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La Révolution française
La fuite et l'arrestation de Louis XVI à Varennes
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Au lendemain même de la prise de la Bastille, un parti s'était formé à la cour pour entraîner Louis XVI à gagner la frontière du Nord et à lutter ouvertement contre la Révolution, avec l'appui de l'Autriche, maîtresse des Pays-Bas méridionaux, si l'armée française se refusait à obéir à ses chefs, tous nobles ou peu s'en fallait. Il préféra user de diplomatie et de subterfuges : « il manqua l'occasion », comme il l'avouait deux ans plus tard. Il laissa l'émigration lui préparer les voies. 

Mirabeau lui conseillait de ne pas quitter, de sa personne, le territoire du royaume; mais, dès octobre 1790, le projet était formé de partir en secret pour Montmédy, au milieu du camp du marquis de Bouillé et à portée des secours que promettait l'empereur. Les agissements du comte d'Artois et des émigrés, les scrupules sincères et la tactique du roi à l'égard de la Constitution civile du clergé, les pamphlets même de ses partisans, qui le déclaraient « prisonnier » depuis sa rentrée à Paris, firent soupçonner ses intentions, et lorsque enfin, le 18 avril 1791, il voulut, publiquement, se rendre à Saint-Cloud pour y faire ses Pâques des mains d'un prêtre approuvé par Rome, il fut retenu de force par le peuple, et sa voiture dételée. Sa captivité ne pouvant plus faire doute pour personne, il s'empressa, cinq jours après, de faire adresser à toutes les cours une circulaire où il proclamait l'entière liberté de ses actes, le caractère irrévocable de son serment à la Constitution, etc., et la lecture qui en fut faite de sa part à l'Assemblée fut saluée par des cris d'amour et d'enthousiasme. Le roi comptait déguerpir huit jours après. Il écrivit de sa main un factum très étudié, où il exposait ses griefs politiques et personnels. Il jugea ensuite plus prudent d'attendre encore, et c'est dans la nuit du 20 au 21 juin seulement qu'il s'enfuit, avec les siens, tous déguisés. Le comte de Fersen sert de cocher; Mme de Tourzel, gouvernante des enfants de France, les accompagne. Le voyage s'effectue dans une énorme berline, encombrée de bagages et de nécessaires. Le chemin choisi (par Châlons) est mauvais; le marquis de Bouillé eût préféré celui de Reims : Louis XVI a, paraît-il, redouté d'être reconnu dans la ville du sacre. Mais son effigie n'est que trop populaire : il commet d'ailleurs, en route, mainte imprudence. Pendant que le comte de Provence, par une voie plus courte et sans autant d'apparat, réussissait, avec le comte d'Avaray, à passer la frontière franco-autrichienne, le roi, la reine, son fils, sa fille, sa soeur furent reconnus par le maître de poste Drouet, et détenus à Varennes, dans l'auberge où ils relayaient, par la garde nationale.

Le départ du roi avait été connu dès le 21 juin au matin; le lendemain, à 9 heures et demie du soir, l'Assemblée était informée de l'arrestation, due sans doute en partie aux imprudences et à la lenteur des fugitifs, mais aussi à l'indiscipline de l'armée, au manque de décision de Bouillé, enfin aux soupçons partout éveillés et à l'énergique résolution des citoyens armés. Trois commissaires, Barnave, Petion et Latour-Maubourg, furent délégués à Varennes à l'effet de ramener Louis XVI dans sa capitale, où il rentra le 25 au soir, suivi d'une escorte innombrable, dans un morne silence.

« La fuite du roi fut un des rares événements de la Révolution qui émurent toute la nation, qui furent connus et sentis de tous. A la première nouvelle, ce fut un sentiment de stupeur, puis un sentiment d'indignation et de colère, puis un sentiment de peur. La nation se sentit abandonnée, orpheline. Il lui parut que le roi avait emporté avec lui un talisman préservateur : la France se vit envahie, sans chef, perdue. Mais, ô les braves Français! les voilà qui se raidissent pour paraître calmes. Partout, à l'exemple de l'Assemblée, ils affectent fière et ferme contenance. Les municipalités donnent l'exemple du ralliement autour de la loi. On est debout, en armes, prêts à mourir pour la patrie. Arrive la nouvelle du retour du roi, on respire, on se croit sauvé » (Aulard). 
Le parti républicain, plus clairvoyant qu'écouté, ne cherche à s'organiser qu'à Paris. Il est honni par la bourgeoisie, décimé et dispersé à coups de fusil au Champ de Mars (17 juillet). Il ne s'agit que d'imposer à Louis XVI de meilleurs conseillers. Il ne s'est pas enfui, il a été « enlevé ». Il n'est pas coupable, ni même complice; il est victime. Toutefois, il fut suspendu de ses pouvoirs pendant près de trois mois (21 juin-14 septembre). Un nouveau serment de Louis XVI à l'ensemble de la Constitution mit fin à cette république de fait, que la persistance de sa trahison ne mit guère plus d'un an à transformer en république de droit. (H. Monin).
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Retour après la fuite de Varennes.
Le retour de Varennes (20 juin 1791). - Louis XVI et la famille royale rentrent 
à Paris par la Porte de la Conférence. (Dessin de Prieur, Musée du Louvre).
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