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Prison
du Temple, à Paris
(IIIe arrondissement).
- On désigne ainsi la tour de la Maison du Temple à Paris,
en tant qu'elle a servi de lieu de détention. Au commencement du
XVIIe siècle, il ne restait plus
de cette maison que quelques bâtiments et notamment les tours et
la tour de César. Ce qu'on appelait les
tours, c'était la grosse tour, de forme carrée et flanquée
de quatre tourelles, puis un massif situé au Nord, sensiblement
moins élevée et dit la petite tour; celle-ci avait également
des tourelles, au nombre de deux. La grosse tour, ou donjon a dû
être élevée vers 1265 ou 1270. Très postérieurement
à sa construction on l'avait complétée par un comble
rond et pyramidal haut de 15 m. Mais, à ce changement près,
elle était restée pour ainsi dire intacte de son origine
à la fin du XVIIIe siècle.
La hauteur totale était de 50 m environ; les tourelles n'avaient
que 45 m. Ses murs étaient extrêmement épais (2,27
m); la grande salle de chaque étage avait 30 pieds carrés.
La petite tour, qui n'existait pas au Moyen âge ,
ne datait vraisemblablement que de la fin du XVIe
siècle; elle avait environ 25 m de haut ou 35 avec les tourelles.
Le donjon
renfermait quatre étages et la petite tour quatre de même,
le premier et le deuxième de celle-ci n'ayant que la hauteur d'un
étage de celui-là, mais les trois premiers seulement, dans
l'un comme l'autre, ont été occupés. Les tours étaient
environnées d'un fossé sans eau avec pont-levis d'abord,
puis pont de bois au XVIIe siècle.
Il ne faut pas confondre avec elles la tour qui était placée
plus au Nord et dite du Colombier ou aussi de César, parce que l'opinion
populaire la faisait remonter aux Romains ,
mais qui ne remontait peut-être qu'à 1200 environ. On doit
la rappeler pour cette raison également qu'il peut se faire qu'elle
ait été employée comme prison, de même que les
autres tours. De forme carrée pareillement, elle avait probablement
près de 100 pieds de hauteur; elle avait 30 pieds de largeur. Le
Temple comprenait aussi une geôle qui disparut bien avant la Révolution.
Il paraît qu'il y eut longtemps des souterrains dont un conduisait
à la Bastille .
On sait que les opérations financières
étant au XIIIe siècle en
grande partie aux mains des Templiers ,
le Temple de Paris, le principal de leurs édifices, fut le centre
de l'administration des finances royales de Philippe-Auguste
à Philippe le Bel et, sous saint
Louis et Philippe le Hardi, le trésor
du roi y fut déposé. mais il n'est que vraisemblable que
ce fut la grosse tour même, succédant peut-être à
la tour de César, qui reçut ce trésor, avec des pièces
des archives royales, comme aussi le trésor de l'ordre, puis des
valeurs confiées par le roi d'Angleterre
et par de simples particuliers.
Après la chute des Templiers ,
le Temple, c.-à-d. vraisemblablement aussi le donjon,
fut employé comme prison d'Etat par les rois
de France au XIVe siècle. Enguerrand
de Marigny y fut enfermé (1315), la comtesse de Bar ,
Yolande de Flandre également (1373); le captal de Buch ,
Jean de Grailly, y mourut après cinq ans de captivité (1376).
Mais on ne voit pas que des prisonniers d'Etat y aient été
enfermés après 1378. Il est curieux de relever qu'au XIVe
siècle aussi il y eut, de plus, au Temple, une prison de ville.
Quant aux tours mêmes, à cette même époque, Du
Guesclin y donna un festin aux chefs des grandes compagnies ( La
Criminalité au Moyen âge )
avant de les emmener en Espagne
(1365).
Au XVIe
siècle, divers corps de troupe y furent fréquemment logés.
De 1538 sans doute à 1664, la grosse tour fut utilisée comme
arsenal pour les poudres et munitions de guerre. Elle fut ensuite affectée
à la conservation des papiers du Temple, d'où le nom qu'elle
porta en dernier lieu de tour des Archives, l'archiviste habitant la petite
tour. Mais de tout temps, ce domaine appartenant aux hospitaliers, le premier
étage servit aux réunions des chapitres et assemblées
provinciales.
Avec la Révolution, la tour redevint
une prison, et elle garda jusqu'à sa disparition ce caractère.
Après que la Commune de Paris eut imposé le choix de la tour
du Temple, en se faisant charger de la garde et du gouvernement de la prison,
la famille royale y fut amenée le 13 août 1792 et d'abord
logée dans la petite tour, dont le deuxième étage
ou entresol du premier avait été occupé en dernier
lieu par le garde des archives de l'ordre de Malte .
Le deuxième étage fut attribué à la reine et
à ses enfants, le troisième au roi, à sa soeur et
à Mme Élisabeth. D'importants travaux d'aménagement
aussitôt entrepris en vue du transfert des prisonniers dans la grosse
tour, furent dirigés par l'architecte Poyet, sous la surveillance
de Palloy et de Santerre, et la tour fut enfermée entre quatre hautes
murailles, avec une seule porte défendue de plus par un gros mur.
Le 29 septembre, Louis
XVI fut définitivement transféré au deuxième
étage de la grosse tour, et la reine au troisième, le 26
octobre Le dauphin occupa la chambre qu'avait eue son père, pendant
le temps qu'il vécut avec Simon, puis une seconde fois, avec ses
nouveaux gardiens, après être resté six mois dans une
pièce voisine transformée en cachot; il passa ses trois derniers
jours dans la petite tour, là où sa mère avait été
d'abord emprisonnée. Lorsque sa soeur, unique survivante, qui était
demeurée au troisième étage de la grosse tour, eut
été rendue à là liberté, les tours du
Temple devinrent comme un lieu de pèlerinage, situation à
laquelle le gouvernement mit fin en défendant de laisser pénétrer
personne dans cette prison.
C'est là que furent enfermés
Babeuf
et ses coaccusés; en 1796, le commodore Sidney Smith, qui réussit
à s'échapper, et le capitaine Wright, trente-cinq personnes
à la suite de l'affaire du camp de Grenelle, puis, après
le 18 fructidor, un grand nombre d'autres, dont Pichegru et le directeur
Barthélémy; de même encore Jos.-Alex. de Ségur
et Fiévée. Le vicomte de Rivarol, Esménard, l'administrateur
Rémusat et Toussaint-Louverture passent
pour y avoir été pareillement détenus. La prison du
Temple, qu'on appelait alors généralement maison-d'arrêt,
reçut
enfin, en 1804, le général Moreau avec Pichegru qui, à
cette deuxième incarcération, s'y suicida,
Cadoudal
et les frères Polignac, Il paraît que, pour ceux qui n'étaient
pas des détenus au secret, le régime fut presque toujours
très doux dans cette prison les visites y étaient fréquentes
et les détenus avaient même pu établir un jeu de paume;
ils s'entretenaient eux-mêmes, et le gouvernement attribuait une
solde à ceux qui ne pouvaient subvenir à leurs besoins, par
exception le concierge ne fournissant ni mobilier ni aliments.
A partir de l'an VI, la chapelle
de l'Hôtel servit au casernement des brigades de gendarmerie de Paris,
destination qui avait pour but de garantir la sûreté de la
prison. Mais, le 3 juin 1808, les prisonniers furent transférés
au donjon de Vincennes ,
et le Temple cessa d'être une prison d'Etat. Les tours furent démolies
en 1811. Les pèlerinages ayant recommencé, lorsque, mises
en vente, elles eurent été adjugées au prix de 33
100 à un royaliste, Robert Morel, le ministre dut s'y opposer, en
objectant que l'adjudication avait été faite avec obligation
de les raser. Il n'y eut pas d'édifice élevé sur leur
emplacement. Une barrière en bois mise à la Restauration
pour en marquer la place dura jusqu'en 1848. Suivant la tradition, il y
eut dans le square du Temple, près de la rue des Archives, une petite
allée de tilleuls sous lesquels Louis XVI
se promena pendant sa détention et un saule pleureur qu'aurait fait
planter en 1814 Madame Royale, devenue duchesse
d'Angoulême ,
lorsqu'elle revint à Paris. Elle aussi avait fait un pèlerinage
aux ruines de la tour du Temple où elle avait tant souffert, et
son saule pleureur aurait été maintenu parmi les arbres du
square. Est-ce une légende? Dans ses Mémoires, le
baron Haussmann se borne à dire
[Ce
quare] contient quelques vieux arbres, conservés avec soin, et une
pièce d'eau qu'alimente une cascade tombant d'un rocher factice.
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