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Les Cahiers des états généraux |
| Aperçu | Causes | Constituante | Législative | Convention | Directoire |
| On entend
par Cahiers des Etats généraux
(ou Cahiers de doléances) la rédaction des doléances
et des voeux de la nation, rédaction qui était l'oeuvre des
députés aux Etats et avait pour base les cahiers des bailliages.
Au moment où les lettres de convocation aux Etats généraux
parvenaient dans les provinces, on dressait dans chaque ville ou village
un recueil de plaintes et de propositions législatives. Ce recueil
était remis aux délégués, qui se rendaient
à l'assemblée de bailliage afin de procéder à
l'élection des députés et qui formaient un nouveau
cahier des doléances particulières. Les membres du clergé
et de la noblesse rédigeaient directement, au chef-lieu du bailliage,
leurs voeux et doléances, en même temps qu'ils élisaient
leurs représentants. Ces cahiers constituaient un mandat impératif
donné à ceux qui étaient désignés pour
siéger aux Etats. Après l'ouverture de l'assemblée
les députés de chaque ordre se réunissaient séparément
et fondaient en un seul cahier les doléances qu'ils avaient apportées.
Il n'y avait pas de délibération commune. Les cahiers des
Etats généraux ainsi formés étaient présentés
au roi dans une séance solennelle. Ce n'est guère qu'aux
Etats tenus à Tours,
en 1484,
que ce mode de procéder commença à être suivi.
On en trouve cependant déjà une trace aux Etats de 1467
: des requêtes avaient été remises par les électeurs
aux députés, mais elles n'avaient pas été réunies,
ceux qui en étaient porteurs les avaient présentées
directement au chancelier. Les voeux et doléances exprimés
par les cahiers des Etats généraux ne restaient pas lettre
morte. La plupart des grandes ordonnances parmi lesquelles nous citerons
: celle de Villers-Cotterets (1539),
celle de Moulins Les Cahiers de
1789.
Les cahiers de 1789 n'ont pas tous la même importance. Les uns sont très développés-: celui du tiers de Nemours remplirait un gros volume. D'autres, très courts, ne traitent que d'un seul sujet, des finances (clergé Mirecourt), du droit de chasse (paroisse de Chambourcy) ou de quelque question d'intérêt local; la noblesse de Saint-Pierre-le-Mortier, « se reposant sur le zèle et les lumières de son député », se borne à une vingtaine de lignes. Il y eut des cahiers élaborés à loisir; il en est, et ce ne sont pas les moins précieux, qui furent presque improvisés par des paysans peu lettrés. « Si nous avons mal dressé nos plaintes, dit la communauté de Saubens en Comminges, c'est que nous ne sommes pas versés à ces sortes d'écritures et que nous avons supprimé à dessein plusieurs autres choses, afin que si nous ne réussissons pas on puisse attribuer la cause à ce que nous avons mal défendu. Et que si, au contraire, nous sommes alloués, il paraisse que nous n'en sommes redevables qu'à la clémence du roi et à la pénétration de son esprit qui aura mieux connu que nous les raisons qui peuvent servir à nos besoins. »D'autre part les cahiers des bailliages écourtent trop souvent les doléances des campagnes : « Malgré que nous nous étions bien concertés, les députés de la ville l'ont emporté pour la rédaction des cahiers [...]. Les pauvres communes ont été méprisées » disent les gens de Ménil-la-Horgue au garde des sceaux.En outre différents cahiers sont dépourvus d'originalité. Plusieurs paroisses de la Brie « le projet consigné à la suite de l'Avis des bons Normands, tant pour profiter des vues que renferme cet ouvrage que pour établir une plus grande uniformité dans les réclamations de la province ».La clarté, la correction, la méthode, manquent fréquemment dans les cahiers les plus soignés. On peut avec Beugnot se moquer des Champenois qui, en adoptant le projet de Sieyès, après avoir traité de la séparation des pouvoirs, réclament la permission d'avoir un fusil contre les loups et font, malgré l'écrivain beau parleur, inscrire dans le cahier du bailliage une protestation contre les billots pendus au cou de leurs chiens par le garde du seigneur. Enfin, un certain nombre de cahiers font défaut, soient qu'ils n'aient jamais été dressés (le clergé et la noblesse de Bretagne « On a là le dépôt public et irrécusable des opinions de la France entière (Malouet). »Il y a un peu plus de deux siècles, les citoyens de Nemours, qui avaient concouru à faire l'extrait des cahiers des paroisses et communautés du bailliage, avouaient « avec franchise qu'ils avaient puisé dans ce travail la connaissance d'un grand nombre de maux, d'abus et d'injustices, auxquels ils n'avaient jamais pensé ». A plus forte raison, même chose arrivera à quiconque entreprendra aujourd'hui l'étude des cahiers. Nous ne pouvons ici entrer dans le détail; nous donnerons seulement de très brèves indications sur les principaux sujets de doléances, en citant quelques-uns des cahiers à consulter sur chaque matière. Les griefs.
De tous côtés
on réclame contre les ordonnances qui excluent le tiers des charges
militaires et civiles, contre les tribunaux d'exception, les formes de
la procédure, l'organisation judiciaire, la barbarie des lois pénales,
l'incohérence des lois civiles, la diversité des coutumes
« qui rend pour ainsi dire étrangers les uns aux autres les
sujets du même royaume et souvent de la même province »
(tiers Amiens),
contre la multiplicité des poids et mesures, contre les douanes
à l'intérieur, contre le morcellement de la France Au sujet du régime
commercial et du traité avec l'Angleterre Enfin les cahiers
mettent en évidence le plus grave des obstacles qui, jusqu'à
la Révolution, s'opposèrent
aux progrès de l'unité nationale, c.-à-d. l'attachement
aux droits ou privilèges des provinces : la noblesse de Rouen
explique que les Etats du «-Duché
» ayant le droit imprescriptible de répartir les impôts,
toute perception est impossible avant leur rétablissement, et supplie
le roi « duc de Normandie Les voeux.
La modération des cahiers, méconnue par Tocqueville, qui ne les avait pas suffisamment étudiés, a été constatée par les personnages les plus autorisés, les moins suspects. « La volonté générale n'était pas de détruire le clergé et la noblesse [...]. Tous les mandats sans exception laissaient au gouvernement monarchique sa stabilité, au roi un pouvoir suffisant; la propriété, la religion, toute la partie essentielle de nos anciennes institutions était respectée » (Malouet).Cette modération tenait à bien des causes. Tout en se réjouissant de la réunion des Etats généraux, tout en se livrant aux transports inconcevables qu'excitait cette «-faveur-» inespérée, on ne la voyait pas sans inquiétude. Les esprits étaient hantés par les souvenirs du passé; Mounier, dans ses Observations, consacre trente pages aux Etats généraux de 1614. Parlant ensuite de ceux qui allaient être tenus : « Ils vont, disait-il, justifier ou détruire nos espérances. Ils vont établir sur de solides bases les droits du monarque et ceux du peuple, ou multiplier les obstacles qui s'opposent depuis longtemps à la félicité commune. »La vue de ces « obstacles » empêchait les ambitions prématurées. Dans une foule de cahiers, le tiers et même la noblesse ne font que souhaiter, représenter, supplier très humblement, « déposer aux pieds du trône de très humbles doléances ». Mais ce n'est pas seulement parce qu'il doute du succès et parce qu'il n'a pas encore le sentiment de sa force que le tiers est si modéré : c'est aussi par humeur, par cordialité, par bon sens. Il se défie des expériences brusques, des théories hasardeuses; il a peur d'une «-secousse trop grande », il estime que la réforme des lois, ouvrage de longue haleine, nécessitera des années, que les affaires des nations doivent être faites avec une extrême prudence, par des mouvements continus, mais très lents, et avec des formes régulières (Nemours). Il sait qu'il faut du temps, de la méditation (Clermont-Ferrand). Il recommande à ses députés de ne prendre aucune part à tout ce qui pourrait troubler l'ordre et l'harmonie (Vendôme « Il semble impossible que les prochains Etats généraux puissent statuer définitivement sur ces objets [...]. Il ne serait peut-être même pas à désirer qu'ils entreprissent de courir d'une même haleine cette immense carrière. Ce n'est pas au milieu de nombreuses assemblées qu'on peut élever un si vaste édifice et l'achever dans toutes ses parties. Pour ce travail épineux il est besoin de recherches infinies et de tout genre, de la scrupuleuse lenteur de la critique, du silence de la méditation. »Quand Mirabeau dit que la nation a été préparée à la Révolution par ses souffrances et les fautes du gouvernement plus que par le progrès des lumières, et qu'en 1789 on voyait mieux les maux du royaume que les remèdes à y apporter; quand Mounier affirme qu'à l'ouverture des Etats généraux on voulait unir la liberté publique à la puissance du monarque sans avoir arrêté les moyens d'y parvenir, ils n'avancent rien que de conforme à ce qui ressort des cahiers. On y proclame nettement un petit nombre de maximes sans rien prescrire en ce qui concerne la façon de les appliquer et les conséquences à en tirer. De loin en loin nous rencontrons un cahier où la question des deux Chambres, celle de la présence des ministres dans les Etats généraux (noblesse Carcassonne En demandant le vote par tête dans les Etats généraux, le tiers ne se départ pas de sa modération habituelle. « Je crois avoir prouvé, écrivait Mounier, que les Etats seront inutiles si les ordres ne sont pas réunis et les suffrages comptés par tête [...]. La délibération par tête peut seule nous donner une constitution. »Cette conviction inspire au tiers une singulière fermeté. A Rennes A tous autres égards,
le tiers témoigne en termes non équivoques sa déférence
pour la noblesse et le clergé. Il aspire à l'égalité
en matière pénale, en matière d'impôts, «-mais
n'entend pas contester aux premiers ordres leurs droits, honneurs, prérogatives
et tout ce qui n'est pas exemption pécuniaire » (tiers Villers-Cotterets).
Il n'envie au clergé « que le privilège d'offrir à
l'Eternel des voeux pour la conservation de l'auguste monarque et la prospérité
de l'Etat », à la noblesse « que celui de veiller sans
cesse à la sûreté et à la défense de
la nation » (Agen « S'il se trouve dans nos doléances des articles qui blessent quelques membres des autres ordres, dit le tiers de Chaumont-en-VexinLe tiers du Forez L'immense majorité
des Français, tout le tiers, la plupart des nobles, réclament
une constitution. Dans le clergé même, bien des voix déclarent
que le besoin en est impérieux : des esprits inaccessibles au mouvement
du siècle, hostiles à la philosophie Clermont-Tonnerre a essayé de résumer la partie de cahiers relative à la constitution dans un rapport célèbre qui fut présenté à l'Assemblée nationale le 27 juillet 1789. Après avoir constaté que tous les électeurs sont d'accord sur la nécessité de régénérer l'Etat, que les uns attendent cette régénération du rétablissement d'une constitution existant depuis des siècles, et que les autres n'ont d'espoir qu'en une constitution nouvelle, Clermont-Tonnerre énumère les principes avoués selon lui par tous les cahiers : 1° le gouvernement français est monarchique;De ces onze articles qui, en réalité, n'en font que neuf, il en est un qui n'aurait pas dû être compté parmi les principes unanimement reconnus : au cours du rapport, Clermont-Tonnerre convient que les cahiers ne sont pas d'accord en ce qui touche le pouvoir législatif; à vrai dire la question n'est traitée presque nulle part d'une façon intelligible et complète. Le plus souvent, quand on ne la néglige pas tout à fait, on n'y touche que pour dire en termes vagues avec le tiers de Paris : « La puissance législative appartient à la nation conjointement avec le roi » ou quelque chose d'analogue. D'autre part, Clermont-Tonnerre a omis dans son résumé des articles essentiels : lui-même a remarqué que l'inviolabilité des députés est reconnue par le plus grand nombre des bailliages et n'est contestée par aucun : elle est donc exactement dans le même cas que les articles qui viennent d'être énumérés. L'établissement d'états provinciaux également; cette mesure n'est pas, comme le prétend Clermont-Tonnerre, demandée par tous les cahiers, mais personne n'y contredit. Selon le rapport,
il y aurait divergence sur les points suivants : Quelle sera la part du
roi dans le pouvoir législatif? Comment les Etats seront-ils convoqués,
organisés, dissous? Combien y aura-t-il d'ordres et de chambres?
Les lettres de cachet seront-elles abolies ou seulement modifiées?
La liberté de la presse sera-t-elle indéfinie? Ici les inexactitudes
sont encore plus nombreuses et plus graves que dans la première
partie du résumé. A plusieurs de ces questions on ne doit
pas dire qu'elles sont diversement résolues : on doit dire qu'elles
n'ont été résolues presque nulle part. Les cahiers
où il est parlé de diminuer le nombre des ordres sont trop
rares pour permettre de noter une divergence sérieuse: quant à
la création d'un nouvel ordre pour les campagnes, Clermont-Tonnerre
avait d'autant moins à s'y arrêter qu'il ne cornait qu'un
cahier où elle soit proposée (il y en a au moins deux de
la noblesse, celui de Gien
et celui de Montargis Sur la foi de son
rapport, on répète sans cesse qu'en 1789
tous les Français voulaient cette
liberté, les uns avec une limite, les autres sans limites. Or en
général le clergé y est absolument hostile ; une partie
de la noblesse ne l'est pas moins. Une autre partie de la noblesse et presque
tout le tiers ne veulent de liberté que « pour le bien »;
elle «-sera
prohibée pour tout ce qui peut corrompre l'esprit et le coeur »
(tiers de la ville d'Angoulême). Avec le tiers d'Aval et celui de
Crépy-en-Valois « Une loi définira clairement, avec précision, quels seront les délits en pareille matière et par quelles peines ils seront punis » (noblesse Paris).Parmi ces délits on inscrira d'abord toute parole qui semblerait offenser la religion (tiers Albret Le plus souvent le
tiers est favorable aux idées de tolérance. Çà
et là il donnerait même quelque extension à l'édit
de 1787
en faveur des protestants (Aix, Bar-sur-Seine Les affaires religieuses
continuent à être affaires d'Etat. La compétence des
Etats
généraux en cette matière n'est pas contestée.
« Les Assemblées nationales ayant toujours été
les heureuses époques d'une régénération dans
toutes les branches de la législation
ecclésiastique », le clergé du Puy supplie le roi d'appeler
aux Etats assez d'évêques pour donner la sanction épiscopale
aux délibérations qui concerneront la religion, l'Eglise
et le clergé. Le clergé d'Aix Quant aux biens d'Eglise
on n'est pas aussi timide pour subvenir à l'instruction et à
l'assistance publique, à établissement d'une justice gratuite,
à l'extinction de la mendicité, à la diminution de
la dette nationale, on propose de les aliéner en partie ou même
en totalité, sauf à assigner aux prêtres pour leur
subsistance des appointements annuels selon les degrés de la hiérarchie
(noblesse Gien,
Auxerre,
Montargis; tiers Arles,
Brest « La nécessité
d'abolir la féodalité est pressante
» (tiers Rennes Peu de bailliages
demandent expressément une nouvelle division du royaume (clergé
Dourdan; noblesse Château(Thierry, Clermont-en-Beauvoisis; tiers
Puy, Toul) mais ceux qui demandent des changements en ce qui les touche
sont si nombreux qu'on peut sans exagérer affirmer que la France
entière souhaite des circonscriptions financières, administratives
et judiciaires plus conformes à la géographie et aux besoins
des habitants ( L'unité des poids et mesures serait un bienfait incontestable; mais beaucoup de ceux qui le désirent doutent qu'il soit possible (clergé Auxerre). De même pour la législation. Excepté quelques cahiers isolés où l'on réserve « le droit des habitants de chaque province de conserver leurs lois, coutumes, usages et tribunaux, sans qu'il puisse y être fait aucun changement que de la volonté de la province elle-même » (clergé Dijon), les trois ordres souhaitent une loi commune à tout le royaume; mais un pareil voeu n'est-il pas trop ambitieux? Au moins faudrait-il n'avoir dans chaque province ou dans le ressort de chaque parlement qu'une seule coutume (noblesse Auxerre). « Les députés demanderont un code civil et criminel uniforme pour tout le royaume », dit le tiers d'Amiens [...]. Ils demanderont qu'il soit pris des mesures pour ramener, autant que « les circonstances et les moeurs locales le permettront, les coutumes à l'unité désirable, au moins pour chaque province. »Parmi les réformes à apporter à l'organisation judiciaire se trouve l'élection des juges. Mais on se tromperait fort si on voyait là une application des théories démocratiques; outre que cette élection appartiendra à un corps électoral très restreint et aura besoin de la confirmation royale, elle sera faite de telle façon que la moitié des sièges sera réservée aux deux premiers ordres. De plus il y a tel cahier, comme celui du tiers du Poitou Certains cahiers
contiennent des plans d'études plus ou moins sommaires, réclament
un enseignement civique et moral, un catéchisme national. Le clergé
lui-même conseille d'enseigner aux enfants la constitution du royaume.
Mais le plus souvent les trois ordres parlent de la réforme de l'instruction
publique sans marquer en quoi elle consistera. Les examens seront plus
sérieux, les grades ne pourront être achetés; les collèges
plus nombreux seront mieux dotés. Des écoles seront fondées
pour enseigner à lire et à écrire, à compter
s'il est possible. On assurera aux maîtres d'écoles un traitement
d'au moins trois cents livres par an, environ le quart de ce qui est demandé
pour les curés. Une très grande partie des cahiers des bailliages
et sénéchaussées, déjà publiés
en 1789,
a été réimprimée dans les six premiers volumes
des Archives parlementaires par Mavidal et Laurent. On trouve dans ce même
recueil un certain nombre de cahiers de paroisses et de communautés,
notamment ceux des paroisses de la prévôté de Paris,
ceux des paroisses et communautés du bailliage de Douai |
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