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désigne sous le nom de glacier une masse considérable
de glace, ordinairement très longue et assez, étroite, qui,
semblable à un
fleuve dont l'eau serait
entièrement gelée, descend lentement la pente d'une haute
montagne
qui a son sommet couvert de neiges perpétuelles.
Le glacier est contenu dans une gorge, dans un ravin, comme un cours d'eau
dans son lit. Il a deux rives, bordées de sortes de berges très
escarpées qui sont les parois du ravin. ll peut s'accroître
par la jonction d'autres glaciers plus petits, qui sont comme ses affluents.
Il est, en un mot, comparable à un fleuve solidifié. Parfois,
aux hautes latitudes (en Alaska, au Groenland,
au Sud du Chili, en Antarctique,
etc.) comme un vrai fleuve, les glaciers finissent dans la mer, où
leur glace se brise et forme des icebergs. Mais
le plus souvent , les glaciers s'évanouissent dans la plaine
qui est au bas de la montagne par la fusion des glaces qui se trouvent
à sa partie antérieure nommée front. C'est là,
en quelque sorte, leur embouchure.
Quant à leur source, il faut la chercher sur les hautes cimes du mont. Là, les neiges qui existent constamment dans cette région, s'accumulent dans les dépressions, s'y tassent peu à peu et, par l'effet de la pesanteur, commencent à glisser le long des ravins qui partent de ces dépressions. L'été survenant alors, la surface de cette neige commence à fondre et à produire des gouttelettes d'eau qui s'infiltrent dans l'intérieur de la couche de neige; celle-ci se change, sous l'influence des gelées nocturnes, en une masse formée de petits grains arrondis et à laquelle on donne le nom de névé. Comme le même phénomène se reproduit tous les jours, à la longue les bulles d'air emprisonnées dans le névé s'échappent peu à peu. La glace devient tout à fait compacte, transparente, et présente une belle teinte bleuâtre. A la sortie des champs de névé, elle prend la forme d'une grande traînée qui constitue le glacier. Les glaciers se meuvent, comme les flots d'un cours d'eau, d'amont en aval dans les ravins où ils sont encaissés. Leur marche est très lente. Variable selon les glaciers, elle peut être de l'ordre de quelques centimètres ou de quelques dizaines de cm par 24 h. Elle est un peu plus considérable en été ainsi que dans les parties étranglées du ravin et dans celles dont la pente est très forte. Dans ces endroits, le déplacement du glacier peut être de 1,25 m en un jour. On peut s'assurer du glissement des glaciers dans leur lit par une expérience très simple : perpendiculairement à l'axe d'un glacier, on enfonce une série de piquets disposés en ligne droite, série terminée à ses deux extrémités par deux piquets plantés l'un sur la rive droite, l'autre sur la rive gauche et qui naturellement resteront immobiles. Au bout d'un certain temps, il est facile de constater que l'ensemble des piquets ne forme plus une ligne droite, que ceux qui occupent le milieu du glacier sont en avance sur les autres et dessinent avec ces derniers une ligne courbe dont la concavité est tournée vers la source du glacier. Il résulte évidemment de là que celui-ci a glissé sur la pente du ravin. Cette marche de la
masse de glace est encore rendue évidente par la forme en arc de
cercle des bandes boueuses qui se trouvent à la surface du glacier
et qui proviennent des débris de roches éboulées des
parois. La courbure de ces rubans de boues est analogue à celle
des piquets dont nous venons de parler. Lorsqu'un glacier, par suite de
son glissement continuel, est parvenu au bas de la montagne
où la température est, en été, au-dessus de
0°C, son extrémité inférieure ou front entre en
fusion. La longueur du glacier diminuerait donc chaque année si
sa progression incessante sur la pente ne venait contre-balancer l'action
de la chaleur. Cette compensation n'est il est vrai pas toujours parfaite,
d'où, notamment, ce que l'on appelle le "recul des glaciers"; un
phénomène, qui dans de nombreux cas, peut être mis
en relation avec le réchauffement climatique actuellement observé.
Le glacier Shoup, en Alaska (Prince William Sound). Photo : Jon Nickles. Lorsque l'été est chaud et sec, c'est l'effet de la fusion qui l'emporte, et le glacier s'arrête plus haut sur le flanc de la montagne; si, au contraire, l'été est froid et pluvieux, la descente du glacier compense le raccourcissement que produit la fusion et le glacier avance vers la plaine. L'eau qui résulte de la fusion qui s'opère sur la front du glacier, coule à sa surface en une multitude de petits ruisseaux qui songouffrent dans les crevasses sillonnant la masse de glace. Bientôt toutes ces eaux arrivent sur le fond du glacier où elles forment un cours d'eau souterrain qui, vu sa température plus élevée que celle de la glace, fond une partie de la voûte du canal dans lequel il circule, et vient s'ouvrir, au bas de l'extrémité du glacier, un passage surmonté d'une arcade naturelle de glace. De là naît un torrent qui se creuse son lit dans la plaine. Les gels et dégels successifs qui ont lieu à la surface et dans les couches superficielles du glacier, le disloquent en fragments qui exercent les uns sur les autres différentes pressions et sont en outre soumis à l'action verticale de la pesanteur. La résultante de toutes ces forces est une poussée oblique dirigée dans le sens de la pente et qui détermine le mouvement de descente du glacier. Des dislocations
dans la masse du glacier, il résulte de grandes crevasses qui en
traversent toute l'épaisseur. Parmi ces crevasses, les unes, dites
marginales, se forment dans le voisinage des rives, perpendiculairement
au cours du glacier. Elles sont dues surtout à ce que la vitesse
y est plus faible qu'au centre par suite, du frottement de la masse du
glacier contre ses parois. Les autres, appelées crevasses Iongitudinales
et dirigées dans le sens de l'axe, sont déterminées
par les pressions latérales auxquelles la masse est soumise aux
endroits où le ravin présente un étranglement. Ces
fractures rendent la surface du glacier très accidentée.
Elles sont souvent, mais surtout en hiver, masquées par la neige
qui s'y introduit mais ne pénètre pas jusqu'au fond. Elles
peuvent être des pièges mortels pour ceux qui s'aventurent
sur les glaciers.
Le glacier de Bering, en Alaska (Chugach Mountains). Photo : U.S. Fish and Wildlife Service. La surface des glaciers étant bombée au milieu, les fragments de roches qui s'y déposent, glissent de chaque côté et viennent s'accumuler sur les deux rives en formant deux grandes traînées, deux bourrelets longitudinaux appelés moraines latérales, qui bordent le glacier de chaque côté sans participer à son mouvement de descente. A l'endroit où deux glaciers se réunissent, les moraines latérales de chacun d'eux qui sont voisines l'une de l'autre, se fusionnent en une moraine unique occupant le milieu du glacier latéral, de sorte qu'en aval il y a ensuite trois moraines, deux marginales et une au centre du glacier. Il arrive souvent que les blocs charriés par la surface d'un glacier tombent dans des crevasses et ne sont plus arrêtés que par les roches du fond qu'ils polissent par le frottement et dans lesquelles leurs parties anguleuses, comme autant de burins, tracent des rainures parallèles entre elles. Lorsque ces blocs du fond sont rejetés sur les rives du glacier, ils y forment des moraines latérales profondes. Les moraines restées à la surface, lorsqu'elles arrivent à l'extrémité inférieure du glacier, glissent sur le talus qui le termine et s'amassent au pied de ce talus où elles constituent une nouvelle moraine dite frontale ou terminale. Celle-ci a la forme d'un fer à cheval dont la concavité est tournée vers l'amont du glacier, et elle est beaucoup plus épaisse à ses deux extrémités qu'au milieu. En outre, elle est infiniment plus complexe que les autres moraines; car elle contient des fragments arrachés au fond du glacier, des blocs qui se trouvaient enchâsses dans ses couches les plus basses, de la boue glaciaire et enfin des cailloux striés par le frottement, qui ne se trouvent pas dans les moraines latérales. L'épaisseur
d'un glacier est toujours très importante et varie de 30 à
400 mètres et plus. On conçoit que la translation d'une masse
de glace aussi prodigieuse produise des effets de frottement des plus énergiques
tant sur le fond qui forme le lit du glacier que sur les parois encaissantes.
Les roches fond sont polies et striées
comme elles le seraient par un rabot gigantesque. Quand ces roches présentent
des parties plus tendres, celles-ci se creusent plus que les autres, et
il en résulte une surface bosselée qui a fait donner aux
roches, par Saussure Tous les blocs qui tombent sur la surface d'un glacier ne glissent pas nécessairement sur ses rives pour aller se joindre aux moraines : il en est qui restent sur le dos de ce glacier et qui, lorsque celui-ci vient à fondre, tombent sur le sol à la place où ils avaient été charriés. On désigne ces fragments sous le nom de blocs erratiques. Ils sont souvent en équilibre instable et dressés verticalement, comme des menhirs, sur leur plus petite face. On les rencontre toujours sur les flancs des montagnes, à des hauteurs plus ou moins grandes. Ils ont été souvent pris pour des monuments mégalithiques et le reste encore, dans les traditions populaires de plusieurs régions. On les appelle pierres du diable, pierres des sorciers, pierres des fées, pierres à sacrifices. Le volume des blocs erratiques est très variable et souvent immense. On en cite un à l'entrée du Valais, le bloc monstre, qui n'a pas moins de 49.000 mètres cubes. En général, les blocs erratiques ont conservé leurs angles sans altération; ils sont souvent polis et creusés de stries résultant de leur frottement contre des minéraux plus durs qu'eux. C'est un guide des Alpes, Jean-Pierre Perrautin, qui, en 1815, démontra que les nombreux blocs erratiques qu'on voit dans beaucoup de parties de la Suisse, sont des dépôts d'anciens glaciers depuis longtemps disparus. Ces blocs ont toujours une composition différente de celle du terrain où on les rencontre, et presque toujours on peut constater que la roche dont ils sont formés, granit, serpentine, protogyne, phyllade, etc., ne se trouve qu'à une très grande distance du point où ils gisent actuellement. Les glaciers ne peuvent exister que dans les contrées où les montagnes se couronnent de neiges qui ne fondent jamais. Dans les régions voisines des pôles, telles que le Spitzberg (Svalbard), le Groenland, où la neige persiste jusqu'au niveau de la mer et revêt le pays entier comme d'un manteau, les glaciers sont très nombreux, de dimensions colossales, cachent toutes les vallées et viennent finir au bord de la mer par un escarpement formant une falaise gigantesque, Il en subsiste encore de fort grands dans la partie septentrionale de la Scandinavie. En Islande, de grands glaciers forment des calottes au dessus des massifs volcaniques de l'île. Les glaciers actuels
des Alpes, notamment ceux que l'on voit autour
du Mont Blanc, attirent chaque année une foule de touristes. Enfin
les Pyrénées, malgré leur
latitude plus méridionale, possèdent encore un certain nombre
de glaciers. Il ne s'en trouve plus dans la région méditerranéenne
où la limite des neiges éternelles est très élevée
au-dessus du niveau de la mer et où peu de montagnes ont une hauteur
assez grande pour qu'elles puissent être couvertes de champs de neige
dans toutes les saisons de l'année.
Mais il n'en a pas toujours été ainsi eu Europe.
Au Pléistocène, les glaciers
s'étendaient en Europe sur une aire considérable (glaciations).
Le glacier de Fox, dans le massif du mont Cook, en Nouvelle-Zélande (île du Sud). (Photo : The World Factbook). Tout le massif des Alpes, la presque totalité de la Suisse étaient ensevelies sous la glace des névés. Les Vosges, les monts de la Forêt Noire avaient leurs glaciers, ainsi que les parties les plus hautes du Massif Central, particulièrement les massifs du mont Dore et du Cantal. Dans les Pyrénées, toutes les vallées intérieures étaient remplies par las glaces, et il en était de même dans deux parties au moins de l'Espagne, dans les Asturies et dans la Sierra Nevada. A plus forte raison, les glaciers étaient-ils alors très multipliés dans les régions plus septentrionales de l'Europe. Toute la Scandinavie disparaissait sous une épaisse calotte de glace, et toutes ses vallées étaient autant de lits de glaciers. Ce pays ressemblait de tous points au Groenland actuel (au plus fort des glaciations, c'était même presque toute l'Europe qui était dans ce cas). Les glaciers abondaient aussi dans les îles Britanniques, spécialement dans le pays de Galles, dans le Westmoreland et surtout dans le Cumberland, situés sur les limites de l'Écosse et de l'Angleterre, et constituant la contrée que l'on appelle le pays des lacs (Lake District). Les Hautes Terres de l'Écosse (Highlands) étaient pareillement constellées de glaciers. Cet état de choses dura pendant toute l'époque glaclaire. C'est à l'action de ces anciens glaciers qu'est dû le creusement de tous les groupes de lacs qui existent en Europe : lacs de la Suède, de la Finlande, de la Suisse, du Nord de l'Italie, des AIpes orientales. Les lits actuels de tous ces lacs, après le dépôt des alluvions anciennes, étaient des bassins comblés par ces alluvions. Les glaciers les ont déblayés en affouillant les couches alluviales et en entraînant au loin leurs débris. La tête des glaciers soulevait devant elle ce sol meuble comme l'aurait fait un gigantesque soc de charrue, et, ce travail accompli, la fusion des glaces remplissait le bassin d'eau douce. C'est ainsi que les lacs alpins se sont formés dans la région des glaciers, les grands lacs sur les confins de cette région et les moindres dans son intérieur. Les petits lacs des Vosges, les lacs de l'Angleterre, de la Scandinavie, de la Finlande ont une origine analogue. Il en a été de même en Amérique pour la chaîne de grands lacs qui sépare le Canada des États-Unis.
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