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Canal

Un canal est une rivière artificielle qui sert à abréger et à faciliter le chemin aux navires, en réunissant des mers, des fleuves, des affluents, ou à porter l'eau d'une rivière dans des pays exposés à la sécheresse, ou, par un effet contraire, à déverser dans la mer le trop-plein des eaux d'un pays marécageux. De là trois sortes de canaux, dits de navigation, d'irrigation et de dessèchement. On nomme canal latéral celui qui est creusé près d'une rivière dont le cours présente des obstacles à la navigation, et qui s'alimente avec ses eaux.

Si l'on envisage les canaux dans leur construction, on distingue les canaux simples et les canaux à écluses. Les premiers consistent en une simple tranchée faite sur un terrain presque horizontal; on corrige les inclinaisons légères du terrain par des tranchées plus profondes dans les parties élevées, par des remblais dans les parties hautes, de manière que le fond de la tranchée ait une pente régulière, mais presque insensible et donnant à l'eau un écoulement lent; les terres rejetées de chaque côté de la tranchée s'appellent les berges, et soutiennent les parois du canal contre la poussée de l'eau. Un pareil système de canalisation ne peut se pratiquer sur tous les terrains. Comment réunir les bassins de deux fleuves, séparés par une arête d'où les pentes descendent en sens contraire jusqu'au lit des fleuves? Il faut un double canal descendant sur les deux pentes, et comme ces pentes trop rapides consommeraient une quantité d'eau considérable, on a imaginé le système des canaux à écluses, dans lesquels, à la ligne oblique formée par la pente naturelle du terrain, on substitue une série de lignes horizontales placées les unes au-dessous des autres en forme d'escalier. Chacun des canaux simples est fermé par des portes.

L'endroit où le canal général est brisé s'appelle un bief. Le bief de partage est le bief de l'arête où les eaux commencent à prendre des pentes inverses. Le canal supérieur et le canal inférieur sont réunis par un sas éclusé ou écluse, c.-à-d. par un bassin étroit, ne contenant souvent qu'un seul bateau, et fermé sur les côtés par des bajoyers, aux extrémités par les deux portes du canal supérieur et du canal inférieure. Un bateau veut-il passer du premier dans le second canal? on ouvre la porte qui communique du canal supérieur au sas éclusé : l'eau monte dans le sas d'autant plus rapidement qu'il a une capacité moindre; et, quand elle est au niveau du canal supérieur, le bateau passe; on ferme la porte supérieure; on ouvre la porte inférieure; l'eau baisse dans le sas, et quand elle est descendue au niveau du canal inférieur, le bateau peut continuer sa route. Chaque fois que le niveau du canal change, il est nécessaire d'établir une écluse. 

Les Chinois se servaient, dès une haute antiquité, du système des écluses. Les Romains ne connaissaient que le canal simple, et les écluses ne datent en Europe que du XVe siècle. Plusieurs pays ont particulièrement développé leurs sytèmes de canaux, principalement l'Angleterre, la Hollande, la Belgique et les États-Unis, la France.

Les canaux français ont une largeur moyenne de 15 m à la ligne de flottaison, de 10 m au plat-fond, et une profondeur de 1,65 m; les écluses ont communément 32,50 m de long et 5,20 m de large. Les canaux anglais ont en moyenne 11 m à la ligne de flottaison, 7,30 m au fond, et 1,52 m de hauteur; les écluses, 23 à 26 m de longueur et 4,60 m de largeur. Le canal Érié, un des plus importants des États-Unis, a 12,20 m et 8,50 m de largeur, 1,22 m de profondeur; les écluses, 27,45 m et 4,57 m. 

Histoire.
L'usage des canaux était connu des Anciens. La Chine jouit, depuis la plus haute antiquité, d'une navigation intérieure parfaitement établie : chaque province est traversée par un grand canal, auquel convergent une foule de canaux secondaires, en sorte que chaque ville a ses transports par eau. 

L'Égypte, dit-on, était sillonnée par 6000 canaux, portant les eaux du Nil dans toutes les directions. Un canal qui mettait Alexandrie et le lac Maréotis en communication avec le Nil, avait, en quelques endroits, jusqu'à 250 m de largeur. Le roi Néchao, au VIIe siècle avant J.-C., entreprit un canal de jonction entre le Nil et la mer Rouge, continué sous les Ptolémées

Les rois de Babylone, puis Trajan, Septime-Sévère, Julien, s'occupèrent de canaux entre l'Euphrate et le Tigre.

Chez les Grecs, on eut souvent la pensée de percer l'isthme de Corinthe, afin d'unir la mer Ionienne à la mer Égée, et les noms d'Alexandre, de Démétrius Poliorcète, de César, d'Auguste, de Caligula, de Néron, se rattachent à ce projet, qui ne fut jamais réalisé. On cite des canaux à travers la Chersonèse Taurique, entre Leucade et la côte d'Acarnanie, etc. 

Les Romains ont laissé peu d'ouvrages de ce genre; ils faisaient plutôt des aqueducs; cependant Auguste canalisa le Pô près de Ravenne; Emilius Scaurus, l'an 638 de Rome, tira un canal navigable de Plaisance à Parme; le canal des marais Pontins, tout à la fois de desséchement et de navigation, conduisait du Forum Appii jusqu'à Terracine; un autre, creusé sous Claude, joignit le lac Fucin au Liris; enfin on voit dans Tacite (Ann., XIIIe, 53) qu'on songea à établir une ligne navigable entre le Rhin et le Rhône.

Charlemagne, en 793, voulut unir la mer Noire à l'océan Atlantique, au moyen d'affluents du Danube et du Rhin; ce dessein, auquel la guerre le contraignit de renoncer, ne fut mis à exécution qu'en 1845, par la construction du canal Louis, qui joint le Danube au Mein. 

Au Moyen âge, on ne s'occupa pas de canaux ailleurs qu'en Italie; le canal de navigation entre le Tésin et l'Adda fut commencé en 1179. En 1481, Venise creusa le premier canal à écluses; mais la France ne tarda pas à devancer l'Italie dans la science de l'hydraulique. 

Les canaux en France (jusu'en 1850).
Léonard de Vinci, mandé à la cour de François Ier, avait formé de magnifiques plans de canalisation, que la mort l'empêcha d'exécuter. Ce fut sous Henri IV, d'après les vues de Sully, que l'on fit les premiers essais : on entreprit, en 1605, le canal de Briare. De 1668 à 1688, Colbert fit creuser le canal du Languedoc par l'ingénieur Andréossy, sur les plans de Riquet. En 1679, on entreprit le canal d'Orléans. 

Au règne de Louis XIV appartiennent encore  : dans le Midi, les canaux de Sète et de la Radelle; dans le Nord, ceux de la  Colme et de la haute Deule, de Dunkerque à Furnes, de Bergues à Dunkerque, de Calais, de la Deule à la Bassée; dans l'Est, celui de la Bruche. En 1728, la Somme fut réunie à l'Oise par le canal de Picardie. En 1715, fut commencé le canal de Bourgogne. En 1784, le canal du Centre joignit le Rhône à la Loire, et le canal du Nivernais fut construit vers la même époque. 

Le XVIIIe siècle vit s'ouvrir en outre une multitude de canaux moins importants, tels que ceux de Mardick, de Neuf-Fossé, d'Ardres, de Bourbourg, dans le Nord; du Loing et de Givors, dans le centre; de Narbonne, des Étangs, de Lunel, dans le Midi. En 1789, la longueur livrée à la navigation était de 1067 km. Après une interruption des travaux pendant la Révolution, le premier consul Bonaparte décréta le canal de l'Ourcq en 1802, et le canal du Rhône au Rhin en 1803. Sous l'Empire, on creusa les canaux de Nantes à Brest et de Saint-Quentin; on commença, ceux d'Arles à Bouc, de Mons à Condé, etc. La longueur des lignes terminées était de 1272 km en 1814.

A la fin de la Restauration, une longueur de 920 km avait été ajoutée à la navigation artificielle. L'exécution du canal latéral à la Garonne et du canal de la Marne au Rhin fut encore autorisée par une loi du 3 juillet 1838, et une autre loi du - 8 juillet 1840 créa le canal de l'Aisne à la Marne. En 1842, on avait encore livré à la navigation 1442 km de canaux. En 1848, la longueur totale des canaux en exploitation était de 4200 kilomètres; en 1866, de 4850, dont 781 concédés à perpétuité, et 552 temporairement. 

Les canaux dans d'autres pays.
L'Angleterre a emprunté à la France l'idée et l'art de construire des canaux. Malgré l'essai qui fut fait en 1755 sur la Sankey, affluent de la Mersey, c'est au duc de Bridgewater et à Brindley qu'appartient véritablement l'introduction des canaux, en 1760. La Hollande avait des canaux avant toutes les autres contrées de l'Europe, mais sans écluses et sans points de partage; ce sont des routes naturelles du pays. 

Les canaux de la Belgique ont été construits, pour la plupart, sous la domination française. On n'a creusé de canaux en Russie que depuis Pierre le Grand. Enfin, le premier canal construit aux États-Unis est le canal Érié, de 1817 à 1825. (B.).

Canal, terme d'architecture, désigne : 
1° un évidement pratiqué dans le plafond d'un larmier; 

2° toute cannelure ordinairement semi-circulaire, pratiquée sur les piédestaux des colonnes dans les monuments de la fin du XIIe siècle; 

3° le sillon en spirale tracé sur la volute du chapiteau ionique

4° toute cavité dont on orne les caulicoles du chapiteau corinthien. (B.).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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