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| Jean
de France, duc de Berry est né le 30 novembre 1340, mort
le 15 juin 1416. Il était le troisième fils de Jean
II, roi de France, et de Bonne de
Luxembourg. Il naquit au château du
Bois de Vincennes Le jeune prince reçut
une instruction remarquable. De même, que son frère aîné,
le roi Charles V, il aima toujours les lettres
et les arts. Il avait une grande vivacité d'esprit et égalait,
dit-on, s'il ne les surpassait en éloquence, les plus célèbres
orateurs de son temps. Il n'avait pas encore seize ans quand il eut à
défendre contre les Anglais l'apanage
qu'il venait de recevoir. Il fit ses premières armes a la désastreuse
journée de Poitiers (19 septembre 1356). Avec ses frères
aînés, Charles, duc de Normandie A la même époque,
il fut emmené captif en Angleterre
Le duc de Berry à table. Détail d'une miniature de ses Très Riches Heures (janvier). La médiocrité
de ses talents et la nature de ses goûts ne lui permirent pas de
jouer un rôle bien remarquable à côté de ses
frères, plus audacieux, plus actifs ou plus habiles. Charles
V lui restitua, en 1373, le Poitou, repris aux Anglais, mais, quand
il rendit sa fameuse ordonnance sur la majorité des rois (août
1374), il n'assigna aucune fonction au duc de Berry, tandis qu'il réservait
la régence et la tutelle au duc d'Anjou et au duc de Bourgogne Cette soumission
n'empêcha pas le duc de châtier et de pressurer avec une cruauté
et une rapacité impitoyables les malheureuses populations déjà
tyrannisées pendant seize ans par son frère (1364-1380).
De tous côtés paysans et ouvriers prirent les armes. Alors
éclata la formidable révolte des Tuchins ou Coquins
(1382). Le duc les battit, les traqua sans pitié. Avant d'avoir
pu étouffer cette insurrection, il fut appelé par ses frères
pour combattre les Flamands, révoltés
aussi contre leur seigneur, Louis de Male, beau-père du duc de Bourgogne.
Il prit part à la bataille de Rosebeke, où les Flamands furent
vaincus (11 novembre 1382), puis à la répression sanglante
infligée aux Parisiens, qui s'étaient
également mutinés. Les Etats du Languedoc, réunis
à Lyon,
durent voter, comme ceux des pays de Langued'oil, le rétablissement
des taxes arbitraires et, en outre, une somme de 300,000 francs pour payer
l'amende exigée par le duc de Berry (1383). En 1384, il alla négocier,
à Leulinghen, près de Calais Le duc de Berry se
rendit ensuite à Avignon,
en passant par le Poitou et l'Auvergne, pour écraser la révolte
des Tuchins, qui s'était, propagée jusque dans ces provinces
(avril 1384). Après avoir conféré avec Clément
VII et châtié cruellement les rebelles, le duc revint
à Paris.
Il voulut faire arrêter P. de Craon, qu'il accusait d'avoir retenu
l'argent destiné au duc d'Anjou, mort en Italie Le duc de Berry,
jaloux de la grande influence du connétable sur le jeune roi, ne
fit rien pour venir en aide à Clisson. Il voulait bien partager
le pouvoir avec le duc de Bourgogne Le duc de Berry assista
au mois d'août 1389, à l'entrée
solennelle de la reine Isabeau de Bavière
à Paris.
Il ne put empêcher le jeune roi d'aller faire lui-même une
enquête dans le Languedoc (novembre 1389). Cette enquête révéla
des abus monstrueux. Charles VI fit arrêter les principaux officiers
de son oncle. Le plus compromis d'entre eux, Bétisac, fut condamné
à mort et brûlé à Toulouse
(décembre 1389), quoique le duc de Berry eût fait tous ses
efforts pour le sauver. Un des réformateurs du Languedoc Charles VI ayant
voulu marcher contre le duc de Bretagne, qui avait donné asile au
meurtrier, le duc de Berry le suivit, après avoir essayé
vainement de le retenir. Quand le roi fut frappé de démence,
pendant cette expédition (5 août 1392), il était auprès
de lui et il le ramena au Mans,
puis à Paris.
Alors les ducs ressaisirent le pouvoir et se vengèrent des Marmousets.
La jeune duchesse de Berry obtint cependant la grâce de Bureau de
La Rivière, qui avait contribué à son mariage. Il
est fort douteux que le duc de Berry ait osé reprendre, comme on
l'a dit, le gouvernement du Languedoc Dans l'affaire du
schisme, il prit parti pour Clément VII,
sans pouvoir empêcher Clémangis et l'Université
de Paris de proposer à la fois la déposition de cet antipape
et de Boniface IX. Il ne réussit pas
mieux à intimider Benoît XIII,
élu après la mort de Clément VII (16 septembre 1394)
et qui refusa d'abdiquer. En 1396 (mars), il négocia une trêve
de vingt-huit ans avec le jeune roi
d'Angleterre, Richard II, et
le mariage de ce prince avec Isabelle, seconde fille du roi
de France. Il accompagna ensuite Charles VI dans l'entrevue qu'il eut,
entre Guines Il intervint, à
cette époque, dans la rivalité ardente qui allait mettre
aux prises les ducs d'Orléans et de Bourgogne. Il les réconcilia
une première fois, dans une entrevue qui eut lieu chez lui, à
l'hôtel de Nesle, le 14 janvier 1402, mais il n'abandonna pas, pour
cela, le duc de Bourgogne, son frère. Quand Philippe
le Hardi mourut (27 avril 1404) le duc de Berry était lui-même
fort malade à son château de
Bicêtre. Il éprouva un vif chagrin et parut se repentir de
ses méfaits, ce qui ne l'empêcha pas de revenir bientôt
aux mêmes agissements. Pendant la lutte qui éclata ensuite
entre ses neveux, Louis d'Orléans et le nouveau duc de Bourgogne,
Jean
sans Peur, le duc de Berry continua son rôle de médiateur,
en inclinant plutôt vers le duc de Bourgogne. C'est ainsi qu'il approuva
Jean sans Peur d'avoir enlevé et conduit à Paris
le dauphin Louis, pour le soustraire au duc d'Orléans et à
la reine Isabeau, son alliée (août 1405). Les deux princes,
maîtres de la capitale, rendirent alors aux Parisiens les droits
qui leur avaient été ôtés en 1383 et le duc
de Berry fut nommé capitaine de Paris. La guerre civile allait commencer,
quand il parvint à réconcilier ses deux neveux (16 octobre
1405). Ce ne fut pas pour longtemps. Le duc d'Orléans, après
une expédition malheureuse contre les Anglais
en Guyenne (1406), étant revenu à Paris (janvier 1407), se
brouilla encore avec Jean sans Peur. Le 20 novembre, le duc de Berry opéra
un nouveau rapprochement entre les deux rivaux, qui entendirent la messe
et communièrent ensemble. Le 22, il les réunit dans un festin,
pour achever leur réconciliation. Le lendemain, le duc d'Orléans
était assassiné.
Jean de France, duc de Berry. Statue dans la cathédrale de Bourges. © Photo : Serge. Jodra, 2009. Le duc de Berry se trouvait dans une situation embarrassante. « Je perds aujourd'hui mes deux neveux », s'écria-t-il quand le meurtrier lui eut lui-même avoué son crime. Il assembla plusieurs fois le conseil du roi à l'hôtel de Nesle et refusa d'y recevoir Jean sans Peur, mais il n'empêcha pas sa fuite. Quand le duc de Bourgogne voulut revenir à Paris, son oncle alla le trouver à Amiens et fit de vains efforts pour le détourner de ce projet. Il ne fut pas plus écouté à Saint-Denis, où il vint lui défendre, au nom du roi, d'entrer dans la capitale. Le 8 mars 1408, il entendit, à l'hôtel Saint-Paul, l'impudente justification de Jean sans Peur par le cordelier Jean Petit, puis, le 11 septembre, au Louvre, les éloquentes accusations portées par l'abbé de Sérisy contre l'assassin de L. d'Orléans, au nom de sa veuve et de ses enfants. Peu après, il suivit à Tours le roi, la reine et le dauphin (novembre 1408). Il essaya encore d'empêcher la guerre civile en réconciliant les fils de L. d'Orléans avec Jean sans Peur, par le traité de Chartres (9 mars 1409). Il ne semble pas qu'il ait fait de sérieux efforts pour soustraire à la vengeance du duc de Bourgogne le grand-maître Jean de Montaigu, dont le frère, Gérard, était son chancelier. Après le supplice
de Montaigu (17 octobre 1409), le duc de Bourgogne apaisa, dit-on, le ressentiment
de son oncle, en lui donnant une part de ses dépouilles. Le duc
de Berry conseilla lui-même de confier à Jean
sans Peur la garde et le gouvernement du dauphin (27 décembre
1409). Malgré toutes ses complaisances, le duc de Bourgogne lui
témoigna peu de gratitude et voulut accaparer tout le pouvoir. Alors
le duc de Berry se laissa gagner par les princes d'Orléans et leurs
partisans, dont le chef était son gendre, Bernard d'Armagnac. Il
entra dans la ligue de Gien, formée contre le duc de Bourgogne (15
avril 1410) et prit part à la première guerre entre les Armagnacs
et les Bourguignons. C'est à son
château de Bicêtre que fut conclu le traité du 2 novembre
1410, qui termina cette guerre. Les hostilités ayant bientôt
recommencé, le duc de Berry vint, avec les Armagnacs, guerroyer
aux environs de Paris (septembre-novembre 1411). Il perdit alors la popularité
dont il jouissait auprès des Parisiens. Ils lui enlevèrent
la capitainerie de leur ville saccagèrent l'hôtel de Nesle
et allèrent, avec le boucher Legoix, incendier le magnifique château
de Bicêtre. Traité comme rebelle, il perdit encore le gouvernement
du Languedoc Le duc de Berry revint
ensuite à Paris
(septembre 1412). Un peu plus tard, il s'interposa encore, comme médiateur
entre les Armagnacs et les Bourguignons,
toujours ennemis, malgré le traité de Bourges. Il blâma
les violences de Jean sans Peur et les excès de ses alliés,
les Cabochiens. Il assista, le 25 mai 1413,
à la séance royale où fut promulguée la fameuse
ordonnance cabochienne, élaborée par l'Université
de Paris. Il négocia le traité de Pontoise
(31 juillet 1413) dans le but de réconcilier les deux factions rivales,
puis, avec l'avocat-général J.
Jouvenel des Ursins, il provoqua une réaction victorieuse de
la bourgeoisie contre les Cabochiens, contraignit. Jean
sans Peur à s'éloigner et put ainsi triompher les Armagnacs
(août 1413). La capitainerie de Paris et le gouvernement du Languedoc
lui furent rendus (21 octobre 1413) et il exerça quelque temps le
pouvoir, au nom du roi et du jeune dauphin, Louis, duc de Guyenne Quelques jours auparavant,
le 7 juin, il s'était fait lire son testament, daté du 25
mai 1416. Il laissait de grandes richesses et des dettes considérables.
Ses prodigalités, ses dépenses ruineuses avaient absorbé
ses revenus, avec les sommes énormes qu'il s'était procurées
par tous les moyens. N'ayant pas d'héritier mâle, il léguait
ses domaines au roi et au dauphin. Les chroniqueurs du XVe
siècle ont loué les grandes qualités qu'ils lui prêtent
avec une complaisance ou une naïveté suspecte, mais il est
plus juste de dire que, pendant sa longue carrière, il a fait beaucoup
de mal, par son égoïsme et sa rapacité. Au lieu d'imiter
en tout son frère Charles V, il n'avait
guère cherché dans l'exercice du pouvoir que les moyens de
satisfaire ses goûts pour le faste, le luxe, les constructions grandioses.
Il avait fait bâtir ou achever de somptueux édifices : à
Poitiers,
le palais, le château situé
à une des extrémités de la ville, vers le Clain, la
cathédrale,
la grosse tour de l'Horloge; à Bourges,
le palais, la grosse tour et la Sainte-Chapelle, enrichie d'un merveilleux
trésor; à Riom On peut citer encore
le magnifique château de Mehun-sur-Yèvre Selon ses dispositions testamentaires, le duc de Berry fut inhumé dans la Sainte-Chapelle du palais de Bourges, qu'il avait ornée avec tant de prédilection. Il avait d'ailleurs fait de riches dons à d'autres églises, à celles de Bourges, au monastère de Saint-Denis, à Notre-Dame-de-Paris. Sa statue en marbre blanc, placée autrefois sur son tombeau, se trouve aujourd'hui dans la crypte de la cathédrale de Bourges. Il était surnommé le Camus. Sa devise était : le temps venra. Après la mort
de sa première femme, Jeanne d'Armagnac (mars 1387), le duc de Berry
avait demandé vainement la main de Catherine de Lancastre, fille
de Jean, duc de Lancastre, et petite-fille du roi Edouard
III. Il épousa, en secondes noces (juin 1389), Jeanne,
qui devint comtesse de Boulogne |
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