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L'imagerie

Imagerie est un terme collectif qui dérive du mot image, et dont l'acception primitive était autrefois assez vaste. Au Moyen âge et durant la Renaissance, toute oeuvre de peinture ou de sculpture, sans distinction de matière première, et généralement même tout travail de décoration, portait le nom d'image. Les imagiers (ymaigiers), imagers ou tailleurs d'images représentaient des professions variées, plus ou moins spécialisées : ils étaient peintres, doreurs, sculpteurs, graveurs, ciseleurs, estampeurs, incrustateurs, etc. 

En dehors des travaux de peinture et de sculpture proprement dits, les imagiers s'employaient encore à la décoration du mobilier civil et religieux, à celle des lambris et plafonds, et à toute ornementation architecturale. Ils constituaient deux puissantes corporations; l'une comprenait les artisans dont la profession exclusive était de sculpter les matières dures; l'autre, ceux qui s'adonnaient en plus à tous les travaux de peinture. 

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Imagerie sur le portail central de Notre-Dame de Paris.
Détail de l'imagerie sculptée sur les voussures du portail du Jugement Dernier 
de Notre Dame de Paris

Jusque vers le milieu du XVIe siècle, les artistes les plus éminents se contentaient de cette modeste qualification, qui s'appliquait également à des graveurs sur bois et sur métal. Pendant longtemps, toute gravure n'était désignée autrement que par le mot «-image », lequel perdait de plus en plus sa signification première, pour finir, au XVIIIe siècle, par ne plus être employé qu'à dénommer une estampe commune. Ce terme remonte ainsi à l'origine de l'art de la gravure, dont le but primitif était l'édification religieuse des fidèles, sans aucun but artistique. Les tailleurs de ces images avaient pour collaborateurs les dominotiers, chargés de leur enluminure. Le vocable estampe fut enfin réservé pour des gravures ayant un cachet d'art. L'industrie de l'imagerie se perpétua et resta dans le domaine populaire, tout en changeant de caractère selon la marche des idées et les vicissitudes de la vie publique. 

L'imagerie médiévale et son symbolisme.
Les imagiers, de même que les tailleurs-folliagers (aujourd'hui ornemanistes) du Moyen âge, exécutèrent dans leurs travaux de nombreux symbolismes qui n'ont pas tous été expliqués, tant s'en faut, ou du moins qui ont été expliqués fort diversement, et, disons-le, parfois d'une manière absurde, parce que certains archéologues ont prêté aux imagiers du Moyen âge des idées fort subtiles, dénuées de justesse et trop souvent puériles; idées tellement subtiles qu'à coup sûr n'ont jamais eues les tailleurs de pierre qui sculptaient les nombreux symbolismes. 

Au Moyen âge on donnait aux textes bibliques quatre interprétations différentes, le sens historique, les sens allégorique, analogique et tropologique. De là encore une grande difficulté pour expliquer le symbole d'objets divers.
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Imagerie animalière du IVe ou Ve s., sur la porte de l'église Santa Maria del Carmine, à Venise.
 © Photos : Serge Jodra, 2009-2012.

L'imagerie (iconographie) religieuse médiévale a utilisé comme symbolisme les plantes, les animaux et l'humain. Nous n'entreprendrons pas d'énumérer les innombrables interprétations données à ce sujet, car elles nous mèneraient beaucoup trop loin; nous nous bornerons à signaler le symbolisme le plus généralement admis et qui nous paraît aussi le plus logique, à savoir, que la vigne était un emblème de résurrection et que les raisins faisaient allusion aux joies de la vie future, réservées aux élus, c'est-à-dire aux justes. 
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Loches : imagerie médiévale.
Animaux fantastiques du portail de l'église Saint-Ours, à Loches (Indre-et-Loire).
 © Photos : Serge Jodra, 2009-2013.

Voici l'explication de quelques symboles les plus fréquemment représentés dans l'imagerie médiévale :

Agneau. - Un des nombreux symboles de Jésus-Christ et qui symbolise aussi les chrétiens. Le nimbe est un attribut exclusivement réservé à l'Agneau de Dieu, mais il ne paraît guère sur les monuments que vers le commencement du Ve siècle. - L'agneau, symbole des chrétiens, est fréquemment représenté dans des mosaïques sur lesquelles on voit des agneaux sortant de deux cités et se dirigeant vers l'Agneau de Dieu placé au sommet d'une montagne. Les deux cités sont Jérusalem et Bethléem, le troupeau sortant de la première de ces villes figure les chrétiens issus du judaïsme, celui qui sort de Bethléem symbolise les chrétiens issus du paganisme.

Aigle. - Cet animal symbolise la résurrection, aussi voit-on fréquemment cet oiseau représenté sur les tombeaux chrétiens. Il est probable que ce symbole a été créé par suite du verset d'un psaume où il est dit : 

« Ma jeunesse sera renouvelée comme celle de l'aigle; renovabitur ut aquilae juventus mea. »
Alpha et Omega. - Ces deux lettres, dont l'une est la première et l'autre la dernière de l'alphabet grec, symbolisent la vie terrestre qui a un commencement et une fin; elles symbolisent aussi Dieu, qui est le commencement et la fin de toutes choses.

Ancre. - Symbole de l'espérance. On voit fréquemment parmi les symboles chrétiens une ancre accostée de deux poissons. Les archéologues sont loin d'être d'accord sur le sens de ce symbole; quelques-uns le considèrent comme l'espérance dans des existences nouvelles; d'autres, comme l'emblème de la fidélité conjugale; et cependant on a retrouvé des poissons séparés par une ancre sur des tombeaux de personnes censées vierges, ce qui exclurait toute idée de mariage.

Ancre nautique. - Voy. Dauphin.

Ane. - Emblème de la patience et de la sobriété, mais aussi de la paresse et de l'entêtement. 

Aviron. - Symbole de l'effort que le chrétien doit faire pour vivre honnêtement dans cette vie, afin d'acquérir la vie éternelle.

Balance. - La balance symbolise le jugement dernier, parce que ce jour-là les âmes seront jugées suivant leurs actes; les balances représenteraient donc la pesée des âmes, comme on le voit souvent sur les bas-reliefs, notamment dans le tympan du portail de l'église d'Autun.

Basilic. - Symbole du génie du mal et de la débauche. C'est un animal fantastique qui a la tête, le col et la poitrine du coq greffés sur le corps d'un lézard à huit pattes. Vincent de Beauvais le définit ainsi :

Habet caudam ut coluber, residuum vero corporis ut gallus; «il a la partie antérieure du corps comme un coq et se termine par une queue comme un serpent. » 
Ce monstre serait sorti d'un oeuf de coq couvé par un crapaud. Sa vue seule causait la mort de l'homme; mais si celui-ci l'apercevait le premier, il n'avait rien à craindre du basilic. Il était un moyen de se défaire de cet animal : c'était de lui présenter un miroir; s'il s'y regardait, son regard seul le foudroyait lui-même.

Bélier. - Symbole du Verbe, qui signifie aussi force créatrice. Souvent on confond ce symbole avec l'agneau; le bélier guide par sa voix le troupeau dont il est le chef.

Bouc. - Le bouc symbolise Jésus-Christ, qui, bien que pur et sans péché, se chargea des impuretés et des péchés du monde. Dans le sens tropologique, cet animal symbolise les passions sensuelles.

Centaure. - Le centaure symbolise la rapidité de l'existence, la force des instincts, et particulièrement l'adultère.

Cerf. - Cet animal symbolise des idées morales assez diverses : on le considère tantôt comme le symbole du Christ, des apôtres, des fidèles, des docteurs et des pénitents ; le cerf est également l'emblème du baptême, parce que cet animal ne peut voir de l'eau sans s'y désaltérer et même sans s'y plonger; tel était le désir des nouveaux chrétiens à l'égard du baptême après lequel ils devaient aspirer ardemment avant de recevoir ce sacrement.

Chauve-souris. - Emblème de l'idolâtrie et de l'ignorance, qui, fuit la lumière de la science.

Cheval. - Le cheval symbolise à la fois les hommes simples et confiants soumis à la volonté de Dieu, comme le cheval est soumis aux volontés de son maître, ainsi que les instincts grossiers et les appétits matériels, les vices, enfin l'adultère.

Chèvre. - Symbole de la vie contemplative et de l'ubiquité du regard de Dieu.

Chimère. - Cet animal, à la fois chèvre et lion, symbolise, en même temps que la ruse, les mystères chrétiens.

Colombe. - Symbole de la pureté, de la candeur, de l'humilité, de la charité et de la prudence; la colombe symbolise également le Saint-Esprit. Quand on voit sur des tombeaux des colombes avec un rameau d'olivier au bec, cette représentation signifie : paix à l'âme fidèle qui repose dans ce tombeau; elle remplace la formule requiescat in pace. - Deux colombes buvant dans une même coupe, ce qui se voit très souvent, symbolisent la douceur et les vertus chrétiennes.

Coq. - Symbole de la vigilance. Quand il figure sur les tombeaux, il indique l'espérance et la résurrection.

Dauphin. - Emblème de la vélocité, de la diligence, de l'amour; on trouve souvent le dauphin enlacé à une ancre; les premiers chrétiens portaient souvent ces deux signes réunis sur un anneau : c'est ce qu'on nomme ancre nautique, mais on ignore la signification exacte de ces signes; sont-ils même un symbole?

Démon. - Génie du mal, esprit qui s'est révélé au premier homme, d'après la religion chrétienne, sous la forme d'un serpent; les imagiers l'ont souvent reproduit ainsi. Alfred Maury, dans son Histoire des religions, nous dit que les Pères de l'Église ont donné aux démons les mêmes caractères que ceux que l'on rencontre chez les platoniciens, et cet auteur ajoutait :

Ces écrivains (les Pères de l'Église) puisent dans les livres des Grecs; ils empruntent leurs paroles, ils s'arment de leur autorité, ils partagent toutes leurs superstitions, et c'est en se référant à Platon qu'ils déclarent l'univers livré au culte des démons, d'êtres méchants et pervers qui inondent l'atmosphère, entrent dans le corps humain, parlent par les oracles, suggèrent les pensées mauvaises et les actions coupables, habitent enfin dans les idoles que le vulgaire prend pour l'image de la Divinité, et se nourrissent du sang des victimes et de la fumée des sacrifices. [...] Tandis que les chrétiens réservent aux diables confondus avec les démons tous les caractères des démons du néoplatonisme, ils appliquent aux anges ce que les philosophes avaient rapporté au rôle bienfaisant des démons. Ils en font même des génies psychopompes qui président à la distribution et à la formation des âmes. L'héritage de Platon passa donc entièrement dans les dogmes chrétiens qui firent de sa démonologie une arme puissante pour renverser complètement le polythéisme dont elle avait déjà ébranlé la base.
L'imagerie médiévale reproduit souvent le démon sous des formes qui rappellent tantôt les reptiles, tantôt le dragon ou même le crocodile.

Dragon. - Cet animal symbolise souvent le démon, le diable. C'est un reptile ailé aux replis tortueux qui emprunte des pattes tantôt au cheval ou au lion; quelquefois il est armé des serres d'un oiseau de proie, de griffes puissantes, sa tête et son corps sont hérissés de crêtes aiguillonnées; il fascine et foudroie de son regard; sa gueule vomit des flammes; il empeste l'air de son haleine fétide. Cet animal fantastique est également tiré de la mythologie païenne; le jardin des Hespérides, la toison d'or, la fontaine de Castalie, étaient gardés par des dragons. - Dans certains monuments romano-byzantins où sont représentés des dragons, cet animal est l'emblème de la peste, de la famine et du poison; il est aussi donné comme attribut à saint Jacques le Majeur, à saint Philippe l'apôtre, à saint Victor, à saint Patrice, ainsi qu'aux deux saintes Marguerite et Marthe; mais on nomme plutôt le dragon de cette dernière sainte la Tarasque, d'où le nom de Tarascon (Bouches-du-Rhône) donné à une ville de France qui est placée sous le patronage de sainte Marthe. Du reste, suivant les villes ou localités, le nom du dragon est variable; ainsi on le nomme : la Lézarde, à Provins ; la Gargouille, à Rouen; le Gravuilly, à Metz; la Grand-Gueule ou la Bonne-Sainte-Vermine, à Poitiers.

Gargouille. - Ce terme est synonyme de Dragon. (Voy. ci-dessus.)

Griffon. - Cet animal fantastique, au corps de lion ailé, à la tête d'aigle, symbolise, quand il est pris en bonne part, le Sauveur ; en mauvaise part, le démon et les hypocrites. Un magnifique type de griffon peut se voir sur la la frise (zoophore) du temple d'Antonin et de Faustine, à Rome.

Guivre, Wivre ou Givre. - Cet animal fantastique est une sorte de dragon, de grosse couleuvre, de serpent ou de vipère, à queue ondulante, au corps rugueux, papelonné d'écailles, avec les ailes de chauve-souris, et qui symbolise donc le démon ou le diable. Il porte quelquefois des pattes de pourceau.

Harpies. - Femmes aux allures étranges qui symbolisent le démon et le repentir. Il existe également des harpies en forme d'oiseaux.

Hibou. - Symbole du Christ, le nycticorax des bestiaires latins, le nicorace du bestiaire divin de Guillaume, le trouvère normand. Chez les Athéniens, le hibou était le symbole de la prudence et de la sagesse, l'oiseau d'Athéna.

Hippo-centaure. - Cet animal, moitié cheval et moitié homme, symbolise les instincts grossiers et brutaux, la dégradation la plus abjecte où puisse précipiter la débauche.

Hippo-Cerf. - Cet être fanstastique est, comme l'indique son nom, moitié cheval et moitié cerf; il personnifie l'homme pusillanime qui se jette sans réflexion dans des voies incertaines et qui se désole bientôt de s'y être engagé.

Hirondelle. - Le symbolisme chrétien a fait de ce charmant oiseau l'emblème de l'orgueil et de la conversion.

Laurier. - Emblème de la victoire et de la gloire.

Licorne ou Unicorne. - Symbole de la chasteté et de la puissance.

Lièvre. - Symbole de la course rapide de la vie. On le retrouve assez fréquemment reproduit sur les monuments de l'antiquité chrétienne, tels que lampes, pierres gravées, pierres sépulcrales, etc.

Limaçon. - Symbole de la paresse et de la résurrection.

Lion. - Symbole de la force, de la vigilance et de la noblesse, parce que cet animal est réputé dormir les yeux ouverts ce qu'Alciat (Embl., v) exprime nettement dans le distique suivant :

Est leo, sed custos, oculis quia dormit apertis;
Templorum idcirco ponitur ante fores.
(C'est un lion, mais un gardien, parce qu'il dort les yeux ouverts;
c'est pourquoi on le place devant les grandes portes des temples).
En plaçant des lions devant la porte de ses temples, le christianisme ne faisait, du reste, qu'imiter l'Antiquité dans les âges les plus reculés, puisque nous voyons en Égypte les palais et les temples précédés par des avenues peuplées de statues de lions et de sphinx. Salomon fit également sculpter, à l'exemple des Égyptiens, des lions pour placer devant le temple de Jérusalem.

Loup. - Cet animal symbolise le démon ; il est aussi l'emblème de la cruauté et de la colère.

Lyre. - Cet instrument symbolise les âmes sensibles, qu'un rien fait vibrer. On le voit quelquefois représenté sur des pierres sépulcrales renfermant les corps de jeunes filles.

Manicore ou Manicora. - Symbole de la triple concupiscence, de la violence des tentations et des insinuations perfides. Cet animal hybride, à tête humaine, au corps globuleux, avec des pattes, se termine en queue de serpent. Une manicore se trouve sur le portail des Libraires à la cathédrale de Rouen, si riche en imagerie du Moyen âge. - A Souvigny, la manicore est un quadrupède à tête de femme coiffée d'une sorte de bonnet phrygien. Ce monstre se retrouve assez fréquemment sur les bas-reliefs des églises romano-byzantines.

Moines. - Dans les bas-reliefs des édifices le l'époque gothique, surtout aux XIVe et XVe siècles, on voit des moines et des hommes dans les tuniques à capuchon qui ont des figures grotesques et qui se trouvent. sou vent dans des poses plus qu'équivoques.

Bien des archéologues ont vu dans ces charges, dans ces caricatures, l'antagonisme des laïques et du clergé séculier contre le clergé régulier. Nous ne le pensons pas; nous supposons simplement que les imagiers aimaient, comme tous les artistes, à plaisanter et à rire; aussi, bien souvent, quand ils voyaient passer un moine dans des conditions bouffonnes, ils eu faisaient un croquis qu'ils reproduisaient ensuite sur leurs images. Nous devons ajouter aussi que les moines n'étaient pas les seuls au Moyen âge à porter le froc à capuchon; les hommes de la campagne et les pauvres habitants des villes avaient un costume analogue.

Quelques auteurs ont cru voir dans un des nombreux bas-reliefs du portail des Libraires de, la cathédrale de Rouen, dans un moine avec la tête et le corps d'un pourceau qui joue de la vielle à archet, une satire contre l'intempérance bien connue des moines. Nous serions porté à croire que la satire est plutôt dirigée contre l'intempérance non moins célèbre des ménestrels. Ce n'est pas que nous voulions excuser la lubricité des moines d'alors, qui s'est perpétuée jusqu'au milieu du XVIIe siècle dans la personne de Mathurin Picard, directeur d'un couvent de religieuses de Rouen; mais nous pensons que dans cette caricature le personnage est plutôt un ménestrel qu'un moine. Nous ferons remarquer également combien dans cette image la position des doigts, aussi bien de la main qui tient l'archet que de celle qui travaille sur les cordes, est parfaitement indiquée.

Monstres hybrides. - Ces monstres symbolisent des idées fort complexes; ils expriment, en général, les vertus et les vices inhérents à chacun des animaux qui concourent à la formation du monstre hybride, qui a presque toujours une signification dans l'iconographie chrétienne.

Noix. - Symbole de la perfection. La noix est aussi un des symboles du Christ. Certains Pères de l'Église, notamment saint Augustin et son contemporain saint Paulin, expliquent d'une façon bien subtile, selon nous, ce dernier symbolisme, en disant que la noix a dans son corps trois substances : le brou, la coquille, et l'amande; le brou représente la chair; la coquille les os, et l'amande l'âme; d'où saint Augustin tire cette conclusion : 

« Le brou de la noix signifie la chair du Sauveur, laquelle a eu en soi l'âpreté et l'amertume de la passion; l'amande montre la douceur intérieure, de la Divinité, qui fournit la nourriture, et remplit l'office de la lumière ; quant à la coquille, elle représente le bois de la croix qui, par son interposition, a séparé notre âme de notre corps, mais qui aussi a réuni, par l'imposition du bois sacré, les choses terrestres et célestes.  » (S. Aug., Serm. de temp. dom. ant. Nativ.)
Obscena. - Les sujets obscènes qu'on voit en si grand nombre sur les bas-reliefs qui décorent les façades des édifices religieux seraient, suivant l'opinion de divers archéologues, la personnification des vices, des passions et des péchés. Ils seraient là, dit Caumont (Abécédaire d'archéologie); 
« pour avertir les fidèles qu'ils doivent entrer dans le temple le coeur pur, et laisser à l'extérieur toutes les passions qui souillent l'âme. »
Selon d'autres auteurs, ces représentations n'auraient aucune signification et ne seraient que des ornements créés par le caprice des imagiers. Les figures grotesques et les obscena en particulier déplaisaient à certains Pères de l'Église

Voici ce qu'écrit à leur sujet saint Bernard (lettre à Guillaume, abbé de Saint-Thierry, apud Mabillon, inter opera sancti Bernardi, cap. XIX, n° 29 , t. I, p. 53, Paris, 1690) :

« A quoi bon tous ces monstres grotesques en peinture et en sculpture? A quoi sert une telle difformité, ou-cette beauté difforme? Que signifient ces singes immondes, ces lions furieux, ces centaures monstrueux, etc.? »
Oiseaux. - Les oiseaux, suivant leurs espèces et leurs formes vraies ou fantastiques, symbolisent des vertus ou des vices divers; en général, les palmipèdes sont l'emblème du baptême, parce que ces oiseaux sont aquatiques. Voy., dans le présent article, les divers oiseaux décrits à leur rang, colombe, coq, hibou, paon, phénix, etc.

Palme. - Symbole du martyre; aussi la palme du martyre est un terme usuel dans la liturgie romaine.

Paon. - Symbole de la résurrection, parce que chaque année, à la fin de l'automne, cet oiseau perd ses plumes et qu'au printemps il lui en pousse de nouvelles. - Saint Augustin considère aussi le paon comme le symbole de l'immortalité, parce que, du temps de l'évêque d'Hippone, on supposait bien à tort que la chair de cet animal était incorruptible. (De Civ. Dei, XXII, 4).

Pavot. - Cette plante, dont la graine fournit une liqueur, une huile soporifique, est le symbole de la mort; aussi retrouve-t-on souvent le pavot représenté sur des tombeaux concurremment avec des torches renversées.

Pélican. - Un des symboles de Jésus-Christ. - Le pélican est aussi considéré comme le symbole de l'amour paternel, parce que des auteurs, A. de Musset entre autres, ont écrit que le pélican se perçait les flancs pour nourrir ses enfants de son propre sang, ce qui est faux.

Phénix. - Le phénix, qui se consume en concentrant dans son corps les rayons solaires et qui renaît ensuite de ses cendres, représente Jésus mourant sur la croix et ressuscitant le troisième jour; c'est donc, comme le paon, un symbole de résurrection.

Porc. - Cet animal symbolise la gourmandise et la luxure. 

Sagittaire. - Sorte de centaure qui, à l'aide d'un arc, lance des flèche. Il symbolise le Dieu vengeur qui punit tardivement peut-être, mais avec l'instantanéité de la foudre.

Salamandre. - Reptile qui ressemblait au dragon et qui symbolise le feu, parce qu'on supposait que la salamandre vivait au milieu des flammes.

Sanglier. Voy. ci-dessus Porc; car l'iconographie chrétienne ne paraît pas avoir établi une distinction symbolique entre ces deux animaux.

Serpent. - Symbole du mal. La Vierge est représentée souvent écrasant la tête du serpent.

Singe. - Symbole de la malignité, de la méchancetés de l'orgueil stupide et de l'avarice.

Sirène. - Femme dont le corps se termine en queue de poisson ou d'un animal aquatique. Souvent le corps des sirènes est terminé par une double queue; ce monstre symbolise les trois concupiscences; il est aussi considéré comme l'emblème de la volupté.

Stryge. -  Sorte de lutin, de méphistophélès à figure caustique ou grimaçante; il symbolise le mal; c'est une des formes que prend le diable pour nuire aux mortels. Un stryge bien connu est celui qui, décore l'angle de l'une des tours de Notre-Dame de Paris, qu'une eau-forte de Méryon, souvent reproduite, a rendu populaire.

Truie. - La truie symbolise le mal, l'impureté, la gourmandise et la fécondité.

Vices. - Les vices sont symbolisés non seulement par les animaux, bouc, basilic, griffon, porc, serpent, vipère, etc., mais encore par des personnages dont l'attitude, l'action, la manière d'être, caractérisent le vice spécial à ces personnages, hommes ou femmes. C'est antérieurement au XIIIe siècle que les imagiers médiévaux ont représenté sous des formes hideuses les vices; à partir du XIIIe siècle, au contraire, les sculpteurs ont mis plus de recherche pour caractériser les passions humaines, et souvent ils ont opposé dans leurs compositions les vices aux vertus, par exemple, le désespoir à l'espérance, l'idolâtrie à la foi, l'avarice à la charité, etc. Ces compositions sont ordinairement encadrées dans des médaillons à quatre lobes, et les interprétations sont quelquefois fort curieuses. On voit, par exemple, l'idolâtrie figurée par un homme adorant un singe; l'avarice, par une femme assise près d'un coffre-fort : elle compte et considère les pièces d'or qu'elle en a sorties; l'injustice est figurée par un homme qui parle bas à un juge et qui cherche à le corrompre; la folie, par une femme qui marche sur des pierres rondes et roulantes, elle en porte dans ses mains et en reçoit sur la tête; la présomption, par un cavalier qui se précipite avec son coursier dans un abîme; la peur laisse échapper un glaive de sa main et fuit un ennemi imaginaire qu'elle croit voir sortir d'un buisson; la discorde est figurée par un homme et une femme qui se battent, etc.

Vigne. - On voit aussi fréquemment la vigne sur des monuments chrétiens; elle est accompagnée de grappes de raisin.


Les formes modernes de l'imagerie.
Après avoir été au service de la religion, l'imagerie tenta d'interpréter graphiquement les événements historiques qui passionnaient le peuple tout entier; c'est pourquoi elle est intéressante pour l'étude l'histoire culturelle. Elle devint très florissante depuis la Révolution de 1789, où elle aborda la politique et servit de moyen de propagande; elle atteignit à son apogée sous le premier Empire où elle contribua puissamment à la consécration de la légende napoléonienne. Ces images sont presque toujours gravées sur bois et coloriées au patron. Les principaux centres de production étaient Paris, Rennes, Nancy, Monthéliard et surtout Epinal, ville qui doit  à cette industrie beaucoup de sa notoriété.
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Image d'Epinal.
Une image d'Epinal (Imagerie Pellerin).

A côté de cette imagerie, généralement grossière, mais souvent spirituelle dans sa naïveté, s'est placée, sous la même dénomination, une catégorie de petites estampes ayant parfois des visées artistiques et abordant des sujets de tout genre : images pieuses, images distribuées autrefois dans les écoles en guise de récompenses, images offertes dans les commerces ou accompagnant des biens de consommation, et dont les démons de la mercatique ont ajourd'hui multiplié les multiples avatars (cadeaux et autres pacotilles), etc. (G. P-i. / Bosc).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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