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Les
gens
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| Schleiermacher
(Friedrich Ernst Daniel), philosophe et théologien né à
Breslau la 24 novembre 1768, mort à Berlin le 12 février
1834. Il fut élevé aux collèges de Niesky et de Barby
par la congrégation des Frères moraves, dont il ressentit
toute sa vie l'influence morale. Après avoir étudié
la théologie à l'Université de Halle, il fut trois
ans précepteur dans la famille du comte Dohna-Schlobitten (1790-93).
Il vint achever durant un an ses études de théologie au séminaire
de Berlin, exerça dix ans la prédication (1794-1804), d'abord
à Landsberg, puis dans un hôpital de Berlin, enfin à
Stolpe. De 1804 à 1806, il enseigna la théologie En 1811, l'Académie des sciences de Berlin lui ouvrit ses portes. En 1817, il présida le synode réuni à Berlin en vue de réconcilier les églises réformées et luthériennes; Schleiermacher rêvait d'établir entre les confessions protestantes une union très large, qui reconnaîtrait aux prédicateurs et aux paroisses la plus grande liberté de croyance et de culte. Il ne réussit pas à faire triompher ce point de vue, et la résistance qu'il ne craignit pas d'opposer à ce sujet au ministre Altenstein, aussi bien que ses opinions libérales, lui valurent durant de longues années l'opposition des pouvoirs publics. Il n'en exerça pas moins comme prédicateur, professeur et écrivain, une grande influence sur le mouvement des idées de son temps. Ed. Zeller voyait en lui, non seulement le plus grand théologien protestant depuis la Réforme, mais encore l'un des excitateurs les plus puissants du libéralisme allemand. Schleiermacher attribue lui-même à Platon l'influence prépondérante qui a déterminé l'orientation de sa pensée. Mais on reconnaît aisément dans sa philosophie l'action de ses maîtres moraves, de son professeur de Halle, le piétiste Semler, de Spinoza, et plus tard de Leibniz, enfin de ses grands contemporains, Kant, Jacobi, Fitche et Schelling, entre lesquels il conserve cependant une physionomie très originale. Le premier ouvrage de Schleiermacher, Discours
sur la religion, est aussi le plus important. Il y définit l'essence
de la religion L'Église Dans les Monologues, qui rappellent la Destination de l'homme de Fichte, Schleiermacher développe cette idée que la fin de chaque individu est de représenter l'humanité, c.-à-d., en somme, l'esprit sous la forme originale qui convient à son caractère propre. L'esprit libre est souverain en présence de la nécessité physique et doit s'affirmer dans les existences individuelles. Mais cette individualité n'exclut pas la solidarité entre les personnes ; elle la suppose au contraire, et l'amour est la condition indispensable de l'achèvement de la personnalité. La dialectique détermine les conditions du savoir. Celui-ci consiste dans l'accord simultané de l'esprit avec l'objet et des esprits entre eux. La pensée résulte du concours de la sensibilité et de l'activité intellectuelle, incapables, l'une et l'autre, de constituer à elles seules une connaissance. La forme la plus parfaite de la pensée est l'intuition, qui se réalise quand l'esprit aperçoit un objet dans son rapport avec le tout. Comme Schelling et Hegel, Schleiermacher admet l'unité absolue de l'être et l'identité foncière de la pensée et du réel. L'idée de Dieu est celle de l'unité absolue du réel et de l'idéal à l'exclusion de toute contradiction; l'idée du monde est celle de l'unité relative du réel et de l'idéal sous forme de contradiction. On ne peut donc dire ni que Dieu soit identique au monde, ni qu'il en soit séparé; le monde est simplement dépendant de Dieu, en tant qu'il est déterminé par une loi naturelle nécessaire. En reconnaissant ce rapport de simple dépendance, Schleiermacher espère échapper au panthéisme. D'ailleurs le concept de Dieu dépasse toute pensée comme toute expression humaine. La religion repose précisément sur ce sentiment de dépendance, immanent au fond de toute idée et de toute affection. Elle est la plus haute fonction subjective de l'esprit, comme la philosophie en est la plus haute fonction objective. La loi morale doit réaliser l'accord de la raison et de la nature. Il est vrai qu'on ne conçoit guère la liberté dans un système aussi rigoureusement déterministe. Aussi n'est-elle, pour Schleiermacher, que le développement interne de la force tirant de son unité une multiplicité de phénomènes. Cependant, il affirme vigoureusement les droits de l'individu. Chacun doit chercher à s'assimiler à la communauté humaine, tout en restant ou en devenant soi-même au plus haut point. Aux quatre domaines de l'activité morale, commerce, propriété, pensée, sentiment, correspondent quatre sortes de rapports moraux, droit, vie sociale, croyance, révélation, et quatre organismes moraux, État, société, école, Église. Ces quatre organismes trouvent dans la famille leur fondement commun. L'influence de Schleiermacher s'est fait sentir en Allemagne sur un grand nombre de philosophes, notamment sur Braniss, Romang, George, sur le théologien Rothe, etc. (Th. Ruyssen).
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.