 |
Les
Chevaliers teutoniques en Prusse
L'ordre
Teutonique avait été constitué en Palestine à
titre de troisième grand ordre de chevalerie militaire .
Le petit groupe de croisés allemands qui s'étaient formés
en confrérie dans un hôpital de Jérusalem
avait été, durant le siège de Saint Jean-d'Acre ,
organisé en ordre religieux semblable à celui des Templiers
par Frédéric de Souabe .
Voués à sainte Marie ,
vêtus du manteau blanc à croix noire, leur charte était
du 19 novembre 1190,
confirmée par bulle du 6 février 1191
( Les Croisades )
. La maison mère était à Acre; sous le premier grand
maître Heinrich Waldbot, de noblesse rhénane, l'ordre s'enrichit
rapidement, grâce aux Hohenstaufen
et acquit de beaux domaines en Sicile, en Italie ,
en Hesse ,
sur le Rhin. Le grand maître Hermann de Salza, fidèle serviteur
de Frédéric II, sentait plus que personne les difficultés
que cette attitude créait en Palestine aux chevaliers Teutoniques
en butte à l'hostilité des Templiers et des Hospitaliers
et mal vus du pape. Il cherchait un autre théâtre à
leur activité. Déjà l'ordre avait, sur l'appel d'André
de Hongrie ,
été combattre en Transylvanie
les Cumans et fondé les villes de Kreuzburg et Kronstadt .
Mais le roi avait gardé pour lui les conquêtes. Aussi, quand
des envoyés de Conrad de Mazovie
vinrent en Italie offrir au grand-maître les pays de Kulm et Lobau
à charge par eux de conquérir la Prusse ,
il commença par se faire donner par l'empereur, à Rimini
(mars 1226),
pour lui et son ordre, ces territoires et tous ceux à conquérir
sur les Prussiens en toute propriété et souveraineté.
Il avait déjà
rang de prince d'empire. Il s'occupa ensuite de la croisade de Palestine.
Puis, au bout de deux ans, il expédia une armée sur la Vistule.
Conrad, très menacé alors par les Poméraniens
et les Prussiens, acheta l'aide des chevaliers Teutoniques
au prix de l'abandon total de Kulm (23 avril 1228).
Mais dans une entrevue avec Christian au couvent de Mogila (au Nord de
Gnesen), l'évêque fit observer aux nouveaux venus que le pape
lui avait déjà donné la Prusse et Kulm à titre
de principauté ecclésiastique. Il fallut la paix de San Germano,
réconciliant provisoirement le pape et l'empereur, pour arriver
à une entente. Le pape Grégoire
IX donna mission aux chevaliers Teutoniques d'arracher la Prusse aux
païens et, le 12 septembre 1230,
confirma la donation de Kulm et de la Prusse en toute souveraineté
consentie par le duc de Mazovie. Du côté de l'évêque,
on temporisait; Hermann de Salza avait consenti (traité de Lesslau,
janvier 1230)
à reconnaître sa suzeraineté pour Kulm et la Prusse
et à lui payer un tribut pour la propriété du pays
de Kulm et de divers domaines que Christian concédait. En janvier
1231,
il obtient de l'évêque, par la convention de Rupienice, le
tiers des conquêtes en Prusse, l'abandon de la dîme et de la
nomination aux églises de l'ordre.
La conquête
fut alors entreprise; en 1229,
les chevaliers Teutoniques
avaient bâti le château de Vogelsang
(en face de la ville actuelle Thorn); en 1230,
Hermann de Salza envoie Hermann Balk avec 20 maîtres et 200 écuyers;
en 1231,
ils construisirent la forteresse de Thorn; le pape proclame la croisade;
les dominicains
la prêchent; les païens de Poméranie
sont battus et se soumettent à l'évêque Christian.
Mais celui-ci est fait prisonnier par les gens de Samland qui le retiendront
de 1231
à 1239.
Les chevaliers Teutoniques ont le champ libre; ils s'installent tout à
fait à Kulm, organisent leur juridiction territoriale (1233).
Le pape les soutient et, après leur brillante victoire de la Sirgune,
il leur donne à perpétuité Kulm et la Prusse à
titre de fief du Saint-Siège
(3 août 1234).
Les chevaliers de Dobrin, fondés jadis par Christian, fusionnent
avec l'ordre Teutonique (avril 1235).
A ce moment, la Poméranie est soumise, Marienwerder (1232),
Rheden sont bâtis pour la contenir. Le légat pontifical est
chargé de créer, en Prusse, trois diocèses, d'accord
avec les chevaliers. Cependant la conquête se poursuit; la Pogésanie
se soumet; on fonde Elbing autour de laquelle les Hanséates de Lubeck
bâtissent une ville (1237);
on s'installe à Balga en Warmie. De nombreux colons allemands affluent
dans les villes nouvelles, dotées de larges franchises.
Sans cesse renforcé
par de nouveaux croisés, l'ordre Teutonique
prend une grande importance. Les Porte-Glaives
sollicitent une fusion, d'abord refusée par Hermann de Salza. Les
Lituaniens
infligent aux premiers, sur le Niémen, un désastre où
périt leur grand maître Volkwin (1236)
et le pape décide la fusion: les Porte-Glaives renoncent à
leur costume et jurent obéissance au grand maître des chevaliers
Teutoniques (1237).
Que pouvait dès lors l'évêque Christian, enfin libéré?
Nul ne lui obéit plus : il s'adresse à Rome (1240).
L'enquête traîne en longueur, et le légat fait admettre
une transaction assurant aux chevaliers les deux tiers du sol et l'indépendance
totale de la juridiction épiscopale (juillet 1243).
Le grand maître Gerhard de Malberg est investi par l'anneau, au nom
du pape. Réduit au rang d'évêque ordinaire, Christian
meurt obscurément. Cependant la crise continue. D'une part, le prince
russe, Alexandre Nevski, défait
les Allemands
sur la glace du lac Peïpous (5 avril 1242);
les Koures se soulèvent, les Prussiens s'arment en masse, le duc
Svantopolk de Poméranie
s'attaque aussi à l'ordre. D'autre part, le légat du pape,
Albert d'Armagh ,
nommé dans ces régions par Innocent
IV, veut en prendre la direction; les chevaliers résistent et
finissent par l'obliger à s'installer à Riga ,
tandis qu'il est convenu que les sièges épiscopaux de Kulm,
Elbing, Marienwerder seront attribués à des membres de l'ordre
(1251).
Dès lors l'union des pouvoirs temporel et spirituel entre les mains
du grand maître est complète et l'État prussien prend
définitivement sa première forme militaire et théocratique.
Cette organisation
accomplie, la conquête reprit avec une énergie nouvelle. Le
duc de Poméranie
avait traité (1248);
les insurgés furent écrasés (1253);
le pape fit prêcher la croisade dans toute l'Allemagne ;
tout croisé recevait l'absolution plénière, fut-il
excommunié; les partisans de l'empereur, les criminels se réconciliaient
ainsi avec Dieu .
L'une après l'autre, les tribus prussiennes, isolées, succombèrent
malgré leur bravoure; à mesure qu'un canton était
soumis, on y érigeait un fort; autour des principaux, les bourgeois
allemands construisaient des villes; les cantons de Barten et Galinden
sont subjugués. En 1254-1255
a lieu la grande croisade d'Ottokar de Bohème
qui amène 60 000 hommes, dévaste le Samland, abat la forêt
sacrée
de Romova, gagne la bataille de Rudau. Il impose le baptême aux chefs
du Samland et fonde sur la Pregel la ville qu'en son nom on baptise Koenisgsberg
(auj. Kaliningrad ).
L'oppression des chevaliers Teutoniques
sur les Prussiens asservis devient intolérable et une insurrection
générale éclate. A Durben, sur le Niémen, le
maître de Livonie
est vaincu et tué avec 150 chevaliers par le grand-duc de Lituanie
(13 juillet 1260).
Dans toute la Prusse, on incendie les bourgs allemands et les églises,
tandis que les Lituaniens envahissent la Livonie. Les chefs du mouvement
étaient Glande du Samland, Herkus Monte de Natangen, Glappo de Warmie,
Auktumo de Pogésanie, Divan de Barten. L'ordre faillit périr
malgré les secours de la hanse; Heilsberg, Braunsberg
furent pris d'assaut, le maître de Prusse resta sur le champ de bataille
de Loebau (1263).
Le pape Clément IV décida Ottokar
de Bohème à une seconde croisade (1267-1268).
Le grand maître Conrad de Thierberg reprit le dessus; l'un après
l'autre les chefs prussiens tombèrent; en dernier lieu, Monte (1271).
Rodolphe
de Habsbourg, devenu empereur, vint coopérer à la conquête.
Elle fut assurée par une guerre d'extermination. En Pogésanie
tous les hommes furent égorgés, les femmes et les enfants
chassés pour faire place nette aux colons allemands; de même,
les cantons de Nadrauen (soumis en 1275)
et Samland devinrent des déserts. En 1276,
le Schalauen est conquis. La résistance se prolongea jusqu'en 1284
en Sudanen, dans la région lacustre, jusqu'à ce que le dernier
chef, Skurdo, émigrât avec les survivants en Lituanie. Ce
qui fut épargné de la population indigène fut réduit
au servage. Les chevaliers teutoniques et quelques membres de l'ancienne
aristocratie indigène formèrent la classe des propriétaires
fonciers; les immigrants allemands et les Prussiens demeurés fidèles
peuplèrent les villes et les villages. Les évêchés
furent confiés à des chevaliers, à l'exception de
celui d'Ermeland, qui commença à constituer une enclave,
relativement autonome dans la Prusse nouvelle. En 1309,
le grand maître Siegfried de Feuchtwangen se décide à
transporter en Prusse
(de Venise
où il résidait) la maison mère des chevaliers Teutoniques
et fixe sa capitale à Marienburg. L'ordre abandonne ainsi officiellement
son but ancien de croisade contre les musulmans
et s'absorbe dans sa tâche temporelle.
Le XIVe
siècle fut l'époque de splendeur
de ce premier État prussien. Il continua de s'agrandir; en 1310,
il enlève à la Pologne
la rive gauche de la Vistule, l'opulente cité de Dantzig et la Pomérelie
avec Dirschau et Schwetz. Avec l'aide de croisés sans cesse renouvelés,
se poursuit la lutte contre les Lituaniens
païens, qui, pour résister, concentrent leurs forces et arrivent
à l'unité politique. De toute l'Europe ,
les chevaliers d'humeur aventureuse viennent jouir de l'hospitalité
des Teutoniques
et croiser le fer avec les infidèles. A la tête de l'ordre
se succèdent Feuchtwangen (1309-1311),
Karl de Beffart (1311-1324),
Werner d'Orselen (1324-1330),
Luther de Brunswick (1330-1335)
que le roi de Pologne vainquit à Ploweze (1334);
Dietrich d'Altenburg (1335-1241),
Ludolf Koenig de Weitzau (1341-1345),
lequel enleva aux Danois
l'Estonie
(1343),
mais fut mis en échec par les Lituaniens ;
Dusener d'Arffberg (1345-1351),
qui remporta sur les Russes
et Lituaniens la sanglante victoire de Strebe (1348).
Son successeur fut Winrich de Kniprode (1351-1382),
le plus illustre des grands maîtres. Il édifia au bord de
la Nogat le majestueux château de Marienburg,
le plus beau du Moyen âge
allemand. Il remporta des succès chèrement payés sur
les Lituaniens, surtout la grande bataille de Rudau qui coûta la
vie à vingt-six commandeurs et deux cents chevaliers (17 février
1370).
Ce fut l'apogée de l'ordre Teutonique ,
bien que sa plus grande extension territoriale soit un peu postérieure.
Au début du
XVe
siècle, après l'achat de
la Nouvelle-Marche, il étendait sa domination de l'Oder à
la Dvina, sur 170 000 km² renfermant 55 villes, 48 châteaux
forts, 2 000 manoirs nobles, 20 000 hameaux. Le grand maître gouvernait
avec l'assistance d'un chapitre (qui l'élisait). Il avait cinq hauts
fonctionnaires : le grand prieur, le maréchal, l'hospitalier, l'économe,
le trésorier en chef. L'ordre se subdivisait en maisons dans chacune
desquelles les frères formaient un couvent sous la direction d'un
commandeur. Pour entrer dans l'ordre Teutonique ,
il fallait être Allemand ,
noble, âgé de plus de quatorze ans. La discipline, sévère
d'abord, s'était peu à peu relâchée et n'avait
plus rien de monastique. Au-dessous des chevaliers, souverains du pays,
étaient les autres classes sociales: noblesse territoriale, bourgeoisie
urbaine des riches cités de Dantzig, Koenigsberg ,
Elbing, Thorn, Kulm, Braunsberg, paysans, serfs. Des divisions surgirent
entre les chevaliers eux-mêmes, puis entre ceux-ci et leurs sujets,
la noblesse locale, les villes qui réclament une part du gouvernement,
l'archevêque de Riga et les évêques jaloux des chevaliers.
Dans la Prusse occidentale, les nobles créent la ligue des Lézards
(1397).
Le grand danger de
ces dissensions et de ces mécontentements venait de ce que l'ordre
Teutonique
n'avait pu venir à bout de ses adversaires de Lituanie .
Jagal ou Jagellon s'était converti au christianisme
et on ne pouvait plus contre lui faire appel à des croisés;
il fallait armer des mercenaires et pour les payer augmenter les impôts.
Par son mariage avec Hedwige (1386),
Jagellon unit à la Lituanie la Pologne ,
hostile aux chevaliers depuis qu'ils l'ont dépouillée de
la Vistule maritime. Les dangers se révèlent au temps des
grands maîtres Zoellner de Rottenstein (1382-1390),
Wallenrod (1391-1393)
et Conrad de Jungingen (1393-1407);
le premier assiste contre Jagellon son cousin Witold, brûle Vilna
(Vilnius );
mais Jagellon s'empare de Marienwerder (1384),
repousse une nouvelle attaque contre Vilna (1390),
se réconcilie avec Witold. L'ordre conserve pourtant la Samogitie
et détruit dans l'île de Gothland le repaire des Frères
Vitaliens, pirates redoutés (1398).
Il achète la Nouvelle-Marche (1402)
à l'empereur Sigismond. La crise éclate
sous le grand maître Ulrich de Jungingen (1407-1410),
qui engage la lutte avec le roi de Pologne par l'invasion du canton de
Dobrzyn (à l'Ouest de Plock). La bataille décisive fut livrée
au Tannenberg le 15 juillet 1410 :
l'armée allemande comptait 80000 hommes; l'armée de Jagellon,
davantage. Les Lituaniens furent enfoncés, mais les Polonais prirent
le dessus; le grand maître fut tué avec la plupart des commandeurs,
600 chevaliers, 40 000 soldats. La puissance de l'ordre Teutonique était
brisée et la prépondérance polonaise assurée
pour deux siècles.
L'effet du désastre
du Tannenberg fut celui d'un coup de théâtre; évêques
et chevaliers Teutoniques
se soumirent et jurèrent fidélité au roi de Pologne ,
les châteaux et les villes ouvrirent
leurs portes. En un mois, toute la Prusse
sembla conquise. Mais la réaction vint vite. Le commandeur de Schmetz,
Henri de Plauen, qui couvrait la Pomérelie
avec 4000 hommes, s'enferma dans le château de Marienburg, après
avoir brûlé la ville, et résista à toutes les
attaques des Polonais. Au bout de deux mois ils se retirèrent; Henri
de Planen fut élu grand maître et, le 1er
février 1411,
le traité de Thorn lui rendait toutes les places occupées
en Prusse; il ne cédait que la Samogitie et payait une indemnité
de guerre. La situation demeurait critique malgré divers expédients
(confiscations, fonte de l'argenterie, altération des monnaies),
il fallut imposer aux sujets, même ecclésiastiques, de lourds
impôts; les bourgeois de Dantzig résistèrent; la ligue
des Lézards conspira les mercenaires non soldés s'ameutèrent.
Le grand maître tenta alors de transformer l'État prussien,
de faire une part dans le gouvernement aux nobles et aux bourgeois du pays.
Il convoqua des États (Landsrath) formés par 20 députés
des nobles et 27 des bourgeois, s'engageant à ne pas créer
d'impôts, conclure de traité, déclarer de guerre sans
leur aveu (28 octobre 1412).
Mais les chevaliers Teutoniques n'acceptèrent pas cette restriction
de leur autorité et, se soulevant contre la dictature de Henri de
Plauen, ils le déposèrent à l'assemblée de
Marienhurg (14 octobre 1413);
exaspéré, il négocia avec la Pologne et fut jeté
en prison. Son frère, le commandeur de Dantzig, passa au service
de la Pologne. Le nouveau grand naître, Küchmeister de Sternberg
(1413-1422),
lutta péniblement contre Les incursions polonaises et abdiqua au
profit de Paul de Russdorf (1422-1441).
Celui-ci réussit à apaiser les divisions entre chevaliers
du Nord et du Sud, remit en liberté Plauen (qui mourut en 1429);
mais ne put arrêter une grande invasion des Polonais et des Lituaniens
(juillet 1422),
et après le sac de Kulm et la vaillante défense de Golub,
signa le traité du lac Melno (septembre 1422),
par lequel il cédait la Samogitie, le district de Sudauen, la moitié
de la Vistule avec ses îles et ses péages depuis le confluent
de la Drewenz jusqu'à la limite de la Pomérélie. En
1431,
profitant des embarras du roi de Pologne en Lituanie, les Prussiens recommencent
la guerre, dévastent effroyablement le royaume ennemi. Mais celui-ci
met en mouvement les hussites; commandés par Jean Czapko, ils détruisent
Dirschau, Oliva (1433).
Jagellon accorde une trêve de douze ans transformée après
sa mort en paix perpétuelle (traité de Brzesk, 31 décembre
1435).
La mésintelligence
éclate alors entre les chevaliers teutoniques
de Prusse
et leurs frères de Livonie
et d'Allemagne
qui ne veulent pas reconnaître le traité et refusent l'obéissance
au grand maître. En Prusse même, les villes et la noblesse
territoriale se confédèrent et créent la Ligue prussienne
(Marienwerder, 14 mars 1440),
qui tente de s'emparer du gouvernement.. Un grand maître énergique,
Conrad d'Erlichshausen (1441-1449),
remet un peu d'ordre, mais sous son neveu et successeur, Louis d'Erlichshausen,
(1449-1467),
la guerre civile éclate. Contre la Ligue prussienne, il invoque
le pape et l'empereur; mais elle fusionne avec les Lézards et résiste;
les délégués des ligueurs auprès de l'empereur
sont assassinés en Moravie
(juin 1453),
et l'empereur prononce la dissolution de la Ligue (1er
décembre 1453).
Celle-ci se tourne vers le roi de Pologne
et offre de reconnaître sa souveraineté; Hans de Baysen, chef
de la Ligue, notifie au grand maître qu'il cesse de reconnaître
son autorité et transfère l'obédience au roi de Pologne.
L'insurrection triomphe rapidement; Thorn et la plupart des châteaux
sont pris, le roi Casimir de Pologne déclare la guerre à
l'ordre Teutonique et l'incorporation de la Prusse à son royaume
(6 mars 1454); en mai il reçoit à Thorn l'hommage des États.
Une défaite, infligée à Konitz, au duc de Sagan par
un nouvel Henri de Plauen, arrête un moment l'invasion (17 septembre
1454).
Louis d'Erlichshausen se procure quelque argent par la vente de la Nouvelle-Marche
à l'électeur de Brandebourg
(1455),
et, par de grands sacrifices consentis aux mercenaires, il maintient sa
force militaire; mais bientôt n'étant pas soldés, ils
tournent casaque, vendent à Casimir pour 436 000 florins les places
fortes reçues en gage (15 août 1456).
A la Pentecôte
suivante, le roi entre à Marienburg, et le grand maître s'enfuit
à Koenigsberg, qui devient la capitale de l'ordre Teutonique, et
demeurera désormais celle de la Prusse (1457).
La
suzeraineté polonaise
La lutte continue
confusément au grand détriment du pays; le général
polonais lassienski remporte une grande victoire à Zarnowitz (15
septembre 1462),
et finalement le grand maître, sans argent, incapable de solder ses
troupes, abandonne la résistance. Le traité de Thorn (19
octobre 1466)
scelle la ruine de l'ordre Teutonique .
Il cède à la Pologne
la moitié occidentale de son État, la région de la
Vistule : pays de Kulm avec Thorn, pays de Michelau, Pomérélie ,
avec Dantzig (Gdansk), Dirschau, Stargard, Marienburg, Elbing, etc. La
Vistule est entièrement slave et polonaise. La Prusse
orientale demeure à l'ordre, sous la suprématie polonaise;
le grand maître a rang de prince polonais et lui jure fidélité;
il est avec tous ses ressortissants, villes et territoires, incorporé
à la Pologne et ne reconnaît nulle autre suzeraineté,
sauf celle du pape. Il y avait ceci de particulier dans la situation que
le grand maître des chevaliers teutoniques, sujet polonais, se trouvait
régir le maître de Livonie ,
prince territorial indépendant, et le maître d'Allemagne ,
prince d'Empire.
A partir de ce moment,
la principauté théocratique continue de s'affaiblir. Après
les grands maîtres Henri de Plauen (1467-1470),
Reffle de Richtenberg (1470-1477).
Truchsen de Wetzhausen (1477-1489),
Jean de Tiefen (1489-1497),
occupés par leurs querelles avec les évêques de Samland
et d'Ermeland et par de vaines tentatives de réforme, les chevaliers
élisent pour grands maîtres des princes allemands
: d'abord le duc Frédéric de Saxe (1498-1510),
puis Albert de Brandebourg (février
1511),
fils du margrave Frédéric d'Anspach
et Bayreuth ,
neveu du roi Sigismond de Pologne .
Celui-ci refusa le serment à son oncle, lequel après de longs
pourparlers ravagea la Prusse (1519).
Le conflit eut une issue imprévue. Albert de Brandebourg aux abois
avait obtenu une trêve de quatre ans (1521).
La Réforme avait rapidement gagné en Prusse, adoptée
et prêchée par l'évêque de Samland, Georg de
Polenz. Le grand maître visita Luther (1523),
lequel lui conseilla d'abandonner la règle de l'ordre Teutonique,
de se marier et de transformer la Prusse en principauté séculière.
Cette solution fut enregistrée par la paix de Cracovie
avec le roi de Pologne (enregistrée en 1526).
Le duché de Prusse, vassal de la Pologne, devint héréditaire
dans la descendance des quatre margraves de Brandebourg .
La plupart des chevaliers Teutoniques de Prusse s'étaient convertis;
les autres se retirèrent dans leurs domaines d'Allemagne, protestant
contre la sécularisation et déposant le grand maître,
à la place duquel ils élurent le maître d'Allemagne,
Walther de Kronberg, qui fixa sa résidence à Mergentheim.
Quant à l'État prussien, il commençait une nouvelle
existence, dont les débuts furent humbles et tourmentés.
Le
Duché de Prusse
Albert
de Brandebourg (1525-1568)
fit, à titre de duc de Prusse ,
son entrée solennelle à Koenigsberg (Kaliningrad) le 9 mai,
et le 25 mai fut installé officiellement par les plénipotentiaires
du roi de Pologne ;
les évêques de Pomésanie et de Samiand, les représentants
des villes lui prêtèrent serment; il reconnut à la
noblesse et aux villes des droits constitutionnels. En 1526, il se maria
avec Anne-Dorothée de Danemark .
Le pape Clément III protesta, l'empereur
de même, la Chambre impériale mit Albert au ban de l'Empire
(1533);
mais ces manifestations furent platoniques. A l'intérieur, le duc
était très faible; la noblesse arrachait sans cessé
de nouveaux privilèges; en cas de conflit, les États en appelaient
la Pologne, laquelle fortifiait sa suzeraineté par ces interventions.
Albert s'était entouré de favoris étrangers, dont
le plus connu est Paul Skalich; un tribunal polonais condamna à
mort et fit décapiter trois de ces conseillers. Cependant le duc
put achever la conversion de la Prusse à la Réforme et créa
à Koenigsberg une université qui assura le caractère
germanique du pays (1544).
Il monrut le 20 mars 1568 et eut pour successeur son fils Albert-Frédéric
(1569-1618),
âgé de quinze ans. En même temps, l'électeur
Joachim II de Brandebourg ,
qui avait épousé Hedwige, fille du roi de Pologne, fit étendre
à lui-même et à sa descendance le droit de succession
au duché de Prusse, d'abord borné à la lignée
franconienne
des Hohenzollern. Albert-Frédéric
ne put gouverner personnellement que de 1572
à 1577;
l'insolence de la noblesse et du clergé luthérien
achevèrent de détruire son équilibre mental, et en
1577
l'administration du duché fut confiée au margrave Georges-Frédéric,
de la lignée franconienne. Celui-ci fut en lutte avec les États
jusqu'à sa mort (1603).
L'électeur Joachim-Frédéric de Brandebourg devint
alors administrateur de Prusse (1605-1608);
ensuite l'électeur Jean-Sigismond, marié depuis 1594
à Anne, fille aînée du pauvre duc Albert-Frédéric,
prit la tutelle de son beau-père (1609),
puis l'administration de la Prusse (1614).
Le 28 août 1618,
la mort d'Albert-Frédéric détermina la réunion
de la Prusse au Brandebourg et constitua le moderne État prussien.
(A.-M.
B. ). |
|