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Gaston III,
dit Phoebus ou Phébus, fils de Gaston
II et d'Eléonore de Comminges .
N'ayant que douze ans à la mort de son père, il reste quelques
années sous la tutelle de la comtesse ( Comtes
de Foix ).
En 1348, il épouse Agnès de Navarre ,
fille de Philippe d'Evreux. Grand batailleur et bon chevalier, il est le
type du grand seigneur du XIVe siècle,
mais il sait se garantir des folies des nobles du temps et, politique habile,
bon administrateur, il préserve ses sujets des malheurs de la guerre
anglaise ( Guerre de Cent Ans )
et reste le plus souvent neutre entre les deux partis sans jamais rompre
entièrement avec l'un ou avec l'autre. Tout d'abord il parait incliner
vers
l'alliance française; son mariage est célébré
à Paris même; en 1345, il est à la solde de Philippe
VI et chargé de la garde des frontières de Gascogne;
deux ans plus tard, il porte même un instant le titre de lieutenant
du roi en Gascogne ,
Agenais, Bordelais
et Languedoc ,
et en 1352, il vient se jeter dans Toulouse ,
menacé par les ennemis du royaume.
Mais Jean Il
, successeur de Philippe VI, ayant ouvertement
pris le parti de l'éternel adversaire de la maison
de Foix, du comte d'Armagnac ,
et ayant nommé celui-ci lieutenant en Languedoc (1352), Gaston Phoebus
observe dès lors une neutralité absolue, refuse tout service
militaire et s'oppose à la levée de tout subside dans ses
domaines; pour mieux marquer son abstention, il va en Prusse
combattre les infidèles (1358). De retour en France ,
il prend part aux combats contre les Jacques, et, en vaillant chevalier,
délivre la duchesse de Normandie
et plusieurs autres dames assiégées dans Meaux (juin 1358).
A peine rentré chez lui, il profite de la détresse du royaume
pour déclarer la guerre au comte de Poitiers, lieutenant du roi
en Languedoc ,
et aux communes de la province; il s'avance jusqu'à Toulouse ,
brûle les faubourgs de cette ville et réclame le comté
de Bigorre
et une forte somme. Le pape Innocent VI s'entremet,
et la paix est signée entre lui et les sujets du roi (Pamiers, juillet
1360) ; elle coûte au Languedoc 200 000 francs d'or.
Gaston restait en guerre avec le comte
d'Armagnac ;
en 1362, il prend à son service une partie des grandes Compagnies
( La Criminalité au Moyen Age )
et bat son ennemi à Launac, le 5 décembre de la même
année; le comte d'Armagnac et la plupart de ses barons sont faits
prisonniers et mis à rançon; c'est avec l'argent ainsi extorqué
à ses prisonniers que Gaston pourra durant de longues années
entretenir une cour fastueuse admirée par Froissart,
et entreprendre de grandes constructions en Béarn
et à Foix
et dans son comté .
Les années suivantes jusqu'à 1377 sont remplies par de nouveaux
démêlés entre les deux comtes. Louis d'Anjou ,
qui a succédé à Jean de Berry
comme gouverneur du Languedoc et qui cherche à rester neutre, intervient
plusieurs fois et parvient à ménager une paix définitive
en 1377. Gaston devient dès lors allié du roi
de France
et rompt toute relation avec l'Angleterre .
Sa puissance, sa valeur personnelle, son
habileté politique, tout semblait l'appeler à remplacer le
duc d'Anjou
à la tête du Languedoc .
Charles
V, alors mourant, le nomme son lieutenant dans cette province, mais
Jean de Berry
fait casser cette décision par le jeune roi Charles
VI, et de là de nouveaux troubles. Gaston a pour lui les communes
du pays, qui redoutent les exactions du duc de Berry et de son allié,
le comte d'Armagnac .
Après deux ans de lutte, le comte de Foix
finit par céder; Jean de Berry devient maître du pays et peut
le mettre en coupe réglée; Phoebus, fatigué et usé
avant l'âge, s'est retiré dans ses domaines qu'il administre
durement, mais avec habileté, et passe son temps en divertissements
et en chasses dans les montagnes. Satisfait d'avoir fait respecter son
indépendance, il ne se soucie ni de l'Angleterre ,
ni de la France .
Toutefois, il se laisse séduire par les belles paroles du roi Charles
VI; reçu avec honneur par ce jeune prince à Toulouse ,
en janvier 1394, il l'invite à venir le voir à Mazères
et lui donne des fêtes d'une magnificence inouïe. Resté
sans enfants (on sait que, dans un moment de colère, il avait tué
son fils unique, le jeune Gaston), il lègue tous ses domaines à
la couronne, et meurt l'année suivante, à Orthez, d'une attaque
d'apoplexie (août 1391), à peine âgé de cinquante-neuf
ans. Il est enterré en grande pompe au couvent des Cordeliers
d'Orthez le 12 octobre suivant.
Gaston Phoebus laissait la réputation
d'un brillant chevalier, d'un prince accompli; on sait en quels termes
enthousiastes en parle Froissart, qui fut quelque
temps son hôte et qui recueillit de sa bouche le récit de
beaucoup de belles actions de guerre. A vrai dire, l'histoire a le droit
d'être plus sévère; s'il eut en partage les qualités
des princes de son temps, bravoure, générosité, goûts
littéraires et artistiques raffinés, il ne fut pas exempt
de leurs défauts. Sans parler de ses mœurs (il eut de nombreuses
maîtresses et plusieurs enfants naturels, dont le jeune Yvain, dénonciateur
de son frère Gaston), il montra en plus d'une circonstance de la
perfidie, de la cruauté, de la rapacité. Il est vrai que
les princes de ce temps ne valaient pas mieux que lui et, à tout
prendre, Gaston Phoebus soutient à son avantage la comparaison avec
les comtes d'Armagnac
et au duc Jean de Berry ,
ses contemporains.
Il était lettré et aimait
les beaux livres et les beaux bijoux. On possède plusieurs manuscrits
richement enluminés par ses ordres, et on lui doit un traité
de chasse, très goûté au XVe
siècle. Copié souvent et illustré par de grands peintres,
ce traité fut lu et relu par tous les seigneurs du XVe
siècle, grands amateurs de chasse. Quelques-unes de ces copies comptent
au nombre des plus beaux manuscrits de la fin du Moyen âge .
Les sources manuscrites de l'histoire de Gaston Phoebus sont en majeure
partie conservées à Pau
aux archives départementales.
(A. Molinier). |
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