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Moawyia Ier

Moawyia Ier(Mouawiya Ier) est le fondateur de la dynastie omeyyade, le cinquième des califes successeurs de Mohammed, était fils d'Abou Sofyan, fils de Harb, et de Hind. Il naquit aux environs de l'année 610 et mourut en l'année 680 (60 de l'hégire). A l'époque de l'hégire, Moawyia était un tout jeune homme, Il prit part à la lutte que soutinrent les Coraïchites contre le prophète réfugié à Médine, et embrassa l'islam avec son père Abou Sofyan, seulement au jour où La Mecque fut prise par les troupes musulmanes. Plus tard, il fut admis par Mohammed au nombre des secrétaires chargés de mettre par écrit les révélations coraniques. Lorsque, sous le règne d'Omar, la Syrie eut été conquise, Moawyia fut adjoint à Yazid, fils d'Abou Sofyan, son frère aîné, dans le gouvernement de cette province, et résida à Damas. Tenu à l'écart, comme tous les membres de l'aristocratie mecquoise, sous le califat des deux premiers successeurs de Mohammed, il vit son crédit augmenter avec l'avènement au trône d'Othman ibn Affan, allié à la famille de Coraïch. Dans le gouvernement de la Syrie, Moawyia fit montre des plus grandes qualités. 

Les historiens arabes s'accordent tous à vanter sa douceur, son éloquence, sa prudence, sa fermeté, son sens très fin de la politique. D'heureuses expéditions contre les peuples de l'Arménie et du Caucase qui durent payer tribut, contre les îles de Chypre et de Rhodes qui furent conquises, rendirent son nom connu. Il inspira à ses administrés de rares sentiments d'affection et de fidélité. Moawyia incrédule, irrespectueux à l'égard du prophète et du Coran, buvant le vin sans se cacher, était un chef fort convenable pour les populations de Syrie, converties depuis peu et médiocrement attachées à l'islam. Araméens, Nabatéens, gens du Nord de l'Arabie, habitués à une longue obéissance aux pouvoirs civils et dynastiques des empereurs grecs ou des rois de Ghassan, tribus du Hedjaz transplantées aux environs de Damas, après la conquête par l'institution des Djounds ou cantonnements militaires, tous fort peu soucieux de la tradition musulmane qu'ils ignoraient, et mal préparés à comprendre un gouvernement théocratique, comme le califat primitif, marchèrent à la suite du fils d'Abou Sofyan, lorsqu'il démasqua son ambition. Le meurtre d'Othman, la proclamation d'Ali par les gens de l'Irak, fournirent à Moawyia l'occasion d'engager la lutte. Les premières rencontres ne lui furent pas favorables. Vaincu par Alià Siffyn et dans plusieurs autres combats, il rétablit ses affaires par son habileté politique. 

Proclamé calife à la conférence de Doumat eddjandal, grâce au stratagème de son arbitre, Amr ibn el-As, il mit adroitement à profit les discordes religieuses qui déchiraient le camp de son rival. Tandis que ce dernier était aux prises avec la sédition des Khâridjites, Moawyia pouvait compter sur l'entière obéissance de ses Syriens; suivant un historien arabe, leur confiance en Moawyia en était arrivée à ce point que l'habitude de maudire Ali, dont ils ignoraient l'histoire et la parenté avec le prophète, « était devenue pour eux une pratique pieuse dans laquelle ils naissaient et qu'ils observaient jusqu'au tombeau ». Sans affronter en face la valeur redoutable d'Ali et des vieux compagnons du prophète groupés autour de lui, Moawyia réussit en quelques années à se rendre maître des plus belles provinces de l'empire musulman. En 658, ses généraux Amr ibn el-As et Moawyia ibn Hodaidj enlevèrent l'Egypte au vice-régent alide (Les Chiites), Mohammed, fils d'Abou Bakr. En 661, Bosr ibn Arta chassa de La Mecque le gouverneur nommé par Ali, Kotham, et fit reconnaître l'autorité de Moawyia dans les deux villes saintes, et jusqu'au Yémen. Quelques mois plus tard, Ali périssait assassiné par un zélote khâridjite, tandis que Moawyia, contre lequel un attentat analogue était dirigé le même jour, échappait à la mort, et ne recevait qu'une légère blessure. Par la suite, la renonciation du fils aîné d'Ali, Hassan, à faire valoir ses droits au califat, laissait Moawyia seul maître du pouvoir. 

C'est à partir de ce dernier événement (661) que les historiens arabes font commencer d'ordinaire le règne de Moawyia. L'autorité du premier des Omeyyades ne fut pas reconnue sans conteste dans tout l'empire. A Koufa, à Bassorah, des séditions éclatèrent qui furent durement réprimées par Bosr ibn Arta. Au reste, Moawyia donna une nouvelle preuve de son habileté politique; en se conciliant la faveur d'un personnage fort influent dans les deux Iraks, le fameux Zyad. Zyad était frère consanguin du nouveau calife. Il était né avant l'hégire, d'Abou Sofyan et d'une certaine Soumayya, dans une sorte d'union temporaire, admise par les coutumes antéislamiques, mais formellement condamnée dans la suite par le prophète. Jusque-là, il avait mis ses brillantes qualités au service des rivaux de son frère, et s'était montré l'un des plus fermes soutiens d'Ali et de Hassan. Moawyia ne négligea rien pour s'attacher Zyad. Il le reconnut publiquement pour son frère, au grand scandale des musulmans rigides, et l'investit du gouvernement de l'irak et de la Perse.

Le règne de Moawyia fut long (661-680) et rempli de succès. Damas devint la capitale de l'Islam, et le calife n'en sortit guère, tandis que dans toutes les directions, ses généraux reculaient les frontières de l'empire. Amr ibn el-As était mort en 664. Il eut pour successeur, dans le gouvernement de l'Egypte, Moawyia ibn Hodaidj, qui poussa activement la conquête de l'Afrique septentrionale. Une armée grecque, envoyée contre lui par l'empereur Constantin IV, fut battue et forcée à se rembarquer. Ibn Hodaidj dirigea même une expédition contre la Sicile. Une province d'Afrique, comprenant tous les pays du Maghreb récemment conquis, fut détachée de celle d'Egypte et reçut un gouverneur, qui fut Okba ibn Nafi. En l'année 675, Okba fonda Kairouan et en fit la capitale de la nouvelle province. 

Vers le même temps (675-676), Zyad, gouverneur de la Perse, envoyait une armée dans le Khorassan; et les troupes musulmanes, après avoir passé l'Oxus, pénétraient jusqu'à Balkh et à Samarcande, mettaient en déroute les tribus turques de la Transoxiane et les forçaient à payer tribut. Enfin, à la suite d'heureuses expéditions en Asie Mineure, Moawyia s'enhardit jusqu'à attaquer la capitale même de l'empire grec. Les musulmans, s'étant emparés de Cyzique, en firent la base de leurs opérations, et vinrent assiéger Constantinople par terre et par mer. Pendant sept années, ils renouvelèrent leurs tentatives contre la ville, défendue par sa puissante enceinte et ses tours. Décimés par le feu grégeois, découragés enfin par l'inutilité de leurs efforts, ils battirent en retraite. Suivant les historiens byzantins, leur flotte au retour aurait été brisée contre les écueils de la côte de Pamphylie, et leurs troupes de terre, assaillies dans leur marche par une armée grecque supérieure en nombre, auraient été mises en déroute; Moawyia aurait demandé une trêve de trente années et consenti à payer tribut à l'empereur. Les chroniqueurs arabes dépeignent sous des couleurs moins sombres les événements qui amenèrent la fin des hostilités et ne mentionnent pas les conditions auxquelles fut conclue la paix.

Vers l'année 656, Moawyia, après beaucoup d'hésitations, se décida à exécuter un projet qui depuis longtemps lui était cher. Il fit prêter serment à son fils Yazid comme Oualy elahd, héritier présomptif du trône. Respectueux, en apparence, du principe d'élection, fondement du califat primitif, il inaugurait en fait le principe d'hérédité qui régla depuis lors la transmission du pouvoir dans les empires musulmans. De nombreuses protestations s'élevèrent. Les croyants zélés ne cachèrent pas leur répugnance pour un acte, qui était en complet désaccord avec la tradition musulmane. Comment l'impie Moawyia pouvait-il désigner, de son vivant, son successeur, alors que « les meilleure des créatures », le prophète, Abou Bakr, Omar, n'avaient pas eu cette audace! De plus, certains personnages considérables, compagnons du prophète ou fils des précédents califes et qui pouvaient prétendre au pouvoir, refusèrent ouvertement de prêter serment à Yazid. De ce nombre furent Abd er-Rahman ibn Abou Bakr, Abd Allah ibn Omar, Hosain ibn Ali, Abd Allah ibn Zobair. Moawyia se rendit lui-même à Médine et à La Mecque, où la plupart d'entre eux résidaient pour obtenir qu'ils reconnussent les droits de Yazid au califat. Il ne put rien obtenir, et n'osa user de contrainte envers ces hommes influents. Avant de mourir, Moawyia, suivant les historiens arabes, aurait recommandé à son fils de tout espérer des Syriens, ouvriers de sa propre fortune, de ménager leur fidélité et de tout craindre de l'ambitieux Abd Allah ibn Zobair. Les événements postérieurs, survenus sous le règne de Yazid, confirmèrent la justesse de ces vues politiques du premier souverain omeyyade. (W. Marçais).

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Dictionnaire biographique
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