 |
La Vie et les
Aventures de Robinson Crusoé, célèbre roman
anglais, publié par Daniel Defoë en
1719. Le succès en fut tel, que l'auteur publia une suite, puis
une 3e partie toute morale,
qui ne réussit point. On ne saurait dire si Defoe eut autre chose
en vue que de faire un livre amusant. En voyant son héros se reprocher
sans cesse de n'avoir pas écouté les remontrances de son
père, déplorer les dangers et les malheurs qui le frappent
comme le juste châtiment de sa désobéissance, reporter
douloureusement sa pensée vers les biens dont l'a privé sa
funeste passion pour les voyages, on pourrait croire qu'il a voulu inspirer
à ses concitoyens l'aversion des courses maritimes, et que la moralité
de son livre est qu'il y a folie à courir les aventures, quand on
est à peu près assuré de vivre sur terre. Ce serait
un but assez étrange chez un Anglais, jaloux de la gloire et de
la prospérité de son pays.On peut supposer que, tout en donnant
à Robinson un sentiment vif et profond de ses peines au moment où
il les éprouve, et en même temps une passion irrésistible
qui l'entraîne toujours à de nouveaux voyages, Defoe a voulu
faire connaître aux jeunes marins que leur profession a des charmes
qui surpassent tous les maux auxquels ils peuvent être exposés
: il aurait ainsi servi les intérêts de sa patrie avec une
étonnante adresse, puisqu'il aurait tendu et serait arrivé
à ce but par des chemins dont la direction y semble opposée.
Ce qui est certain, c'est que le Robinson Crusoé a toujours
eu de nombreux et avides lecteurs dans la marine anglaise : le matelot
prend un grand plaisir à tous les expédients que Robinson
imagine pour se nourrir, se loger et se vêtir sur une terre abandonnée;
il compte bien les mettre en usage et en inventer de meilleurs encore,
si la tempête le jette seul aussi sur quelque plage déserte;
les ressources que Robinson fournit d'avance à son esprit pour se
tirer d'une position critique sont plus propres à lui déguiser
les dangers de sa profession, que ses doléances ne sont capables
de lui en inspirer le dégoût, et il doit lui sembler qu'en
pareil cas il prendrait mieux son mal en patience, qu'il ne s'abandonnerait
ni aux mêmes plaintes, ni aux mêmes terreurs. Sans avoir autant
de popularité qu'en Angleterre, Robinson Crusoé a
obtenu dans tous les pays de l'Europe un grand et durable succès.
C'est partout le livre de l'enfance et
de la première jeunesse, qu'il charme par l'intérêt
des situations et le merveilleux des accidents, et qu'il captive en leur
donnant des notions légères, mais assez fidèles, sur
les arts mécaniques, la navigation, le commerce, les climats, les
différentes sortes d'hommes et d'animaux, les productions naturelles,
les institutions sociales, etc. J.-J. Rousseau,
qui y trouvait beaucoup d'analogies avec le système d'éducation
naturelle qu'il préconisa dans l'Émile
en faisait une estime toute particulière. Pour les esprits les plus
élevés et les plus difficiles, Robinson Crusoé
se recommande par la naïveté des récits, des réflexions
et du style : de tous les voyages imaginaires, c'est celui qui porte au
plus haut degré d'illusion le caractère de la vraisemblance.
Aussi fut-on longtemps persuadé que Defoe
avait fait une relation d'aventures véritables, et qu'il avait publié,
en changeant seulement les noms et les dates, le journal d'un matelot écossais,
Alexandre
Selkirk, abandonné de 1704 à 1709 dans l'île Juan-Fernandez.
Toutefois, l'intérêt du roman faiblit lorsque Robinson n'est
plus seul, lorsque Vendredi, puis deux autres personnages, viennent partager
son sort et l'aider de leur industrie. L'ouvrage devrait finir, quand un
vaisseau le tire de son île : tout ce qui suit est vulgaire et presque
ennuyeux. Les lecteurs qui ne sont pas Anglais, et qui n'ont point pour
les discussions religieuses le goût que l'Angleterre avait pour elles
au temps de Daniel Defoe, peuvent encore blâmer les fréquentes
et longues dissertations théologiques de Robinson, là
où il s'agit de l'éducation chrétienne de Vendredi
et de la conversion de Guillaume Atkins. (B.).
 |
En
bibliothèque - On a fait beaucoup
d'imitations de Robinson Crusoé : la meilleure est le Jeune
Robinson, par Campe, Hambourg, 1780, 3 vol. in-12. |
|
|