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La divination en Italie Etrusques, Latins, Ombro-sabelliens |
| La divination
italique est loin d'avoir l'importance théorique de la divination
grecque; elle a un tout autre aspect. On ne peut obtenir des dieux
quelque réponse qu'en observant les règles d'un rituel compliqué.
Les formules sont, tout et la divination devient une science qui échappe
aux profanes et se transmet dans des écoles sacerdotales; Rome La divination étrusque Le caractère essentiel de la divination
étrusque, c'est qu'elle se veut une science. Elle pratique donc
exclusivement les méthodes inductives,
à laquelle elle ajoute l'oniromancie.
Elle dédaigne la cléromancie pratiquée pourtant dans
les cités étrusques de Caere « Les Etrusques, en effet, paraissent avoir gardé vis-à-vis de leurs dieux une réserve timorée, qui ne leur permettait pas de prendre sans motif grave l'initiative des communications avec le monde surnaturel. Au lieu de poser des questions, ils attendaient que la divinité parlât, toujours prêts à surprendre dans les incidents les plus insignifiants en apparence la révélation, qui se dérobe au vulgaire, mais n'échappe pas aux yeux exercés des hommes de l'art, et la divination comme ils la comprennent n'est point, ainsi que chez les hellènes, tournée de préférence vers l'avenir : son but n'est point d'ouvrir à l'homme ayant le temps les perspectives futures, mais de provoquer les examens de conscience et de détourner pas l'expiation les maux contenus en germe dans les fautes passées. »La signification des phénomènes qui apparaissent dans les espaces célestes, foudre, vol des oiseaux, dépend de la position de l'observateur. Celui-ci dut, par conséquent, diviser le ciel en régions, de manière à en faire un temple, c.-à-d. un espace orienté, limité et divisé d'après un système dont la tradition indiquait les règles que l'on supposait résulter d'une convention avec les dieux. Cette théorie du temple, que les Romains leur empruntèrent, est une imagination des devins étrusques. Leurs livres rituels expliquaient la manière de fonder une ville, un camp, de consacrer des sanctuaires, des autels, de diviser soit le peuple en sections, soit une armée, soit la durée en siècles. La division est donc l'idée fondamentale (on dérive templum de la racine tem, diviser). On y procède à l'aide du lituus ou crosse. On distingue un temple céleste et un temple terrestre qui en reproduit les compartiments. Le devin étrusque divise le champ céleste par deux lignes se croisant, à angle droit, au-dessus de sa tête; le cardo, dirigé selon le méridien, et le decimanus, qui le croise, créant ainsi un côté gauche et un côté droit, une partie antérieure et une partie postérieure. De l'attitude de l'observateur dépend donc l'orientation réelle du temple, et, selon les théories, l'axe du temple a été dirigé d'un côté ou d'un autre. On plaçait au Nord le séjour des dieux, mais au lieu de se tourner vers eux, on se tournait comme eux, c.-à-d. la face vers le Sud, ayant à sa gauche l'orient, côté heureux, à sa droite l'occident. La partie méridionale du temple s'appelait antica, la partie septentrionale postica, la partie orientale sinistra, la partie occidentale dextra. La confusion avec le système romain où le prêtre se tournait vers l'orient, avec le système grec où il se tournait vers le Nord, avec un autre où il se tournait vers l'occident, ayant le Nord à droite et le Sud à gauche, la conservation du vocabulaire étrusque et de ses épithètes, que l'on embrouilla avec le vocabulaire grec, a rendu inextricable le problème. La donnée essentielle est que le temple étrusque était orienté vers le Nord, le temple romain vers l'Est. Il est possible que les haruspices se soient tournés de côtés différents, selon la nature de leurs observations. Les haruspices, au moins à la dernière époque, subdivisaient le temple en seize parties, que l'on rapprocha des maisons astrologiques, les huit de l'Est étant heureuses et d'autant plus qu'elles étaient plus près du Nord, les autres funestes. Dans chaque case, on logeait un groupe divin. Dans le temple ainsi tracé, les
haruspices observaient les éclairs et le vol des oiseaux, objets
de l'art fulgural et de l'art augural. Pour l'art fulgural, les devins
toscans sont restés sans rivaux dans l'Antiquité L'art fulgural comprenait l'expiation des foudres; tout lieu frappé par le feu céleste doit être consacré; on enterre la foudre, c.-à-d. les objets qui ont gardé trace de son passage; on immolait une ou plusieurs brebis pour apaiser le dieu. L'endroit était enclos (bidental, puteal); il était interdit d'y mettre le pied. Les arbres foudroyés devenaient funestes. A ces rites se rattachent ceux de la conjuration des foudres que l'on peut soit écarter (exonare), soit attirer (elicere). L'ornithoscopie étrusque, réduite à l'art augural, a été peu usitée chez eux. Elle employait le temple quadripartite et étudiait un grand nombre d'oiseaux; Pline dit que dans les livres toscans sont nommées des espèces que nul ne connaît plus. A l'occasion, les haruspices tenaient compte des actes instinctifs des quadrupèdes. Comme tous les peuples, les Etrusques ont utilisé le sacrifice comme moyen de divination. Ils ont porté à sa perfection l'extispicine. Ils distinguaient deux cas : 1° les victimes dont le sacrifice est fait pour offrir aux dieux la vie d'un être (hostiae animales) et ils ont attribué à ces sacrifices une efficacité extraordinaire, puisqu'on peut ainsi libérer une âme des enfers;L'aspect général des viscères était une indication précieuse qui donnait le sens général du présage; puis on étudiait les organes fatidiques, surtout le foie. Après l'examen anatomique venait la cuisson des entrailles; mêlées à des morceaux détachés des membres et saupoudrées de farine salée, elles étaient présentées à la flamme de l'autel; pour les bêtes à cornes, on procédait à une cuisson préalable dans une chaudière. Les altérations qui se produisaient au cours de ces opérations donnaient lieu à un examen attentif. Les Romains restèrent toujours fidèles à l'extispicine toscane, d'autant qu'on pouvait répéter la cérémonie pour corriger des présages fâcheux donnés par la première victime. La procuration des prodiges était « l'ensemble des mesures prises par les hommes après un phénomène mira culeux auquel par prudence on suppose à priori un caractère comminatoire pour rentrer en grâce auprès des puissances surnaturelles. »Il était essentiel pour un individu et pour un Etat de ne pas se tromper. Mais le problème était très difficile. Il faut d'abord discerner le prodige du simple accident et découvrir l'intervention divine. Les méthodes et les classifications sont semblables à celles de l'onirocritique. Une fois le prodige constaté, on en détermine l'auteur; on y arrive par une connaissance du caractère des dieux; souvent on remarque que plusieurs se plaignent à la fois. Il s'agit ensuite de savoir de quoi ils se plaignent et de déterminer la satisfaction qu'on leur accordera. Voici le début de la consultation donnée en 58 av. J.-C. par des haruspices toscans aux conservateurs romains. « Attendu que dans le terroir Latinien on a entendu un cliquetis accompagné de frémissement; que dans le terroir voisin, appartenant à la ville, s'est fait ouïr un certain bruit sourd et un effrayant tintement d'armes; il a été reconnu que les réclamations viennent de Jupiter, Saturne, Neptune, Tellus, dieux célestes; parce que des jeux ont été célébrés avec trop de négligence et pollués, que des lieux sacrés et religieux sont détournés à usage profane [...]. »Les expiations par lesquelles on parait aux dangers signalés par les prodiges, avaient pour résultat d'effacer la souillure encourue et de restituer toute la faveur divine au coupable. Elles amélioraient donc l'avenir. Une des conceptions les plus curieuses
de la divination toscane se réfère à l'action des
prodiges sur la vie humaine dont les fatalités naturelles déterminent
les grandes lignes. De même que l'espace est divisé par les
lignes du temple, de même les haruspices divisent la durée
en périodes, particulièrement la vie humaine en étapes
que leur science mesure. La vie d'un humain ou d'une société
comprend un certain nombre de périodes, de durée variable;
on peut par l'observation de prodiges s'apercevoir du passage de l'une
à l'autre. Les événements de l'existence se répartissent
entre ces périodes, mais leur ordre peut-être modifié
par un accord intervenu entre les humains et les dieux; on peut même
leur substituer des équivalents. La somme totale seule est immuable.
Naturellement cette faculté de transposition va en diminuant à
mesure qu'on approche du terme de la vie, et la vieillesse est bien plus
soumise à la fatalité naturelle que la jeunesse. Les prodiges
ont donc un caractère bien moins impératif dans la jeunesse,
et les dieux font d'autant plus de concessions au postulant qu'il a encore
plus de jours à vivre. On divisait l'existence humaine en douze
semaines d'années; jusqu'à soixante-dix ans on peut par la
prière et les rites ajourner les échéances fatales;
passé cet âge on ne doit plus le demander et on ne pourrait
l'obtenir des dieux. Au delà de quatre-vingt-quatre ans, les humains
perdent leur intelligence, et les prodiges ne se font plus pour eux. Il
faut observer que la durée des années et des semaines d'années
de la divination étrusque est variable
et ne répond pas au sens astronomique de ces mots. On peut dans
quatre-vingt-quatre aunées en embrasser beaucoup plus on moins.
En principe; les prorogations accordées par les dieux ne doivent
pas dépasser dix ans. Bouché-Leclercq a dit que la division
par 7 et 12 est récente, empruntée aux astrologues
et substituée à une plus ancienne où l'humain comme
la société avait à vivre huit âges de dix siècles
ou dix années; le nombre huit étant fourni par la division
du temple, le nombre dix par le système décimal usité
dans toute l'Italie Ayant indiqué les méthodes
de la divination toscane, il nous reste à parler de ceux qui les
appliquaient, les haruspices. On ne les connaît malheureusement guère
qu'au dehors. En Etrurie La divination italique La divination toscane méritait d'être
traitée à part en raison de l'originalité de ses théories
et de ses méthodes. II nous faut à présent examiner
celles des autres populations de l'Italie Nous n'avons pas pu reproduire ici la division
faite pour les Grecs entre la divination
intuitive et la divination inductive.
Les Italiens, peu mystiques, n'ont pas eu
d'eux-mêmes l'idée de cette inspiration intérieure
qui met en rapport intime l'âme humaine et l'esprit divin. La révélation
est apportée par des dieux ou des génies
qui la formulent en un langage clair et intelligible pour leurs auditeurs.
L'Italie n'a ni prophètes, ni héros,
parce qu'elle ne conçoit pas la fusion de la nature divine et de
la nature humaine. Ceux qu'on pourrait citer ont été imaginés
sous l'influence grecque. Les instruments de la révélation
sont donc des génies; les Lymphes des fontaines, les Camènes
romaines, les Fata scribunda, fées qui prédisent
la destinée des nouveau-nés, Carmenta,
Caneus, Picus, Faunus
et Fauna. Aucun n'est bien localisé et
n'eut d'oracle. Les Grecs, remaniant les vieilles
légendes
romaines, les ont transformées en prophètes. Au IIIe
siècle av. J.-C. parurent les prophéties qui furent mises
sous le nom du devin Marcius. Ces Carmina Marciana
obtinrent un certain crédit; mais ils ont évidemment été
fabriqués. En somme, la divination italique ne goûte comme
procédé de révélation que la voix divine s'adressant
directement aux humains. Il en est souvent question dans les légendes
du Latium Les présages fortuits ont joué dans la vie des superstitieux Latins un grand rôle; nulle part le clédonisme ne fut d'une application plus fréquente. Les présages que donnait la parole humaine par allusion involontaire étaient les omina. Le sens du mot omen fut étendu à tout ce que les Grecs appelaient symbole, c.-à-d. à tous les accidents fortuits où l'on croyait voir des signes de la volonté divine. Ceci conduit à une classification générale des signes divinatoires observés par les Italiens : les prodiges, signes manifestes de l'intervention divine qui ont une valeur propre; les omina, présages fortuits dont la valeur dépend en grande partie de la fantaisie de l'observateur; les auspices, signes convenus dont le sens a été fixé d'avance par une convention entre l'humain et les dieux. Nous n'avons rien à ajouter à ce qui a été dit précédemment des prodiges. Nous examinerons les deux autres moyens divinatoires. On trouvera au paragraphe consacré
au clédonisme des Grecs les
indications générales sur cette méthode. Elle prit
à Rome un développement tel que dans la pratique journalière
elle fut la divination tout entière; la subtilité casuistique
des Romains la compliqua. Le principe fondamental
est que l'omen n'a pas de valeur et d'efficacité indépendante
de la volonté de l'observateur; il est créé par ce
dernier avec les éléments que lui fournit le hasard; il peut
accepter ou rejeter cette oeuvre de son propre esprit. La complaisance
des dieux ne s'en offusque pas. En somme, l'idée génératrice
est « la croyance au pouvoir magique des formules, à l'efficacité
intrinsèque des mots ». De là le soin qu'on prend de
ne choisir pour les individus et les cités que des noms de bon augure,
les favorisant ainsi d'un omens perpétuellement heureux qui peut
profiter à tous leurs actes; on fait de Malveis Beneventum La cléromancie ou divination par
les sorts confine à la clédonomancie. La parole humaine conduite
par un hasard providentiel éclaire les événements
par voie d'allusion. La cléromancie marque la transition vers les
auspices, parce que la spontanéité de l'observation y est
moindre; les sorts sont des signes demandés (impetrata) et
non s'offrant d'eux-mêmes (oblativa) comme les omina.
Ils n'offrent pas à beaucoup près des ressources aussi variées;
mais ils donnent plus de satisfaction an sentiment religieux par les cérémonies
et les rites qui assurent à la consultation une certaine solennité,
Les seuls oracles, italiens ont été
cléromantiques. Ceux de Caere (Agylla) L'oracle de la Fortune d'Antium A Padoue, comme à Préneste, au IIIe siècle ap. J.-C. on a adopté pour ces inscriptions des vers de Virgile. Les sorts virgiliens ont été très en vogue dans la décadence romaine. Ils avaient l'avantage de pouvoir être employés partout et sans faire intervenir de sacerdoce. On a donné le nom de stichomancie à la méthode qui consistait à écrire sur des tablettes des vers d'Homère, de Virgile, des chants sibyllins, et à en tirer une au sort pour apprendre l'avenir ou la réponse à une question posée. Les méthodes dont il vient d'être
question ont un caractère de spontanéité; elles sont
appliquées par la divination libre, vivant encore de sa vie propre;
mais l'esprit formaliste des Latins leur a préféré
pour le service public des méthodes plus précises, «
immobilisées dans des formules toutes faites, des signes convenus
et des interprétations obligatoires. » A celles-ci s'applique
le nom d'auspices, emprunté à
l'orni thoscopie. Servius définit l'auspicium comme «
un vol d'oiseaux qui indique s'il faut mettre à exécution
ou laisser de côté un dessein déjà formé
». La question est donc simple; les dieux y répondent oui
ou non, et l'art augural a indiqué d'avance les règles qui
permettent de traduire la réponse dans le sens positif ou négatif.
On la demande à plusieurs méthodes auxquelles on à
appliqué le nom d'auspices par généralisation; on
observe la marche des animaux, les entrailles desvictimes, les signes météorologiques.
Les augures Marses et Sabins furent les plus
renommés; ils pratiquaient l'ornithoscopie. La fonction historique
des auspices fut de maintenir les rapports entre la cité et les
dieux. Le rituel augural d'Iguvium a été transmis par les
Tables
Eugubines La divination
romaine a réduit par élimination au minimum les questions
posées aux dieux et les méthodes employées pour connaître
leur réponse. La demande est toujours la même Les dieux approuvent-ils
ou non l'action que je vais entreprendre? L'interdiction peut être
levée dès le lendemain par des auspices favorables. Mais
ainsi desséchée la divination est encore le support de tout
l'édifice politique, c'est elle qui légitime l'autorité.
La seule méthode est l'or nithoscopie à laquelle on ajoute
l'observation des signes manifestés dans les espaces célestes.
Comme on avait réduit outre mesure la part de l'imagination, il
fallut faire quelques concessions aux divinations étrangères;
pour la procuration des prodiges, on s'adressa aux Etrusques;
en d'autres cas, à Delphes;
enfin on accepta les Livres sibyllins La divination ayant été incorporée
par les Romains au culte public, ils virent d'un mauvais oeil la divination
libre; mais lorsqu'ils eurent annexé les régions helléniques,
ils furent obligés d'en tenir compte. Ils la réglementèrent,
ce à quoi les Grecs n'avaient pas songé. En 213, on détruisit
les livres de prophétie; en 139, on expulsa de Rome
les devins chaldéens qui
bientôt reparurent plus- nombreux. Sous l'Empire « Quiconque consulte sur la vie du prince ou sur l'Etat en général les mathématiciens, sorciers, haruspices,, vaticinateurs, est puni de mort avec celui qui aura fait la réponse. »Dioclétien fut très hostile à l'art divinatoire. Les empereurs chrétiens renchérirent encore, à l'exception du premier Constantin qui fut tolérant. Après une courte faveur sous Julien, les devins furent traqués à la fin du IVe siècle. La grande per sécution de Théodose frappa les pratiques divinatoires comme tout le culte païen. Les chrétiens partageaient d'ailleurs, au sujet de l'efficacité de divination, toutes les idées de leurs adversaires, attribuant aux démons ce que ceux-ci révéraient et réclamant pour eux les vrais thaumaturges et les bons génies. Mais ils ne conservent que la divination intuitive. Le christianisme et la divination L'attitude des chrétiens fut très simple. Ils ne contestèrent nullement le principe d'une révélation surnaturelle, mais ils attribuèrent celle des païens à l'inspiration des démons. La doctrine fut fixée par saint Augustin. « Les démons ont des facultés supérieures aux nôtres [...]; en possession d'une expérience accumulée durant des siècles, ils découvrent et interprètent bien des signes ou pronostics naturels inconnus aux hommes; ils saisissent également la pensée de l'homme dans les modifications les plus imperceptibles des organes physiques. Enfin ils connaissent les causes surnaturelles, la pensée de Dieu qu'ils surprennent dans les prophéties, et leurs propres desseins. Il est telle prédiction qui annonce simplement ce que les démons vont faire eux-mêmes ou faire faire par d'autres, » (Bouché-Leclercq).Sur les principes il y a donc accord parfait entre le paganisme et le christianisme, et la divination sort à son avantage du grand débat engagé à son propos. Le christianisme l'accepte, élimine les rites antérieurs entachés de magie en se contentant de la prière, mais il conserve toute la divination intuitive, songes, visions, extase prophétique. (GE). |
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