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Encyclopédie
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(14 juillet 1790) |
La
fête de la Fédération, célébrée
au Champ de Mars« Quand de dangereuses manoeuvres semblent se tramer pour s'opposer à la régénération de l'Etat et qu'il est essentiel que tous les bons citoyens manifestent de plus en plus leur dévouement à la patrie, pour que la France connaisse le nombre de ses vrais défenseurs et que nos ennemis du dehors et surtout ceux du dedans sachent enfin ce que peuvent des hommes libres, nous, bas officiers, caporaux, grenadiers et fusiliers desdits régiments, réitérons devant Dieu le serment d'être fidèles à la nation, à la loi et au roi. Nous jurons de défendre jusqu'à la mort la nouvelle constitution du royaume et nos dignes représentants, qui, d'accord avec le roi citoyen, ne travaillent que pour le bonheur de la France. Nous jurons de protéger et de défendre tous nos braves compatriotes, tant citoyens militaires que militaires citoyens. Nous jurons de surveiller et de traverser de notre pouvoir toutes les trames et manoeuvres des ennemis du bien public. Nous jurons de plutôt mourir que de cesser un seul instant d'être libres; mais nous protestons n'entendre d'autre liberté que celle conforme à la loi et à la subordination qui en émane.-»Ce langage est caractéristique et montre l'intensité des sentiments communs à l'immense majorité des Français. Le mouvement d'organisation se propageait de plus en plus. « Les fédérations de novembre 89 brisent les Etats provinciaux; celles de janvier finissent la lutte des parlements; celles de février compriment les désordres et les pillages; en mars, avril, s'organisent les masses qui étouffent en mai et juin les premières étincelles d'une guerre de religion; mai, encore, voit les fédérations militaires, le soldat redevenant citoyen, l'épée de la contre-révolution, sa dernière arme, brisée. Que reste-t-il? la fraternité a aplani tout obstacle ; toutes les fédérations vont se confédérer entre elles ; l'union tend à l'unité. Plus de fédérations, elles sont inutiles, il n'en faut plus qu'une : la France. » (Michelet).Cet effacement du particularisme provincial fut d'autant plus remarquable que précisément les fédérations et surtout celles des gardes nationales auxquelles on donne spécialement ce nom, eussent pu conduire au fédéralisme. Ce fut tout le contraire. Ecoutez Michelet : « Nous avons vu les unions se former, les groupes se rallier entre eux, et, ralliés, chercher une centralisation commune; chacune des petites Frances a tendu vers son ParisLa fête de Lyon On forma le projet
d'en organiser une semblable à Paris « Chers et braves amis, jamais des circonstances plus impérieuses n'ont invité tous les Français à se réunir dans un même esprit, à se rallier avec courage autour de la loi et favoriser de tout leur pouvoir l'établissement de la constitution. Nous ne sommes plus Bretons ni Angevins, ont dit nos frères de la Bretagne et de l'Anjou; comme eux, nous disons : nous ne sommes plus Parisiens, nous sommes tous Français. Vos exemples et les dernières paroles du roi nous ont inspiré un grand dessein; vous l'adopterez, il est digne de vous. Vous avez juré d'être unis par les liens indissolubles d'une sainte fraternité, de défendre jusqu'au dernier soupir la constitution de l'Etat, les décrets de l'Assemblée nationale et l'autorité légitime de nos rois. Comme vous, nous avons prêté ce serment auguste; faisons, il en est temps, faisons de ces fédérations une confédération générale. Qu'il sera beau le jour de l'alliance des Français! un peuple de frères, les régénérateurs de l'Empire, un roi citoyen, ralliés par un serment commun à l'autel de la patrie, quel spectacle imposant et nouveau pour les nations! [...] C'est le 14 juillet que nous avons conquis la liberté, ce sera le 14 juillet que nous jurerons de la conserver. Qu'au même jour, à la même heure, un cri général, un cri unanime retentisse dans toutes les parties de l'Empire : Vive la nation, la loi et le roi ! »Ce projet fut apporté à l'Assemblée nationale le 5 juin; elle l'approuva et chargea le comité de constitution de l'organisation. L'évêque d'Autun « Mais, dans un si grand mouvement, y avait-il des obstacles? On se cotisa, comme on put; comme on put, on habilla ceux qui faisaient le voyage; plusieurs vinrent sans uniforme. L'hospitalité fut immense, admirable, sur toute la route; on arrêtait, on se disputait les pèlerins de la grande fête. On les forçait de faire halte, de loger, manger, tout au moins boire au passage. Point d'étranger, point d'inconnu, tous parents. Gardes nationaux, soldats, marins, tous allaient ensemble. Ces bandes qui traversaient les villages offraient un touchant spectacle. C'étaient les plus anciens de l'armée, de la marine, qu'on appelait à Paris. Pauvres soldats tout courbés de la guerre de Sept ans, sous-officiers en cheveux blancs, braves officiers de fortune qui avaient percé le granit avec leur front, vieux pilotes usés à la mer, toutes ces ruines vivantes de l'ancien régime avaient voulu pourtant venir. C'était leur jour, c'était leur fête. On vit au 14 juillet des marins de quatre-vingts ans qui marchèrent douze heures de suite ; ils avaient retrouvé leurs forces; ils se sentaient, au moment de la mort, participer à la jeunesse de la France, à l'éternité de la patrie. » (Michelet) .A Paris -
La Fête de la Fédération, au Champ-de-Mars (14 juillet 1790). Au milieu de l'enthousiasme général et du plus sincère loyalisme, les fédérés de tous les départements, réunis au Champ de Mars, acclament Louis XVI, après avoir prêté serment à la Nation, à la Loi et au Roi. (Dessin de Prieur, Musée du Louvre). Cependant les préparatifs
matériels avançaient lentement. On avait choisi comme emplacement
le Champ de Mars « Dites à vos concitoyens que le roi est leur père, leur frère, leur ami, qu'il ne peut être heureux que de leur bonheur, grand que de leur gloire, puissant que de leur liberté, souffrant que de leurs maux. »On s'attendrissait, convaincu de sa loyauté. On criait Vive le roi! Au matin du 14 juillet, dès cinq heures, les fédérés, délégués de 4 millions de soldats citoyens, rangés par départements sous 83 bannières, se réunissent sur les boulevards. Leur cortège part de la place de la Bastille « Lafayette, à la tête de l'état-major, monte à l'autel; il jure d'être fidèle à la nation, à la loi, au roi. Les bannières s'agitent, les sabres nus et croisés étincellent : fédérés, soldats, marins, s'unissent à ce serment; le président de l'Assemblée nationale le répète : les députés y répondent; le peuple entier s'écrie: « Je le jure ! » Le roi se lève alors : « Moi, roi des Français, dit-il, je jure d'employer le pouvoir que m'a délégué l'acte constitutionnel de l'Etat à maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par moi. » « Voilà mon fils », ajoute la reine, en élevant le dauphin dans ses bras, « il partage avec moi les mêmes sentiments! » Aussitôt les cris de Vive le roi! vive la reine! vive le dauphin! font retentir les airs. »Les acclamations du peuple, le bruit des tambours, un orchestre de 200 musiciens et de 40 pièces d'artillerie annoncent à Paris Le 14 juillet, tandis
qu'on fêtait à Paris la fédération de toutes
les gardes nationales, chaque ville, chaque village, prenait sa part de
l'allégresse nationale, avait sa fête. Personne n'y manque;
on s'assemble en pleine campagne, désertant les villages; des passants
traversant un bourg n'y ont vu que des chiens; tous les hommes étaient
à la fête, « tous étaient acteurs, depuis
le centenaire, jusqu'au nouveau-né; il n'y a plus ni riche, ni pauvre,
ni noble, ni roturier; les vivres sont en commun, les tables communes-».
A Saint-Jean-du-Gard, le curé et le pasteur s'embrassent à
l'autel; l'un vient au temple, l'autre à l'église,
écouter le sermon de son confrère. Ailleurs deux vieillards,
un noble de quatre-vingt-treize ans, un laboureur de quatre-vingt-quatorze,
s'embrassent sur l'autel. Volontiers tous concluaient comme ces fédérés
villageois : « Ainsi finit le meilleur jour de notre vie. »
La fête dépasse même les frontières; les amis
de la liberté la célèbrent à Hambourg L'anniversaire du
14 juillet, sanctifié par cette fête unique dans l'histoire
de France En 1880, la date du 14 juillet a été choisie pour la fête nationale. Le sentiment public a ratifié ce choix et, dans la France entière, le 14 juillet est la fête par excellence. A Paris, il donne lieu à une certaine pompe : illuminations, feux d'artifice, bals; une grande revue militaire passée à l'hippodrome de Longchamp rappelle la solidarité du peuple et de l'armée nationale. La plus belle de ces fêtes fut celle de 1882, où de nouveaux drapeaux furent remis aux régiments. Elle solennisa le relèvement militaire de la France. La population prend une part active à la fête, pavoisant les maisons de drapeaux, les illuminant, banquetant en plein air, dansant la nuit entière; les divertissements se prolongent durant deux ou trois jours. La Seconde République avait essayé de placer la fête nationale, non pas le 14 juillet, mais le 22 septembre, jour anniversaire de la fondation de la République. En 1892, on reprit l'idée, mais en conservant le 14 juillet. Ainsi fut créée une seconde fête nationale le 22 septembre. La première année, la fête fut signalée à Paris par une cavalcade historique. Cette seconde fête fut conservée pendant toute la IIIe république. (A.-M. B.). |
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