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La divination en Grèce
La divination inductive
La divination inductive est une interprétation de signes extérieurs manifestant la pensée divine. Il est donc indispensable de savoir comment ces signes se distinguent des phénomènes naturels : c'est là une question préalable; comment reconnaître qu'il y a lieu d'interpréter tel fait plutôt que tel autre comme symptôme d'une volonté divine. L'expérience paraît être ici d'un grand secours, ainsi que la tradition; mais c'était un secours dangereux, car plus la divination inductive cherche à préciser ses lois, à devenir une science, plus elle accentue l'opposition fondamentale qui existe entre ses prétentions et le principe scientifique. Aussi remarque-t-on que son champ d'action se restreint et que ses théories générales se modifient avec les progrès du rationalisme.
« A l'origine, remarque Bouché-Leclercq, nulle difficulté. Ses âges primitifs ne connaissaient point, à vrai dire, de lois naturelles; les hommes, raisonnant par analogies, attribuaient à l'action d'êtres invisibles, doués comme eux d'intelligence et de volonté, tous les phénomènes dont ils ne croyaient pas être eux-mêmes la cause; tout est alors prodige, intervention surnaturelle, matière à conjectures divinatoires; c'est affaire aux devins, aux hommes privilégiés que les dieux ont pourvus d'une faculté spéciale, de discerner, dans ce spectacle mouvant des choses, les indices des volontés célestes; le caractère fatidique n'est point réservé à un ordre déterminé de phénomènes; il est ou peut être partout pour ceux qui savent le découvrir. Des oiseaux qui babillent sur un arbre n'apprendraient rien au mortel vulgaire; ils révèlent à Mélampus toute une histoire secrète, dont il connaît par eux les moindres détails. A mesure que l'expérience constate entre les faits observés un plus grand nombre de rapports invariables, le nombre des faits sans cause évidente ou des « prodiges » diminue. En d'autres termes, plus il y a de causes connues, régulières, naturelles, et moins on a recours à cette cause vague et inconnue, qui constitue le surnaturel, lorsque le monde est ainsi ordonné; il semble que l'art divinatoire doit se réfugier avec le hasard et l'arbitraire, dans un petit nombre de faits inexpliqués. Mais déjà cet art, créé par les favoris des dieux, s'est constitué en science traditionnelle qui ne peut et ne veut céder le domaine où elle s'est une fois installée. A mesure qu'un signe, interprété jusque-là comme fatidique, est classé parmi les faits naturels, elle invoque un postulat qui retient l'esprit dans la sphère du merveilleux, à savoir que le phénomène en question a des causes et un but absolument différents de ses causes naturelles; qu'il est produit dans une intention déterminée par la providence. Voilà pourquoi, en théorie, le progrès même des sciences naturelles ne devait nullement restreindre le champ de la divination conjecturale; il ne servirait de rien, par exemple, de démontrer que les craquements dit bois sont le résultat d'actions mécaniques à un homme qui pense que la divinité peut se servir, pour manifester sa pensée, des phénomènes les plus conformes aux lois de la nature. »
Après la première période, où l'on ne distingue pas encore entre le prodige et le fait régulier et normal, vient celle où le départ se fait et où la mantique ne s'occupe plus que du surnaturel, de ce qui paraît tel. Telle est la situation dans l'époque héroïque de la Grèce, celle que décrivent les poèmes homériques. Les devins s'attachent à l'interprétation des prodiges (térata), mais ils comprennent sous cette appellation tous les faits inattendus, un simple coup de tonnerre, un signe quelconque coïncidant avec une prière et qui ne doit sa valeur qu'à la préoccupation à laquelle il est censé répondre; d'autres signes doivent cette valeur ù une tradition. La divination ou mantique devient une science, la science de l'occulte ou du surnaturel; elle connaît un certain nombre de signes naturels dont « une convention actuelle ou une expérience antérieure, ou une révélation spéciale » fournissent le sens; de plus elle interprète tous les miracles, ceux-ci imprévus et de quantité illimitée.

Le champ d'action des devins se rétrécit an fur et à mesure que progresse la science; celle-ci élimine peu à peu les miracles en donnant des faits en apparence prodigieux, des explications rationnelles; il est peu satisfaisant d'affirmer que, en dehors de ses causes naturelles, un phénomène manifeste par surcroît une intention de la providence; ce postulat est trop arbitraire. Les progrès de la science nous amènent à ce point que la mantique n'a plus de domaine qui lui appartienne en propre; elle en est réduite à surajouter ses hypothèses à des explications qui n'ont rien de merveilleux. Le scepticisme a beau jeu pour rejeter ces hypothèses inutiles; c'est ainsi que les progrès de l'anatomie et de l'ornithologie tendent à ruiner deux des principales branches de la divination inductive. Celle-ci décroît en tant que science, mais elle conserve son empire sur les esprits populaires; elle utilise moins le merveilleux proprement dit, que le hasard imprévu, tous ces incidents et ces coïncidences fortuites qui frappent vivement les imaginations et exercent une influence décisive sur les esprits superstitieux. 

Quelques-uns des signes utilisés par les devins pouvaient avoir une relation effective avec les phénomènes qu'on déclare prédits par eux; par exemple certains actes instinctifs des animaux et certaines manifestations météorologiques. Mais ce sont des exceptions, car, dès qu'un rapport de conséquence constant et non contredit est constaté, il passe dans le groupe des faits scientifiques et sort du domaine des causes surnaturelles qui est celui de la divination.

Celle-ci ne peut « découvrir et constater que des rapports artificiels, convenus, comparables de tous points à ceux qui rattachent les mots d'une langue aux objets qu'ils désignent. L'ensemble des signes divinatoires était véritablement un langage qui s'était élaboré, à la façon d'un idiome humain, sous l'effort continu de l'imagination lancée à la poursuite d'un mirage séduisant et essayant les associations d'idées les plus diverses pour établir un lien entre le connu et l'inconnaissable. »
Avant d'aborder un l'historique des méthodes de la divination inductive en Grèce, nous reproduisons le jugement porté par Bouché-Leclercq qui en dégage bien la philosophie : 
« Au point de départ, nous étions tout à fait en pays grec ayant en face de nous des dieux et des hommes qui communiquent entre eux sans se mettre en frais de miracles, par l'intermédiaire des agents naturels doués de leur énergie accoutumée. Zeus, pour se faire comprendre, a sa foudre et sou aigle; les oiseaux se chargent de porter les messages des dieux auxquels ils appartiennent. La révélation descend du ciel en terre sans que rien soit changé au train ordinaire des choses. L'instinct convenablement dirigé suffit à traduire en signes sensibles la pensée divine, et si l'on a besoin d'un conseil pressant, si l'on vent rejeter sur les dieux la responsabilité d'une décision importante, le tirage au sort satisfait immédiatement à ce désir. L'importation de l'extispicine ouvre une seconde période dans laquelle l'esprit grec se fait de plus en plus le tributaire des théologies exotiques. On sent poindre le gant du miracle et en même temps la secrète terreur qu'inspire le langage muet de la fatalité. La volonté divine, en effet, ne se manifeste plus par des actes instinctifs qui peuvent toujours recevoir une application naturelle et n'engagent la liberté humaine qu'autant qu'elle veut bien y consentir, mais par des attestations écrites en quelque sorte dans la structure des organes et qui restent là comme des documents mystérieux révélant au grand jour une injonction préméditée. De quelque façon qu'on explique la présence des signes révélateurs, il y a là un miracle; on peut toucher du doigt l'empreinte de la pensée divine. Bientôt, par la large brèche que vient d'ouvrir la conquéte macédonienne, l'Orient verse sur le monde occidental le tropplein de ses superstitions, et on ne compte plus ni avec le merveilleux, ni avec le fatalisme. Les consultations d'objets inanimés établissent le miracle en permanence, et l'astrologie installe au gouvernement de l'univers la fatalité que les anciens Hellènes avaient entrevue, mais énergiquement repoussée. Désormais le génie grec ne s'appartient plus : il se laisse gagner, lui aussi, par la contemplation et le rêve. Jadis il eut échappé à cette obsession par une vie active, qui tient l'esprit en contact avec le réel; mais la Grèce n'a plus le droit d'agir, et ses penseurs désertent une cause perdue, professant, à l'endroit des choses extérieures, une indifférence danslaquelle il entre au moins autant de résignation que de dédain raisonné. Le génie national, épris d'une liberté dont le merveilleux est le pire ennemi, fut donc obligé de s'accommoder de théories élaborées par des peuples asservis qui ne perdaient rien à se croire les esclaves de la divinité; la mantique, qui jusque-là avait eu la prétention d'être utile à la conduite de la vie, ne servit plus qu'à satisfaire le désir de connaitre à l'avance des arrêts inévitables. L'astrologie, de jour en jour plus admirée, est la dernière forme de la divination grécoromaine. Au delà, il n'y avait plus que la résignation sans curiosité, celle des fakirs et des animaux. »
La divination par les actes instinctifs des animaux

La divination par les actes instinctifs des animaux est une des plus usuelles; de très bonne heure l'humain étudia les actes des êtres animés et leur chercha une raison : la précision de l'instinct fut attribuée à une puissance invisible, divine. Les Orientaux sont coutumiers de ces explications et logent volontiers des âmes de dieux dans des corps de bête. Les Métamorphoses attestent la vogue qu'eurent dans les derniers siècles de l'hellénisme ces conceptions, Mais toujours les Grecs admirent que les animaux, sans volonté propre, étaient très susceptibles de subir l'impulsion donnée par les dieux et par suite de manifester les intentions de leurs maîtres. Chaque dieu a son animal qui lui est plus particulièrement dévoué : Zeus, l'aigle; Apollon, le corbeau, puis l'épervier; Poseidon, le cheval; Artémis, la biche; Déméter, la grue et le coq; Hera, la cicogne; les Muses, les abeilles; Hestia, l'âne; Athéna, la chouette. On peut donc, en observant les actes des animaux, discerner la volonté du dieu dont ils sont l'instrument. On n'est pas d'ailleurs limité à ces désignations particulières ; tout animal est bon à observer; plus spécialement les oiseaux qui vivent dans l'air, près du ciel, habitat de la divinité.

L'ornithomancie.
L'ornithomancie est la méthode de divination qui recourt à l'observation du chant ou du vol des oiseaux.

Tout mouvement d'un oiseau quelconque avait un sens différent, selon les circonstances et l'époque de l'année. La plupart des signes ne rentraient dans aucune règle absolue, et l'art des devins  était indispensable pour en déterminer le sens. Mais certains étaient regardés comme tellement clairs, qu'à moins d'être aveuglé par le Destin, chacun pouvait en comprendre la signification. Ainsi, par exemple, chez les Athéniens, l'apparition d'une chouette, oiseau consacré à Athéna, protectrice de la cité, était un signe heureux; de là la locution :  la chouette vole, c.-à-d., la chance est avec nous. D'autres oiseaux, lorsqu'ils apparaissaient inopinément, principalement sur la route d'un voyageur, avaient aussi une signification bonne ou mauvaise. D'un autre côté, l'oiseau de Zeus (ou de Jupiter chez les Romains), l'aigle était généralement regardé comme un messager de bonheur. Il en était de même du héron, La corneille, dans les auspices pris, pour un mariage, était con sidérée comme un sûr présage de félicité conjugale.

Les oiseaux se partageaient entre ceux qui étaient observés à droite et ceux qui étaient observés gauche. A Rome, l'interprétation de ces deux directions donnera lieu à quelques difficultés résultant de ce que les auteurs ont souvent confondu les notions des Grecs et celles des Romains à ce sujet. Chez les deux peuples, on était d'accord sur ce point que les signes favorables venaient de l'orient : mais pour prendre les auspices, devin grec se tournait vers le Nord et, par conséquent, avait l'Est à sa droite, tandis que l'augure romain, aux contraire, se tournait vers le Sud et avait ainsi l'Est à sa gauche. La confusion fut encore augmentée par les euphémismes communs aux deux cultures; en outre, la règle elle-même n'était pas absolue. En effet, le geai observé à gauche et la corneille à droite, passaient pour fournir des présages infaillibles. Le hibou, l'hirondelle, le geai, le pic, étaient presque toujours défavorables. 

L'alectryomancie, ou la divination par le moyen du coq, rentre encore dans l'ornithomancie. On procédait à ce sortilège de la manière qui suit. On traçait sur le sable un carré ou un cercle divisé en 24 compartiments, portant chacun le nom d'une lettre de l'alphabet, puis, après avoir mis un grain de blé dans chaque case, an plaçait un coq au centre de la figure. On fabriquait un mot avec les lettres correspondantes aux cases dans l'ordre même où l'oiseau avait mangé les grains, et l'on en tirait un pronostic. C'est ainsi, dit-on, que fut prédit, sous Valens, l'avènement de Théodose le Grand à l'empire. 

Divination par des animaux divers.
La divination par les actes instinctifs des animaux ne s'est élevée à un art bien réglé que dans l'ornithoscopie; les révélations que l'on demandait aux autres animaux n'obtinrent pas la même estime. Toutefois on ne put bannir complètement cette divination vulgaire; on se contenta de la mettre au-dessous de l'autre dans le groupe des méthodes domestiques ou viatiques. Une certaine considération fut accordée à des animaux qui, vivant ou s'abritant dans le sein de la terre, semblaient proches de la source des révélations fatidiques. Les serpents ont été souvent employés dans les oracles. On cite en Epire un oracle apolIonien où l'on observait l'appétit des serpents sacrés pour en induire des présages. Les lézards, qui furent ultérieurement consacrés à Apollon, étaient des animaux mantiques; les devins Galéotes les étudiaient de préférence. Le rat, la souris, la belette, la taupe, la chauve-souris, l'araignée, sont également observés à ce point de vue. On n'a pas systématisé ces observations, ni donné de méthode comparable à celles de l'ornithomancie; aussi la divination par ces quadrupèdes, sauriens, reptiles, appartient-elle à la cléromancie, qui interprète les faits accidentels. 

On prêtait naturellement grande attention aux actes instinctifs des victimes offertes aux dieux dans les sacrifices, leur docilité, leurs cris; à Delphes, on jetait aux chèvres un peu d'eau dans l'oreille avant de les immoler. Les nécromans faisaient marcher leur bélier en cercle, évoquant l'ombre à l'endroit où il s'était abattu. On observait encore si l'animal immolé s'abattait sur le flanc droit ou gauche, s'il mourait sur le coup.

L'ichtyomancie.
L'ichtyomancie, divination par les poissons, ne fut jamais pratiquée en Grèce. Plutarque l'affirme formellement :

« La race des poissons est tout à fait étrangère à nous. Ils appartiennent à un séjour différent; il semble qu'ils soient nés et qu'ils vivent dans un autre monde. Il n'y a de leur part ni regards, ni voix, ni services rendus. On ne saurait utiliser ces animaux de leur vivant. C'est par milliers que se comptent les avertissements et les prédictions que les dieux nous communiquent par l'intermédiaire des animaux terrestres et des volatiles, tandis qu'il n'y a point un seul fait du même genre à alléguer en faveur des animaux aquatiques. » 
On sait qu'au contraire la Syrie, la Chaldée, avaient leurs dieux ichtyomorphes et leurs poissons sacrés. En Lycie, au temple de Sura ou Syrra, consacré à Apollon Lycien, on pratiquait l'ichtyomancie; on jetait aux poissons de la mer, très profonde au pied du temple, des viandes rôties provenant de victimes; l'appétit des poissons et leur nombreux concours étaient des signes favorables; s'ils s'abstenaient ou repoussaient la viande, le présage était funeste. A Syrra, autre localité de Lycie, on consultait ainsi des poissons d'eau douce.

La divination par les actes involontaires des humains

La divination par les actes instinctifs des animaux, lesquels sont supposés servir d'instruments à la volonté divine, conduisit à étendre ces observations aux actes instinctifs de l'humain. Celui-ci est alors observé du dehors et il manifeste inconsciemment la révélation. On applique d'abord à l'humain les idées symboliques; il est de mauvais présage de rencontrer un infirme, un eunuque ou tout autre être humain laid et repoussant. Mais ceci est secondaire. Il y a deux méthodes divinatoires qui reposent sur l'observation des actes involontaires de l'humain envisagé comme instrument passif de la divinité l'interprétation de ses actes intellectuels, du langage, et l'interprétation des actes physiques, en particulier des tressaillements. La première est la clédonomancie, qui est très ancienne; la seconde est la palmique, qui fut développée au temps de la décadence.

La clédonomancie. 
La clédonomancie étudie la parole humaine « employée par la Providence comme signe énigmatique, avec un sens parfois très éloigné du sens naturel des mots. Une parole, une phrase, une exclamation entendue par un homme qui est sous l'empire d'une préoccupation peut devenir pour lui une clédone, par suite d'un rapprochement imprévu, d'une coïncidence fortuite entre ces paroles et son idée intérieure. On trouve le clédonisme dans l'Odyssée. Dès l'époque d'Hésiode, on prête grande attention à l'interprétation des noms propres par étymologie ou calembour. Ainsi le roi de Sparte prend avec lui un Hégésistrate (conducteur d'armée) avant la bataille de Mycale. Dans les cérémonies religieuses, on évite avec soin tous les mots susceptibles d'une interprétation funeste; le procédé le plus sûr est de s'imposer le silence. Il y avait à Pharae, en Achaïe, un oracle d'Hermès Agoraeos qui était clédonique : le consultant pose la question au dieu, puis il sort les oreilles bouchées avec ses mains; lorsqu'il les ôte, la première parole entendue devient la réponse de l'oracle. On cite encore un oracle clédonique d'Apollon Spodios à Thèbes, et à Smyrne un oracle des Clédones. La méthode est d'une application fréquente, même dans les autres oracles et dans la vie courante. Elle était placée sous le patronage d'Hermès, dieu de la parole.

La divination palmique. 
Les phénomènes physiologiques ont donné lieu à plusieurs séries d'interprétations divinatoires. On les classe en trois catégories : palpitations et convulsions, éternuements, bourdonnements d'oreille. La folie, l'épilepsie et les convulsions violentes ont toujours inspiré aux peuples orientaux un respect superstitieux; ils y voient une intervention surnaturelle; l'humain est possédé, ses mouvements sont soustraits à l'action de sa volonté. Les petits mouvements convulsifs, les palpitations des diverses parties du corps, de l'oeil et des sourcils, sont par le même raisonnement attribués à une origine surnaturelle et servent de présages. On accorde une attention exceptionnelle à l'éternuement, dont l'étude forma une branche spéciale de la mantique, la ptarmoscopie. Il en est fait mention dans l'Odyssée; on avait été conduit à faire des distinctions subtiles entre les conséquences bonnes ou mauvaises de la sternutation, selon les cas et la position de celui qui éternuait. Comme les méthodes précédentes, celle-ci fut combinée avec l'astrologie et l'on dressa des tables d'éternuements, selon les positions de la lune, l'heure diurne ou nocturne, le sexe de la personne, etc. Aux bourdonnements d'oreille, on attribua, dès l'Antiquité, le sens qu'on leur donne encore actuellement, l'avertissement qu'on parlait de vous à quelque distance. La divination palmique prit une grande extension dans la dernière période de l'hellénisme. Posidonius en fixa les méthodes dans son traité. Un certain Mélampus rédigea pour un Ptolémée un manuel qui nous est parvenu et dans lequel est détaillée la signification de chaque mouvement spasmodique de n'importe quel muscle du corps.

Les méthodes de divination anatomique

Après avoir observé les signes tirés des actes instinctifs des êtres animés, on en vint à une investigation plus profonde, s'appliquant à la structure de ces êtres. Les premières méthodes supposent une action providentielle subite; les secondes, une préméditation bien autrement complexe. Lorsqu'on étudie les entrailles d'une victime et que leur conformation révèle l'intention des dieux, il faut supposer ou bien que ceux-ci modifient, au moment du sacrifice, l'anatomie des organes explorés, ou bien qu'ils ont gravé d'avance dans ceux-ci les symboles de plusieurs réponses éventuelles entre lesquelles elles décident le choix en guidant la main du sacrificateur. Platon et ses disciples donnèrent plusieurs théories de ces formes de la mantique. Platon déclare, par exemple, que le foie est un miroir où se reflète la pensée divine et se concentre pendant la vie l'intuition divinatoire; après la mort on y retrouve l'empreinte des images contemplées par l'âme. Ceci conduisait tout droit au rétablissement des sacrifices humains. On accuse plusieurs empereurs romains d'y avoir eu recours, et Strabon raconte que les Albaniens du Caucase et les Lusitaniens pratiquaient l'anthropomancie, inspection des viscères humains. Les Grecs n'ont pas été jusque-là, d'autant plus qu'ils ont peu tenu compte des théories, lesquelles ne correspondent qu'imparfaitement aux pratiques de l'extispicine.

L'extispicine.
L'extispicine, l'autopsie divinatoire, est d'origine relativement récente dans le monde hellénique. Elle dérive assez naturellement du sacrifice, mais n'était pas pratiquée encore dans la société homérique. On se contente de regarder si les viandes placées sur l'autel brûlent bien, si la colonne de fumée monte droit vers le ciel. Ces indices sont ceux de l'empyromancie.

L'extispicine vint soit d'Italie, soit d'Asie Mineure. On en prêta l'invention à Delphos, fils de Poseidon, à Prométhée, à Sisyphe, à Orphée. Elle était pratiquée par les Iamides d'Olympie dès une époque reculée; elle l'était par les devins de Telmesse aux confins de la Carie; à Chypre par les Kinyrades desservant l'oracle de Paphos; à Chypre on appelait Zeus dissecteur d'entrailles. C'est par Chypre que cette méthode dut être introduite en Grèce, plutôt que par l'Etrurie où elle fut également en vogue de bonne heure. A Chypre, elle devait venir de Mésopotamie.

Les Grecs ne disséquaient que peu d'animaux : le chevreau, l'agneau, le veau; l'Iamide Thrasybule ajouta le chien. Les sept organes à étudier étaient le foie, le coeur, la rate, l'estomac, le poumon, les deux reins. Mais on s'attachait presque exclusivement au foie que Philostrate appelle le trépied de la mantique. Sans tête ou lobe, le foie présage la mort; Cimon, Agésilas, Alexandre le Grand furent victimes de ce présage. L'inspection des diverses régions du foie comporte tellement de distinctions qu'il nous est impossible de nous retrouver dans cette anatomie topographique dont la clef nous manque; où placer le foyer, la table, le tombeau, le dieu, le fleuve, la barrière, le lien, le couteau, etc.? L'autopsie une fois achevée, on procédait à une contre-épreuve en faisant bouillir les viscères. 

L'extispicine eut en Grèce une vogue réelle à l'époque historique; employée à Olympie, elle fut adoptés à Athènes et à Delphes au VIe siècle, et supplanta l'ornithomancie; elle fut toujours très usitée dans les armées, à cause de la commodité qu'elle offrait. Elle donna lieu à des fraudes nombreuses. On gravait sur le foie des victimes des signes on même des mots favorables. Les pythagoriciens et les néo-platoniciens, hostiles à toute effusion de sang, firent la guerre à l'extispicine; ils ne purent la déraciner, car les sacrifices lui fournissaient toujours une matière, mais ils en restreignirent beaucoup l'importance; elle se confondit avec l'haruspicine étrusque ou revint à l'empyromancie.

La morphoscopie et la métoscopie.
La morphoscopie a donné lieu à des théories qui se retrouveront chez les Modernes et combinerontnt la physiognomonie  qui a une prétention quasi-scientifique avec le plus pur charlatanisme. 

La métoposcopie lit la destinée d'un homme dans les traits de son visage; la chiroscopie la lit dans les lignes de sa main; l'onychomancie dans la forme et les tâches de ses ongles; la morphoscopie proprement dite dans la forme générale de son corps. Toutes ces méthodes ont subi l'influence de l'astrologie. La principale fut la chiromancie.

La divination par les objets inanimés

Les Grecs ont cherché les secrets fatidiques dans les objets inanimés non moins que dans les actes des animaux. Les arbres ont servi d'instrument prophétique; soit qu'on observât les manifestations de la vie d'un arbre symbolique, constatant par exemple à la mort de Néron la mort du bosquet de lauriers planté par Auguste, soit qu'on étudiât le craquement du bois taillé en meubles, qu'on tint compte de l'essence du bois employé pour la cléromancie ou l'empyromancie. Les faits de la physiologie végétale servent de transition vers la divination par les objets inanimés. Dans celle-ci, il n'est plus question de signes spontanés; on a affaire à des instruments passifs dont l'emploi pour la divination comporte généralement des rites magiques. Nous nous bornerons à énumérer ici les principales méthodes. 

La pyromancie.
La pyromancie ou empyromancie est d'origine orientale, bien qu'un ait attribué son invention à Amphiaraüs. On peut la subdiviser en deux sections : l'empyromancie qui étudie les signes fournis par les objets jetés dans le feu, et la pyromancie qui étudie l'aspect de la flamme elle-même, Mais cette distinction est quelque peu artificielle. Rarement on s'est borné à regarder les pointes de la flamme et ses mouvements qui la rapprochaient ou l'éloignaient du consultant. L'empyromancie est liée aux sacrifices; où a observé la manière dont se comportait la chair de la victime placée sur le foyer. Si la caisse enduite de graisse ne flambe pas, mauvais symptôme; si la queue se courbe sous l'action du feu, difficulté; si elle s'abaisse par saccades, défaite; si elle se redresse, victoire. On brûlait la vésicule de fiel ou la vessie pleine, et l'on notait de quel côté s'échappait le liquide quand elle éclatait. Tous les accidents, extinction du feu, chute de fragments de la victime, etc., avaient une signification symbolique. La divination officielle laisse une place à l'empyromancie; à Delphes, celle-ci est pratiquée par les Pyrkaoi qui se disent descendants du devin Pyrkon, fils de Poseidon; dans la Grande-Grèce les inscriptions mentionnent des observateurs de la fumée (kapnaugai).

Les petites gens ne pouvant avoir recours à l'empyromancie, en raison du prix trop élevé d'un sacrifice, y suppléent par des méthodes moins coûteuses. Telle est l'ooscopie, divination par les oeuf, dont parle le scoliaste de Perse. Les prêètres observaient un oeuf mis sur le feu, examinant s'il suait par le haut ou par le côté. S'il éclatait et coulait, il présageait un péril à celui pour le compte duquel se faisait la cérémonie. On cite deux traités d'ooscopie, l'un dans les écrits orphiques, l'autre écrit par le stoïcien Hermagoras d'Amphipolis.

L'omoplatoscopie.
L'omoplatoscopie qui était encore pratiquée en Grèce au XIXe siècle, ne comportait que deux on trois questions. On les posait en soi-même en immolant la victime, agneau ou brebis; on prenait une omoplate et on la faisait griller. Si l'arête médiane se boursouflait, c'était un signe de mort; si elle restait blanche et intacte, C'était bon signe; si le côté droit rougissait, si le côté noir noircissait, signe de guerre; si l'omoplate blanchissait, signe de paix.

Les pythagoriciens, proscrivant les sacrifices sanglants, durent y substituer des sacrifices végétaux qui donnèrent naissance à une empyromancie spéciale. La libanomancie était la divination par la fumée de l'encens; l'oenomancie la divination par le vin versé en libation sur le feu sacré. pour les végétaux à brûler, on brillait tantôt ceux qui étaient consacrés au dieu, tantôt au contraire les autres, en respectant ceux-là. On brûle toujours les feuilles, et la phyllomancie est la divination qui en résulte. Pour l'aleuromancie, divination par les farines de froment moulu, l'alplutomancie, divination par la farine de froment concassé, la crithomancie qui employait l'orge, on ne sait si les devins délayaient la farine ou la brûlaient. Tous ces rites empyromantiques sont pratiqués dans les temples et aussi au voisinage des volcans et des solfatares, en tous les points où les flammes jaillissent du sol. On cite les alentours de l'Etna, le Nymphaeum d'Apollonie. 

D'autres pratiques sur lesquelles nous sommes insuffisamment renseignés se rapprochaient vraisemblablement de celles-ci. Telle la tyromancie ou tyriscomancie, divination par les fromages.

L'hydromancie.
L'hydromancie, divination par les liquides, a pour principale application la lécanomancie, divination par les bassins. Celle-ci est une méthode magique, car on ne se contente guère de verser dans le bassin de l'eau, de l'huile ou du vin et d'y observer les jeux de lumière ou les agitations produites par le jet d'une pierre; on évoque des génies. Psellus a décrit une de ses applications.

Originaire de Chaldée la lécanomancie fut appliquée en Grèce et en Italie. Elle se rapproche de la divination enthousiaste. Le bassin agité par le souffle divin joue le rôle de la femme ou de l'homme possédé par le dieu.

La divination par l'eau, l'hydromancie, est assez intéressante par les théories théogoniques auxquelles elle se rattache. L'eau est envisagée comme le principe générateur, par suite comme le principe de l'intelligence et le véhicule de la révélation. Ces conceptions se retrouvent chez presque toutes les populations. Elles ont été celles des Chaldéens, des Egyptiens, des Indiens. En Grèce, toutes les divinités des eaux prophétisent : les Nymphes, Protée, Nérée, etc. L'hydromancie ou pégomancie utilise les eaux courantes, fontaines ou fleuves; à certaines de celles-ci on donnait des propriétés quasi magiques. Tel est le cas pour l'eau du Styx par laquelle juraient les immortels. Près de Tyane, on montrait la fontaine de Zeus Orkios; celle d'Ino à Epidaure Limera, celle d'Aphrodite Aphax dans le Liban répondaient à des questions posées par oui ou par non. Dans les temps de décadence, ces fontaines merveilleuses se trouvèrent partout et fournirent une inépuisable ressource aux superstitions locales. On trouvera dans les Paradoxographes dont Westermaun a réuni les débris (Scriptores rerum mirabilium graeci; Brunswick, 1839), une foule de détails à ce sujet.

Méthodes divinatoires diverses.
D'autres méthodes de divination par les objets inanimés furent employées. L'axinomancie, qui étudient les vibrations d'une hache plantée dans un poteau, est d'origine orientale. La sphondylomancie observait les mouvements d'une boule, d'un fuseau, etc. La coskinomancie est la divination par le crible dont font usage les bergers de Théocrite. On pose le crible sur une pointe ou bien on le suspend à un fil et le faisant tourner on interprète ses mouvements, son orientation. La dactyliomancie est la divination par les anneaux; elle comporte des procédés assez variés, soit que l'on observe la sonorité des anneaux, soit que l'on fasse osciller un anneau suspendu à un fil au-dessus d'un bassin circulaire où sont gravées les lettres de l'alphabet, soit que la vertu divinatoire des anneaux provienne des pierres qui y sont enchâssées. La lithomancie, qui est étroitement liée à la magie, est à peu près étrangère à notre sujet. Les pierres servent d'amulettes, guérissent des maladies ou produisent des effets surnaturels; on s'en sert à l'occasion pour deviner l'avenir; les Mysiens, par exemple, pour savoir si une récolte sera bonne; ailleurs on jetait les cailloux dans un bassin, et l'on apprenait la résonance; ou bien l'on employait des pierres qui, selon le sens de la réponse, étaient censées devenir plus ou moins lourdes. Une variante de l'onychomancie observe les dessins formés sur l'ongle d'un enfant par du noir de fumée délayé dans de l'huile; une crystallomancie examine les effets du verre poli.

La divination par les statues de bois, les xoana, transportées sur des brancards, et dont on interprétait les mouvements, donna lieu à des supercheries; elle ne fut guère usitée qu'en Egypte et dans les contrées voisines. D'une manière générale, la divination par les objets inanimés, qui suppose une intervention miraculeuse de la Providence, fut plus pratiquée à l'époque de la décadence et de la fusion des Hellènes avec les riverains orientaux de la Méditerranée. Jamblique en a présenté l'apologie : 

« Si l'esprit divin, en vue de présages, passe jusque dans les objets inanimés tels que cailloux, pierres, baguettes ou certains bois, ou dans les feux et les farines, cela même est la partie la plus merveilleuse de la prémonition divine par la mantique. »
La cléromancie.
La divination par les sorts ou cléromancie laisse à la Providence toute carrière, mettant à sa disposition le hasard. Elle est plus simple que la divination par les objets inanimés, car elle n'attache nulle vertu spéciale, nulle propriété magique aux instruments qu'elle emploie; ceux-ci correspondent simplement à une convention que le consultant on l'oracle a faite d'avance avec la divinité. Cette méthode de tirage au sort, de loterie, est très commode et excellente en principe, puisqu'elle laisse au dieu une entière liberté dans son choix entre les signes convenus. La cléromancie est donc très ancienne. Dans les poèmes homériques, le tirage au sort est censé manifester un choix des dieux; les démocraties qui adopteront ce mode de désignation pour les magistratures mettront d'accord leurs velléités égalitaires et leurs préjugés religieux. Platon a divinisé le sort que la mythologie vulgaire subordonne à Hermès. La première méthode de divination par les sorts est la lithobolie. On jette à terre des cailloux de forme et de couleur variées, ou encore des fèves noires et blanches, à moins qu'on ne les mette dans une urne d'où l'on en retire un. Les klèroi primitifs furent, dit-on, des baguettes portant diverses entailles; on prit encore des feuilles, des tablettes portant des signes, des osselets ou des dés. Avec les osselets, on pratique l'astragalomancie; avec les dés, la cybomancie. 

Dans le maniement de ces objets, on suit des procédés variables; on peut les jeter dans une urne où on les agite avant le tirage, les poser sur une coupe qui débordé, les jeter dans un bassin hydromantique ou sur une table disposée à cet effet, ce qui constitue la trapézomancie. Une partie du vocabulaire de la divination est empruntée à cette méthode fondamentale. Le mot de chrèsmos, oracle, est dérivé du verbe chraô, qui signifia «entailler des baguettes » avant d'être traduit « prophétiser ». La cléromancie était à l'origine de l'oracle de Delphes sous forme de thriobolie, et Apollon a dû en laisser le patronage à Hermès. Les Thries, avant de personnifier des vierges du Parnasse, ont été les cailloux qui servaient à la divination. Auprès des grands oracles, à Delphes, à Olympie, à Dodone, il a fallu laisser une place à la cléromancie. L'oracle d'Héraclès, à Boura (Achaïe), emploie l'astragalomancie; un tableau dressé d'avance donne la valeur des coups amenés par le consultant. La cléromancie est combinée avec le clédonisme. Elle emploie la parole écrite, faisant désigner au hasard une phrase qui est appliquée à la question posée.

La rhapsodomancie.
La rhapsodomancie, qui fut très goûtée, était la divination par phrases détachées, que l'on désignait au hasard dans les poèmes homériques, hésiodiques ou les recueils d'oracles. Ce procédé s'est perpétué à travers l'Antiquité et le Moyen âge jusqu'à nos jours. 

On a combiné la rhapsodomancie avec la cléromancie dans l'oracle d'Attalia, en Pamphylie, qui est reproduite sur une inscription. La table cléromantique portait des prophéties de trois hexamètres chacune, avec le nom d'un dieu et un chiffre décomposé en cinq chiffres partiels. On consultait l'oracle avec cinq osselets à quatre face, que l'on jetait à la fois. La combinaison des points amenés désignait la sentence applicable au cas; la table devait porter cinquante-trois sentences prophétiques répondant à tous les coups possibles. Après l'époque alexandrine, on compliqua à l'infini la divination cléromantique, fabriquant des machines qui pouvaient donner des mots et des phrases entières.

La divination météorologique

Les dieux étant généralement réputés vivre dans les espaces célestes, les phénomènes météorologiques sont regardés comme des manifestations de leur activité qui peuvent révéler leurs intentions. La foudre, les mouvements des vents et des nuages, les comètes, les bolides, les feux de Saint-Elme, auxquels s'ajoutèrent les éruptions volcaniques et les tremblements de terre, manifestations chtoniennes, fournirent à la divination météorologique sa matière. Mais de très bonne heure elle fut évincée par la science. Les Grecs, esprits rationnels et observateurs, distinguèrent bien vite les prévisions météorologiques vérifiées par l'expérience; ils en firent une science, la prognostique, qui laissa peu de place à la divination. Celle-ci, qui devait prendre un grand essor en Etrurie, resta médiocre en Grèce, d'autant que les prodiges proprement dits lui échappaient aussi. Le tonnerre et l'éclair sont le langage de Zeus; nul présage n'égale la valeur de celui-ci; le côté droit est le côté favorable; mais c'est un présage accidentel; on n'a guère observé les éclairs et le tonnerre afin d'en induire méthodiquement des présages. C'est là la fonction des pythaïstes athéniens qui, trois mois avant le départ des processions sacrées pour Delphes, se plaçaient à l'autel de Zeus Fulgurant (astrapaios) et observaient le ciel pendant trois jours et trois nuits chaque mois. 

La brontoscopie.
La brontoscopie ou céraunoscopie n'est donc pas une science grecque. Dans cet ordre d'idées, il faut citer les observations d'étoiles filantes. A Sparte, tous les neuf ans, nous dit Plutarque, les éphores choisissent une nuit très claire, mais sans lune, et s'asseyent en silence les yeux tournés vers le ciel. Voient-ils une étoile traverser d'un côté du ciel à l'autre, ils font le procès de leurs rois présumés coupables de quelque attentat envers la divinité; ils les suspendent de leurs fonctions royales jusqu'à ce qu'un oracle de Delphes ou d'Olympie leur restitue leur première autorité. Il n'y a pas là de méthode divinatoire, mais une question unique posée aux dieux.

Les autres méthodes de divination météorologique.
La divination par les nuages, néphélomancie ou néphomancie, ne fut pratiquée que très tard; de même la bréchomancie, divination par la pluie, l'anémoscopie, observation des vents, la phyllomancie, divination par le vol des feuilles. La mantique a tiré peu de ressources de la météorologie. Elle ne peut ici rivaliser avec la magie qui a la prétention de dompter ces grandes forces naturelles. Elle se dédommagea par l'étude des astres qui président aux agitations de notre globe, qu'ils dominent de si haut. La plus puissante des méthodes divinatoires fut incontestablement l'astrologie, la divination sidérale.

La Divination sidérale (astrologie).
L'astrologie est la méthode de prédiction de l''avenir par l'inspection des astres, par la connaissance de leur influence propre et de celle que leur donne leur position dans le ciel. Le principe de l'astrologie (judiciaire) était le suivant : à l'heure où l'enfant vient au monde, les astres exercent sur lui une influence mystérieuse et fixent son caractère et son avenir : le tout résultera de la nature des astres présents au ciel et de leur position respective, en un mot de l'aspect que présentent les constellations. Pour savoir le passé et l'avenir d'une personne, il faut, avant toute chose, établir le thème de sa nativité, c'est-à-dire reconstituer l'état du ciel à l'heure de sa naissance : il ne reste plus qu'à lire ce tableau et à en déduire, selon certaines règles, des renseignements pratiques. Il va sans dire qu'en une matière où l'imagination joue le rôle fondamental, il intervient une large part de caprice, et tous les astrologues n'opèrent pas de façon identique. En général, ils divisent la voûte céleste en douze compartiments, à l'aide de six grands cercles équidistants et fixes : l'un d'eux correspond à l'horizon, un autre au méridien, et les quatre derniers occupent des positions intermédiaires. Ce sont là les cercles de position, et le Soleil, en vingt-quatre heures, traverse successivement les douze fuseaux que l'on appelle les douze maisons du ciel.

L'astrologie est née en Chaldée à une époque très reculée, et certains devins prétendaient s'appuyer sur des observations faites pendant 473.000 ans; d'autres se réclamaient d'une tradition vieille de 1.500.000 années; des prêtres chaldéens firent à Alexandre des prédictions restées fameuses. De très bonne heure ces pratiques se sont introduites en Grèce, et l'on en trouve la preuve dans Homère et dans Hésiode; mais il s'agissait alors d'une importation fragmentaire, faite peut-être par des matelots ou des commerçants. Le corps des doctrines anciennes ne fut connu que plus tard : simultanément Béroseapporta de Babylone à Athènes, puis à l'île de Cos, les méthodes chaldéennes, tandis que Manéthon de Sébennytos introduisait les pratiques égyptiennes.

L'astrologie fut introduite à Rome dès la conquête de la Grèce, et le christianisme naissant lutta énergiquement contre elle, cela, pas plus que les progrès de l'astronomie, n'empêcha pas l'astrologie d'être en vogue (avec plus ou moins d'intensité selon les époques) jusqu'à nos jours, où elle reste l'objet d'activités lucratives.

La divination mathématique.
La divination mathématique est une des méthodes qui se rapprochent de l'astrologie; elle est fondée sur les propriétés des nombres auxquels les mathématiciens attribuaient une vertu mystérieuse, 3 et 7 surtout, et 9, le carré de 3. On considérait la vie humaine comme encadrée dans des combinaisons numériques et l'on affirmait la possibilité de pronostiquer les différentes périodes d'une existence en marquant les périodes de crise, les années climatériques. On adopta la division en semaines d'années, périodes septénaires; d'autres préférèrent la période de neuf ans; on combina les deux systèmes considérant la quarante-neuvième année comme période de crise, la quatre-vingt-unième comme limite de la vie normale, la soixante-troisième comme point critique. Ces hypothèses servirent de base à la divination arithmétique. On représentait un nom par un chiffre obtenu en additionnant les valeurs numériques des lettres formant le nom; puis en divisait ce chiffre par 7 ou par 9 et on appliquait l'interprétation au reste de la division ou, si le nombre était exactement divisible, au diviseur. On avait de l'étude de l'histoire déduit certaines règles qui laissaient d'ailleurs grand jeu à l'arbitraire des mathématiciens. On combinait la divination mathématique avec l'astrologie. Une de ces combinaisons créa la géomancie dont la fortune fut grande chez les Arabes. On observait un sol constellé de points répartis au hasard et formant des groupes auxquels on donnait une certaine valeur; ces groupes étaient mis en relation avec des planètes et des maisons astrologiques; on appliquait aussi l'arithmomancie à ces calculs.

La morphoscopie.
La morphoscopie ou physiognomonie, bien que différente en principe de l'astrologie, lui fut subordonnée. On prétendit retrouver dans la forme extérieure du corps les influences astrales. Ces observations, qui frappaient beaucoup l'imagination, ont contribué à la vogue des astrologues. La chiromancie est un cas particulier de la morphoscopie astrologique; on localise les influences planétaires sur les divers points de la main. Cette méthode n'eut jamais grand prestige, mais se perpétua jusqu'à notre époque. (GE).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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