Son père Jean I le Meingre, dit Boucicaut, maréchal de France,
avait servi avec éclat sous Jean Il et sous Charles
V; il avait accompagné dans sa croisade le dauphin Humbert II
de Viennois, et plus tard, prisonnier en Angleterre, il avait obtenu d'Edouard
III, pour lui et douze chevaliers, la permission de se rendre à
Saint-Jacques de Compostelle et de là en Terre Sainte (1354). Il
mourut à Dijon
en 1367 et fut enterré dans la basilique
de Saint-Martin de Tours. L'exemple paternel ne fut pas perdu. Le deuxième
Boucicaut a été, à partir de 1388 environ, l'un des
plus ardents ennemis des Turcs
et l'un des plus habiles promoteurs des croisades.
Dès son enfance, le jeune Boucicaut
avait montré un courage précoce. Charles
V l'avait distingué et l'avait placé parmi les compagnons
de jeux du futur Charles VI. En 1376, à
l'âge de douze ans, il fait sa première campagne, en Normandie ,
sous les ordres du duc de Bourbon; en 1382, il prend part à l'expédition
de Flandre, se distingue à Rosebecque, tue un Flamand en combat
singulier et est armé chevalier. De 1382 à 1385, il passe
deux fois en Prusse ,
où il fait croisade avec les chevaliers teutoniques
contre les Prussiens idolâtres; on le trouve, en 1385 en Guienne ,
avec le duc de Bourbon; en 1386 et 1387, en Espagne avec le roi de Castille ;
entre temps il charme ses loisirs en défiant les plus renommés
chevaliers d'Angleterre; enfin, vers 1388, il fait son premier voyage en
Terre Sainte. Boucicaut allait rentrer en France lorsqu'il apprit que Philippe
d'Artois ,
comte d'Eu, avait été emprisonné par ordre du soudan
d'Egypte; il le rejoint, « se met en prison avec lui », durant
quatre mois, puis, lorsque Venise
les a fait élargir, il recommence son voyage avec le comte d'Eu,
et ne rentra en France qu'en novembre 1389.
Cette expédition avait en quelque
sorte fixé la vocation de Boucicaut : la guerre contre les Turcs
allait devenir le but de ses efforts. Cependant, il ne prit pas part à
l'expédition que le duc de Bourbon dirigea en 1390 contre Africa,
sur les côtes de Barbarie ;
mais en 1396, il se croise un des premiers, lorsque Jean de Nevers ,
fils de Philippe le Hardi de Bourgogne ,
prend la croix, pour défendre la Hongrie contre Bajazet ( D'Osman
à Bayézid II). Le désastre de Nicopolis et les
sanglantes exécutions qui le suivirent faillirent arrêter
court la carrière de Boucicaut ; confondu dans la foule des captifs,
il allait être égorgé, lorsque Jean de Nevers se jetant
aux pieds du sultan, joignit
les
deux dois ensemble de ses deux mains en regardant le Bazat, et fist signe
que il estoit comme son propre frère et qu'il le respitast.
Bajazet (Bayézid), saisi par cette
éloquence muette, fit mettre à part Boucicaut. Le maréchal
fut du reste d'une grande utilité à Jean de Nevers. Il fut
envoyé à Rhodes ,
puis de là à Lesbos ,
auprès de François Gattilusio, seigneur de Mytilène
dont il obtint un fort subside, avec lequel il paya sa rançon et
adoucit le sort de ses compagnons; il est très probable en outre
que son intervention auprès de Bajazet fut une des causes qui engagèrent
le sultan à réduire la rançon des chevaliers français
de un million de francs à cent cinquante mille; mais il paraît
certain qu'il ne prit pas, comme on on l'a dit, l'engagement de ne plus
porter les armes contre les Turc.
L'échec de Nicopolis n'avait pas
éteint l'ardeur des princes occidentaux. Lorsqu'en 1397, les succès
de Bajazet eurent mené les Turcs aux portes de Constantinople ,
l'empereur Manuel sollicita les secours de l'Europe. Assez mal accueillis
en Italie, ses ambassadeurs furent somptueusement reçus par Charles
VI qui leur fournit un secours immédiat en argent et promit
l'envoi d'une armée. C'est à Boucicaut que fut confié
le commandement de l'expédition. L'année précédente
(1398) il avait été envoyé en Guvenne pour châtier
le comte de Périgord; mais sa puissante activité avait besoin
de s'exercer sur un plus vaste théâtre. Les préparatifs
furent menés rapidement et en juin 1399 Boucicaut partait d'Aigues-Mortes.
Après avoir rallié les renforts que Gênes et Venise
s'étaient engagées à fournir, le maréchal arriva
sans encombre jusqu'à Constantinople; quelques jours après
il attaquait vigoureusement les musulmans et en un mois il les forçait
à lever le blocus. Il fallait maintenant mettre l'empire d'Orient
en état de résister à de nouvelles attaques, qu'il
était facile de prévoir; or toutes les ressources étaient
épuisées, et seul pouvait en fournir. Boucicaut résolut
de rentrer en France et d'emmener avec lui Manuel pour implorer un nouveau
secours (1399). Le salut de Constantinople vint d'ailleurs; Tamerlan
battit Bajazet à Ancyre
(Ankara) (1402) et Manuel, qui était jusqu'alors resté en
France, put rentrer dans son empire.
A cette époque, il y avait déjà
six ans (1396) que Gênes s'était donnée à la
France et depuis lors aucun des gouverneurs n'était parvenu à
rétablir l'ordre dans la cité. En 1401, Boucicaut fut chargé
de cette mission difficile; il s'en acquitta avec son énergie habituelle;
les Génois sentirent bientôt qu'ils avaient un maître,
l'administration fut réorganisée, les fortifications réparées
et accrues de deux châteaux ,
les vassaux de la république durent rentrer dans l'obéissance,
Il restait à consolider les colonies génoises de Kaffa en
Crimée, Péra près de Constantinople ,
Chios
dans l'Archipel, Famagouste à Chypre ,
et du même coup Boucicaut trouvait l'occasion de se mesurer de nouveau
avec les musulmans. Précisément en 1402, le roi de Chypre
avait tenté de s'emparer de Famagouste; une expédition immédiatement
envoyée arrêta ses progrès. Boucicaut allait rencontrer
devant lui un autre ennemi, Venise, que les progrès de Gênes
effrayaient. Des vaisseaux vénitiens avaient été capturés
en 1402 dans les eaux de Chypre par des galères génoises;
Venise demandait réparation et les négociations durèrent
plus d'une année. Puis, lorsque Boucicaut eut enfin mis à
la voile, en mai 1403, Venise le fit suivre par son amiral Zeno,
en apparence pour le soutenir contre les musulmans, en fait pour le surveiller
et empêcher ses succès. Après avoir fait escorter l'empereur
Manuel qui rentrait alors à Constantinople, Boucicaut commença
sa campagne par l'attaque du château d'Escandelour pendant que le
grand-maître de Rhodes ( Hospitaliers )
s'entremettait auprès du roi de Chypre pour lui faire signer la
paix (1403). Le maréchal, continuant son expédition, ne peut
s'emparer d'Alexandrie
et se décide à attaquer les côtes de Syrie. Mais les
Vénitiens, désireux de faire échouer la campagne,
avaient prévenu les musulmans et partout Boucicaut trouva l'ennemi
sur ses gardes; il échoue devant Tripoli ,
devant Sagette, devant Laodicée; il ne peut que piller Beyrouth
et rentre à Rhodes en août 1403.
A Beyrouth ,
on avait détruit beaucoup de marchandises vénitiennes. Venise
réclama très vivement et Boucicaut reçut très
mai ces réclamations. C'est alors que Zeno
attaqua sans déclaration de guerre la flotte génoise dans
les eaux de Modon (octobre 1403). Boucicaut resta mettre du champ de bataille
et put se retirer sans être inquiété. Cette affaire
toutefois donna lieu à de très longues négociations
qui se terminèrent, en 1406, par la signature d'un traité,
mais qui, en fait, ne prirent fin qu'en 1408 Gênes dut indemniser
Venise .
L'année suivante, pendant que Boucicaut faisait une expédition
en Italie et recevait l'hommage du duc de Milan ,
Gênes
se soulevait. Le maréchal ne put reprendre la ville. A partir de
ce moment Boucicaut est obligé de renoncer à la lutte contre
les musulmans; en 1408 il avait fait sa dernière campagne en saccageant
les établissements qu'ils avaient sur la côte de Provence.
Après la révolte de Gênes, attristé par des
chagrins de famille, il se retire dans son gouvernement du Languedoc
(1413). En 1415, il est fait prisonnier à Azincourt
( la Guerre de Cent Ans )
et il meurt en Angleterre en 1421. Son corps, rapporté en France,
fut inhumé à Saint Martin de Tours.
Boucicaut, à cette époque
si troublée, est souvent regardé comme le type du chevalier.
Il avait fondé, pour défendre les femmes et filles des chevaliers
que l'absence de leur époux et de leur père mettait dans
leurs châteaux
à la merci des brigands, l'ordre de la Dame blanche à l'Ecu
vert qui compta d'abord treize, puis soixante chevaliers. La principale
source de l'histoire de Boucicaut est le Livre des faits du bon messire
Jean le Maingre, dit Boucicaut, dont l'unique manuscrit est à
la Bibliothèque nationale. (fonds français, 1432). Ce manuscrit
a été publié par Th. Godefroy en 1620 (Paris, in-4),
puis réimprimé dans plusieurs collections de mémoires,
particulièrement dans celles de Michaud et Poujoulat et de Buchon.
On ignore quel est l'auteur de cette histoire. Kervyn de Lettenhove avait
cru devoir l'attribuer à Christine de Pisan.
Delaville Le Roulx était plutôt disposé à considérer
l'un des compagnons de Boucicaut, Jean de Châteaumorand, ou son écuyer
Jean d'Ony, comme ayant écrit le livre des faits.
(J. Gautier). |
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