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Louis XVI
Le règne de Louis XVI
Aperçu Le règne de Louis XVI Le procès et l'exécution
Louis XVI succéda à son grand-père Louis XV sur le trône de France en 1774 et inaugura son règne par l'abandon généreux du droit de joyeux avènement. Il avait une instruction variée, des intentions excellentes et toutes les vertus que l'on attendait alors du « bon chrétien et de l'honnête homme », mais avec un caractère faible et indécis. L'année même de son avénement au trône, malgré Turgot, qui voyait dans une autorité royale sans entraves la seul instrument des réformes les plus urgentes, les anciens parlements furent rétablis, et « la couronne remise au greffe ». Le contrôleur général put bien créer une Caisse d'escompte, obtenir par une mesure temporaire et non sans précédents, la libre circulation des grains et des vins entre les provinces, substituer à la corvée royale une subvention pécuniaire à laquelle les privilégiés furent astreints, abolir les corporations dans le ressort du parlement de Paris. Ses ennemis lui suscitèrent la guerre des farines, le calomnièrent auprès du roi qui cependant avait dit-
« Il n'y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple. » 
Maurepas, vieux routier de cour et  d'intrigues, remontra sans doute au roi que Turgot allait trop vite et trop loin, bref le grand ministre fut renversé, les corporations furent rétablies sur un nouveau pied et les abus refleurirent (1776). Malesherbes avait précédé son ami dans la retraite, sans avoir rien obtenu, ni pour la liberté individuelle, ni pour les protestants, ni contre la barbarie des procédés d'instruction criminelle. Le comte de Saint-Germain, également congédié, avait remis en honneur la discipline militaire et réprimé les malversations. Mais, d'une part, il avait blessé la dignité française en introduisant les coups de plat de sabre dans l'échelle des punitions, et d'autre part, il avait, par la réduction précipitée des corps d'élite (maison du roi), jeté des germes de désaffection dans le monde des gentilshommes. Après Clugny, qui inventa la loterie royale, il fallut appeler aux finances le banquier genevois et protestant Necker qui fit sans doute et des économies et d'utiles réformes dans le système de la perception et de la ferme, mais que les circonstances politiques jetèrent bientôt dans les emprunts.

Le 6 février 1778, après deux ans d'hésitation, le roi de France signait un traité d'alliance avec les insurgents des Etats-Unis contre l'Angleterre. Dans la pensée du roi, il s'agissait non de protéger des sujets en révolte contre leur souverain, mais d'effacer de l'histoire de France le honteux traité de Paris (1763) et d'obtenir un traité de commerce favorable du peuple auquel la France aurait assuré la liberté politique. La France entraîna l'Espagne dans cette guerre (1779) honorablement terminée par le traité de Versailles (1783), mais qui avait accru la dette française de 1500 millions et reculé l'espoir des réformes intérieures, tout en exaltant l'esprit d'indépendance. En 1781, Necker avait publié le Compte rendu, qui n'est rien moins qu'un état au vrai des recettes et des dépenses, mais qui n'est pas non plus un « conte bleu » selon le mot de Maurepas. C'était un tableau des recettes moyennes et des dépenses régulières, normales : or les livres rouges et les ordonnances de comptant constituaient la plaie toujours ouverte du Trésor royal à cette époque. Le Compte rendu, appel encore bien timide à la publicité, améliora le crédit : mais, au point de vue politique, c'était une espèce de scandale de soumettre les secrets d'État à l'appréciation de tous, et Necker dut à son tour donner sa démission (19 mai 1781); Joly de Fleury, d'Ormesson, traînent jusqu'en 1783 le boulet des finances qui sont devenues et qui demeureront la principale préoccupation du règne. Toutefois le mouvement réformateur s'était continué par l'établissement du Mont-de-Piété de Paris (1777), lequel n'est pas exempt de toute arrière-pensée de bénéfices pour l'Etat, et plus encore par l'abolition du servage dans le domaine royal (1779) et de la question préparatoire (1780). L'Ecole des mines fut créée en 1783. L'année suivante furent commencés le canal du centre et la digue de Cherbourg. Le canal de Bourgogne fut poursuivi.
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Louis XVI et Marie-Antoinette.
Statues de Louis XVI et de Marie-Antoinette (basilique de Saint-Denis).
© Photo : Serge Jodra, 2011.

Le ministère de Calonne poussa jusqu'à l'absurde le système des emprunts; il gaspilla l'argent à plaisir en faveur de la reine, des princes, des gens de cour, sous prétexte «-qu'il faut paraître riche pour trouver de l'argent », ou encore (suivant une explication sans doute trop ingénieuse) dans l'intention d'acculer le roi à la nécessité des réformes. Depuis la mort de Maurepas (1781), Marie-Antoinette dominait presque exclusivement l'esprit et le coeur de Louis XVI. La scandaleuse affaire du Collier n'ouvrit pas les yeux à ce prince, et l'acquittement du cardinal de Rohan par le parlement fut à son adresse une insulte dont il jura de se venger, mais dont il ne se releva pas plus que la reine. Il fallut bientôt après que Calonne avouât la situation : pour combler le déficit, il ne restait plus qu'une chose, le sacrifice des abus. La première Assemblée des notables ne le lui accorda pas; elle le renversa, et poussa au pouvoir l'archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, à qui naguère Louis XVI n'avait pas voulu accorder l'archevêché de Paris, en disant : 

« Il faut au moins qu'un archevêque de Paris croie en Dieu. » 
Vaincu par l'opposition du parlement auquel le garde des sceaux Lamoignon tenta vainement de substituer, sous le nom de « cour plénière », une simple chambre d'enregistrement, Loménie de Brienne, après un essai de banqueroute, dut céder la place au second ministère de Necker (25 août 1788), dont le nom seul releva le crédit. Il n'y avait plus qu'une ressource au double point de vue politique et financier : réunir les Etats généraux du royaume. La seconde Assemblée des notables  fut convoquée afin de délibérer sur la forme de cette réunion et sur le mode des élections pour les trois ordres. Le gouvernement sut laisser adroitement dans le doute la question de savoir si les bureaux des notables avaient conclu pour ou contre le doublement du tiers. En réalité, si les notables avaient voté par tête, ils auraient conclu contre ce doublement. Necker l'obtint du roi, par le célèbre Résultat du conseil du 28 décembre 1788, que la nation considéra comme ses étrennes, et les Etats généraux se réunirent à Versailles le 5 mai. Telle était alors la confiance qu'inspirait le ministre, telle était la popularité du roi que, malgré une disette de blé inouïe et un froid des plus rigoureux, l'hiver de 1788 à 1789 n'avait été troublé à Paris par aucun mouvement grave il n'y avait même jamais eu moins de crimes contre les personnes. Tous les coeurs étaient à l'espérance. L'on ne s'attendait pas pourtant à une sorte de changement à vue, et il n'y avait alors, attachée au mot de révolution, aucune idée de violence : les Cahiers en témoignent. 
Louis XVI.
Louis XVI.

La plupart ne songeaient qu'à une monarchie constitutionnelle de forme anglaise, mais laissant plus de place aux intérêts démocratiques. La République n'avait pour ainsi dire pas de partisan. Rousseau n'avait-il pas répété qu'un grand Etat ne pouvait se passer d'un roi? Bien que la Révolution soit resté, même à Paris, fort longtemps royaliste, elle n'en absorbe pas moins peu à peu le règne de Louis XVI, dont l'histoire est désormais inséparable de celle de l'Assemblée constituante, de l'Assemblée législative et de la Convention. Pour les détails on se reportera aux pages qui leurs sont consacrées. Nous n'avons ici qu'à indiquer la succession incohérente d'espérances et de soupçons, d'amour et de fureur que la conduite personnelle du roi inspira tour à tour à la nation et à ses représentants jusqu'au jour où un dénouement fatal trancha le lien qui avait uni trop longtemps les destinées de la Révolution à la mauvaise foi (d'ailleurs consciencieuse) d'un homme à la fois faible et entêté, sensible et violent, laborieux et inintelligent, dévot et parjure, courageux de sa personne et incapable de suivre une résolution politique. Longtemps on voulut se persuader que Louis XVI consentirait à prendre la direction du mouvement révolutionnaire. Les reproches ne s'adressaient qu'à son entourage : 

« On n'a jamais vu le roi céder qu'à une force irrésistible, et cependant, aussitôt après, le peuple lui en a su gré. » (La Marck) 
La fiction que le roi est trompé par des conseillers perfides, qu'il est séparé de la nation par les ministres, les courtisans, les princes, les prélats, par la reine elle-même, qu'il n'est qu'un instrument irresponsable entre leurs mains, cette fiction, loin de le faire mépriser et écarter, lui ménage ou contraire une sorte de considération mêlée de pitié dont il abuse et qu'il prend pour une garantie de sécurité personnelle. Entre la nation et le roi, ce n'est pas une comédie politique, c'est une comédie de cour. Le roi se dit et se croit le père de ses sujets : ceux qui lui parlent au nom de la nation se plaisent à lui jurer un amour éternel. A nous il semble qu'après l'injure à laquelle le tiers état répondit par la séance du Jeu de Paume, après le coup d'État manqué du 23 juin 1789, la Constituante au moins aurait pu être détrompée. Mais les deux ordres privilégiés qui de gré ou de force avaient dû se réunir au tiers état faisaient tout pour maintenir la fiction, entretenir l'illusion et regagner leurs avantages. Trois jours après la prise de la Bastille, le roi se rend à l'Hôtel de Ville. Il paraît avoir fait de grandes concessions (mairie, garde nationale); mais le maire Bailly et le commandant général La Fayette lui sont tout dévoués. Lally-Tolendal, devant la foule assemblée sous les fenêtres, dit au roi :
« Voilà le peuple qui vous idolâtre, que votre seule présente enivre, et dont les sentiments pour votre personne sacrée ne peuvent être l'objet d'un doute. Il n'est pas un homme ici qui ne soit prêt à verser pour vous, pour votre autorité légitime, jusqu'à la dernière goutte de son sang. » 
Malgré ces belles assurances, le roi se dispensa d'aller rendre grâces à Notre-Dame de la prise de la Bastille (ainsi que les Parisiens l'avaient naïvement espéré); il s'empressa de regagner Versailles pour dresser de nouveaux pièges à l'Assemblée nationale. Il fit attendre deux mois une réponse évasive aux décrets du 4 août. Il multiplia les précautions militaires. Des mesures mal concertées, l'insécurité générale du commerce, des accaparements trop réels, des craintes d'un coup d'Etat contre l'Assemblée occasionnèrent à Paris, non seulement la disette, mais presque la famine, et cela dans la belle saison. Comment vivrait-on l'hiver? Il n'y avait qu'un moyen d'avoir du pain : ramener de gré ou de force, de Versailles aux Tuileries, la famille royale. Un père ne laisserait pas ses enfants périr de faim. Les violences des 5 et 6 octobre ne vont pas sans un « acte de foi aveugle» (E. Champion). L'Assemblée forme au roi une véritable garde du corps et déclare qu'elle le suivra dans sa nouvelle résidence, qu'elle ne s'en séparera jamais. 

Après l'échec de divers complots « pour délivrer le roi », complots dont la cocarde blanche ou la cocarde noire étaient les signes de ralliement, Louis XVI accepta le décret qui interdisait toute autre cocarde que la tricolore. Aussitôt les députés se confondent en remerciements « pour le meilleur des pères, le plus grand des monarques », etc. (discours du président de Beaumetz). Les actes répondent aux paroles. Le roi est supplié de fixer lui-même le chiffre de sa liste civile, et, de peur qu'il ne se gêne, de consulter moins ses goûts d'économie que la dignité de sa couronne et l'amour de ses sujets. En fait, la liste civile fut surtout employée en subventions aux émigrés, aux princes, aux conspirateurs politiques et écrivains contre-révolutionnaires; l'on sait que Mirabeau, sans rien abandonner de ses idées, en eut sa part. Les désirs du roi sont aussi respectueusement suivis quant au douaire de la reine. Le parlement de Paris s'était montré lui-même plus difficile. Le 14 juillet 1790, la fête de la Fédération, journée nationale et parisienne entre toutes, fut aussi, au dire des plus clairvoyants, une journée monarchique
« Oui, écrivait Bancal des Issarts dix jours après, oui, il faut des idoles, il faut des fers aux grandes nations, tout sert à m'en convaincre, et la Fédération elle-même », etc. 
Ce roi idolâtré de son peuple ne songeait cependant qu'à s'enfuir. Il n'avait rien fait pour s'opposer au départ du comte d'Artois (le futur Charles X) et des premiers émigrés. Il avait autorisé en février 1791 celui du comte de Provence (le futur Louis XVIII) qui fut arrêté et ne réussit dans son projet que deux mois plus tard. Les tantes du roi s'en allèrent également à Rome avec son assentiment. Le roi aurait pu en faire autant, d'après La Marck, au printemps de 1791, mais il redoutait l'ambition cependant bien intermittente du duc d'Orléans, et sans doute cette considération fut pour lui d'un aussi grand poids que les conseils de Mirabeau, lequel admettait bien que le roi quittât Paris, mais non le royaume.

Quinze jours après la mort du grand orateur, le roi veut se rendre à Saint-Cloud afin d'y faire ses pâques de la main d'un prêtre non assermenté à la constitution. Il dut y renoncer (18 avril) devant l'attitude de la population et de la garde nationale, mais, d'après le même La Marck, s'il fût allé se plaindre à l'Assemblée, elle lui aurait sans doute ouvert le passage. Une seconde tentative eut lieu le 11 juin. Enfin, le 20, il prit la route de Montmédy dans l'intention évidente de passer la frontière, ce qui était, avait prédit Mirabeau, « déclarer la guerre à la nation et abdiquer le trône ». (La Fuite de Varennes)

Nul ne crut aux prétextes misérables que le roi avait énoncés dans une proclamation laissée aux Tuileries. S'il n'eût été arrêté, le décret de déchéance était certain, et probable la proclamation de la République. A son retour forcé, ce fut une joie folle. Pétion, un des commissaires de l'Assemblée, n'avait-il pas assuré au fugitif que l'on ne supprimerait pas la monarchie pour retomber en plein despotisme? Il fut convenu que Louis XVI avait été enlevé, que Bouillé et les gardes du corps étaient les seuls coupables, et la suspension du roi fut simplement prononcée, jusqu'à ce qu'il prêtât serment à la constitution. Le serment fut prêté (13 septembre 1791). Etait-il libre? Peu importait à la foule, redevenue « ivre de son roi et se prêtant à toutes les bassesses imaginables » (Mme Roland). 

Au Champ de Mars, les partisans de la déchéance avaient deux mois ayant payé de leur sang, sur l'autel de la patrie, leur patriotique clairvoyance. Dès lors Louis XVI se crut tout permis. Déjà, le 16 août 1790, la reine avait écrit en son nom à Mercy-Argenteau : 

« Nous n'avons plus de ressources que dans les puissances étrangères. »
Mallet du Pan négocie avec l'Autriche et la Prusse un traité par lequel ces puissances, après avoir « désarmé le crime », devaient être avec le roi « les arbitres des destinées de la France ». Le 19 avril 1792, la veille de la déclaration de guerre publiquement adressée à l'Autriche par Louis XVI lui-même, son ministre Montmorin fournissait à Vienne et à Berlin le plan des opérations. Le roi s'était engagé aussi à rembourser les dépenses de ses alliés secrets, après leur victoire dont il ne doutait pas. Mais le fidèle Malouet soupçonnait, chez les souverains qui venaient de démembrer une seconde fois la Pologne, l'intention de se payer de leurs services au prix de du territoire de la France. Par le fait de l'invasion, « la cause des factieux » devint celle des patriotes. Au 20 juin 1792, le peuple se contenta d'avertir encore une fois Louis XVI. La Législative, hostile à la cour, ne l'est pas encore au roi ni à la monarchie (scène du baiser Lamourette, 7 juillet). Après les premières victoires allemandes et le manifeste de Brunswick, Hue proposa au roi de gagner Compiègne
« Nous resterons à Paris, dit la reine. C'est l'avis du duc de Brunswick. Son plan est de venir dans ces murs mêmes nous délivrer. »
La cour comptait sur d'Hervilly et sur six mille partisans dévoués pour disperser la Législative. Le dénouement fut tout autre. Vaublanc, et bien d'autres, furent stupéfaits de la victoire de Paris. Louis XVI et sa famille, d'abord relégués au Luxembourg, furent ensuite transférés au Temple, sous la surveillance de la toute-puissante Commune du 10 août. Mais, sans Valmy, le 10 août n'eût rien décidé, sinon de plus cruelles représailles du parti royaliste, principalement dans l'hypothèse où la famille royale eût été victime des fureurs populaires. Chacun le sentait, et en fut sans doute une des raisons qui fit hésiter la Législative devant la République. Suspendu une seconde fois, Louis XVI fut déclaré déchu par la Convention (21 septembre) qui, le lendemain, proclama la République. Il occupait alors avec sa famille le grande tour du Temple, composée de deux étages. Le roi, la reine et ses deux enfants étaient réunis pendant Ie jour. Le temps était ainsi réglé : à neuf heures, déjeuner dans la chambre du roi; à dix heures, réunion chez la reine (Louis XVI travaillait à l'instruction de son fils, et Marie-Antoinette à celle de sa fille) à une heure, promenade, sous l'oeil des agents de la Commune et des officiers de garde; à deux heures, dîner. Puis le roi se reposait pendant que son domestique, Cléry, faisait jouer le prince. Après une lecture en commun, et le souper, la famille se séparait : le premier étage :était réservé au roi. La nuit, des gardiens couchaient à la porte même des appartements; les officiers de garde formaient un « conseil permanent ». (H. Monin).
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Les adieux de Louis XVI à sa famille.
Les adieux de Louis XVI à sa famille. - Il est signifié au roi que
l'entrevue doit prendre fin (gravure de J.-L. Benoît le Jeune).
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Dictionnaire biographique
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