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Poméranie.
- Contrée du Nord de l'Europe ,
bordant la mer Baltique entre Rostock (Allemagne )
et Gdansk (Pologne ),
et qui, jadis, constituait un province de la Prusse .
La région poméranienne était occupée à
l'époque romaine
par les Rugiens et les Turcilinges, peuples germaniques du groupe des Vandales
qui, au Ve siècle s'avancèrent
vers le Danube. Ils furent remplacés par des Slaves du groupe des
Lechs, Chizzines et Liutizes à l'Ouest de l'Oder, Poméraniens
à l'Est. Ce dernier nom paraît au temps de Charlemagne
qui fit reconnaître un moment sa suzeraineté par ces peuples
et s'avança jusqu'à la Peene. Ils demeurèrent autonomes.
En 995, le duc de Pologne, Boleslaw Chrobry, soumit le pays jusqu'à
l'Oder; mais cette domination fut précaire. Entre la Persante et
la Vistule vivaient les Kachoubes, dont la capitale était Kolberg.
C'était un peuple wende dont il subsiste quelques habitants non
germanisés aux environs de Gdansk, vers Putzig, Neustadt, Karthaus
et à la lisière Est de la Poméranie. Ils ont tenu
peu de place dans l'histoire; quand les princes poméraniens eurent
annexé leur territoire, ils s'intitulèrent ducs de Kachoubie,
titre plus tard porté par les rois de Prusse. Vers 1100 on trouve
un prince des Poméraniens, Swantibor. A sa mort, son héritage
se partage entre ses quatre fils; les deux aînés reçoivent
à l'Ouest, la Slavie (Slavenie ),
de la Peene à la Persante; les deux cadets, la Pomérélie
(absorbant la Kachoubie), de la Persante à la Vistule; les capitales
étaient respectivement Stettin (auj. Szczecin) et Dantzig (auj.
Gdansk). Wratislaw Ier, prince de Stettin,
est converti au christianisme
par l'évêque Otton de Bamberg
(1124), fonde l'évêché de Julin (île de Wollin),
transféré ensuite à Cammin (1140). Ses fils Bogislaw
et Casimir ler
prennent le titre de ducs (1170) et entrent dans le Saint Empire romain
germanique (1181); Frédéric Barberousse donne la suzeraineté
sur ce duché au margrave de Brandebourg, Otton Ier.
Casimir ler avait fondé en 1136
une lignée de Poméranie-Demnin qui s'éteignit en 1264.
Barnim Ier réunit donc toute la
Poméranie occidentale; en 1295, il hérite encore d'une moitié
de la Pomérellie par l'extinction delà lignée de Dantzig;
mais la Pomérelie orientale est partagée entre l'Ordre Teutonique
et le Brandebourg (1309). D'autre part, les fils de Barnim se sont empressés
de rediviser le duché; Bogislaw IV fonde la branche de Poméranie-Wolgast,
et Otton Ier celle de Poméranie-Stettin
(1295). En 1338, toutes deux s'affranchissent de la suzeraineté
du Brandebourg, en lui reconnaissant l'expectative de leur succession.
Les ducs de Stettin sont occupés
à des guerres sans cesse renouvelées contre les margraves
de Brandebourg, auxquels ils disputent l'Ukermark; la paix de Templin laisse
Prenzlau au margrave Jean de Hohenzollern.
En 1464, Otton III meurt sans héritier direct, et l'héritage
de la branche de Stettin revient à celle de Wolgast. Les ducs de
Wolgast avaient agrandi leur domaine; Wratislaw IV (1309-1326) avait acquis,
par un pacte d'héritage réciproque, la principauté
de Rügen comprenant l'île et, sur le continent, le duché
de Barth (1325). Le Mecklembourg les contesta vainement à ses fils
auxquels là paix de Stralsund
l'assura (1354). Ils enlevèrent ensuite Pasewalk au Brandebourg,
puis au Mecklembourg, Togelow (1359), et héritèrent du comté
de Gützkow. En 1372 intervient une subdivision du duché de
Poméranie-Wolgast les pays à l'Est de l'Oder forment le duché
de Poméranie ultérieure, de Stargard à la Leba; ceux
à l'Ouest du fleuve, le duché de Poméranie antérieure.
La Poméranie ultérieure s'agrandit, sous Bogislaw VIII (1377-1417),
de districts cédés par la Pologne
pour prix de son concours contre les chevaliers Teutoniques .
Mais son fils Bogislaw IX meurt sans enfants et a pour successeur. en 1447,
son cousin Eric Ier, roi du Danemark ,
lequel obtient de la Pologne les seigneuries de Lauenburg et de Bütow,
complétant à l'Est les limites qui seront ensuite considérées
comme celles de la Poméranie (1455). Quatre ans après, sa
mort. fait passer la Poméranie ultérieure au duc de Poméranie-Wolgast,
Eric II. Le duché de Poméranie antérieure avait été
tour à tour subdivisé (1377-1393) (1405-1449; 1457-1478)
et uni, Wolgast d'une part, Rügen et Barth de l'autre, formant les
deux parts. L'extinction de la branche de Poméranie-Stettin déchaîne
une guerre avec le Brandebourg, qui revendique la succession, mais doit
se contenter de faire reconnaître sa suzeraineté au traité
de Prenzlau (1479). Le fils d'Eric II, Bogislaw X (1474-1523), hérite
de Barth et Rügen à la mort de son oncle Wratislaw X (1478).
Il réunit donc toute la Poméranie.
En 1523, ses fils règnent conjointement
: Georges Ier (mort en 1531) et Barnim
XI (mort en 1573); le traité de Grimnitz (1529), conclu avec le
Brandebourg, reconnaît de nouveau à celui-ci la succession
en cas d'extinction de la famille ducale de Poméranie et à
celle-ci l'immédiateté dans l'empire. Georges Il, étant
mort (1531), un partage intervient entre son frère Barnim XI et
son fils Philippe Ier (1532), le premier reçoit la Poméranie
ultérieure avec Stettin, le second, la Poméranie antérieure
avec Wolgast et Rügen. Tous deux d'ailleurs adoptèrent la Réforme
à la diète de Treptow (1524) et l'introduisirent dans le
duché. Le fils aîné de Philippe Ier
se fit élire évêque de Cammin (1566), et l'évêché
fut, de fait, sécularisé, ses évêques étant
depuis lors les ducs de Poméranie. Barnim XI fut ensuite le tuteur
des cinq fils de son neveu; il régla les choses de cette façon
que la division s'en tint aux deux duchés de Stettin (Poméranie
ultérieure) et Wolgast (Poméranie antérieure), les
trois cadets n'ayant que des apanages sans souveraineté territoriale.
Le duché de Stettin passa successivement à trois des frères,
Jean-Frédéric (mort en 1600), Barnim XII (mort 1603), Bogislaw
XIII (1606), un quatrième, Casimir, s'étant récusé
pour cause de maladie; le dernier, Ernest-Louis, avait reçu d'emblée
le duché de Wolgast qu'il transmit à son fils, Philippe-Jules.
Celui-ci mourut en 1625, et son héritage revint alors au dernier
fils de Bogislaw XIII, Bogislaw XIV, que la mort de ses deux frères
(Philippe Il, mort 1618 ; François, mort en 1620) laissait seul
héritier et dernier rejeton de la famille. Bogislaw XIV, qui n'avait
pas pris part à la guerre de Trente ans, vit cependant ses Etats
envahis par les Impériaux
; Stralsund ,
que le colonel d'Arnim voulait rançonner, résista et repoussa
Wallenstein (13 mai-23 juillet 1631). Les Impériaux ne furent expulsés
que par les Suédois, mais Gustave-Adolphe, redoutable protecteur,
imposa au duc de Poméranie un traité d'alliance et la remise
de ses places fortes. La Poméranie eut beaucoup à souffrir
de la guerre, au cours de laquelle mourut Bogislaw XIV, le 20 mars 1637.
L'extinction de la famille ducale de Poméranie
ouvrait une succession considérable. Elle revenait à l'électeur
de Brandebourg, mais les Suédois ,
qui occupaient le pays, ne voulaient pas l'abandonner. Au congrès
d'Osnabrück, le grand électeur Frédéric-Guillaume
revendiqua la Poméranie entière; on la partagea: la Suède
reçut la Poméranie antérieure avec Rügen, les
bouches de l'Oder, îles d'Usedom et Wollin et, de plus, Stettin,
Gartz, Damna, Gollnow; le reste de la Poméranie ultérieure
fut acquis au Brandebourg, lequel reçut, en dédommagement
de la moitié perdue, l'évêché de Cammin, l'archevêché
de Magdebourg, les évêchés d'Halberstadt et Minden
(1648). Malgré ces amples compensations, le grand électeur
continua de revendiquer la Poméranie occidentale. Il l'enleva à
la Suède (1675-1679), mais fut obligé par la France
à la restituer. Quand les fantaisies de Charles
XII ruinèrent la puissance suédoise, Frédéric-Guillaume
Ier, roi de Prusse ,
occupa la Poméranie suédoise, sous prétexte de la
préserver des Polonais
et des Russes ,
puis Charles XII, ayant mal apprécié le procédé,
conquit pour son compte Greifswald, Anklam, Wolgast, Rügen (1715).
La paix de Stockholm donna au roi de Prusse la moitié de la Poméranie
antérieure jusqu'à la Peene, avec Stettin, Damm, Gollnow,
les bouches et île de l'Oder; il paya à la Suède une
indemnité de 2 millions de thalers et prit à sa charge une
dette poméranienne de 600 000 thalers (1720). La Suède conserva
le pays au Nord de la Peene, tenta vainement de récupérer
l'autre durant la guerre de Sept ans. Lors des remaniements territoriaux
de 1814, en échange de la Norvège ,
la Suède
céda au Danemark
son morceau de Poméranie; le Danemark l'échangea avec la
Prusse pour le duché de Lauenbourg (cédé à
celle-ci par le Hanovre); en outre, la Prusse payait 2600000 thalers au
Danemark et 3 millions 500000 à la Suède. Ainsi fut complétée
l'annexion de la Poméranie au Brandebourg. Après la Première
guerre mondiale, la plus grande partie de la Poméranie resta à
l'Allemagne (seule la région autour de Dantzig (Gdansk) fut attribuée
à la Pologne nouvellement reconstituée, afin de lui accorder
un accès à la mer. Le redécoupage des frontières
de la Pologne qui suivit la Seconde guerre mondiale a consacré le
partage actuel de la Poméranie entre l'Allemagne
(de l'Est jusqu'en, 1990) et la Pologne. (A.-M. B.). |
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