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Pythéas (né vers 308 av. J.C.) - Natif de Marseille, colonie phocéenne, Pythéas vivait probablement vers 350 avant J. C. Il franchit le premier les limites de la région méditerranéenne, où s'était confinée la civilisation grecque. Malheureusement il ne nous reste de son voyage que d'informes fragments. Voici ce qu'il nous est permis d'en conclure.

Le voyage à Thulé.
Pythéas voyagea aux frais de quelques particuliers, probablement dans l'intérêt de leur commerce. Guidé par le conseil de son maître, Eudoxe de Cnide, il commença par prendre la latitude (hauteur du pôle) de Gadira (Cadix), et observa, dans le détroit des Colonnes d'Hercule, le phénomène de la marée. Il doubla le promontoire Sacré (cap Saint-Vincent), atteignit en trois jours le cap Finistère, et en trois autres jours les îles Celtiques, parmi lesquelles il mentionne Uxianca (Ouessant), dans le voisinage des Ostidamniens. Partant de là, il traversa la Manche, et vint aborder à Kantion, où il vit le premier les Bretons. Il en étudia les mœurs : il parle de leurs cabanes, de leurs granges, de leurs récoltes, de leurs boissons et de leur manque de Soleil. Après deux journées et demi de navigation, il regagna le continent à l'extrémité de la Celtique, s'arrêta chez les Ostriens à l'embouchure du Rhin, et y observa la hauteur du pôle. Au bout de trois journées et demie, il atteignit le Cattégat et la pointe septentrionale du Jutland. Là il entendit, chez les Cimbres, la légende de la mer Morte (probablement apportée par les navigateurs phéniciens), il visita le pays des Goths (Suède), et pénétra jusqu'à l'île d'Alabas, où il vit la tourbe employée comme combustible, et recueillit quelques renseignements sur les îles de la baltique entourant la Scanie. De là il se rendit, en deux jours, sur la côte (prussienne) de la baltique, où l'on pêchait le succin, que les Germains venaient y chercher, se mit en relation avec les Goths de la Vistule, toucha aux îles de Latris (Rügen) et d'Erthu, se procura des renseignements sur le renne, sur l'élan et sur diverses productions des pays septentrionaux, et sortit bientôt de la mer où il s'était engagé, pour se rendre dans l'extrême Nord. Parti des îles Britanniques, il toucha au cap Orcas, visita les Orcades, les îles Shetland, et après deux jours de navigation il parvint jusqu'à l'ultima Thule.

Qu'était-ce que Thulé, Qoulh? Etait-ce, comme le suggèrent Pline et Martianus Capella, une contrée voisine du pôle? Etait-ce la côte orientale du Groënland? Etait-ce l'Islande? C'est la dernière opinion qu'a adoptée Bessel dans son excellente Notice sur Pythéas [1]. Il se fonde sur des phénomènes astronomiques et physiques, sur la petitesse de l'arc décrit par le Soleil, mais particulièrement sur les éructations aqueuses d'une source intermittente qui rappelle tout à fait le fameux Geyser de l'Islande [2]. Pythéas parle aussi d'une boisson fermentée, faite avec du miel, dont se servaient les habitants de Thulé. Cette boisson ne pouvait être que l'hydromel, qui est encore aujourd'hui d'un si fréquent usage dans les pays scandinaves. Les Thuléens vivaient "de milet, de racines et de quelques autres légumes." C'est là encore aujourd'hui [en 1899] la principale nourriture des Islandais. [1] W. Bessel, Ueber Pytheas von Massilien; Goettingue, 1858, in-8°.

[2] Et refluo circumsona gurgite Thule, dit Stace.

Mais voici le passage qui a principalement exercé l'esprit des critiques. "A l'île de Thulé, vers le nord et dans toutes ces contrées-là, il n'y a ni terre, ni mer, ni air, mais un mélange des trois, semblable au poumon de mer (pneumwn ths qalashs), sur lequel la mer et la terre étaient fixées, et qui servait de lien à toutes les parties du monde, sans qu'il fût possible d'y aller ni à pied, ni sur des navires."

Quelques uns se sont emparés de cette citation pour traiter de fabuleux tout le récit de Pythéas. C'était aller trop loin. D'autres se sont plutôt attachés à la détermination de cet étrange être, appelé poumon de mer; mais on ignore encore s'il faut le ranger parmi les animaux, parmi les zoophytes ou parmi les végétaux. Comme Pythéas avoue lui-même qu'il ne connaissait ces choses que par ouï-dire, il est permis de croire que ce mélange chaotique, impénétrable, d'air, de terre et d'eau, était l'image poétique des épais brouillards qui enveloppent ces montagnes de glaces flottantes, les redoutables banquises de la côte orientale du Groënland. Peut-être aussi Pythéas confondait-il cette légende du poumon de mer, avec la mer d'algues (mer des Sargasses), que les Phéniciens devaient avoir certainement rencontrée dans leurs navigations atlantiques, et qui étonna plus tard Christophe Colomb.


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